‹ Nous autresChapitre 43 sur 61 · SAAR 2G · texte numérisé non relu

SAAR 2G

Comme le> heures se succédaient en aggravant la blessure intérieure, il s'agita, bâilla, grelotta. Enfin, il poussa un cri plaintif, un cri d'appel, un ordre de secours vers son maître. Puis, après cette prière, il attendit la réponse qui l'exaucerait. Elle n'arriva pas, le maître n'étant plus en un lieu d'où l'on peut entendre même la voix de l'ami abandonné, lui qui, sans doute dans quelque Walhalla où l'on boit du soleil, gardait des troupeaux parfaits avec un chien extraordinaire. Il ne vint donc pas plus qu'un dieu ne vient dans son temple.

Quand Saar constata que son cri avait été perdu, que le maître n'obéirait pas, il ne tenta pas un autre appel. II écouta la faim murmurer et se moduler dans ses flancs. II tourna languissamment sa grande tête vers cette voix nue. Puis, soit pour se caresser, soit pour s'apaiser et consoler sa chair qui méritait tellement d'être satisfaite, il lécha la fourrure tendue sur la grille courbe de ses côtes.

Cependant le soir montrait partout qu'il fallait rentrer. La hn du jour constitue, pour le chien en qui s'est imprimé le devoir de garder des êtres, un ordre aussi insurmontable que celui du matin. Saar rassembla le troupeau, et avec les mêmes efforts qu'à l'aube, les mêmes

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soins éperdus, le poussa, puis le blottit contre ses palissades nocturnes.

Saar s'endormit. Il rêva qu'il tenait un loup par le cou. Il s'éveilla au bruit des étranges clameurs assourdies de son cauchemar. Il s'érigea, arqua scn échine dentelée comme une chaîne de montagnes — puis, brusquement, disparut dans les ténèbres, pour chercher un loup.

Mais il n'y avait rien de palpitant dans l'île. On ne sentait passer dans l'air stérilisé par le froid salé, que les allées et venues folles de la bise et de l'ouragan.

Tout à coup il s'arrêta, ses oreilles se dressèrent toutes raides comme celles d'un cheval et il eut des yeux fous... mais plus vite encore, il exhala un petit hurlement doux et revint en courant vers ses moutons, dont il avait perçu, pa?- erreur, l'odeur.

Le lendemain, il recommença sa tâche.

Elle fut bien plus rude et plus héroïque. Son ventre s'était creusé, ses yeux étaient devenus rouges, sa bouche d'où tombait la langue, béait.

Il ne put, cependant, rester immobile. Il ne cessa de trotter — léger au passage sur la terre brodée d'herbe, comme une feuille

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