‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 248 sur 334 · LA COLONNE SERPENTINE · texte numérisé non relu

LA COLONNE SERPENTINE

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passions populaires qui auraient voulu l'asservir, faisaient prévaloir leurs droits contre les rois barbares et leurs armées, les patriarches de Constantinople, indignes successeurs de Grégoire et de Chrysostome, avilissaient leur ministère jusqu'à consacrer le triste intérêt de ces luttes hippiques par leur présence au cirque, et les bénédictions solennelles qu'ils distribuaient aux concurrents. C'était pour l'Église prendre; ce chemin de la servitude, qui aboutit fatalement au schisme. Les vieilles statues qui avaient vu à Olympie, à Athènes, à Delphes, les beaux jours de la Grèce et ses glorieux triomphes, honteuses d'assister aux orgies de l'abaissement national dans ce cirque où on les avait transport, auraient dû pleurer, comme le marbre de Niobé près du Sipyle. Toutes ont disparu depuis longtemps; seul un monument à demi brisé lève encore sa tête au-dessus du sol, comme une colonne informe : c'est le bronze érigé à Delphes en l'honneur d'Apollon, après la victoire de Platées. Vénérable souvenir d'une grande époque! Approchons pour le saluer. Lui, au moins, parle de vaillance et de liberté. Il avait été fondu, comme les deux autres monuments analogues érigés à Neptune Isthmique et à Jupiter Olympien, avec la dime des dépouilles enlevées aux Perses. Au premier coup d'œil, on dirait simplement une colonne torse. En l'examinant de plus près, on y distingue trois serpents qui se dressent sur leur queue et s'entrelacent pour former un faisceau au-dessus duquel

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fut un trépied. Ce trépied d'or, reposant dans leurs gueules, supportait la statue d'Apollon. La statue et le trépied disparurent do bonne heure, mais la colonne fut transportée ici à peu près intacte, du temps de Constantin. Depuis, l'ignorance superstitieuse a brisé les têtes des serpents. L'une d'elles est au musée de ia ville, où nous la verrons tout à l'heure. L'essentiel a survécu et est ici devant nous : c'est le nom des trente et une cités qui gagnèrent la grande bataille. Nous nous découvrons respectueusement pour les lire. L'orgueilleux lacédémonien Pausanias, n'ayant pu y maintenir les deux vers qu'il y avait gravés en l'honneur de Sparte, réussit quand même à y faire inscrire sa patrie la première. J'en suis vexé, car c'est aux Athéniens seuls que revint l'honneur de forcer le retranchement du camp de Mardonius. Sans eux, les Lacédémoniens y eussent échoué. Quoi qu'il en soit, tous ces soldats de Sparte, d'Athènes, de Corinthe, de Tégée et des autres villes, étaient des héros qui se battaient un contre dix, et nous pouvons bien, comme le proposa un Mégarien au lendemain de la bataille, nous réjouir de leur triomphe, sans décerner à personne le prix de courage que tous avaient gagné. Les noms des vaillantes républiques écrits sur le bronze ont résisté à plus de vingt-trois siècles d'outrages, celui des vainqueurs de l'hippodrome semé dans la poussière, sous les pieds des chevaux, n'a pas survécu à la futile popularité d'un jour.

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