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LA MÈRE

Le jour qui suivit l'enterrement, elle revint à Thôpital, pour reprendre les habits du petit Adelin. Elle poussa, à la brune, la grille de droite, qui porte un écriteau, et longea l'allée qu'avait parcouru, dans l'autre sens, le corbillard chargé du cercueil blanc, petit comme le carton d'une poupée.

Elle entra dans le vestibule, qu'elle connaissait bien. Mme Isabelle, en tablier blanc, passait, et en passant lui sourit d'un air gêné. Elle adressa à rintirmière un salut bref, étouffé, pour ne pas crier. Cet effort la fit presque trébucher à l'entrée ducouloir. Elle s'y engagea, s'assit dans la salle, se leva quand vint son tour. Enlin,par un guichet,* elle reçut le paquet. L'homme qui le lui remit n'osa pas lever les yeux sur elle, et elle ne pensa pas à le regarder : pour

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elle, il n'y avait plus désormais, au monde, que ces quelques vêtements. Peu de chose à tenir : un paquet grand comme la main, roulé dans du papier, et à part, la robe bleu clair du bébé, propre et repassée. Elle se sauva.

A peine arrivée sur le seuil du bâtiment principal, il lui fallut s'arrêter, déployer la robe, la contempler.

Au bout de ses doigts, la robe était extraordinairement claire, car, dans le soir, le bleu est plus blanc que le blanc. La femme fut éblouie de l'apparition du vêtement, la seule chose vivante qui subsistât de l'enfant,- maintenant orphelin dans le paradis. Elle sentit un sanglot effrayant monter de son cœur...

Des gens occupaient l'allée de sortie. Pour les éviter, en cette minute de détresse aiguë, elle tourna, s'éloigna à la hâte du côté du jardin, longea le bâtiment de briques, les pavillons, des constructions diverses. Enfin l'air la calma, fit avorter la nouvelle crise de chagrin.

Elle cessa de marcher. Où était-elle? Dans quel district de l'hôpital, immense comme un cimetière? Elle ne put s'en rendre compte, crut revenir sur ses pas, parcourut des allées pavées, entre des fenêtres grillées, et atteignit, par une courette, une bâtisse isolée comme une île.

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— Qu'est-ce que cela?

Devant elle, au pied du mur, s'amoncelaient d'étranges formes couchées. Elle s'approcha : des cadavres.

('/étaient les restes des animaux sacrifiés à la salle de vivisection. Chaque jour, on jetait dans ce coin ces humbles dépouilles utilisées, fouillées et vidées, mutilées, écrasées, selon la diversité des leçons et des recherches, lugubrement travesties, chacune, par les exigences spéciales de chaque expérience.

Elle frissonna, fit un brusque pas de côté pour s'enfuir encore, chancela vers la grille.

Mais voilà qu'à l'angle même du charnier, échoué à l'écart du macabre entassement, elle aperçut un minuscule cadavre, raidi et affreusement sanglant.

C'était un petit chat. Il n'y avait pas plus de quelques semaines qu'il était né. Posé sur le dos, il semblait étiré, aminci; ses pattes de derrière droites comme deux baguettes jointes dans le prolongement de son corps, ses pattes de devant repliées sur un bout de thorax. La tète, bariolée de plaies, dont l'une était la mâchoire entr'ouverte, n'était pas plus grosse que le poing d'un enfant.

La femme s'arrêta net. Elle avait ressenti

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