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LA MARCHE FUNÈBRE

— Tout à r heure les nuages étaient sales, et maintenant, ils sont gris perle, dit une de leurs petites voix.

Après qu'ils eurent encore marché, se dressa soudain, d\m côté du chemin, comme une apparition, un grand mur blanc. Du haut de ce mur émergeaient des cyprès qui paraissaient neufs.

La main dans la main, ils admirèrent ces verdures, atteignirent la grille, s'engagèrent dans l'allée principale.

— C'est un cimetière, dit-elle,

— Oui, c'est beau!... répondit-il, d'un air pénétré.

Ils parcoururent une allée, une autre, puis s'assirent sur un banc, si impressionnés par la splendeur luxueuse du jardin, que leurs mains ne pensèrent plus à se tenir.

— Regardez, regardez!

Un cortège déboucha, passa. Le corbillard avait un drap blanc. Leurs mains se retrouvèrent, se saisirent, et à cause de cette étreinte miraculeuse, ils évoquèrent un cortège, un joli cortège tout grave et tout tremblant — et qu'ils conduiraient, elle, la mariée, lui, le marié.

Cela était si naturel, si juste, de remplacer le cortège qui passait par celui qui serait, qu'ils n'eurent pas besoin de se parler pour partager ce

rêve,*pour y croire. Lorsqu'ils se levèrent, les premiers pas qu'ils firent côte à côte furent d'une lenteiu" nuptiale.

Ils quittèrent le cimetière, la face rayonnante. Ils suivirent le mur blanc, le laissèrent.

Sur une borne, non loin, un homme était assis devant un orgue. Ils en approchaient lorsqu'il joua...

C'était la grande marche funèbre, le de profiindis le plus déchirant qu'ait jeté, au hasard, la tristesse d'ici-bas, la lamentation immense et sinistre, qui va jusqu'à mêler les vivants aux morts, et nous met un masque glacé.

Le couple s'arrêta, captivé. Ils se regardèrent les yeux en fête...

— De la musique, comme c'est gentil!

souffla-t-elle entre ses petites dents, toute aux écoutes.

— Viens... Viens, murmura-t-il enfin.

Ils repartirent d'un pas léger, joyeux, rythmant allègrement leur marche sur la plus désespérée des mélodies humaines — souriant, gazouillant, disant du bien de ce qui était laid — < sans savoir tout ce que proférait leur bouche d'enfants, sans savoir tout ce que créait leur cœur génial.

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