‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 32 sur 334 · A L'ANCIENNE PORTE DE SAMARIE · texte numérisé non relu

A L'ANCIENNE PORTE DE SAMARIE

le roi de Syrie qui, malgré ses promesses, refusait de rendre la ville de Kamoth-Galaad? C'est possible. Quatre; cents faux prophètes étaient réunis sur l'aire qui servait de place publique, à la porte de la cité. L'un d'eux, Sédécias, fils de Kenaana, s'étail fait îles cornes de fer, et il dit au roi : « Ainsi parle le Seigneur : Avec tes corn tu frapperas les Syriens jusqu'à les détruire. Or Josaphat voulait entendre un prophète de l'Eternel. « Il y en a bien un, dit Achab, mais je le hais, parce qu'il ne m'annonce jamais que des malheurs : c'est Michée, lils de Semlah. El l'eunuque du roi alla le prendre. Et quand le prophète du vrai Dieu fut venu, il se mit à dire comme les faux prophètes : « Oui, oui, monte vers Ramoth, et tu réussiras. •> Mais Achab comprit tout ce qu'il y avait d'amère dérision dans sa réponse, el l'ayant adjuré au nom de l'Éternel do dire la vérité : < Je vois, s'écria Michée, Israël dispersé dans les montagnes, commodes brebis sans pasteur. Le Seigneur m'a dit : Ils n'ont plus de chef, que chacun retourne en paix danmaison. » Alors Sédécias, le faux prophète. frappa Michée sur la joue, el le roi d'Israël dit : « Mettez Michée en prison e1 nourrissez-le du pain et de l'eau de l'affliction jusqu'à ce que je revienne en paix. » Le malheureux Achab revint mort sur son char ensanglanté, que les chiens avaient léché quand on le lavait à la fontaine

de Jesraël. I ne flèche, lancée au hasard durant

la bataille, avait percé le roi impie entre le poumon et l'estomac

L'ACROPOLE

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En retournant vers le levant nous gravissons les dernières rampes de la colline, et nous atteignons son sommet, qui dut être l'acropole. C'est aujourd'hui un vaste champ où la végétation est magnifique. Des pierres taillées en bossage y délimitent quelques jardins, et, sous des figuiers deux chapiteaux corinthiens nous servent de sièges. Plusieurs fragments de lourdes colonnes, ayant près d'un mètre quarante de diamètre, attestent qu'il y eut ici quelque chose de plus antique que les coquettes constructions hérodiennes. Peut-être est-ce à ce sommet de la colline, qu'au milieu d'un" bois sacré, Achab avait bâti le temple de Baal? Jéhu en fit massacrer les prêtres, brûler l'idole et changer l'édifice sacrilège en latrines publiques. Ici encore durent être le temple et le forum d'Auguste. Les fragments d'architecture corinthienne que nous voyons çà et là en sont des restes authentiques. Ils ont été peut-être témoins des supercheries de Simon le magicien, des miracles et de la prédication du diacre Philippe, de l'intervention officielle de Pierre et de Jean. Le coup d'œil sur la plaine et sa ceinture de collines couronnées de jolis petits villages est très beau. La Méditerranée laisse entrevoir à l'occident ses flots d'azur. Làbas, un peu vers le nord, est Césarée, dont nous ne verrons pas les ruines, pleines cependant des souvenirs de saint Paul. C'est là que, prisonnier, le vaillant apôtre fit trembler les procurateurs romains en leur prêchant la justice, la chasteté et le jugement à venir. De Césarée étaient le

L'ACROPOLE

diacre Philippe et ses quatre filles, prophétesses de l'Église primitive. Dans le vieux port ensablé, les vagues furieuses se heurtent contre les restes d'un môle qui défie leur colère. Les navigateurs n'y abordent plus.

En descendant du plateau, nous observons encore vers le nord d'autres colonnes disposées dans une symétrie étrange et absolument inintelligible. Les autres pouvaient former une voie triomphale conduisant au temple de l'acropole. Celles-ci n'ont plus de sens. Quinze sont encore debout au milieu d'un verger. Quelques-unes se dressent plus bas, presque au pied de la montagne. C'est là que nous allons rejoindre nos moukres. De bons petits enfants nous escortent. D'un signe de croix, ils nous disent qu'ils sont chrétiens.

Quand on a contourné de tous côtés la montagne, on s'explique que, bien défendue, Samarie ne fût prenable que par la famine. Deux fois Benadad tenta de s'en emparer sans y réussir et Salmanasar n'y parvint qu'après trois ans de siège. Enveloppée dans la ceinture de colonnes et do portiques qui se développait en spirale autour de la colline, et dominée par son acropole et ses édifices publics, Samarie ou Seba>te devait, sous les rois d'Israël comme sous llérodc, offrir un splcndide coup d'œil,

C'est fort tardivement, vers deux heures, que nous atteignons la halte d'Aïn-Jcba. L'eau n'y est pas bonne. Nous nous installons sous un vénérable olivier qui se meurt, après avoir vu

SANOUU

passer bien des générations. De vigoureux rejetons grandissent autour de lui et l'environnent d'une glorieuse et vivante couronne, image biblique du vieux père, béni dans le groupe nombreux de ses fils, que l'Écriture nous montre rangés autour de la table patriarcale. J'ai demandé quelques fèves crues comme complément de notre repas. On a ravagé un ebamp pour m'apporter les plantes et les fruits.

Sanoûr, où nous arrivons bientôt, est-elle l'ancienne Béthulie? Sa situation au sommet d'une montagne rocheuse et complètement isolée, sauf au nord-ouest, semble très forte. En outre, elle est voisine de Pothaïn et de Belamon, villes entre lesquelles il faut chercher la sépulture du mari de Judith. Le vallon qui entoure Sanoûr peut suffire au campement d'une grande armée. Enfin nous sommes ici devant Esdrelon, et en un lieu propice pour défendre les défilés que devaient traverser les Assyriens marchant contre la Judée. Cela suffit-il pour identifier deux villes dont les noms sont très différents? N'est-il pas d'autres sites? Melheiloun, par exemple, avec ses importantes ruines, à trois kilomètres à notre droite, qui répondraient mieux encore à toutes les indications scripturaires, puisqu'on y trouve des sources d'eau et un aqueduc qui ne sont pas ici? S'il ne fallait que la superbe allure des femmes pour attester que nous sommes devant la patrie de Judith, le débat serait vite clos. Celles que nous voyons dans ces champs, où le mari de l'héroïne prit sa funeste insolation, sont

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SANOUR — DOTHAIN

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vraiment remarquables par leur attitude fière. Les fortifications de Sanoûr, détruites en 1830 par le pacha de Saint-Jean-d'Acre, mais aujourd'hui restaurées, produisent dans le paysage un joli effet.

Peu après, nous atteignons une hauteur d'où l'on domine toute la plaine d'Esdrelon. Le tableau est splendide. Bien loin el au fond. l'Hermon dresse dans le ciel bleu sa cime couverte de neige. Les Arabes l'appellent le Grand-Cheïk. On dirait, en effet, un gigantesque gardien des vallées qui se déroulent à ses pieds. Il se tient accroupi dans son manteau violet, bleu ou noir. tandis que, sur sa tête et ses épaules, flotte le couflieh des nomades du désert. Tins prés, Nazareth se laisse entrevoir dans un pli des monts Galiléons, au bas desquels se déroulenl des champs verdoyants entrecoupés de fragmenta de terre rouge et grise dans un pêle-mêle qui a ses charmes. A gauche, se dressent les cimes sombres du Carme],

Nous saluons à Dothaîn le souvenir de Joseph vendu par ses frères. 11 y a encore dans le vallon biblique de nombreux troupeaux. Quelques bergers sont assis sous des térébinthes. Où est la citerne dans laquelle on descendit Joseph, dépouillé de sa belle robe aux couleurs vain qui tombait jusque sur ses talons? Heureusement pour le fils de Etachel que Dothaîn était sur la route allant de Galaad en Egypte par les plaines de Saron et de Séphéla. Des marchands ismaélites passèrent ici, comme on en voit encore

SANOURI

tous les jours. Un bon mouvement, exploitant peut-être la cupidité de tous, vint au cœur de Juda, et Joseph, retiré de la citerne, fut vendu pour vingt sicles d'argent.

A la nuit, nous atteignons Djenin, charmante petite ville aux blanches maisons, dominées par un minaret autour duquel des palmiers se balancent gracieusement. L'air est tout embaumé des parfums que répandent les rosiers, les jasmins et les orangers en fleur. Un rempart de cactus immenses entoure la petite ville. Pour rendre la circulation possible, on a ouvert des portes à travers les tiges vigoureuses, et nous passons sous leurs feuilles entrelacées. Un ami du drogman tenant ici un café-concert nous offre l'hospitalité.

Vendredi saint, 30 mars.

Impossible de fermer l'œil. On nous a logés dans un appartement d'honneur isolé au fond du jardin, mais aux dix fenêtres dont il est orné, il ne reste pas une seule vitre. Malgré nos barricades les plus savamment organisées avec les coussins du divan, des nuées de moustiques nous envahissent et nous livrent un sanglant combat. Leurs dards pénètrent nos voiles et nos vêtements. Le plus prudent est de se lever et de se défendre. La veille est d'ailleurs bonne ce soir. Il y a dix-huit siècles et demi que Jésus passa cette même nuit sans sommeil et à travers

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DJENIN — PLAINE D'ESDRELON

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d'autres épreuves. Je n'ai jamais pu me résoudre à ne pas fêter un peu ce douloureux anniversaire.

La lune brille splendide au firmament. Les nuits en Palestine sont d'une poésie incomparable. Aucun souvenir, si douloureux soit-il, ne peut les attrister complètement. Nous méditons, nous prions, nous écrivons. Il est deux heures. Notre drogman et son moukre préféré dormenl au seuil du chalet, la tête appuyée sur une pierre, comme Jacob à Déthcl. Je suppose fort qu'ils n'ont pas les mêmes rêves. Hélas! leur sommeil est un peu celui de Noé venant d'expérimenter le fruit de la vigne. Le maître du café et le cadi les ont traités hier soir. Impossible de les réveiller et quand enfin ce malheureux Joseph Be soulève, il ne sait plus où trouver nos gens, nos bêtes, nos bagages. Il invoque Dieu, appelle Bon monde, se frappe la tête, crie, pleure, Be désespère, rien ne repond. Pour se distraire et nous consoler, il nous apporte des bouquets de POS< Quelques Arabea du chalet voisin, plus habiles que nous à éviter ces affreux moustiques, dont, tout armés que nous sommes, nous nous défendons à peine, couchent dehors, roulés dans des étoffes assez fortes pour leur servir de rempart.

A cinq heures seulement nous nous mettons en route, et les premiers rayons du soleil B6 lèvent comme nous entrons dans la plaine d'1 dredon. Elle est réellement belle. Les teintes tantôt claires et tantôt sombres des moissons où perle la rosée, les ondulations du terrain rouge h l'occident, noir et de nature volcanique vers

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