‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 56 sur 334 · D'J PALMIER · texte numérisé non relu

D'J PALMIER

laid, nous fera croire, je ne sais dans quel intérêt, que c'est son jeune frère. Nous n'avons su qu'au moment de partir pour Beyrout, après la distribution finale des baghchichs, que c'était un jeune chrétien travaillé du désir de nous suivre en Europe et de se consacrer à notre service. C'était trop tard. Je ne pense jamais à lui sans un serrement de cœur. Il aurait fallu deviner ses bonnes intentions quand il fredonnait, en me regardant de son œil le plus caressant, de pieux cantiques auxquels je ne comprenais rien. Cet adolescent, aux vêtements rose pâle retenus par une large ceinture rouge, au blanc coullieh tombant sur ses hautes épaules, au pied solide et leste dans des sandales soigneusement liées autour de

jambes bien sciées, s'appelle Ahmed.

A Reineh, le jeune curé sorl de L'église pour nous souhaiter heureux \ ( j1 un Fran-

çais. Les moissons, belles malgré la sécheresse,

se balancent à droite et ;'i gauche autour de nous.

Par ce ohemin où nous marchons arrivaient, au

commencement de L'année heureuse, le jeune Maître, Simon-Pierre, André, Jean, Philippe, Jacques el Nathanaël, venant des bords du Jourdain et allant à Cana assister à des Ides nuptiales où Marie les avait devancés. Le ciel n'était pas plus beau qu'aujourd'hui. J'allais dire, leur

coeur n'avait pas plus de joie que Le nôtre. L'atmosphère où nous vivons depuis trois jours nous enivre de lumière et de suaves émotions.

A gauche sur la colline, dans un nid de verdure, El-Mesched est peut-être L'antique Gath-Hepher,

la patrie de Jonas. Dans une assez pauvre mosquée on montre, sous un tapis vert, le tombeau du Prophète. Des femmes descendent de la hauteur pour aller puiser de l'eau à la fontaine de Cana, où nous arrivons bientôt. Je remarque une fort jolie vigne nouvellement plantée, ce qui prouve que les habitants du pays ne comptent pas sur l'intervention miraculeuse du Maitre pour avoir du vin sans travail. Je souhaite au propriétaire d'en recueillir d'aussi exquis quo celui dont le chef du banquet fit l'éloge devant les convives étonnés.

Nous voici à la fontaine d'où venait l'eau que Jésus changea en ce vin délicieux, car il n'y a qu'une seule fontaine à Cana. L'eau en est médiocrement bonne et peu propre. Une anguille énorme s'y promène dans la vase. On me dit qu'elle a été mise là pour dévorer les sangsues qui y pullulent. Des troupeaux boivent dans un sarcophage. A travers d'immenses haies de cactus, formant rempart autour du petit village, le long de jardins remplis de figuiers et surtout de grenadiers, nous arrivons à l'église catholique, qui marque, dit-on, le site traditionnel où s'accomplit le changement de l'eau en vin. L'office du matin commence à peine. Nous entrons dans la maison du curé. Il y a du vin sur la table, nous le goûtons. Le vin de Cana est meilleur que l'eau de sa fontaine. Dans l'église des Grecs schismatiques, qui est en construction, on nous montre les deux vases antiques dits urnes de Cana. Ils sont grossièrement faits et à l'abri de la casse.

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