‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 277 sur 334 · PAUL A L'ACROPOLE · texte numérisé non relu

PAUL A L'ACROPOLE

brises, cherchant à reposer dans l'horizon plein de lumière mes yeux attristés par ces irréparables ruines. Ils se reportent invinciblement sur ce qui m'entoure, comme si, jusque dans son suprême désastre, la beauté gardait l'étrange privilège de nous fasciner par cet éclat harmonieux qu'une dernière étincelle fait encore vivre, quand l'imagination sait y souffler dessus. Que dut penser Paul lorsqu'il visita l'Acropole encore dans sa splendeur? Qu'il ait frémi d'indignation à travers ce monde de statues et d'idoles ou de pitié devant cette folie de l'homme adorant les dieux sculptés par son 'ciseau, je le veux bien. Mais n'éprouva-t-il que cela? Tout juif qu'il fut, et jeté ici aux antipodes du temple d'Hérode et de ce qu'un rabbin avait jamais entrevu dans horizons, faut-il croire que sa grande âme demeura insensible à une si éloquente manif tation de la beauté idéale dans la simplicité d lignes et l'exquise harmonie de leurs combinaisons? Je ne le pense pas. C'est parce qu'il comprenait vivement ces chefs-d'œuvre, qu'il sentit son cœur brisé en voyant un grand peuple mettre au service du polythéisme le plus grossier et de l'erreur la plus dégradante tant d'illuminations supérieures, tant de génie, tant de dons naturel-. donnés du ciel pour une autre fin.

Peut être, comme nous, aima-t-il à s'asseoir sur les marches du Parthénon et à chercher le secret des lois mystérieuses qui président à la distribution des faveurs divines parmi les peuples. Le feu sacré n'eût-il pas été plus gloriouse-

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ment et plus utilement conservé ici que chez cette nation juive à la tête dure et au cœur sans générosité, qui le garda pour elle seule, impitoyablement scellé dans son tabernacle, et qui l'eût compris s'il n'avait plu à Dieu de le maintenir malgré toutes les infidélités? Pourquoi le Messie n'a-t-il pas préféré notre race, marquée au signe de la générosité, de la franchise et du génie sous toutes les formes, à celle des sémites, plus amis du formalisme que de la vraie religion,- sans charité, égoïstes, souvent trompeurs, vivant hors du reste de l'humanité, qu'ils méprisaient, orgueilleux endurcis dont le pharisaïsme devint la personnification suprême ? Que serait-il arrivé si le vrai Dieu avait parlé sur cette terre de Grèce où les philosophes, les poètes, les artistes, les savants, livrés à la seule inspiration de la nature déchue, ont eu de si beaux élans vers la lumière et créé tant d'œuvres immortelles ? Je l'ignore. Le plan providentiel était autrement. Ce que je sais et ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que toutes les œuvres du génie écloses ici, si admirables qu'elles aient été, ne peuvent être mises en parallèle avec le rayonnement qu'un psaume de David jette dans l'âme. Oui, il y a eu, et il y y aura toujours quelque chose de plus beau que toutes les gloires de la Grèce : c'est une âme connaissant le vrai Dieu et l'aimant. Ce rocher même de l'Acropole, piédestal du génie humain, où tous les grands hommes de la civilisation antique sont venus jeter leur cri d'admiration, est moins célèbre, moins populaire, moins lumi-

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ncux que la roche affreuse du Calvaire. L'un a été embelli par l'homme, l'autre a été touché de Dieu.

C'est parce que Paul le sentait qu'il était pressé de le dire. Désireux de connaître ses originales théories, et d'ailleurs désœuvrés comme des hommes qui vivaient tout le jour hors de leurs maisons, les Athéniens le prirent et l'amenèrent à l'Aréopage pour lui donner l'occasion de s'expliquer publiquement. Descendons-y sans retard. Nous baiserons la pierre sur laquelle il ébaucha le plus beau discours qu'Athènes ait jamais entendu. A mon avis, rien ne révèle mieux toute la richesse du tempérament oratoire de notre grand apôtre que l'aisance avec laquelle il prit en cette occasion la note exacte de son auditoire, citant non pas les prophètes, qui n'étaient pas connus ici, mais les philosopher et les poètes qui étaient la suprêmo autorité du peuple littérateur.

Au moment où nous quittons l'Acropole, le P. Guillcrmin vient nous faire ses adieux. Il arrivo du Pirée. Le bateau qui doit le prendre part demain. Nous regrettons de voir cet excellent ami, par respect excessif de la règle dominicaine, renoncer à poursuivre avec nous le voyage de Grèce et d'Italie.

L'Aréopage est la colline qui touche presque à l'occident do l'Acropole. Un rocher y termine d'une façon assez abrupte le renflement de terrain allant de l'ouest à l'est, entre le Pnyx et le temple do Thésée. On l'aborde par seize degrés

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