SAAR
sèche que la brise guide dans un jardin... A un moment, à l'écart des autres, les mangeurs, il allongea sa mâchoire effilée aux dents blanches vers un brin d'herbe. Mais, ayant connu le goût fade et inutile de la tige verte, il ne continua pas à la mâcher, et la conserva, humide d'une mousse de salive, dans sa gueule entr' ouverte.
Et le soir du troisième jour, hérissé de maigreur, ses tendons de silex saillant sur la pierre de ses os, il considéra avec haine les molles et nuageuses créatures qu'il gardait. Et pourtant il ne pouvait s'empêcher de les protéger, tant il Favait fait jusque-là... Des grondements vibraient dans son crâne, et des éclairs lui apparurent sous ses paupières clignotantes.
A l'aube du quatrième jour, il ne put guère s'arracher du sol boueux et du sommeil écrasant. Il n'aurait eu la force d'agir que si la proie vivante dont il était tragiquement vide lui fût apparue. Mais comme il n'y avait de vivant que son troupeau, il resta enseveli auras du sol, et il jeta une faible parole pour annoncer qu'il ne pouvait plus rien faire. Vers le soir, il ferma enfin ses beaux yeux de reine et étendit à jamais sur la terre noire sa tête pointue comme un cap.
Lorsque de longs mois après, rinondation recula et que les hommes rallièrent l'île, on vit sur les champs fouillés, dépouillés du moindre hrin d'herbe, les carcasses blanches des moutons. On eât dit, éparses çà et là sur un chantier, des charpentes de barques aux flancs hérissés de poutres courbes. Une ossature gigantesque comme celle d'un vaisseau de haute mer, dominait les autres. C'était le squelette du grand chien, mort de faim le premier au milieu des moutons.