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s'organisent, et catholiques, schismatiques, musulmans, tous, sauf les juifs, vont rendre visite aux curés de la ville. La visite consiste à saluer le maître de la maison par la formule que je viens do dire et à s'installer dans la salle du divan, où l'on se voit offrir, selon sa dignité, une cigarette ou un narguileh. On y demeure le temps qu'on veut ou mieux qu'on peut, à cause de la foule énorme qui s'y presse, sans plus mot dire. En sortant, chacun baise la main du prêtre et ajoute : « Donne fête, père, et longue vie! » Rien n'est plus curieux que l'empressement des musulmans eux-mêmes à prendre part à ces démonstrations de pieuse civilité.
Alléluia. ! Alléluia! Oui, le tombeau du Ressuscité est glorieux, et glorieux aussi a été le nom de Nazareth, sa patrie. Ce nom, écrit sur la croix, a été triomphalement promené par le monde. Maudit par la haine et revendiqué par l'amour, il a constitué l'acte d'accusation contre les chrétiens, en même temps qu'il devenait leur titre nobiliaire. Oloire au Nazaréen et aux disciples du Nazaréen! Alléluia! Nous célébrons pieusement le saint sacrifice dans l'église franciscaine, et nous recueillons au fond de nos âmes, en un si beau jour et en un si auguste site, les meilleurs fruits de notre pèlerinage.
J'assiste ensuite à la messe solennelle, debout au fond de la grande nef, pour mieux jouir de touto la fête. Assis sur des nattes ou à genoux, les catholiques de Nazareth l'ont gravement leurs dévotions. Ils sont vêtus de leurs [dus beaux
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habits, et ce mélange de voyantes couleurs, allant du bleu au rouge, du blanc au jaune, du violet au vert ou au marron, crée une bigarrure qui a son charme. Les moines officient gravement au chœur, et les orgues, fort bien tenues, jettent des flots d'harmonie sur l'assemblée radieuse. Les enfants se regardent sous leurs vêtements neufs et rient de bonheur, tant celte toilette leur semble extraordinaire. Un seul, mal et peu habillé, semble étranger à la joie universelle. Une jeune femme bien mise le surveille pourtant et le caresse. Je m'imagine que c'est sa mère, et je m'étonne qu'elle ait gardé pour elle seule les beaux habits, car sa figure est franchement bonne et intelligente. Je veux éclaircir le mystère et intervenir, s'il y a lieu, en faveur du pauvre petit. A la sortie de l'église, je la fais interroger par un jeune adolescent de douze ans, qui s'est offert c'omme interprète. La jeune femme sait d'ailleurs quelques mots de français. Les Dames de Nazareth l'ont élevée. Cet enfant n'est pas le sien ; elle l'a pris à l'église par charité. Cela lui a été plus facile que de l'habiller, car elle n'en a pas les moyens. Quand elle voit que je m'apprête à les lui fournir moi-même, son bonheur est grand et elle me baise les mains. Les magasins des juifs sont ouverts, car notre Pâque ne les regarde pas; je veux que l'enfant soit aussitôt habillé de pied en cap et qu'on me l'apporte lavé, approprié et digne de se réjouir en cette belle solennité. Je ne pense pas que Jésus ait jamais été aussi pauvre. Quant à la
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PAQUES A NAZARETH
jeune femme, simplement mais proprement mise, il n'est pas douteux qu'en regardant les images de la Vierge qu'elle priait, elle a fini par en prendre quelque chose dans le maintien et le regard. Je parle des Vierges de Murillo; celles de Raphaël ne seraient pas dans son type. On m'a ramené le bamhin transfiguré sous ses vêtements rouges, verts, blancs et même quel. pic peu galonnés d'or. 11 était suivi de sa mère véritable et de toute la parenté. Ces gens-là étaient heureux. Je l'étais bien plus moi-même, car je pensais au divin Enfant, en l'honneur duquel j'avais fait ma petite charité.
Le festin de YAlleluia a été somptueux chez l'excellent curé maronite. Ce brave P. Dhada a invite les prêtres qui pouvaient nous faire plaisir, et il a même inspire à son cuisinier quelques idées françaises que le Vatel a plus ou moins bien réalisées. Nous avons un agneau rôti, l'eu m'importe le reste. Des visiteurs continuent à affluer dans la salle voisine durant notre repas. Si on leur expliquait L'ennui qu'éprouvent les Français à voir leur table entourée de spectateurs, il est évident ^ue l'appartement même où nous sommes se remplirait vile ,1, ces curieux. C'est en rappelant ces singuliers usages orientaux que j'ai expliqué, dans ma Vie de Notre- Seigneur, la présence ou la venue de Marie- Madeleine chez Simon le Pharisien, pendant le banquet offert à Jésus.
Le soir, nous faisons quelques \isitcs aux notables de Nazareth. Nous trouvons chez l'un
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