‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 268 sur 334 · MARCHÉ DE L'HUILE · texte numérisé non relu

MARCHÉ DE L'HUILE

terre, dite Megali-Panhagia, ou la Grande-Sainte- Marie, avait été construite sur l'un de ces sanctuaires.

A quelques pas vers le sud se dressent quatro colonnes doriques, isolées sur une petite place et soutenant un portique. L'inscription qu'on lit sur l'architrave nous apprend que l'édifice, érigé par la munificence de Jules César et d'Auguste, fut dédié à Minerve Archégétis, sous l'archontat de Nicias, fils de Sérapion. Le fronton au-dessus de l'entablement avait à ses angles trois acrotères destinés à servir de piédestal. Sur celui du milieu, qui était le plus large, on avait établi une statue équestre de Lucius César, petit-fils et fils adoptif d'Auguste. A l'entrée du propylée, comme le constate une inscription trouvée au bas d'un piédestal, l'Inspecteur des marchés, Dionysius, dont le collègue était alors Quintus Nœvius Ruffus, avait élevé une statue à la divine Julia Augusta, la mère de Tibère. Enfin un large pilastre près du portique contient encore un très intéressant édit de l'empereur Adrien sur la vente et la taxe des huiles. C'est une preuve que nous sommes ici à l'entrée, non pas d'un temple, mais d'un marché. L'importance de la récolte de l'huile dans l'Attique inspira tout naturellement aux empereurs romains la pensée d'élever ce monument pour s'attacher le peuple athénien. L'enceinte était vaste, car elle s'étendait vers le levant jusqu'à la caserne d'infanterie, autrefois une mosquée. On y voit encore en place, au fond de la cour, une ancienne colonne avec son ar-

■BWB

HORLOGE D'AXDRONICUS

itâ

chitravc, émergeant à peine d'un mètre au-dessus du sol actuel. Deux autres, parallèles à celle-ci, s'élèvent vers le nord. Le marché de l'huile mesurait environ cent dix mètres de long.

A côté et vers le levant était l'horloge d'Andronicus, qui, avec un triton de bronze pour girouette, marquait la direction des vents, tandis que ses cadrans solaires et une horloge hydraulique marquaient les heures. On dit qu'au pied de cette tour Socrate aimait à donner ses leçons, sans toutefois réussir à régler la vie morale de ses auditeurs, aussi bien que l'horloge réglait les heures de leurs repas. Des figures symboliques sculptées sur la frise indiquaient les huit points de l'horizon. A cette horloge, Paul, plus d'une fois peut-être, a compté les heures alors que seul, dans un milieu ('(range et impénétrable, il trouvait les jours longs pour son âme ardente et accablée de tristesse. Avec impatience il attendait Silas et Timothée, qu'il avait recommandé de lui envoyer sans retard. La belle tour octogonale est enfoncée en terre, et il faut descendre quelques escaliers pour en aborder l'entrée. On y voit les restes des canaux qui servirent à la clepsydre. Les eaux venaient de l'Acropole par un aqueduc dont il demeure aussi des traces. Une petite tour ronde qui se relie à la façade méridionale de l'édifice renfermait une citerne nécessaire à l'horloge hydraulique.

La direction que nous suivons vers l'orient nous conduit à d'autres ruines. Lllcs sont insuffisantes pour reconstituer l'ancien édifice dont

— Lak.

«il.

GYMNASE [)!•: DI011ÈNE — MONUMENT DE LYSICRATE

TTi

elles marquent la place, et qui, en partie, était resté enseveli sous l'église de Saint-Démétrius- Kataphori jusque vers 1861. Dans les fouilles on a trouvé la preuve irréfutable qu'on était sur l'emplacement de l'ancien Gymnase de Diogène. A côté d'inscriptions concernant les éphèbes, c'est-à-dire les jeunes gens de dix-huit à vingt ans, qu'on préparait aux fonctions publiques, étaient ensevelis les bustes des Cosmètes ou professeurs chargés de leur éducation.

Après l'Acropole, toute cette partie de la ville est ce qui nous reste de plus vrai de la vieille Athènes. L'ancienne cathédrale fut-elle bâtie sur le temple de Sérapis? Le fragment de colonnade ionique que l'on voit non loin de là marquet-il la place de l'Éleusinium? Ce sont des hypothèses. Ce qui est authentique, c'est lé monument de Lysïcrate, que nous rencontrons en nous rapprochant de l'Acropole. Il indique la direction de la fameuse rue des Trépieds, qui tournait au levant pour aller rejoindre le théâtre. Ce fut la rue des triomphes artistiques.

Tout chorège qui avait monté ou dirigé un chœur de chant proclamé vainqueur par le peuple au concours du théâtre, obtenait un trépied qu'il était tenu d'offrir à Bacchus. Or c'était ou dans l'intérieur du théâtre ou dans la rue allant du théâtre au dôme des Prytanes dans l'Agora, qu'il devait faire cette offrande. Nous en avons ici un bel échantillon dans le monument élevé, l'an 355 avant Jésus-Christ, par Lysicrate, fils de Lijsitheidès, chorège, quand la

THEATRE DE BACCHl.'.S

tribu d'Acamantis remporta la victoire dans le chœur des enfants. Thêon jouait de la flûte, Lysiadès d'Athènes avait formé le chœur. Euaincle était archonte. La petite rotonde en marbre blanc, surmontée d'un fleuron finement travaillé, ressemble à une immense lanterne de six mètres de haut, ce qui lui a fait donner par le peuple le nom de « Lanterne de Diogène ». Elle rep sur un socle carré, en bossage, haut de quatre mètres. Six colonnes engagées dans le mur soutiennent la frise, où Bacchus est représenté guerroyant contre les pirates tyrrhéniens. Au dix-septième siècle, on voyait encore dans l'ancienne direction do la rue un autre monument semblable à celui-ci. Les trépieds supportaient d'ordinaire des œuvres d'art très remarquables. Parmi elles on cite le fameux satyre que Praxitèle, sur une ruse de la courtisane Phrynée, déclara être son plus beau travail.

Cette sorte de voie triomphale des chanteurs récompensés passait devant l'Odéon de Périclès, et arrivait au fameux Théâtre de Dionysius ou de Bacchus, ce champ de bataille témoin authentique des plus glorieuses luttes de l'art et du génie. Il fut construit vers l'an 490 avant Jésus- Christ, quand la catastrophe survenue à la représentation de la première tragédie d'Eschylo eut révélé le danger qu'il y avait à grouper un trop grand nombre de spectateurs sur des échafaudages de bois. Embelli après les guen médiques, il fut seulement terminé sous Lycurgue. Tel qu'il est, il représente les dernières

THEATRE DE BACGIIUS

modifications subies au temps d'Adrien. La division en treize compartiments cunéiformes (xepxfôeç) introduite, tout en laissant subsister la trace de la division primitive en dix, selon le nombre des tribus, en est la preuve. Mais il n'en demeure pas moins certain que nous sommes dans la véritable enceinte où le peuple entendit les chefs-d'œuvre d'Eschyle, de Sophocle, d'Aristophane et d'Euripide. Je ne sais ce qu'éprouva Paul en passant devant l'immense hémicycle, mais on nous pardonnera d'être allés nous asseoir, avec une sainte émotion de littérateurs, M. Vigouroux sur le proèdre de YExégète ou Interprète des lois sacrées, et moi sur celui du Hiérophante ou Président de l'initiation aux mystères d'Eleusis. Nons avons respecté le grand fauteuil du prêtre de Bacchus, qui, dans ce théâtre consacré à son dieu, avait la place d'honneur en face de la scène. Les soixante-sept sièges au bas des gradins, irpoeSpi'a, sont en marbre blanc et portent chacun l'inscription des fonctionnaires religieux ou civils auxquels ils étaient destinés. On constate, en les examinant avec attention, que plus d'une fois une inscription nouvelle a été gravée sur une plus ancienne qui a été effacée. Les prêtres occupaient la majeure partie de ces places d'honneur.

L'orchestre formait une sorte d'abside au centre de l'immense hémicycle, au-dessous des gradins. Dans les derniers temps du paganisme, il avait été souvent converti en arène de gladiateurs. Depuis la ruine du célèbre monument, il

Ma

WM

THÉÂTRE DE BACCIIL'S

z~mzmïii

Xj%

V,Ti)'rfflTnTTTTi-rm:,7n,--^

a servi tour à tour de réservoir d'eau et de four à chaux où ont été brûlés des marbres admirables par des mains qui n'en savaient pas le prix. Au milieu se voit encore une sorte de mosaïque en forme de losange avec la place du thymelé, ou autel de Bacchus. Le chœur, à la suite du coryphée, faisait ses évolutions dans l'orchestre A mesure qu'il prit moins d'importance on diminua les proportions du lieu où il se tenait, tandis qu'on augmenta celles de la scène, où les personnages devenaient plus nombreux. 11 est aisé de retrouver ici les traces de trois scènes ayant successivement empiété sur l'orchestre, et dont la dernière fut construite par Plu, lie, fils de Zoïlc, sous Septime Sévère. Quatre degrés la mettaient en communication avec l'orchestre, et un silène colossal à genoux la supportait. I >< 3 fragments considérables permettent de la reconstituer telle qu'elle fut. Le dessous en était vaste, et les machinistes pOuvaiont s'y mouvoir à l'aise pour y produire ces effets terrifiants qui de tout temps ont fait le bonheur de la multitude. Naturellement jo me reporte aux siècles où lissaient dans celte enceinte les beaux vers de Sophocle et d'Eschyle, dits par des voix puissantes sous les masques traditionnels à trente mille spectateurs. Supposons qu'à l'occasion d'une de ces l'êtes du génie dramatique, Paul lût venu s'asseoir là où je suis, lui qui ne craignait pas d'aller chercher les hommes à l'Agora et au

gymnase, no les trouvant pas à la synagogue, et

qu'on eût représenté ce jour même la tragédie

aamww.

WU&W&Hjtl

SE

h'i'Vfliiiit'M

THEATRE DE BACGIIUS

du ProméUiée enchaîné. Que serait-il arrivé si, après les dernières paroles de Mercure au criminel cloué sur son rocher, le tonnerre ayant fini de gronder, la foudre de tracer dans l'air des sillons enflammés, la poussière de rouler en tourbillons, les vents de se déchaîner, la mer de soulever ses flots, le rocher de voler en éclats sur Prométhée enseveli dans l'effroyable cataclysme, l'Apôtre s'était levé pour dire : « Athéniens, la prophétie dont il a menacé Jupiter et dont il n'avait pas le secret lui-même, je vous annonce qu'elle s'est accomplie. Ce que, par la bouche de Mercure, votre grand poète promettait dans des vers sublimes, vient de se réaliser. Un Dieu s'est offert pour remplacer dans ses souffrances l'humanité prévaricatrice, dont Prométhée fut l'emblème, et afin de la sauver, il est descendu, du sein de la lumière, sur une terre de ténèbres. Il est venu cet être surhumain fils de la femme, et dans son rayonnement céleste il s'est imposé au monde comme la voie, la vérité et la vie. Nous l'avons vu, entendu et touché nousmêmes, et nous avons compris qu'il était Dieu, car ses œuvres, ses paroles et ses vertus n'étaient pas de l'homme. Verbe éternel et image parfaite de son Père, il a revêtu notre misérable nature pour expier les fautes de l'humanité déchue et la remettre dans le chemin de la justice. Né parmi les Juifs, il s'est appelé Jésus de Nazareth, et ses compatriotes l'ont crucifié. » Quelle nouveauté pour l'auditoire! Quelle stupéfaction! Peut-être quel scandale! Mais que l'assemblée

UTlTmTlTiTlTlTmTiYATmTlTlTlTlTlTlTlTlTlTATlTiTATJ

MONUMENT CHOREGIQUE

tumultueuse eût été digne du grand orateur! Qu'eussent répondu les prêtres des faux dieux et les représentants d'une philosophie impuissante et désorientée?

Au haut des gradins du théâtre et sous le mur méridional de l'Acropole, dit mur de Cimon, est une grotte naturelle qui a été élargie, et mesure douze mètres sur sept. Un portique, supportant une statue colossale de Bacchus, en orna jadis l'entrée. C'était un monument chorégique élevé par Thrasyllus en l'honneur de Bacchus, vers 320 avant notre ère. A l'intérieur, Apollon et Diane étaient représentés, perçant de leurs flèches les enfants de Niobé. En y pénétrant, on trouve, au bout d'un escalier, un autel avec une représentation assez fruste de la mort de la sainte Vierge. Tous les soirs, le petit sanctuaire est soigneusement illuminé I ait une curieuse étude à faire que celle dv^ antithi naïvement ou volontairement établies par le christianisme, dans la substitution de .-ses temples à ceux du paganisme expirant. Deux colonnes au-dessus de la grotte portaient les trépieds do deux autres triomphateurs. Une niche rectangulaire vers le couchant a dû ren fermer une statue.

En poursuivant notre route dans cette direction, nous atteignons, sous les roches de V Acropole, le temple d'Esculape et de la Santé. Peutêtre même y en eut-il deux, l'ancien et Le nouveau. Un dôme y abritait une source sacrée. C'était le lieu où Mars avait tué llalirrhothius, (Ils de Nep-

ôpL.n^.j^lntij -m :mj& .i&-- ^ ™ n;

iTs

nr?rJ «nrJ igqTJ nqrJ sttTJ BnrJ wnrJ STfïHfflruiBrïTl

Page 1