‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 28 sur 334 · LE PENTATEUQUE SAMARITAIN · texte numérisé non relu

LE PENTATEUQUE SAMARITAIN

de Jérusalem. Le fait que leur Bible ne contenait que les cinq livres de Moïse est un argument considérable en faveur de son antiquité. En tout cas, les Pères de l'Église nous parlent de cette édition samaritaine comme d'une autorité que, sur certains points de détail, on peut accepter. Saint Jérôme, dans sa préface au livre des Rois constate que ce Pentateuque est écrit avec les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu, mais avec des caractères et des signes différents. Or cette description correspond exactement au rouleau que nous avons bous les yeux. Comme développement, le parchemin est immense et se divise en un grand nombre de colonnes où les mots se touchent, sans chapitres ni alinéas visibles au premier coup d'œil. Les caractères sont néanmoins très beaux et du type antérieur aux lettres carrées ou chaldéennes. Quelques ; sages sont devenus à peu près illisibles; d'au' ont été soigneusement réparés. Pourquoi contesterait-on à ce peuple, si jaloux de ses traditions et qui est toujours resté but place, l'honneur d'avoir conservé, depuis de longs siècles, cet exemplaire do la loi, comme il a conservé Le culte de la loi elle-même? Si les Juifs n'eussent pas été de vive force dispersés un peu partout et soumis aux plus dures épreuves depuis dix-huit sièclos, qui oserait prétendre que leur religion, formaliste et obstinée, n'eût pas préservé de l'injure du temps et des hommes quelque exemplaire de la Bible? Les Samaritains on) été moins tourmentés, et je suis porté à croire que leur

LE PENTATEUgUE SAMARITAIN

Pentateuque remonte peut-être au temps où leur temple fut construit sur le Garizim. Rien de décisif ne prouve à la science qu'il n'a pas été apporté ici, quatre cents avant Jésus-Christ, par Manassé, frère du grand prêtre Jaddus, qui, chassé de Jérusalem par Néhémie, se réfugia auprès du satrape de Samarie, Sanaballat, dont il avait épousé la fille.

Nous avions entendu dire que la prononciation samaritaine n'admettait que trois sons principaux : a, i, ou. Ce n'est pas exact, et le prêtre, lisant la première page de la Genèse, prononce : Bereset bara Elouem et assamem vet aares.

Après une si intéressante exhibition, le volume est enroulé autour de bâtons dorés dont le sommet est richement sculpté. Il va sans dire que le baghehich est ici de toute rigueur. Comme nous sortons de la Kniset-es-Samireh, quelques femmes se sont groupées dans la cour pour nous examiner de près. Elles se distinguent par leur propreté relative. Singulière pénitence qu'elles subissent! Parce que les Israélites au désert donnèrent leurs boucles d'oreilles pour fabriquer le veau d'or, les Samaritaines ont été condamnées à ne jamais porter ce gracieux complément d'une toilette féminine.

Cependant les rues ont déjà pris une animation considérable. Des caravanes venant les unes de la Méditerranée, les autres d'au-delà du Jourdain, déposent ou chargent des marchandises. Le savon fait avec les huiles du pays est fort renommé. Les monceaux de cendres que nous avons vus

ROUTE DE SÉBASTIEII

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hier soir à l'entrée de la ville proviennent des usines où on le fabrique. Naplouso doit avoir vingt mille habitants. Nous saluons le curé, installé depuis ce matin au confessionnal, et au milieu de ses ouailles, qui sortent de la petite chapelle pour nous voir partir, nous prenons la route de Sébastieh.

Cette route à travers la vallée est nouvellement construite. Manier par un vrai chemin serait un plaisir fort appréciable dans ce pays. Hélas! nous n'allons pas le goûter longtemps, car, à peine sortis des arbres qui environnent Naplouse, nous reprenons à droite les sentiers difficiles et dangereux. Toutefois il n'y a pas de comparaison à établir entre ces terres de Samarie et cilles do Juda et de Benjamin, brûlées par le soleil, sans arbres, sans verdure, sans eau. De petits ruisseaux font mouvoir quelques moulins. Les abricotiers, les grenadiers, les cognassiers surtout forment de loin en loin des bouquets de verdure qui reposent agréablement nos yeux, fatigués par la réverbération de la plus éclatante lumière. Des colombes nombreuses voltigent dans les massifs d'oliviers, symboles de douceur et de paix que la poésie hébraïque a -i souvent célébrés.

A droite et à gauche, au versanl des montagnes ou sur leurs sommets arrondis, des \ illa animent le paysage. Le petit torrent du Schair, que nous avons suivi quelque temps, roule ses eaux limpides vers la Méditerranée, où il se jette sous le nom de Nahr-el-Falek, entre Jalfa et

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SKHASTIEII OU SAMAHIE

Césarée. C'est-à-dire qu'à Naplouse nous avons franchi le point culminant qui sépare les versants oriental et occidental de la Palestine. Des champs en terrasses sont convenablement travaillés. La vigne réussit fort bien ici, et on comprend que les Éphraïmites aient été des buveurs de vin.

A l'Aïn-el-Koufrah, nombreuse et pittoresque réunion de bergers qui font boire leurs troupeaux. Dans le vallon, à notre gauche, une noce se réjouit sous un olivier. L'arbre aux feuilles grêles protège mal les musiciens et les danseurs contre les ardeurs du soleil. Mais ils se préoccupent surtout du bonheur d'être sous un arbre, quel qu'il soit. Il n'y a, en effet, de véritable fête en Orient qu'à la condition de sortir de chez soi et d'aller se divertir à l'ombre imaginaire ou réelle de l'olivier et du figuier voisin.

Enfin nous débouchons sur une large vallée. Les collines lointaines qui l'entourent s'abaissent vers l'occident. Au centre, et absolument isolé, s'élève un monticule sur le plateau duquel nous distinguons des ruines. Ses versants sont disposés en terrasses couvertes d'oliviers. Le village qui est vers la partie basse, de notre côté, c'est Sebastieh, l'ancienne Sébaste, qui avait remplacé elle-même l'antique Schomron ou Samarie des rois d'Israël.

Laissant nos montures au bas de la colline, nous cheminons en méditant sur le sort de ces vieilles capitales couchées dans la terre, sous le poids de leurs crimes plus encore que des

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SÉBASTIEH OU SAMARIE

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1er

siècles. Le fameux passage du prophète Michée nous vient en mémoire, et à chaque pas noue en constatons le terrible accomplissement :

Et je ferai de Schomron un tas de pierres flans les champs,

Une terre pour planter la vigne :

Je précipiterai ses pierres dans la vallée,

Et ses fondations je les mettrai à jour;

Et toutes ses idoles sculptées seroni pris

El leurs offrandes je les brûlerai au feu.

Il est certain que cette cité, fondée par Amri, le sixième roi d'Israël, pour remplacer Tirzafa comme capitale, n'a pas ou une histoire honorable. Les jioms d'Achab, d'Ochozias et de Jézabel suffisent à rappeler ce qu'elle fut depuis sa fondation, en !»2.'i, jusqu'à sa ruine par Salniauasar, en 721 avant Jésus-Christ. Les Cutliéens, qui remplacèrenl l>s Israélites, ne la conservèrent pas pour capitale, et malgré sa forte position stratégique sur une bailleur en apparence imprenable, ils lui préférèrent Biohem, plus accessible aux caravanes et mieux appréciée par L'abondance de ses eaux. < 'es! seulement sepi siècles plus tard qu'avec un nouveau nom elle retrouva sous Hérode quelque prospérité. Le roi juif la tenait de L'empereur Auguste. 11 L'appela Sébaste pour témoigner au donateur sa reconnaissance. Sébaste dit en grec la même chose que L'expression Latine August*. Puis Samarie demeure sans histoire jusqu'aux Croisades. L'église en ruine où nous arrivons

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