DANS MON RÉTICULE
Pierre. • — Vous aviez l'air de vous amuser !
Nounette. — Ce que l'on peut être bête à vingt ans!.. Où est donc Gaby?
Pierre. — Elle est en train de vivre ]■<: ligne de points d'un roman croustilleux. J'ai entendu le bruit d'un verrou que l'on }X)ussait doucement d abord, puis avec une hâte brutale. Nounette !
Nounette. -— (^ui vous a autorisé?
Pierre. — Madame...
Nounette. — Non ! Non '• Je ne veux pas faire de la gymnastique avec vous.
Pierre. — Quel mot !
Nounette. — Est-ce que vous appelleriez ça de l'amour, par hasard?
Pierre. — Je n'y comprends rien. On dirait que vous prenez un malin plaisir à me doucher. Quand je suis arrivé vous avez été tout de suite aimable, coquette, prévenante, pour que je vous préfère aux autres. Et dès que nous avons été seuls.,
Nounette. — Levez-vous, asseyez-vous sur ce pouf. Là! maintenant, j'ai à vous demander pardon. Etes-vous discret?
Pierre. — Certes.
Nounette. — Eh bien, il vient de m'arriver quelque chose d'épouvantable, Avezvous déjà souffert^ Non ' Suis je bête ! Il n'y a qu'à vous regarder ■ Moi je souffre, comprenez-vous, atrocement. Je viens d'être trahie. Je ne sais pas pourquoi je vous ouvre mon cœur; j'ai besoin de parler, de parler... et si je suis venue ici c'est parce que j'ai eu peur de tester seule. E<- je ne vous raconte pas un boniment . j'ai eu peur... Vous, vous avez vos parents, votre peinture, vos amis, qu'est-ce que ça peut vous faire, une femme? Gaby, elle, a sa réserve, des petits dans votre genre ! Et puis elle aime l'amour. Même ces dindes qui étaient là tout à l'heure!.. Marie-Louise a sa collection, elle a son théâtre; Mouche a son Auguste , moi je n avais rien, rien qu'un étie. Et je viens de le perdre. Alors n est ce pas, quand vous êtes là à m'embrasser la nuque, je pense bien ,• « Je me venge » mais je n'ai pas à me venger puisque je ne veux plus de lui.
Ah ! non ! Je ne veux pas qu'il m'arrive avec l'odeur dune autre dans sa moustache. Je ne suis pas une bourgeoi.se, moi, je suis peuple, j'ai du sang dans les veines.
Pierre. — Calmez-vous.
Nounette. — N'ayez pas peur pour lui ; je ne le supprimerai pas. Je ne peux pas l'empêcher de vivre, et puis on ne fait pas de tragédie avec lui! C'est M. Armand Cherpray-Barfleur. Je suis ridicule, hein? Je l'aime et il vient de me tromper, salement, comme il m'a sans doute trompée hier, comme il me trompera demain, parce qu'il nie trompe en respirant cet homme-là ! Vous direz que, moi, Nounette, je peux le garder! On ne le garde pas. Il est toujours en train de valser. Quand il a fini avec une^ il recommence avec une autre et il ne s'aperçoit même pas qu'on va tomber... Seulement, moi, qu'est-ce que je vais faire, hein ?
. êtes bouleversée... Attendez. Le temps
^-o™.^xTr- ïlions! trouve, quelque -"^8^.'^?™ '- >fe ^:^:'yT:^é
chose. C'est tout ce que vous avez a me pro- Nolnette. je cro 4 j
-, un moyen. „,, .
poser? ^,, ,, •' LUe sort.
^ Elle se levé.
Pierre - Je ne veux pas vous laisser Pierre. - Eh! Ah ! Gaby ! La ber-
partk aTnsi... Non, ne parL pas... vous gère vient de s'envoler! th! Ah!
Ùe fioutiette à. Rftnsxtid
« Tu m'écris que tu as besoin de ta li- « berté. Je te la rends, mon chéri. Ça t'est « bien égal que je te la rende d'une façon « ou d'une autre. Tu es libre! Seulement « il fallait m'écrire avant de me tromper. « Ou bien il fallait avoir le courage de me « dire la vérité en face. Une lettre, c'est « assez lâche... je ne peux pas te répon- « dre; je ne sais pas écrire, je ne trouve « pas mes mots. Vous autres vous faites « des études pour pouvoir ensuite tourner « vos phrases et les entortiller bien joli- « ment. Je ne suis pas de force. Je ne sais « pas pourquoi je te barbouille tant de « papier. Je veux te parler une dernière « fois. Comme c'est drôle tout de même! « Hier on vivait ensemble; on était comme « qui dirait deux contre tous les autres « et maintenant c'est fini : on s'en va cha- « cun de son côté, on ne se connaît plus. « Tout ce qu'on s'est dit ne compte pas ; « c'était des bêtises; maintenant on est rai- « sonnables...
« Laisse-moi t'expliquer, mon chéri, que « la femme de ménage est payée ; le livre
« de la blanchisseuse est dans le tiroir du « haut de la commode; j'ai mis dedans ce « qui me restait de ce que tu m'as donné. « Ne t'inquiète pas : je n'ai besoin de rien. « J'ai une façon épatante de m 'arranger. « Voilà.
« Adieu, mon amour.
« Je ne te félicite pas de ta nouvelle « bonne amie. Elle doit se piquer à la <: morphine, priser de la coco et boire de « Téther. Une vraie bique, ta femme fa- « taie, mon cher! Mais tu l'as soufflée à u Cramique. Ça, c'est excitant ! Tu as toute jours aimé ces complications-là; tu as du X goût pour la femme des autres. Et puis « c'est beaucoup plus avantageux. Pour « te garder j'aurais dû devenir la maî- « tresse en titre de ton meilleur ami. Nous « nous serions vus en cachette. C'est si poé- K tique de se retrouver pour ça, à une .< heure fixe, comme pour le dîner, et dans (I une chambre d'hôtel ! Tu aimes l'hôtel, « tu aimes le restaurant, tu aimes le théâ- « tre, tu aimes ce que les autres aiment. « Je te souhaite de ne pas changer.
« Moi je m'en vais. Salut, messieurs, « dames ! Je ne te demande pas de faire « passer une note dans les journaux. Je « n'ai pas besoin de publicité. Et puis Nou- « nette ce n'est pas un nom à nécrologie. « On se tordrait : « Nous apprenons la « mort de M"® Nounette. » On n'a pas le « droit de mourir quand on est Nounette. « Mais je suis aussi Blanche Passereau. « Tu ne le savais pas. Nounette te suf fiée sait. Alors il faut que tu saches : Je « suis Blanche Passereau, comme on pourra « le constater sur mon livret de travail. « Je l'avais conservé. J'ai été plumassière « pendant quatre mois, parce que maman « était plumassière. Je n'ai eu que ma « maman... Il n'est pas bien plein mon li- « vret de travail ; il n'y a qu'une petite « case... Je n'ai pas travaillé longtemps!
« Je ne t'en veux plus, Armand. C'est « moi qui t'ai cherché. Tu ne m'as pas « repoussée parce que tu es faible, mais « tu te doutais bien que cela tournerait mal « et que tu aurais des désagréments. Moi, « je sentais que tu t'échapperais, que tu « m'échapperais... J'étais comme notre voi- « sin, M. Crobette : je lisais toujours dans « mes cauchemars la lettre que tu viens de « m'écrire : « Ma pauvre amie, il faut « mettre fin. »
« Je mets fin.
« Si tu étais gentil, tu te souviendrais « que j'aimais les œillets et les roses « roses... »
Une maison de santé. Nounette repose dans un petit lit blanc que recouvrent des journaux déployés, au milieu d'un décor strictement ripoliné, qu'égaient seuls des rideaux jaunes et un énorme bouquet de violettes.
L'Infirmière. — Il y a là une dame qui vous demande. M. le docteur veut bien vous autoriser maintenant à recevoir quelques visites. Mais vous serez sage et vous ne bavarderez pas trop?
Nounette. — Jamais je ne me suis mieux portée! J'attends mon œuf à la coque comme un chien attend sa pâtée. Et si je reste ici, c'est parce que j'ai la flemme et que je me sens bien. Voulez-vous faire entrer cette dame?
L'Infirmière. — Elle en a des parfums! A vous donner mal à la tête...
Nounette. — C'est Gaby !
Entre Gaby, violemment affectueuse ainsi qu'il convient.
Nounette. — Tu es la première ! Très chic, ça !
Gaby, se précipitant sur elle. — Ah !
ma chérie ! ma chérie ! Quand je pense que je suis la cause involontaire... Car enfin c'est moi qui te l'avais présenté... J'en suis encore bo-uleversée... On ne parle que de toi... Quelle histoire! J'ai téléphoné tous les matins pour avoir de tes nouvelles. Je t'apporte du chocolat à la pistache et à la noisette. Une merveille, tu verras ! Sais-tu que tu es plus jolie que jamais? Un peu pâle, mais ça te va.
Nounette. — J'étais née pour le drame.
Assieds-toi, bonne Gaby.
Gaby. — Tu vas me raconter tout. Je.
ne suis pas venue par curiosité, mais...
Nounette. — Oai, je sais...
Gaby. — Comment as-tu eu le courage?...
Nounette. — Pour que tu comprennes, il faut que je commence par le commencement. Dès que j'ai eu vu Armand je l'ai aimé. Et pas seulement parce qu'il te plaisait, non, c'était autre chose, qui me faisait mal à force d'être doux. Tiens, quand je le regardais j'étais comme ces mères qui pleurent et sourient en regardant leur gosse ; il me faisait de la peine et du bien. Et j'ai voulu être quelque chose pour lui. Etre quelque chose, tu sais ce que ça veut dire?
Gaby. — Ça veut dire : tout.
Nounette. — Justement. Et j'ai eu une ambition stupide : le fixer, le fixer par la douceur, par la gentillesse, par les attentions...
Gaby. — Imbécile! Les hommes et les papillons ça ne se fixe qu'avec une épingle.
Nounette. — Peut-être... Enfin, de son côté il avait l'air emballé. On se promenait dans Paris la main dans la main, comme un garde municipal et sa promise ; on visitait le musée du Louvre. Ma chère, quand un homme vous conduit au musée du Louvre, c'est qu'il vous aime, qu^il veut vous élever l'esprit et faire de vous ce que j'appelle une compagne.
Gaby. — Tu me fais penser qu'Edmond doit toujours m'y conduire...
NouîŒTTE. — Quand ils ne vous y amènent pas tout de suite, après ils ne trouvent
NoLinette
jamais le temps... Moi j'étais comme abrutie de bonheur ! Tu penses si je me fichais des tableaux ! Je le menais devant ceux qui ont une glace, pour le voir dedans. Et là-haut, là où il y a des petits nayires!... Bref, il a décidé que nous habiterions ensemble. J'ai donné congé à mon propriétaire avec lequel j'avais encore deux ans de bail à courir et à Gaston Roudiminy...
« Ah ! MON Dieu ! Quelle infamie ! »
Gaby. — Avec lequel tu n'avais pas de bail?...
NouNETTE. — A la volonté du preneur?... Non! Je l'ai liquidé instantanément. On a meublé un petit appartement à Grenelle. Le premier soir, tu entends, le premier, Armand s'y est embêté. J'ai pensé : « C'est une crise, ça passera. C'est la fièvre du conjungo! » Ouiche! Peu après il me trompait.
Gaby. — Tu en es sûre?
XouNETTE. — On m'avait prévenue, on m'avait donné l'adresse. Je l'ai vu. Je l'ai vue elle aussi...
Gaby, palpitante. — Tu vas trop vite!
XouNETTE. — Ça se passait devant la garçonnière d'un de ses amis. J'ai vu d'abord Armand... Et puis la femme!
Faut-il tout de même qu'ils aient la tromperie dans k peau ! Une bringue, ma chère, qu'un égoutier n'en voudrait pas pour grais-
ser ses bottes ! Je reste donc là, dans mon. fiacre, à me manger les sangs, quand Cramique, l'ami d'Armand, l'homme à la garçonnière, arrive : « Mademoiselle, permettez-moi de monter, de vous expliquer... » Il monte : « Cocher, au Lac! » Et il commence à s'embrouiller : « Croyez-en un homme qui n'a pas toujours été heureux... Ne vous fiez pas aux apparences... Armand vous expliquera... Ce n'est qu'un malentendu ! » Je hausse les épaules : « Mais, monsieur, je sais tout : j'ai vu cette bique! Vous transmettrez tous mes compliments à votre ami! Où a-t-il pu la ramasser? Deux mètres de long, des cheveux carotte, un visage blême, des yeux au charbon et une mouche sur la joue droite! » J'allais! J'allais ! L'autre bégaye : « Rousse ! Un grain de beauté ! Ah ! mon Dieu ! Quelle infamie! Chez moi! » C'était sa maîtresse!
Gaby. — Bravo!
NouNETTE. — Là- dessus, voilà qu'il s'évanouit et qu'il s'effondre. Pauvre bougre! Je t'avouerai qu'à ce moment-là il ne m'intéressait guère. J'en avais assez à m'occuper de moi. J'arrête le cocher, je descends et je m'en vais toute seule, comme une folle, par le Bois...
Gaby. — Tu voulais déjà...
NouNETTE. — Je ne sais plus... Je n'étais même pas triste. J'avais dans la bouche quelque chose d'amer, et une boule dans la gorge... En plein Bois j'ai rencontré une vieille mendiante qui tenait en laisse, avec un mouchoir sale, sa fille idiote, un monstre qui bavait et qui s'accrochait au mouchoir avec des mains auxquelles manquaient des doigts... Je leur ai donné tout mon argent. Je ne regrette pas l'argent, mais la bourse; c'était un souvenir... J'avais l'intention bien arrêtée de me jeter dans le lac. J'ai eu peur que l'eau ne soit pas assez profonde. Et puis, être ramenée pleine de vase, à l'heure d'Armenonville!...
Gaby. — Moi, je me serais vengée...
NouNETTE. — J'y avais bien pensé, chez toi. Mais ce peintre était trop gosse... J'ai donc rebroussé chemin et je suis allée à Passy, chez Dumontelle. l'homme de lettres qui me fait la cour depuis si longtemps. Je sonne. Il vient m'ouvrir. Quelle surprise ! Il en tremblait ! Il était en pantoufles. Dans son cabinet de travail ça sentait la pipe et le vieux livre... Il n'y avait qu'une lampe sur la table. Je me suis assise dans l'ombre et il n'a pas vu que j'étais bouleversée. Il m'a embrassée comme il aurait embrassé une petite cousine de la cam-
Gàby. — Et tu es tombée?...
NouNETTE. — Sur un matelas.
pagne. Je lui répétais : « Qu'est-ce que vous attendez donc? Profitez, mon petit ami! » Il restait stupéfait. Il a fini par me mettre à la porte : « Vous n'êtes pas dans votre état normal ; rentrez chez vous ; reposez- vous. » J'étais comme morte, avec un mal de tête! Ma tête pesait trois cents kilos. J'ai cru que je n'arriverais jamais à monter mon escalier. Chez moi, je trouve un mot d'Armand : « Ma pauvre amie, il faut mettre fin à une situation intolérable. Vous me suivez partout, j'"ai besoin de ma liberté. » Je n'en ai pas lu davantage. Je lui ai écrit et puis je me suis mise à ma fenêtre. On voyait Paris, tu sais, et beaucoup de ciel, sur toutes ces cochonneries... Ma tête était de plus en plus lourde, je me suis penchée...
Gaby. — Ah ! quelle horreur ! Touche ! J'ai les mains glacées.
Nounette. — C'est plus chouette qu'un roman policier, hein? Qu'est-ce qui s'est passé dans cette seconde-là? Je me suis dit : « A quoi bon relever ma tête? Elle est trop lourde, bien trop lourde; il vaut mieux me laisser glisser. Et puis j'ai voulu me retenir et puis il n'était plus temps... Plouf! Tu parles d'un vol plané !
Gaby. — Ah !
Nounette. — Ne crie donc pas si fort !
Gaby. — Et tu es tombée?...
Nounette. — Sur un matelas que deux bonnes femmes étaient en train de coudre à ma porte. J'ai rebondi en l'air comme les soldats que l'on fait sauter en couverte. Ensuite, je ne sais plus. Je me suis retrouvée ici. Il paraît que j'avais la jambe droite fracturée; je ne pensais guère à mon mal; je battais la campagne, je racontais ma vie, tout haut... Les médecins ont dû rigoler. Et maintenant je suis guérie.
Gaby. — Complètement guérie?
Nounette. — Et surtout du Cherpray- Barfleur. Il me paraît si bête, depuis que je me suis ratée pour lui !
Gaby. — Voilà comment il faut être!
Tu me fais plaisir.
L'Infirmière, entrant. — C'est ce monsieur... Je lui ai dit qu'il pourrait vous voir... Il vaudrait mieux ne recevoir qu'une personne à la fois...
Nounette. — Qu'il entre, mais je tiens à ce que madame reste...
Gaby. — Pourtant...
Nounette. — Reste, tu me rendras service.
Entre Armand.
Armand. — Oh! Nounette! Ma petite Nounette !
Il lui embrasse la main.
Nounette. — Vous ne m'en voulez pas?
Armand. — Cruelle! C'est moi qui te demande pardon ! Je ne savais pas, je ne savais pas...
Nounette. — Qu'est-ce que vous ne saviez pas ?
Armand. — Je ne savais pas que c'était si sérieux...
N OUNETTE, à Gaby. — Ça te représente un homme d'esprit!
Gaby. — Que d'aventures, hein? depuis le jour où nous nous sommes rencontrés au Bois...
Armand. — Vous pouvez le dire !
Un silence.
Nounette. - — Un ange passe... Qu'estce qu'il vient faire ici?
Armand. — Je vois que tu as les journaux...
Gaby. — Elle est en première page dans presque tous !
Nounette. — Oui, ils n'ont pas marchandé les lignes. Et mon portrait!... Comment diable ont-ils pu se le procurer?
Armand. — Ils sont venus chez moi.
J'étais affolé. Ils me pressaient de questions... Ils me demandaient ta photographie. Il y a des photographes dans toutes les circonstances de ma vie. Je leur ai crié : « Prenez ! et laissez-moi tranquille! »
Nounette. — Ils ont pris!
Gaby. — Tu penses. Dans un sens, on peut dire : « A quelque chose malheur est bon ! »
Nounette. — J'aurais préféré qu'ils donnent mon portrait dans Vénus et Cufidon. Là, avec ce chapeau démodé...
Armand. — Les illustrés te donneront dans Vénus et Cufidon.
Gaby. — Ce qu'il lui faudrait, c'est une couverture. Tant qu'on n'est pas sur la couverture ça ne compte guère. La couverture,' c'est comme le « fromage blanc » sur les affiches de théâtre. Et pour les engagements, je ne vous dis que ça !
Nounette. — S'ils me mettent en couleur, qu'ils me laissent blonde. Ils ont la manie de vous teindre en brune.
Gaby. — Je pourrais passer dans les rédactions, si tu veux?... Laisse donc!
L'occasion n'a qu'un cheveu.
NoLi nette
NouNETTE. — D'ailleurs ils ont été très convenables. Ils ont dit que j'avais tenté de me suicider pour un « clubman bien connu ».
Armand. — Ne t'occupe pas de moi, ma chérie. Dans tout ceci je me sens si petit, si misérable, si ridicule! Ah! j'ai vieilli de dix ans !
Gaby. — Ne la fatiguez pas. Les émotions lui sont encore interdites...
NouNETTE. — Je n'ai pas d'émotion...
Armand. — En effet, tu me regardes avec des yeux si clairs, comme étonnés ! Mon pauvre petit, mon pauvre petit...
NouNETTE. — Ne me plaignez pas !
Quand je serai tout à fait d'aplomb, j'irai en Amérique, patrie du battage.
Gaby. — Tiens! Elle est célèbre, maintenant, elle en profite !
NouNETTE. — Je demanderai à Dumontelle de me fabriquer un sketch.
Armand. — A cet idiot! Parce qu'il te fait la cour?
NouNETTE. — Vous êtcs jaloux ?
C'est trop drôle! '
Armand. — Pourquoi me « vous » ?
me vient...
Armand. —
dis-tu
— Parce que ça Tu m'en
veux ?
NouNETTE. — Pas le moins du monde. Je n'avais pas compris quelle était votre fonction.
Elle est de rechercher la société des femmes, de leur plaire, etc..
Et cela d'un bout de l'année à l'autre, d'un bout à l'autre de la vie. Les bêtes, elles, n'ont qu'une saison pour aimer ; ensuite elles sont tranquilles; n:ais ce ne sont que des bêtes... Avez-vous revu l'ami à qui vous aviez si joliment soufflé sa bienaimée?
Armand. — Nous nous sommes battus.
NouNETTE. — Ah !
Armand. — Oui. Dans les Champs-Elysées, à coups de poing. Grotesque I
Gaby. — Et la dame?
Armand. — Il l'a reprise. Oh! je ne viens pas ici m'excuser, ni raconter des histoires, mais vraiment c'est une créature infernale et si je pouvais tout raconter!...
NouNETTE. — Elle vous a pris de force ?
Gaby. — Ne t'énerve pas. Armand, défendez-lui de s'énerver.
Armand. — Oh ! elle est très calme.
NouNETTE. — N'est-ce pas? Voyez-
vous, c'est extraordinaire ce qu'une chambre comme celle-ci, toute nette, toute blanche, peut vous modifier les idées. Un lit d'enfant, trois chaises, des murs blancs, ça remet les choses en place. Ailleurs, ce sont des divans, des lits, des peintures, des gravures, des tapis; on se sent molle; on pense à des choses...
Armand. — Je reviens de Grenelle, de chez nous. C'est d'une tristesse!...
NouNETTE. — Vous avez donné congé?
Armand. — Non !
NouNETTE. — Dépêchez-vous!
Armand. — Rien ne presse.
Gaby. — Je vois que vous avez à causer. Je vous laisse.