‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 273 sur 334 · TEMPLE DE LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

TEMPLE DE LA VICTOIRE

très de conduire sans trop de peine les victimes jusqu'aux autels de l'Acropole.

Aujourd'hui ce n'est plus qu'un fouillis de marbres brisés qu'il nous a fallu aborder à travers une sorte de tunnel, par une mauvaise porte turque où une avalanche de guides nous a circonvenus. 11 a été difficile de n'en prendre qu'un, d'ailleurs fort superflu. Après avoir donné un coup d'œil à l'Odéon d'Atticus ou de Regilla, qui était à nos pieds, et à de nombreux fragments d'inscriptions rapprochées au hasard sur la petite esplanade, nous sommes arrivés à la port< byzantine qui débouche au-dessous du temple de la Victoire, et presque sur le milieu du vaste escalier que j'ai déjà décrit.

Ce joli petit temple, avec ses quatre colonnes ioniques formant portique en avant de la cclla, fut élevé par Cimon en l'honneur de la Victoire sans ailes. L'heureux iils de Miltiade voulut-il supplier ainsi l'inconstante de ne plus quitter les armées athéniennes? On pourrait admettre cette explication du titre étrange qu'il lui donna. La construction de l'édifice dut ooïncider avi double triomphe remporté sur les Perses près de l'Eurymédon et le retour des cendres de Thésée, ramenées de Scyros récemment conquise L< lieu même où il fut élevé porte à croire qu'on voulut honorer la mémoire de ce héros athénien. Il se trouve, en effet, au point de l'Acropole d'où, assurait-on, Égéc avait vu revenir, avec les voiles noires qu'il avait à son départ, le navire sur lequel Thésée son fils était allé en Crète combattre le

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Minautore. Croyant mort celui qui revenait vainqueur, mais tellement à la joie de son triomphe, qu'il avait oublie d'ôter les signes de deuil attachés à son vaisseau, le malheureux père se précipita dans la mer. La délicieuse. frise dont deux côtés sont ici et deux autres à Londres, était couverte de personnages fort endommagés. La plupart des têtes ont disparu. Les draperies et les mouvements du corps sont d'un fort beau travail. Autour du petit sanctuaire régnait une balustrade d'une époque postérieure, mais ornée de sculptures remarquables parmi lesquelles on admirait surtout la Victoire déliant ses sandales, et la Victoire au taureau. On en a soigneusement recueilli les fragments, que nous verrons ailleurs.

Presque vis-à-vis le temple de la Victoire, de l'autre côté du monumental escalier, mais interrompant fort mal à propos l'alignement de ses degrés, se trouve le piédestal d'Agrippa, haut de huit mètres et large de quatre. Il porta jadis la statue colossale du gendre d'Auguste, comme le prouve l'inscription qui subsiste encore.

D'ici les Propylées devaient produire cet effet imposant et harmonieux qui les faisait préférer comme œuvre d'art au Parthénon lui-même. Mnésiclès, en les élevant, n'eut pas d'autre pensée que d'en faire l'entrée de l'Acropole. Le plan qu'il adopta fut d'ailleurs très simple. Il imagina un mur percé de cinq portes inégales et précédé d'un vestibule de même largeur. Le vestibule était divisé en trois travées par deux rangées de colonnes ioniques. En avant du vestibule était

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LES PROPYLEES

un portique de six colonnes doriques surmonté d'un entablement avec fronton encadré par deux portiques parallèles. En arrière, un autre portique de six colonnes doriques atteignait le niveau de la plateforme de l'Acropole. L'incomparable barmonie des lignes et le fini de l'exécution faisaient de ce portique si heureusement conçu une œuvre idéale. Le temps l'a rudement éprouvé. Les deux murs du vestibule sont encore debout, mais des six colonnes ioniques il n'y a plus que les bases et des ebapiteaux morcelés. Les cinq portes dans le mur qui constituait le motif principal subsistent, élevées sur cinq degrés dont le dernier est en marbre noir. Celle du milieu est plus grande que ses deux voisines, qui ellesmêmes sont plus grandes que les deux dernières. Sur ce seuil que nous foulons, que d'hommes illustres sont passés! Cinq colonnes du portique regardant l'Acropole ont encore leurs chapiteaux. A la façade principale, au contraire, deux seulement, celles des angles, sont debout. Elles mesurent près de neuf mètres de haut et un mètre cinquante centimètres de diamètre. Les chapiteaux en sont admirablement travaillés. Des deux ailes de retour, une sculo subsiste, fortement dorée par le soleil, qui la brûle depuis deux mille trois cents ans. Quand on songe que. vers le milieu du dix-septième siècle, une poudrière établie dans le vestibule y fit la plus formidable explosion, on s'étonne beaucoup moins du chaos de ruines que l'on traverse que de la solidité do ce qui est resté debout.

STATUES — MINERVE PROMACIIOS

La salle qui tient à l'aile gauche des Propylées répond peut-être à la Pinacothèque dont Pausanias nous a longuement énuméré les peintures, tout en disant que la plupart étaient effacées.

A la sortie des Propylées, nous remarquons, devant la dernière colonne qui est à notre droite, le piédestal de Minerve Hygiée. Périclès érigea cette statue votive à la déesse qui, dans un songe, lui avait indiqué le moyen de guérir un de ses esclaves. L'infortuné, très aimé de son maître et de Mnésiclès, dont il était le meilleur ouvrier, était tombé du haut de l'édifice et semblait mortellement blessé. On le pansa avec une espèce de camomille dont nous voyons encore quelques plantes végétant à travers les ruines, et, au dire de Pline et de Plutarque, il recouvra la santé.

L'enfant Lycius, fils de Myron, portant le vase d'eau lustrale, était vers le levant, à l'entrée du téménos d'Artémis Brauronia, dont Praxitèle avait fait la statue. Là, se trouvait aussi la statue de bronze du cheval de Troie. Puis venait le téménos de Minerve Ergané, ou inspiratrice des grandes œuvres. On y a retrouvé le piédestal de la déesse. La muraille qui séparait ces deux enceintes est encore visible.

Devant nous, et au point où nous quittons la direction du Parthénon pour prendr. à gauche celle de l'Erechtéion, on remarque, sur un rocher nivelé, les traces du piédestal de la fameuse Minerve Promachos, que Phidias avait coulée en bronze, assez grande pour que sa tête et une

L'EKECTIIÉION

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partie du corps s'élevassent au-dessus de tous les monuments de l'Acropole. Elle mesurait vingt-cinq mètres de haut. Le casque, scintillant sous les rayons du soleil, attirait les regards des navigateurs qui doublaient le cap Sunium. Elle était encore debout en 393. On dit que quand Alaric et ses Visigoths la virent, présentant son bouclier du bras gauche et appuyant fièrement sa main droite sur sa lance, ils furent saisis d'une sainte frayeur. La vierge terrible semblait regarder le Parthénon et le couvrir de sa souveraine protection.

A cinquante pas plus loin, en inclinant vers le nord, commence le téménos de trois sanctuaires célèbres, rattachés l'un et l'autre sous les noms de Minerve Poliade, do Pandrose, fille de Cécrops, et l'Erecthéion proprement «lit. Les plus anciennes traditions s'unissaient pour recommander spécialement ce lieu à la vénération des Atbénicns. C'était là que Minerve et Neptune avaient lutté, se disputant la ville d'Athènes. Les dieux ayant déclaré que la cité serait à celui qui ferait aux hommes le meilleur présent, Neptune frappa la terre de son trident et il en sortit un coursier; Minerve planta l'olivier et obtint la victoire. On montrait dans ce sanctuaire la place du trident et un rejeton de l'olivier divin qui, brûlé par les Perses, avait tout a coup retrouvé une nouvelle vigueur. Ici était le tombeau de Cécrops. Pandrose, sa fille, y avait fait preuvo d'une fidèle discrétion en refusant d'ouvrir la boite mystérieuse que lui avait confiée Minerve.

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L'ÉRECTHÉION

dont elle était la prêtresse. Ses deux sœurs, au contraire, en regardèrent curieusement le contenu, et, effrayées à la vue d'un hideux serpent qui enlaçait de ses replis un joli petit enfant, elles se précipitèrent dans l'abîme. On ramassa leurs cadavres en lambeaux devant la caverne d'Aglaure. L'enfant devint roi sous le nom d'Érecthée, et il éleva un temple ici même en l'honneur de Minerve et de Pandrose. De là le nom d'Érechthéion.

C'est à ce sanctuaire que se rendaient les célèbres processions instituées par ce roi et désignées sous le nom de Panathénées. De jeunes vierges y servaient de prêtresses à Minerve et à Pandrose. Peut-être faut-il en retrouver le souvenir dans ces cariatides qui soutiennent le portique méridional de l'édifice. Ployant légèrement le genou pour avoir moins de raideur dans la pose, de gracieuses jeunes filles portent sur leur tête des chapiteaux qui, raccordés avec leur chevelure, rappellent les corbeilles mystérieuses des Panathénées. Quant aux dispositions intérieures des divers sanctuaires, je suis incapable de m'en rendre compte. De plus savants archéologues que moi n'y parviennent pas davantage. Ici fut la fameuse lampe d'or de Callimaque, l'artiste qui gâtait ses œuvres pour vouloir trop bien les finir. Une seule fois par an, on la remplissait d'huile, et c'était assez pour lui permettre de brûler nuit et jour, la cella n'ayant pas de fenêtres. Pausanias observe que la mèche était d'amiante, et qu'un palmier de

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