LES HAUTS FAITS DE LANTURLU
La ténue silhouette du premier cavalier devint enfin perceptible dans le lointain ensoleillé. Quelques cris jaillirent, çà et là, de la tribune chamarrée d'uniformes, puis se fondirent en une clameur :
— C'est Gentil avec Lanturlu!... Bravo, Lanturlu!
C'étaient eux, en effet. Le splendide cheval, portant son jeune et élégant maître comme un ornement, terminait le raid en un trot merveilleux de souplesse, alors que ses concurrents n'étaient que grains de poussière à l'horizon. Devant la loge officielle, il s'arrêta net, cabrant si admirablement ses formes de bronze qu'on l'eût dit posé sur un piédestal.
Les tribunes frémirent et débordèrent. L'as-
sistance d'élite — dames en belles couleurs claires, officiers en belles couleurs sombres, civils incolores, mais illustres — entoura les vainqueurs. Les femmes, même les plus gradées, même les plus jolies, trépignaient, et leurs yeux se dirigeaient vers le lieutenant un peu pâle qu'un sourire balançait de droite et de gauche, mais leurs mains gantées papillonnaient pour toucher la luisante encolure métallique de Lanturlu.
Le général, qui resplendissait particulièrement au cœur du groupe principal, fit un pas, en avant des sénateurs et conseillers divers, prit la parole, félicita l'officier, puis rendit hommage au cheval en s'adressant au cavalier, son représentant naturel.
Quand, tenu respectueusement en bride, l'animal alla ensuite du Champ-de-Mars, oîi s'était fixée sa victoire, jusqu'à l'École Militaire, où se trouvait son box, désormais historique, quand il s'avança entre deux talus de foule hérissée de regards écarquillés et des coups d'œil rapides, mais indélébiles, des appareils photographiques, il fut accueilli par de telles ovations qu'il sembla comprendre et qu'on le vit un instant écouter confusément... Bien qu'il eût la jambe un peu tremblante, le
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poitrail éciimeux el lœil ébloui, il banda ses muscles, arqua et allégea ses gestes, fit rayonner ses belles lignes.
Du fond de son carré de planches que fendait un étroit triangle lumineux, du fond de la pensée ténébreuse où il vivait noyé, sensible seulement à d'informes fragments d'images et à de vagues miettes de sons, la bête rumina l'impression d'un grand effort et d'une grande récompense mêlés. Tandis que ses longues dents arrachaient le foin, le cheval sentit — oui, il sentit — vaciller quelques instants encore, dans l'étau de son humble crâne, le sens d'avoir obéi patiemment et héroïquement aux commandements, d'avoir donné, comme il le fallait, sa force et sa fatigue, d'avoir eu surnaturellement raison.
La victoire de Lanturlu avait été facile, nonobostant que les conditions du raid eussent été particulièrement dures. On avait même critiqué la longueur démesurée de la dernière étape où le vainqueur avait semé derrière lui, à la volée, tous ses concurrents sur les routes de l'Est...
Le lieutenant, son maître, fut en ces jourslà parfaitement heureux, ainsi que sa jeune