MAGDALA
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les habitants d'Arbèle trouvèrent dans ces grottes un asile contre l'armée de Bacchides. Les Musulmans semblent s'y être fortifiés à l'époque des Croisades. De grands aigles volant sur le ravin, ou perches au sommet des roches abruptes, troublent seuls maintenant de leurs cris aigus ces gorges sauvages.
C'est l'heure où les troupeaux vont paître dans la plaine inculte. Les bergers de Medjel ont ouvert leurs étables, et il en sort des moutons à larges queues, des chèvres à longues oreilles, quelques bœufs maigres et chétifs. La scène est intéressante. Pour voir de plus près les gens de Magdala, nous leur demandons du lait qu'ils nous apportent volontiers. Notre impression première sur le type absolument laid et la misère sordide des individus n'est pas modifiée. Cette population est en outre fort superstitieuse. Un énorme zizyphus sur la tombe d'un santon est littéralement couvert de petits chiffons de toute couleur en guise d'ex-voto.
Au milieu des jardins, un palmier subsiste encore. Sur les bords du lac, les ruines de murs épais marquent la place d'une tour, migdol, et c'est peut-être d'elle que vint le nom de Magdala. On comprend que, située à l'entrée de la riche plaine de Génézareth, la petite ville ait été jadis fortifiée. La présence d'une garnison et la douceur du climat durent influer sur l'immoralité de ses habitants. Ainsi s'expliquerait la trahison rabbinique sur Madeleine qui, mariée à un officier jaloux et méchant, aurait trouvé dans les
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LA PLAINE DE GÉNÉZARETH
mauvais traitements qu'elle subissait un prétexte à ses premières malversations. A notre gauche, quelques pans de murs nous paraissent antiques. C'est tout ce que Magdala conserve de son passé. La plaine de Génézareth, aujourd'hui El- Ghoueïr, où nous entrons, est bien ce que nous avions dit hier soir : un paradis perdu, parce que personne n'en veut. Au temps de Josèphe, les arbres qui demandent les températures les plus diverses y croissaient avec une vigueur étonnante, noyers et Gguiers, palmiers et oliviei « La nature, continue l'enthousiaste historien, avait fait tous ses efforts pour réunir là ce qui semble s'exclure partout ailleurs. Les saisons de l'année luttaient d'un beau zèle pour -approprier la riche vallée qui produisait les fruits Les plus divers, et surtout les conservait très longtemps. Dix mois de l'année il y avait des liyucs et des raisins. » Hélas! aujourd'hui, à quelque époque qu'on y vienne, on n'y trou\<- absolument rien. Faute de culture, toul a disparu, et la désolation est aussi complète ici <pie dans la plaine do Jéricho. De gigantesques broussailles, où nichent d'innombrables perdrix, des cailles et des échassiers, attestent pourtanl «pie celte terre, formée d'alluvions rougeâtres, a encore toute son ancienne fécondité. Les lauriers-roses annoncent que l'atmosphère y est agréablement tempérée par la brise du lac, et la réverbération du soleil qui nous brûle dit, au-delà de nos désirs, l'intensité de la chaleur qui y règne le plus souvent. Ce qui n'est plus là, c'est le bras do
LA. PLAINE DE GÉNÉZARETH
l'homme. Dans la vaste plaine, je ne vois que deux petits champs de blé, et un Arabe qui laboure une terre voisine. Tout le reste est délaissé. Cependant, au nord et au couchant, sitôt qu'on atteint les coteaux pierreux, la culture devient régulière. Pourquoi l'homme travaille-t-il là-bas, et non pas ici? Y est-il plus en sûreté contre les Bédouins maraudeurs? Peut-être.
Nous traversons successivement quatre ruisseaux. Le premier, que les gens du pays nous désignent sous le nom de Aïn-Taoun, a deux mètres de large et descend rapidement vers le lac. Un second, moins considérable, quoique dans un lit plus profond, vient du ouady Hâmam, le ruisseau des Colombes. Le troisième est plus important. C'est en le remontant qu'on trouve la Fontaine-Ronde, qui, d'après plusieurs, répond à la source dite par Josèphe de Capharnaum. « Ce qui concourt singulièrement à tempérer l'atmosphère de la plaine de Génézareth, écrit cet auteur, c'est qu'elle est arrosée par une source très abondante que les gens du pays appellent Capharnaum. Quelques-uns pensent que cette fontaine est une veine du Nil, parce qu'on y voit le coracinus, espèce de poisson qui se trouve dans le marais d'Alexandrie. » Quoi qu'il en soit de cette dernière supposition, assurément fort extravagante, il est évident que, pour Josèphe, la plaine de Génézareth était traversée et arrosée (Siap&exai) par la fontaine de Capharnaum. Plusieurs même soutiennent, mais avec moins de certitude, qu'à son sens la source
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prenait naissance dans ses terres et ne lui était pas amende d'ailleurs par des aqueducs. Or, comme la plaine qu'il décrit, longue de trente stades et large de vingt, est certainement celle où nous sommes, on s'est demandé si l'unique fontaine qui s'y trouve à un point propice pour l'arrosage, n'est pas celle qu'il a mentionnée. D'autre part, pourquoi n'a-t-il parlé que de cette fontaine, quand nous voyons dans Génézareth au moins cinq petits cours d'eau d'une au--i grande importance qu'elle, sans compter la source d'Aïn-et-Tin, qu'il a pu négliger parce qu'elle était trop près, du lac? Peut-être à cette époque les sources de la plaine étaient-elles concentrées en une seule qui rayonnait en tout sens par de petits canaux? Mais observons en< que donnant à la fontaine le nom d'un village [Càphar signifie, en effet, village), il ne parle aucunement d'un lieu habité près de cette fontaine. Faut-il croire que sa connaissance du pays était insuffisante? 11 y avait cependant fait la guerre, et même il nous apprend que. blessé au poignet d'une chute de cheval pendant une carmouche près de Julias, dans les marécages du Jourdain, il s'était fait transporter provisoirement en un lieu «lit ( iapharnomé, dénomination qui ressemble beaucoup à CapharnaUm. Toutes ces indications, fort insuffisantes, sinon contradictoires, créent un réel ombarras quand on veut prendre un parti et fixer la place réelle de la fontaine et de la ville appelées CapharnaUm. Au milieu de toutes ces difficultés (pic notre
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