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riens inondaient toute la plaine. La victoire resta au petit nombre. Ainsi plus tard les Français furent quinze cents en bataillon carré contre trente-cinq mille. Ils tinrent bon depuis le lever du soleil jusqu'à midi. Bonaparte arriva avec six cents hommes de plus et culbuta les Turcs, qui périrent misérablement dans un bras du Cison, gonflé par les pluies. Ceux de l'armée de Benadad, qui se retirèrent dans Aphec, furent écrases par un mur qui s'écroula.
Les paysans nous regardent avec respect dans nos palanquins solennels. On nous offre encore du lait que nous acceptons, car la chaleur commence à devenir intense. Arrivés sur le versant nord du Petit-Hermon, nous descendons à travers champs par une pente vertigineuse. Un des mulets de M. Vigouroux a bronché; celui des bagages se met en rupture de ban et s'enfuit. Pour aviser à ce double incident, on m'abandonne à mes deux pauvres bêtes, cheminant par une échelle verticale. Mes pieds sont sur le harnais du mulet de devant, qui, impatient du poids que son collègue pousse sur lui, se met à lancer des ruades. La situation devient critique. Elle se dénoue de la façon la plus insensée, car, en désespoir de cause, mes deux bêtes prennent le galop, et j'arrive à fond de train, à travers les plus détestables cahots, dans un torrent desséché où tout l'équilibre se rétablit. C'était temps.
En moins d'une demi-heure nous sommes au pied de la colline où se trouve Naïm. Laissant souffler nos équipages, nous allons à pied cher-
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cher, parmi les tombeaux, celui qui un jour resta vide parce que le Messie avait dit au mort qu'on y portait : « Lève-toi! » Les grottes funéraires sont nombreuses au flanc de la montagne. On en a tiré trois sarcophages pour en faire les auges de la fontaine. Des troupeaux y boivent. Quelques femmes bruyantes et des hommes à la mine sombre nous suivent curieusement. Ce groupe, si diversement composé de gens qui ne disent rien et d'autres qui crient beaucoup, nous laisse entrevoir ce que dut être le convoi funèbre, avant et après la résurrection du lils de la veuve, dans l'expression de sa douleur et de son enthousiasme.
C'est vers l'orient que se trouvent surtout les tombeaux anciens. Nous y allons pleins de graves pensées. Pourquoi toutes ces grottes sontelles muettcs'i' Une chapelle catholique vient d'être édifiée sur les ruines d'une mosquée, qui avait elle-même remplacé un sanctuaire chrétien indiquant le lieu traditionnel où le miracle Be serait accompli. 11 semble que le site ne concorde pas trop mal avec l'Évangile. En effet, ce point fut de tout temps vers la porte de la ville et sur le chemin de sa petite nécropole. Noua entrons dans la chapelle et nous y prions pour bien des fils morts aux yeux de leurs pauvres mères, croyantes saintement désolées, a la supplication desquelles Jésus ne résistera pas toujours. Maître, dites donc à ces enfants de tant de lai « Je vous l'ordonne, lovez-vous! » Qu'ils marchent enlin à la lumière de la vérité, dans le chc-
NAÏM — ENDOR
min de la vertu. Hélas! il y a aussi des peuples que nous voyons porter en terre, et l'Église pleure derrière le mort. Seigneur, il ne faut qu'un mot : « Qoum, lève-toi, » pour rendre le fils à la mère, et vous ne le diriez pas!
Lentement nous descendons la colline, silencieux l'un et l'autre, et tout à l'émouvante scène racontée dans saint Luc. Naïm est un site évangélique absolument authentique. Je m'étonne qu'il soit si peu visité et qu'un prêtre n'ait pas la garde de ce vénérable sanctuaire. J'aimerais mieux un ermitage ici qu'à l'Emmaus du P. Cléophas.
C'est à Endor que nous devons faire notre halte et notre repas. Je n'ai rien vu de plus pauvre que ce petit village, où, la plupart des maisons étant depuis longtemps détruites, les habitants se sont mis à vivre dans des ruines, abrités sous des branches d'arbres et de grandes herbes desséchées. Les plus heureux logent dans d'immenses cavernes que, tout en suivant le sentier fort raide de la fontaine, nous visitons. La nature les a creusées dans la masse rocheuse de la montagne. Hommes et bêtes s'y blottissent. Les déchirures capricieuses de la pierre projettent des ombres fantastiques dans leurs profondeurs. C'est dans l'une d'elles que le malheureux Saiil, à la veille de livrer bataille aux Philistins campés à Sunam et s'étendant jusqu'à Aphec, vint consulter la femme qui évoquait les morts. Il avait inutilement interrogé Jéhovah, qui ne lui répondait ni par des songes, ni par l'Urim, ni par les prophètes.
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