‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 94 sur 334 · I3ANIAS OU CÉSARÉE DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

I3ANIAS OU CÉSARÉE DE PHILIPPE

terrible : « Qui veut être des miens doit se renoncer lui-même, prendre sa croix et me suivre. »

Baiiias, ou Ccsarée de Philippe.

L'ancienne Césarée de Philippe était sur le petit plateau que forment, à trente mètres environ au-dessus de la plaine, deux ouadys, le Zaareh au sud, et le Kachaïbeh au nord. Leurs eaux, après avoir contourné les remparts, vont se rejoindre à l'occident du plateau.

Nous passons sur un pont où elles se précipitent écumantes à travers les rochers. Ce sont incontestablement les plus belles, les plus fraîches, les plus rapides que nous ayons vins en Palestine. On croirait arriver dans un village suisse, si l'absence de toute route, l'aspect désolant des ruines, la misère des habitants ne nous ramenaient aussitôt à la réalité. Des peupliers, des platanes, des figuiers, créent ici de vastes et pittoresques massifs de verdure. A travers les sentiers que l'eau envahit, et où nos chevaux heurtent des fûts de colonnes brisés, des sarcophages transformés en mangeoires pour les troupeaux, des chapiteaux devenus des bornes délimitant les jardins, nous atteignons les premières maisons du village. Mlles sont misérablement construites, mais des fragments de marbre finements sculptés et bâtis dans ces murs de boue, prouvent bien qu'il n'y eut ici qu'à s'in-

vr~V

\ '/ïk^U.

ici;

LE GIIEIK ARKAOl I

clincr pour ramasser les restes splendides d'une vieille capitale.

Du haut de leurs terrasses, les femmes, fort intriguées, nous regardent venir. C'est à Césarée de Philippe que, d'après Eusèhe, l'hémorroïsse avait fait ériger un monument de bronze consacrant le souvenir de sa miraculeuse guérison. On l'y voyait suppliante aux pieds du Seigneur, qui, le manteau rejeté sur l'épaule, après l'avoir effrayée par cette question : « Qui m'a touché ? » étendait vers elle sa main en disant : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. » La statue resta debout devant la maison de l'heureuse croyante jusqu'à Julien l'Apostat, qui la renversa, parce que le peuple attribuait à une herbe poussant sur son piédestal la faculté d'opérer des cures miraculeuses. L'empereur mit la sienne à sa place.

Nous nous arrêtons devant un groupe d'hommes oisifs fort intrigués par l'apparition subite de nos palanquins. Le drogman leur demande où nous pourrons trouver un gite, personne ne répond. Ainsi arriva-t-il au lévite d'Éphraïm à Gabaa. Il n'y a pas ici une seule famille chrétienne. Très heureusement on nous a donné à Nazareth le nom du cheïk. Nous demandons à aller chez lui. Il habite dans les restes d'une vieille tour qui, après avoir longtemps protégé la ville, tombe maintenant en ruines et n'offre qu'un mauvais logement au premier personnage de l'endroit. Il est trois heures environ. Le cheïk se trouve occupé dans son harem à régler peutêtre quelque litige domestique. Il faut ici se re-

LE CHEÏK ARKAOUI

l&fâAZJX

wm

commander soi-même, autrement qui nous recommanderait? On va donc lui répéter que deux voyageurs dont l'opinion publique et les journaux se préoccupent en Europe, veulent le voir. Cette fois il arrive à la hâte. C'est un vieillard dont la physionomie ne manque ni de finesse ni de distinction. Par l'intermédiaire du drogman, je lui demande un abri pour la nuit. Il me regarde un moment en silence et puis répond : « Tu es ici chez toi; dispose de tout ce qui m'appartient. I soir, je te ferai servir mon souper. •■ De mon mieux je le remercie et lui touche la barbe en signe d'alliance. Comme il eût été en peine de toucher la mienne, je lui indique celle de M. Yigouroux, qui rit beaucoup <le mes mœurs orientales. Nous nous serrons la main, et tout esl dit. Nous voilà installés dans le divan extérieur, qui est aussi la mosquée de Banias.

Notre arrivée a fait sensation dans la maison du cheïk Arkaoui, car, au moment où nous sortons, toutes ses femmes sont sur la terrasse el se penchent pour nous voir passer. En notre honneur elles vont pétrir du pain frais avec de la fleur de farine, rouler des boules de viande avec le veau que l'on tuera et préparor de la crème avec le lait des troupeaux qui rentreront tout à l'heure. C'est identiquement ce que lit Sarah, quand Abraham reçut les envoyés de Dieu sous le chêne de Mamré. Les mœurs patriarcales n'ont pas beaucoup changé dans les vieilles familles de cet Orient immuable. Dès qu'on y touche à la tente, au nomade ou au cheïk des montagnes, on

Page 1