LEUCADE
Du grand rocher qui s'avance là-bas, la célèbre inspirée se précipita, victime de son amour pour Phaon, et, disent les poètes, elle s'engouffra dans les flots en chantant sur sa lyre. Depuis, sous les yeux d'Apollon, dont le temple dominait la mer, des criminels ou des esclaves, en plus grand nombre que les amoureux, ont dû plus d'une fois exécuter le terrible saut de Leucade. On leur attachait des ailes aux pieds et aux mains, des plumes par tout le corps, et s'ils parvenaient à se soutenir dans leur chute, des barques venaient les recueillir et les mettre en liberté.
Un calme profond règne sur les flots. Les étoiles scintillent au firmament. Quelle délicieuse nuit! Qu'il fait bon sur cette mer! A vrai dire, elle n'est pas toujours aussi favorable, et c'est bien elle que César tentait vainement de traverser quand il criait au batelier effrayé : « Qu'as-tu peur? Tu portes César et sa fortune! » L'ambitieux général marchait à l'assaut du pouvoir et de la liberté, la tempête avait raison de multiplier les obstacles sur son chemin. Nous allons vers la patrie, et elle se plait à hâter agréablement le plus heureux des retours. Le navire glisse sur la plaine liquide et dévore l'espace, tandis que nos pensées flottent agréablement entre le souvenir de ce que nous avons vu et l'image de ce que nous allons bientôt revoir. De longues heures se passent dans cette douce et silencieuse rêverie, jusqu'à ce que la fraicheur de la nuit nous rappelle à la réalité de
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