‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 43 sur 334 · SS · texte numérisé non relu

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cains occupent la grotte où se serait accompli le mystère de l'Incarnation. Or, comme la maison de la sainte Vierge se trouve à Lorette, en Italie, ils ont conçu la scène biblique de saint Luc de façon à laisser quelque gloire au sanctuaire que l'on prétend conserver ici. Ainsi, au dire de ces bons Pères, l'archange Gabriel se serait, tenu dans la maison miraculeuse de Lorette quand il adressa sa céleste salutation à Marie, qui se trouvait elle-même dans la grotte restée à Nazareth. Par conséquent, c'est dans le sanctuaire actuel de Nazareth, et non dans celui d'Italie, que le Verbe se serait fait chair. La prétention est un peu violente en face de la vénération de l'Église romaine pour la Santa Casa, qui aurait été tout simplement le lieu où apparut l'archange Gabriel remplissant son céleste message, tandis que nous serions ici dans l'oratoire trois fois béni où Marie accepta d'être L'épouse du Saint- Esprit et où s'accomplit le mystère de l'Incarnation.

En outre, les Grecs Bohismatiques Bont, dopuis plus de dix siècles, en possession d'un site traditionnel où l'ange aurait une première fois salué Marie puisant de l'eau à la fontaine. ( !eux-ci supposent donc un prélude à la réalisation définitive de l'œuvre divine en Marie, et la jeune \ierge ne serait devenue l'épouse de l'Esprit-Saint qu'à son retour dans sa maison.

Ce n'est pas tout. Les Dames de Nazareth viennent de découvrir, dans des fouilles faites à leur couvent, l'antique grotte visitée par Arculfe

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au septième siècle, et sur laquelle fut l'église « située, d'après ce pèlerin, au milieu de la ville », par opposition sans doute à une autre qui devait être en un lieu excentrique, probablement là où se trouve le sanctuaire grec de Saint-Gabriel. La première, au dire de l'illustre visiteur, s'élevait au lieu même où Jésus avait été nourri, et par conséquent sur la maison de saint Joseph; la seconde, à l'endroit où l'ange avait parlé à Marie toute seule. Est-ce à la fontaine? Est-ce chez ses parents? Arculfe ne semble pas avoir envisagé l'hypothèse où, au moment de l'Incarnation, la jeune Vierge aurait été non pas l'épouse, mais seulement la fiancée de Joseph, et se serait trouvée encore dans sa famille, et non chez son futur époux. C'est pourtant la supposition qui, d'après les textes évangéliques, semble la plus naturelle.

Quoi qu'il en soit, nous avons commencé par visiter, en compagnie de la vénérable supérieure des Dames de Nazareth, cette troisième maison de la sainte Famille, qui peut bien être la plus authentique, à condition d'y chercher non pas l'habitation de Joseph, mais les citernes ou les caves qui furent sous cette habitation. Car enfin, je ne vois pas pourquoi on s'obstine à supposer partout les maisons dans les caves, au lieu de voir tout simplement des caves dans les maisons. Et que l'on ne parle pas de grottes servant de demeures aux paysans de la Palestine. Dans les petites villes où il y a eu de tout temps un bienêtre relatif, comme à Nazareth, les cas d'artisans

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vivant dans des creux de rocher sont des exceptions très rares, et ne prouvent pas d'ailleurs que les caves aient jamais été des maisons, car les grottes ou excavations utilisées comme demeures sont toujours au niveau du sol et servent uniquement de continuation à un avant-corps en maçonnerie qui se rajuste à l'excavation.

L'église des Grecs à la fontaine où, selon le Protévangile apocryphe de saint Jacques, Marie allant remplir sa cruche, entendit pour la première fois la salutation de l'ange sans savoir d'où elle lui venait, n'a de remarquable que le mauvais goût de sa décoration intérieure. Dans une chapelle souterraine se trouve la source qui fut peut-être celle de l'antique Nazareth, la fontaine publique actuelle en étant visiblement dérivée. On peut, par une ouverture pratiquée à côté de l'église et près de laquelle est un bassin de pierre, puiser de l'eau courante. On y trouve presque toujours quelque pèlerin qui s'y lave les yeux et la tête. La tradition qui désigne ce site remonte à plus de treize Biècles; mais vaut-elle plus que l'écrit apocryphe et le récit puéril du Protévangile d'où elle procède?

L'église franciscaine «le l'Annonciation est belle. Des piliers carrés la divisent en trois nefs, tandis que la crypte, le parvis et le chœur y forment trois étages différents. La crypte seule nous intéresse. En suivant la nef du milieu, on y descend sous le chœur par dix-sept degrés qui traversent au quinzième la chapelle de l'Ange, correspondant, dit-on, à la partie inférieure do

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la maison transportée à Lorette. A gauche est l'autel do Saint-Gabriel, et à droite celui de Saint- Joachim et de Sainte-Anne. Par deux degrés et une arcade ogivale on arrive au sanctuaire de l'Annonciation. Sous l'autel, à la paroi du fond, on a gravé : Hic Verbum caro factura est. Depuis quelque temps on cesse de donner à deux fragments de colonnes, encastrés dans la voûte ou dans le mur, la signification ridicule qu'on leur attribuait précédemment. L'un aurait marqué la place de l'ange, l'autre celle de Marie durant le sublime entretien. Comme on le voit, le Hic atteignait ici des proportions désobligeantes. On pourra aussi définitivement sacrifier, sans crainte de déplaire à la piété des catholiques, la cuisine de la sainte Vierge, où l'on arrive en avançant dans la grotte à travers la chapelle de Saint-Joseph et une série de quatorze marches. Les religieux auront assez à faire de maintenir l'authenticité de leur sanctuaire vis-à-vis des souterrains que les Dames de Nazareth ont mis à jour.

Il ne s'agit pas, en effet, de savoir s'il a pu y avoir deux sanctuaires, l'un sur la maison de saint Joseph, l'autre sur celle de la sainte Vierge, mais bien s'ils ont réellement et simultanément existé côte à côte, à cent mètres d'intervalle. Le témoignage d'Arculfe, le plus explicite que nous ayons parmi les anciens, dit positivement le contraire. Au milieu de la ville il n'y avait, au septième siècle, qu'une église. Or il décrit la crypte de cette église telle que nous la trouvons

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chez les Dames de Nazareth. In medio civitatis loco, super duos fundata cancros, etc. Comme on sait que, depuis cette époque, Nazareth a été entièrement saccagée au commencement du douzième siècle, et plus particulièrement que l'église de l'Annonciation, détruite en 1263 par le sultan Bibars, ne fut rebâtie qu'en 1620, on se demande à bon droit si un déplacement de cent mètres ne s'est pas produit quand on a édifié le présent sanctuaire, et si l'on n'a pas cru occuper à l'orient l'antique crypte ou grotte qui se trouvait vers l'occident, sous la maison de quelque particulier, devenue récemment la propriété de nos religieuses de Lyon.

Après cela faut-il tenir pour absolument authentiques les sites qui furent désignés comme tels, même au septième siècle, à moins qu'un signe miraculeux ne soit venu les proposer à la vénération publique? Saint Epiphane nous atteste qu'il n'y eut pas un seul chrétien, et par conséquent pas un seul sanctuaire vénéré dans Nazareth jusqu'après Constantin. Quand trois siècles d'oubli furent passés sur Jésus et sa famille dans cette ville hostile au christianisme, qui fut autorisé à marquer la place où ils avaient vécu? Faut-il dire que la haine elle-même des Nazaréens contre leur illustre compatriote avait été assez vivaco pour suppléer à la tradition des amis?

On nous conduit malgré toutes ces objections à un quatrième sanctuaire qui complète ce groupe déjà compliqué des diverses maisons de la sainte

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