HALLALI
Assis sur le banc qui s'appuie à ma maison, je regardais une dernière fois mon petit domaine, avant qu'il s'endormit dans le crépuscule : ma cour qui s'étendait à mes pieds; à ma droite, ma haie vive; en face de moi, dans le mur, ma porte qui est toujours ouverte.
Elle donne sur le chemin de lisière de la forêt, et elle me présentait un nuage de branches et de feuilles que le couchant dorait, et que l'automne aussi dorait, comme im soleil plus immense.
Le jour finissait avec douceur, et, pensais- je, avec soin. Sur ma haie, la fine lumière perfectionnait les nuances et s'occupait de chaque fleur et même de chaque feuille.
Brusquement, une sonnerie de cor éclata :
304 NOUS AiinEs...
l'équipage de la vieille marquise passait en forêt.
Et voilà qu'une grande silhouette, étrangement découpée, m'apparut sur le seuil de la porte, obstruant toute l'ouverture. Puis la masse gigantesque bondit, retomba et vacilla au milieu de la cour...
C'était un cerf : celui que les invités du château relançaient depuis des heures... Il resta là un instant, et nous nous regardâmes. J'entrevis son poil souillé de boue et d'écume, sa langue pendante, ses gros yeux troubles et son cœur qui battait ses flancs comme un marteau.
Il fit un nouveau bond, se recula au creux d'une encoignure, faisant face, mais à bout de forces, et dans l'immobilité, le silence et l'ignorance. Mais des aboiements frénétiques entouraient la maison. La meute s'amoncelait autour de la porte et criait contre le mur.
En arrière, des enfants, essoufflés, excités, accouraient, se multipliaient. Bientôt, tous les habitants du village furent autour de nous. On montrait triomphalement le cerf aux bois énormes, comme une espèce de roi sauvage enfin arrêté dans-sa course.
Un recul précipité des spectateurs: Des cavaliers, des amazones débouchaient; un tourbillon