LE TROP BEAU RÊVE
Vers la fin de leur séjour dans la Maison du Parc, les jeux des deux enfants devinrent plus graves. Eux cfui ne s'étaient jamais quittés s'étonnèrent jDarfois de se voir, et se dévisagèrent.
Un soir, il la chercha des yeux au bord d'une chambre où elle venait d'entrer. On ne la voyait pas bien dans l'ombre, de sorte que toute la chambre souriait d'elle. Il s'immobilisa là, ne dit rien — ses lèvres mt-me n'osaient bouger — mais il sentit qu'elle était devenue la seule créature qu'il y eût au monde.
Les jours qui suivirent, il vécut dans l'émerveillement de cette soirée. Il enferma ce souvenir dans son âme si belle et si sensible. Il n'en parla pas : ni aux autres, ni à elle: à peine.
152 NOUS AUTHES...
à lui-même, tout bas. Il devint radieusement taciturne, occupé à rêver d'elle, même quand elle était là.
Elle, semblait attendre qu'il parlât.
La séparation, qui devait durer une année, approcha. Et, très vite, le dernier jour commença, finit.
Le dernier soir, comme les autres, ils errèrent dans le parc, côte à côte; puis, comme toujours, une vieille voix maternelle les appela de la maison, et ils rentrèrent. Et tandis qu'ils longeaient la grande allée, il songea que, pendant longtemps, il ne la verrait plus. Il la regarda à la dérobée, penchée en avant dans la marche, la figure et les mains si fines, faites avec des lignes claires et fragiles; et il regretta de ne pas lui avoir parlé. Il aurait fallu une parole, quelque chose de fixe contre la destinée vague. Mais il n'était plus temps : on distinguait déjà la façade scintillante de la maison à travers l'arbre bleuâtre et rond, semblable à un paon. Jusqu'à la fin, ils furent séparés par tout le monde.
On avait dit : « A cet été. » Mais des voyages imprévus, des changements de situation dispersèrent les grandes personnes dont ils dépendaient.