DANS LA RADE DU PIRÉE
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petit boiteux intrigant, désagréable, finalement battu à Mantinée; ce Pausanias orgueilleux et traître que l'on mura dans le temple où il s'était réfugié, et qu'on y laissa mourir de faim. Sa mère apporta, dit-on, la première pierre pour assurer le châtiment du coupable; je l'en félicite. A Athènes, on aurait dû traiter ainsi Alcibiade, ce type du mauvais citoyen, intelligent et sceptique, ambitieux et débauché, spirituel, viveur, égoïste, aimable, qu'il n'est pas rare de voir apparaître à la surface des peuples en décadence. La douce physionomie de Socrate me charme et le front illuminé de Platon m'éblouit. Le souffle de Pindare et d'Eschyle m'enlève. Sophocle et Euripide m'émeuvent. Le justioier de son temps, Aristophane, me fait rire. Périclès et Démosthènes m'étonnent. Phidias, Zeuxis, Apollodore glorifient dans le marbre ou sur la toile les souvenirs de la patrie. Tous ensemble, ils sont la plus belle éclosion de l'humanité païenne, l'armée incomparable du génie et la noble ligue des grands cœurs.
Je les contemple encore, quand une voix amie rompt le charme et me rappelle à la réalité. Oui, je suis en Grèce, mais où sont les Grecs? Trois ou quatre drôles qui, sans nous consulter, ont déjà mis la main sur nos bagages, se disputent l'honneur de nous voir agréer leurs services. La jardinière de l'Agora, qui dit à Théophraste marchandant une salade : « A votre accent, vous n'êtes pas d'Athènes », serait embarrassée pour .reconnaître d'où sont ceux-ci, car je ne crois pas