‹ Nous; poèmes choisisChapitre 7 sur 14 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

NOUS

Cafés en plein air, débordants, bavards. Frissons dans les arbres des boulevards, Et romance et blague et nique à la loi.

Comme une mère joueuse et coquette

Taquine l'enfant que son sein nourrit.

Se penche sur lui, le baise et caquette.

Et le fait sauter au soleil, et rit,

O Patrie, ainsi m'as-tu retenu.

Ce matin-là, longtemps sur ton bras nu !

Nancy, murs ornés parmi des verdures.

Nation qui fais un bruit de volière, Frivole, dit-on, plutôt familière.

Puissants sont tes secrets, peuple qui dures !

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ENCORE PARIS

A travers les champs plats d'une morne banlieue Où, sur un fond de crépuscule humide et terne. Le rouge encrassé de la brique, alterne Avec la vague clarté bleue Que jettent les châssis vitrés des potagers ;

A travers des terrains recoupés, partagés, Entre des murs où le plâtre s'effrite Et d'innombrables toits dont chaque tuile abrite Un espoir accouru de très loin, comme si. Dans ce coin d'univers, de fumée obscurci. Toute une humanité nomade, haletante,

Ayant établi là son camp, Y vivait dans le rêve absurde et dans l'attente D'un bonheur promis pour on ne sait quand ;

NOUS

A travers l'écheveau des rails gris que nos roues

Débrouillent et dénouent ; A travers de signaux brillants comme les fleurs

D'une fusée épanouie.

Des croisements de trains hurleurs.

Une gare aussitôt que vue évanouie ;

A travers Mille sentiments divers.

Si bousculés qu'on a peine.

Dans le vent qui les entraîne

Et les sème Comme de la poudre aux yeux, A bien distinguer soi-même,

Au passage, Uinsensé d'avec le sage Et le triste du joyeux ;

A travers tout ce qui clame, A travers tout ce qui luit Et se mêle dans la nuit Aux tourbillons de notre âme ;

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ENCORE PARIS

Courir, s'élancer dans tous les combats. Courir et, pour prix de la course.

Oh ! boire, boire à cette source De lumière, là-bas.

Au foyer de toutes les fièvres Courir, et, le front en sueur.

Embrasser, baiser sur les lèvres Cette lueur !

Oh ! sans doute, pour qu^elle monte Dans les noirs nuages si haut.

Il faut.

Il faut qu'ici chauffent les fours Où s'opérera la refonte

Des anciens jours !

Il faut qu'ici soit engagée.

Dans ce champ clos élu de Dieu, Une partie âpre, enragée.

Avec l'avenir pour enjeu !

NOUS

Il faut, pour qu'au loin s'éclaire.

Un monde à ce feu circulaire, Que le Vrai, le Juste, le Beau Soient les trois branches du flambeau !

Et pour que tant de vapeur sale Flotte sur cette cuve aussi.

Il faut bien admettre qu'ici L'Enfer a quelque succursale •

Voici mon cœur, prenez, qu'il brûle

Sur ce bûcher.

Avec les autres cœurs en tas !

Faites que j'aie une cellule —

Un galetas — Dans le gigantesque rucher.

Encore que tout bonnement J'apporte dans l'immense ville Quel tribut ? le bourdonnement De l'abeille inutile.

ENCORE PARIS

Vous qui m'aimez, qui sans mentir

Souvent le dites, Ne me laissez pas repartir :

Au prix de mon exil mes plaintes sont petites !

NOUS

' Et j'ai revu Paris. De la gare à l'hôtel Un fiacre négligé m'a conduit. Tout fut tel Qu'autrefois. J'ai senti de nouveau sur ma lèvre L'ancien baiser brûlant de poussière et de fièvre. La lumière plus rare et les magasins clos : Minuit ! quand les cafés gonflent seuls des halos Qui font comme un mal blanc dans l'ombre. Heure qui traîne La boule de douleur terrible d'un long jour. Et dont le triste enchantement, au carrefour. Fait lever du trottoir une mauvaise graine. Le pavé sale était tout jonché de débris. Et des passants aux traits trop fins, creusés, flétris, Semblaient les survivants d'une bataille obscure. Mais, dans cette fatigue et dans cette souillure,

ENCORE PARIS

Quel grand cri contenu d'espoir I Même les pierres Paraissaient méditer, car, derrière les murs, Le sort remis, les lendemains meilleurs, plus mûrs, Hantaient dans leur sommeil des milliers de paupières.

NOUS

Paris gronde, Paris Comme autrefois !

D'un triangle gris Entre les toits Le brouillard tombe.

Et, du pavé qu'on ne voit pas.

En bas, Comme d'une tombe, Une chanson de pauvre monte.

Quelle heure passée De son poids de morte Pèse sur la porte

De ma pensée ?

Tout mon cœur s'arcboute Pour barrer la route, Mais elle, plus forte.

Horriblement douce.

Comme avec pitié

Pousse...

O douceur qui raille !

La porte à moitié

Bâille, Et la mauvaise heure Entre dans ma demeure...

Un doigt sur la bouche, Elle vient s'asseoir Au bord de ma couche.

Le soir, Et quand Paris éteint Sur ma vitre blafarde Son murmure lointain, Longtemps, longuement elle me regarde.

NOUS

Lorsque mon cœur cherchait un abri près du vôtre. Que nous vaguions, tous deux, dans Paris endormi. Sans trop parler, car l'un se taisait-il, que l'autre Lisait à livre ouvert Tâme de son ami, Savions-nous, quand les feux s'éteignaient dans la brume. Quand chaque pauvre fille, à l'angle du bitume Postée, et s'accrochant à tous les pas errants, Semblait, fardée et pâle, une poupée obscène, 3ui mimait, dans la nuit, sur une vague scène, 1 Jn drame où nous passions comme des figurants ; Savions-nous, quand, tous deux, promeneurs taciturnes, î^ous regardions devant notre œil à demi clos 5e jouer lentement les mystères nocturnes, Lorsque, dans telle rue, à tel coin, des sanglots

ENCORE PARIS

Ont étranglé nos voix pleines d'ombre, savais-je Que, plus tard, un matin tout azuré de neige. Me faisant de mes doigts un écran pour mes yeux, Je verrais le bonheur sur ma route ? Et toi, vieux, Toi qui riais amèrement, pouvais-tu croire Qu'un jour ta vie, enfin, lasse de tournoyer Dans Tennui comme au fond d'une cour basse et noire, S'épanouirait d'aise aux rayons du foyer ?

NOUS

Que Paris, dans la nuit à peine commencée, Quand les lampes partout s'allument dans l'air bleu, Est délié, subtil et brillant de pensée ! Il semble que Tesprit jaillisse avec le feu. Que soudain dilatée et libre, au crépuscule. Une vapeur d'intelligence éclate et brûle. Dans la rue, au milieu de ses cercles d'enfer, Des passants, arrêtés et le front dans un livre. Sourds au bruit, ne voient rien que le petit champ clair Du feuillet noir sur blanc dont leur tête s'enivre. O regard du liseur comme un piège tendu. Guettant le sens des mots dans un passage ardu, Ou suivant dans un ciel intérieur le fil Capricieux du rêve ! ô nostalgie, exil,

ENCORE PARIS

Horizons et, du seuil de la vie ordinaire, Échappée à travers le monde imaginaire !

Combien d'yeux dans Paris pour qui Téclat du jour Est offensant ! combien de paupières rougies. Lasses de tout un peu, d'études et d'amour. Ne s'ouvrent tout à fait que le soir aux bougies ! Prunelles de liseur et prunelles de faune Se plaisent au moelleux de la lumière jaune. Qui dore gravement la Beauté dans son lit Et met tant de douceur sur la page qu'on lit.

NOUS

Qui n'a pas vu Paris en avril, à midi^ Quand, d*un joli geste hardi.

Rejetant le manteau fourré qui Temmitoufle, La Beauté livre au vent qui souffle Son cou de linot étourdi ;

Qui n'a pas entendu le fifre Du faune citadin.

Quand, d'un doigt frileux encore, il déchiffre. Sur le banc mouillé d'un jardin.

Son premier air Où s'attarde un dernier frisson d'hiver ;

Qui n'a pas respiré cette minute aiguë

Comme la jeune feuille.

Où dans Famour survit une enfance ambiguë. Virginité de Tan qu'on cueille ;

Qui n'a pas vu les toits du Louvre, Quand, par les clairs matins, ils font. Sous le tendre azur qui les couvre, Un bloc d'un azur plus profond ;

Alors l'aiguille d'or

De la Sainte-Chapelle) Rappelle, Clouant au sol Paris vermeil.

Un trait planté par le soleil.

Qui vibre encor ;

D'un pont comme d'une avant-scène L'œil suit la courbe de la Seine, Au loin, dans un brouillard si bleu Que le travail grinçant des grues.

Comme alentour les cris des rues.

Tout semble un jeu ;

NOUS

Qui, nulle part ailleurs mais à Paris, vous dis-je> Avec sa belle amie au bras, n'a confondu Le doux émoi de vivre avec le temps perdu,

Ne peut comprendre le prodige

De la grâce à la force unie.

Ce je ne sais quel feu voilé : notre génie.

ENCORE PARIS

Oui, nous sommes une poignée Une poignée et c'est assez, Qui continuons la lignée Des loyaux artistes français ;

Gardant toujours dans notre audace, Dans nos défis même, l'esprit Clair et tempéré d'une race Qui d'âge en âge refleurit.

Et je le dis sans épigramme.

Très sérieusement, ou bien.

Après tout, s'il vous plaît. Madame, Sans que le diable y perde rien.

NOUS

Tous, à vingt ans, nous avons pris A plus onduleux que les cygnes, Au corps des femmes de Paris, Des leçons de rythme et de lignes.

Nous vous aimons comme vous êtes, Et toutes ensemble, ô mes sœurs.

N'étant point, nous, des professeurs De morale, mais des poètes ;

Nous vous aimons sans choix prudents Pourvu que vous soyez jolies. Et, disciples de vos folies.

Quand le rire éclaire vos dents.

Nous nous réglons sur votre allure, Sur tous vos pas de quatre, car Cest à vos danses que notre art Doit sa liberté d'encolure.

ENCORE PARIS

Je connais dans le vaste univers un espace Où mon cœur exilé souvent en rêve passe, Et ce radeau sur l'infini, c'est un trottoir. Au coin d'un vieux café dont la tente, le soir, S'enfle comme une voile au vent de la rivière, Il commence, et de là monte vers la lumière. Que de fois, voyageant en pays étranger, L'ai-je aperçu de loin comme une étroite planche Qui suit le mouvement de la planète, et penche, Et dans la nuit sans borne a peine à surnager ! Que de fois^ dans la steppe immense et monotone Où, lorsque sur le ciel virginalement clair Se profile un visage humain, l'oiseau s'étonne. Ou bien dans mon réduit, près du poêle, en hiver,

NOUS

Quand la neige, le froid, la mort partout s^étendent.

Que Toreille devient un pavillon géant

Où, dans un gouffre noir de silence, s'entendent

Les frissons de la vie obscure et du néant,

Que de fois, en fermant à moitié les paupières,

Lourd de peine, écrasé d'ennui, presque endormi,

Tai-je évoqué, t'ai-je appelé comme un ami.

Cher trottoir qui retiens mon âme entre tes pierres !

Alors je t'ai compris, car tu m'apparaissais Comme un refuge, un promenoir de l'Art français, Et tandis que, subtil comme une pure haleine. Chantait dâns ma mémoire un vers du doux Verlaine, Je revoyais, déjà grison, déjà vieux beau. Mais frappant d'un talon toujours plus fier l'asphalte, Moréas que Malherbe après Ronsard exalte, Moréas descendu depuis dans le tombeau.

Je comprenais le sens de ton joyeux tumulte. Cette gourme jetée au vent de l'âge adulte. Ce fond naïf caché sous l'abus des grands mots. J'allais plus loin : trouvant des bienfaits dans tes maux. Excusant, bénissant presque tes vierges folles. Dans leur rire et leurs pleurs et leur flux de paroles

ENCORE PARIS

Je distinguais un pauvre idéal dévoyé,

Et, tout de même, au fond de leur humeur facile^

Quelque chose de consolant, d'apitoyé.

Qui pour le malheureux est un suprême asile.

NOUS

Sous un filet d'eau fine Où la lumière est prise, D'un bleu si nuancé qu'elle semble un peu grise, Le gazon se devine.

Le ciel s'y mire dans la perle Qui tremble ; un passage de merle Tire un long trait noir sur la mousse ; Et le pigeon boule et se douche :

C'est Paris, au jardin, qui prend sa mine douce. Et donne à qui veut bien sa bouche.

C'est dans l'aridité d'un grand cirque de pierres Une oasis qui m'accueille,

ENCORE PARIS

C'est le soleil qui sous la feuille Bat des paupières.

Là, j'ai ri, j'ai pleuré, suivant Que, sous les arbres, le vent

Qui déplaçait l'azur et l'ombre,

Faisait mon front clair ou sombre.

Plus j'y songe et moins je ne sais Si la plus grande gloire en vaut la peine et dure. Mais le bronze dans la verdure Est d'un bel effet. C'est assez.

Paris, au jardin, prend aussi le masque D'un vieil épicurien :

L'eau s'écoule dans la vasque.

Tout dans rien.

Là je m'assieds, là j'écoute Les conseils de Paris double :

Joueuse de flûte et vieillard.

NOUS

O sons légers! mon cœur se trouble.

O mots subtils ! ma foi qui doute Flotte en un brouillard.

Ne m'interrogez pas. Que sais-je Du juste ou de l'injuste, moi ?

Là-bas, c'était l'exil, l'interminable neige. Et voici Paris. Quel émoi !

Sous un filet d'eau fine Le gazon se devine...

Je n'ai pour horizon Que ce coin de gazon.

ENCORE PARIS

Il pleut sur la Marne! il pleut sur les îles ! Cest pour le bonheur des feuilles dociles l

Chacune se dilate

Et se fait plate, plate...

Chacune semble un petit miroir noir Sur lequel le ciel penche Sa douce face blanche Pour se voir.

Chacune bat comme un petit tambour.

Tout le jour, La diane des eaux. Au peuple des oiseaux.

NOUS

Il pleut, il pleut sur les bords de la Marne ! Un vieux soleil emmitouflé, La tête à la lucarne, Entr'ouvre un œil gonflé.

La pluie au loin d'un sourire s'éclaire. Chaque feuille veut plaire.

Chaque feuille est une langue d'azur Qui chante. O chant si pur!

ENCORE PARIS

Les arbres de Saint-Cloud portant un poids superbe De victoires et de revers, Courbent leurs fronts d'atlantes vers Uherbe.

Nous étions quatre amis un jour sous cet ombrage,

Paressant et rêvant.

Comme ces ouvriers qui désertent l'ouvrage Pour écouter chanter le vent,

Etaient-ce les flambeaux des anciennes fêtes Qui, rallumés, doraient d'un or pâli les faîtes

De ces vieux marronniers ?

Et ce rideau bleuâtre était-ce un peu de brume,

NOUS

Ou le soudain silence atroce et lourd qui fume Sur un départ de canonniers ?

Dans ce beau parc foulé je songeais au mystère

Des forêts sans chemin :

Là-bas rhomme et la plante ont l'âme de la terre. Ici le végétal a presque un cœur humain. Et que de lambeaux de ma propre histoire. Avec le grand passé de la Patrie

Gisaient sur cette terre noire !

O ma première jeunesse flétrie !

Sombre humus des morts, sol de chair, accueille, Mêle à ta substance Aussi l'humble feuille.

Ma pauvre existence.

ENCORE PARIS

Autrefois j'adorais Paris comme une femme,

D'un amour de jeune homme émerveillé, soumis :

L'expérience ensuite et la douleur ont mis

Sa fièvre dans mon corps, son âme dans mon âme;

Où que j'aille aujourd'hui, je le sens dans ma chair

Battre comme le pouls de ma vie elle-même;

Ma pensée est un grain de la moisson qu'il sème.

Et c'est comme l'honneur de mon nom qu'il m'est cher.

Et, derrière Paris, tout au fond de mon être.

Une vigne verdit au soleil, dans un coin.

Et, sous le pampre translucide, une fenêtre

S'ouvre, et l'on voit la mer d'un gris d'argent, au loin.

NOUS

De grosses lanternes vermeilles.

Dans le feuillage noir et bleu.

Éclatent drôlement, pareilles A de légers melons de feu ;

La foule circule amusée.

Levant mille visages verts Puis soudain écarlates vers L'azur sombre... Ah! une fusée!

Il pleut de Tor, un diamant Glisse au fond de l'eau qui se moire.

Tant que le fil de ma mémoire Se perd. Où suis-je en ce moment?

Cette ville qui pirouette En grand costume d'Arlequin, Est-ce Paris? Est-ce Pékin?

Ah ! bast ! tourne la girouette.

Et ma tête aussi ! J'aime mieux Ne pas trop savoir où j'existe, De peur de m'y retrouver triste.

Et, bon badaud, bayer aux cieux !

NOUS

Deux heures du matin :

Nul bruit dans la nuit chaude

Qu'un grelot lointain

De fiacre en maraude.

Et plus rien dans le cœur que de la lassitude Pour tout ce que jeune on rêva :

Un pas se traîne et Tautre va Par habitude.

Comme au jardin des Oliviers saint Pierre, Un vagabond très vieux, ivre ou mort à demi. Son front chauve sur une pierre, S'est endormi.

ENCORE PARIS

Seule, au bord du trottoir postée en sentinelle. Retroussant sa jupe de soie, Une fille de joie Veille avec le Seigneur sous la voûte éternelle.

NOUS

Du moins jamais mon cœur n'a-t-il su blasphémer.

Jamais n'a-t-il connu Tenvie.

Je n*ai pas attendu d'être heureux pour aimer La vie.

Les pauvres m'ont appris qu'à côté de la mort

Il n'est peine qui ne soit douce, Et, lorsque je me plains, chaque cri que je pousse Est suivi d'un remord.

De bonne heure, Paris a bercé ma souffrance Dans la sienne où chante l'espoir,

Et j'ai vu dans les pas de la foule, le soir. Une marche à la délivrance.

ENCORE PARIS

Je regarde monter sur le versant des deux Des escadrons silencieux :

La pluie et les orages; La ville en bas reluit sombre et toute trempée. Et chaque tour dresse une épée Dans les nuages.

C'est Paris dans le soir et la brume noyé.

Comme un plan déployé :

Amas confus, creusé de crevasses étroites. Longs alignements d'arbres verts Bordant des perspectives droites.

Et le fleuve en travers.

NOUS

Lueur d'acier dans le jour faux,

La Seine courbe

Semble une faulx Que tiendraient d'invisibles mains

Fauchant la tourbe Des humains.

L'ombre approche, et Paris est pris Sous un immense réseau gris ; On dirait un grand tas de bois mouillé qui fume Sous le ciel vague du couchant.

Au bord d'un champ.

Et qui soudain s'allume.

Mais les vapeurs de l'air épaississent leurs voiles Entre la ville et les étoiles , La grêle, le vent, la foudre avec eux Fondent sur ses feux.

O vaisseau de Paris courbé dans la tempête, Toujours dédaignant l'eau calme du port, Commé tu bondis, comme tu fais tête Aux trahisons du sort !

O sublime navire, Laisse-moi m accrocher A ton haut bord qui vire En frisant le rocher !

Que tu périsses, toi.

Toi, grand cœur irascible.

Si fougueux dans ta foi.

Non, ce n'est pas possible !

Malgré Tocéan noir, Malgré la nuit sans lune, J'attache à ta fortune Tout ce que j'ai d'espoir.

RÊVERIE DERRIÈRE LES FAISCEAUX

RÊVERIE DERRIÈRE LES FAISCEAUX

On s'équipe avec lenteur, avec une maladresse incroyable ; on rattache à tâtons, sous le sac, une courroie qui pendait; d'une bouche qui bâille tombe une grosse plaisanterie, une de ces bourdes militaires qui reviennent toujours les mêmes, comme un hoquet d'ivrogne.

Les pieds traînent, les corps titubent : un troupeau de somnambules.

eus étions sortis de nos baraquements...

Il faut s'y reprendre à plusieurs fois pour compter jusqu'à

RÊVERIE

quatre : « Un, deux, trois... trois... — Au temps ! » Tout est à recommencer.

On n*est pas borné à ce point, un abrutissement si complet n'est qu'à demi naturel : c'est un jeu, un pari, une farce muette poussée jusqu'à l'absurde avec placidité, chacun, par un accord tacite, s'appliquant à faire la bête plus et mieux que son voisin.

Enfin, on s'était mis en marche, et cette stupeur et cette stupidité particulières au troupier oisif, positivement malade d'ennui, on les avait à chaque pas secouées le long du chemin.

Cette enveloppe flasque, cette peau d'éléphant, on l'avait dépouillée.

Et maintenant, les faisceaux formés, nous restions derrière eux, au repos, comme des chevaux qui soufflent au sommet d'une côte.

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DERRIÈRE LES FAISCEAUX

Cest une chose étrange comme une troupe en armes communique à ce qui l'entoure un caractère de gravité : la nature elle-même en semble impressionnée.

Banal duo, direz-vous, que le vert chante avec le rouge, effet si prévu qu'un bon peintre l'abandonne au chromo*

Non, c'est quelque chose de beaucoup plus caché, il faut pour le voir, y songer.

Ces ondulations de forêts tranquilles, ces plans allongés que la brume définit, de plus en plus pâles, de plus en plus étroits jusqu'à l'extrême ligne bleuâtre.

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