LA GROTTE DE PAN
saltérer. Pendant que j'en demande un verre au drogman, qui, ne se croyant pas surveillé, boit d'abord dans mon écuelle et me l'offre sans daigner même la laver, M. Vigouroux veut absolument explorer l'intérieur de la grotte. J'ai beau lui rappeler les expressions terribles de l'historien juif, et lui parler de l'abîme insondable, d; àajTp^xov a-oppwyot êaôuvetai, indicible, 6a0o; aoaTOV, de la nappe d'eau immobile et trompeuse, il marche quand môme. Je lui raconte avec émotion l'histoire de cette victime que, d'après Eusèbe, on jetait à certains jours de fête dans le gouffre, et qui ne reparaissait plus. Je le supplie de n'être point celle-là. L'imprudent! il ne m'entend plus. Je prie, comme cet Astyrius, sénateur romain, dont parle le même historien, pour que le gouffre ne dévore pas mon ami, et enfin, comme Astyrius, j'ai le bonheur de voir reparaître la chère victime. Hélas! elle n'est ni blanche ni pure comme quand elle y est entrée. Des pieds à la tête notre cher explorateur est tellement couvert d'énormes puces rouges qu'il m'est impossible de voir une seule partie de son corps respectée par la foudroyante invasion. Pour aviser au plus tôt à ce que sa situation a de critique, nous l'installons sur une pierre, au milieu des eaux bouillonnantes, et ce n'est pas assez de nos cannes, de nos ombrelles pour expulser les terribles aphaniptères. Il faut requérir deux Arabes de bonne volonté. Hélas! tout ne s'en ira pas, même avec ce nouveau renfort, et cette nuit, moi qui fus prévoyant et sage, je recueillerai bien quel-
hA CHAPELLE DE SAINT GEORGES
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ques restes d'une punition que ma curiosité n'a pas méritée.
A gauche de la grotte un petit sentier mène à l'ouely El-Khidr, ancienne chapelle consacrée à saint Georges. Ces quelques colonnes d'origine romaine que l'on y voit sont-elles des restes du fameux temple érigé par Hérode à l'empereur Auguste? Où fut ce temple? Autant de questions qui demeurent sans réponse. Mon âme d'ailleurs ne s'arrête pas à les résoudre. Klle trouve une tout autre consolation à penser que si au pied «le la gigantesque montagne le culte «le l'art et de la force, l'hellénisme et César eurent leurs sanctuaires, au-dessus d'eux. Un jour Jésus, sur celte pente lumineuse de l'Hermon, s'éleva et bo manifesta dans sa gloire. Seul le Fils de Dieu est resté debout. Les idoles sont tombées, le paj nisme est mort, les César- se sont couchés dans le sang et la boue, et lui, plus splendide que L'Hermon sons les feux du soleil, pins durable que toutes les grandeurs humaines, toujours le môme quand tout a changé, il rayonne encon règne sur le monde nouveau.
De eeite hauteur d'El Khidr on peut aisément se rendre compte du site de l'ancienne ville. Vers le nord et au couchant elle a ete transformée en jardins; au midi et au levant, c'est-à-dire dans sa partie la plus haute, elle est encore entourée do murailles à moitié détruites, mais où se dessinent
les restes de huit vieilles tours, donl deux sont
encore debout. Reprenant le sentier qui mène au village, nous traversons Banias du non! au sud,
LE KAYIN ZAAREB
étudiant attentivement ses moindres ruines. Un nuage qui flottait depuis quelque temps au flanc de l'IIermon est tout à coup sillonné par la foudre. Le tonnerre ne tarde pas à ébranler solennellement les échos des montagnes. Ce sera sans conséquences; mais les innombrables troupeaux du cheïk rentrent avec précipitation par la porte du midi. Cet homme doit être riche. On nous assure qu'il possède au moins dix mille têtes de bétail.
Un tombeau de santon, religieusement clos de murs, parait être en grande vénération dans le pays. Il n'y a pas ici rien que des chiffons suspendus à un arbre; la piété musulmane y brûle sur une colonne creuse des parfums dont l'odeur est exquise. La porte de la ville, près de laquelle il se trouve, était défendue par l'une des huit tours antiques dont j'ai déjà parlé. Les parties inférieures de ces énormes constructions rondes ou carrées, visibles du côté de Zaareh, sont seules de l'époque romaine. Le reste, mal bâti avec des tronçons de colonnes et des débris de toute sorte, est d'une époque plus récente. Quelques fragments de frises et des linteaux de portes finement sculptés servent de parapet au pont, sous lequel il faut descendre pour bien juger ces beaux restes de constructions grecques ou romaines. Nous gravissons ensuite la colline méridionale, d'où la vue sur la ville est plus pittoresque encore que de la chapelle Saint- Georges. On constate d'ici que l'ancienne forteresse est seule occupée par le village actuel. Le