‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 12 sur 61 · LA CONTROVERSE SUR L AMERICANISME · texte numérisé non relu

LA CONTROVERSE SUR L AMERICANISME

Le livre faisait son chemin, et, grâce à lui, rAméricanisme gagnait cliaque jour du terrain. La Vie du Père Hecker publiée en ang-lais avait passé inaperçue en Amérique et n'était même pas parvenue sur le continent européen. Mais, sa traduction française, approuvée par le P. EUiot, sanctionnée depuis par une lettre du cardinal Gibbons postérieure à nos critiques, fut saluée par toutes les revues et louée par toute la presse. En quelques mois, le volume français eut cinq ou six éditions et ce succès inspira à l'un des prélats américains les plus en vue, l'ancien recteur de l'Université de Washington, la pensée de faire faire une traduction italienne du môme livre.

Il n'est pas sans utilité d'insister sur ce point, parce que, depuis la condamnation de l'américa-

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nisme, certains commentateurs du document pontifical ont tenté de rejeter sur le traducteur toutes les erreurs de doctrine réprouvées par le Saint-Siège.

Or, non seulement il est constant que la commission cardinalice lormée par le Saint Père, pour examiner la Vie du Père Hecher, a confronté soigneusement le texte anglais avec le français, mais il demeure établi que les personnages américains les mieux qualifiés pour réclamer contre des fautes de traduction aussi graves, si elles avaient existé, n'ont décerné pendant un an au livre de M. Klein que des éloges .

Yoici ce qu'écrivait Mgr Keane, dans le Catholic TFor/f/j revue des paulistes, en mars 1898, au sujet du livre en question :

« Comme on devait s'y attendre, le Père Hecker et Faméricanisme ont eu leurs adversaires. Les adeptes des vieilles écoles ne pouvaient évidemment les laisser passer sans réclamation. Et, si besoin était, quelques histoires intéressantes pourraient être contées à ce sujet. Mais la modération relative de ces protestations prouve que le vieil esprit d'aigreur entre les partis s'en va, et la défaveur avec laquelle ces attaques ont été généralement accueillies prouve que l'on est universellement disposé à accepter les évolutions providentielles: que la synthèse du progrès et du catholicisme le plus pur, syn-

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thèse dont l'américanisme fournit un exemple, est reconnue de plus en plus comme possible et désirable, et que le Père Hecker poursuit aujourd'iiui son apostolat avec plus d'ampleur et d'efficacité que durant sa vie (1). »

Cette page était la dernière d'un long article composé à Rome par Mgr Keane ; elle est singulièrement concluante quant au sujet qui nous occupe en ce moment, elle prouve, en effet, que l'adaptation française de la Vie du Père Hecker a été saluée par les amis des paulistes et par loute l'école comme l'un des plus beaux succès (jue l'américanisme eût jusqu'alors remportés.

Mais la page que nous venons de citer comporte encore un autre enseignement; elle montre, et il est devenu nécessaire de le rappeler, que le mot : américanisme, n'a pas été^inventé pour discréditer et pour perdre l'école dont il désigne les tendances, mais qu'il était déjà reçu, bien plus, revendiqué par ceux-là mêmes qui semblent aujourd'hui n'en plus comprendre le sens.

Nous avons ici une définition du sens de ce mot américanisme, définition donnée par Mgr Keane, avant que nous eussions commencé à médire du Père Hecker et à batailler contre ses doctrines. D'après cette définition, l'américanisme est « la synthèse du progrès et du catholicisme le plus pur, » et c'est cette synthèse que la Vie

(1) Voir Le Père Hecker est-il u)i saint? page 2o6.

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du Père Heckcr tend à faire accepter « universellement. »

Plusieurs mois auparavant, Mgr O'Connell, ancien recteur du séminaire américain de Rome, avait présenté au Congrès international des savants catholiques réuni à Fribourg un rapport qui fut publié dans la Quinzaine et tiré ensuite en brochure de propagande. Ce rapport avait pour titre : V américanisme d'après le Père Hecker ; ce cjuil est, ce qu'il n'est jms. Mgr O'Connell y parlait d'une « idée nouvelle » qui « avait fait son apparition dans une importantebiographie.

« Cette biograpliie^est la vie du R. P. Hecker, fondateur de la congrégation de Saint-Paul; et l'idée nouvelle, c'est ce qui y est désigné sous le nom d'américaîiis??îe. Ce n'est pas seulement une fois ou deux que ce terme s'y rencontre ; il faut dire que l'idée qu'il représente brille partout comme un fil d'or, du commencement à la fin du volume, et donne à cet ouvrage son caractère et sa signification (1). »

Tous ces témoignages sont antérieurs à la campagne que nous avons ouverte en mars 1898 contre l'américanisme, ils établissent que, à cette époque, le mot et la chose étaient hautement revendiqués à l'égal d'un titre d'honneur dont on faisait gloire au P. Hecker et à ses amis.

C'est le 24 mai 1898 que parut notre petit

(1) Voir à ce sujet : VAmericanisme et la conjuration antichrélienne , parle chanoine Henri Délassas. Lille, Desclée, 1899.

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livre : le Père Hecker est-il un saint ? Il eut, de suite, un grand retentissement, grâce à la controverse qui l'avait précédé et à ce que l'ex-abbé Cliarbonnel a appelé : « un misérable cas de bureaucratie. »

Le cardinalRichard, dont nous avions sollicité rimpri??iatiir,najant\ias voulu intervenir dans un débat qui passionnait déjà l'opinion, nous avions soumis notre travail à l'examen du T. R. P. Lepidi, maître du sacré Palais.

Après une étude approfondie de la question, examinée sous tous ses aspects, le maître du sacré Palais autorisa la publication du livre, à Rome et à Paris. Aussitôt les bruits les plus contradictoires coururent dans la presse.

Il est fâcheux, en vérité, que la polémique se soit attardée pendant plusieurs mois, sur cette question ô! imprimatur. Ceux qui ont suivi avec impartialité la discussion, ne manqueront pas de reconnaître que la faute n'en est point à nous.

Nous avions évité, avec grand soin, de nous prévaloir de V Imprimatur romain. Jusqu'à la publication d'un article de la Croixj, contenant le récit de nos démarches à Paris et à Rome, il n'en avait été fait mention nulle part. Dès que la Croix eut parlé, nous nous empressâmes de protester publiquement contre les interprétations exagérées qui commençaient à se produire.

« Il est de mode à présent, pour certains écrivains catholiques, disions-nous dans une lettre

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ouverte à M. Auguste Roussel, de se couvrir de l'autorité du Pape, et quelque peu de sa per sonne, pour esquiver les hasards de la polémique et s'épargner les risques du combat. Ce n'est pas votre méthode, cher monsieur Roussel, ce ne sera pas la mienne non plus. Une faut pas, dans l'armée catholique, laisser s'introduire une tactique qui consiste à couvrir les soldats du corps de leurs chefs, en plaçant le Pape et les cardinaux aux avant-postes, devant le front des tirailleurs de la plume. » Et, faisant allusion aux conclusions tirées '^n.v\s.C?'oix à^T Imprimatur donné à nos Etudes sur V américanisme , nous ajoutions : « Non, Rome n'a point parlé ; peutêtre parlera-t- elle un jour; mais en ce moment, elle se tait : elle me laisse parler seulement. »

Mais il fallait, pour la beauté du fait et pour bien mettre en évidence la pensée intime de chacun, que les plus ardents prôneurs du laisserpasser et du laisser- faire; les amants les plus jaloux de la déesse Liberté, en appelassent contre nous à toutes les juridictions et cherchassent d'autorité à nous réduire au silence. L'auteur anonyme d'une brochure italienne sortie des presses vaticanes s'est plu à relever cette piquante anomalie, et VOsservatore Caltolico de Milan faisait la même remarque à la fin d'un article où il résumait les débats, d'après les documents qui lui étaient parvenus. L'abbé Vercesi, après nous avoir fait quelques reproches,

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auxquels nous répondîmes aisément, ajoutait

s réflexions :

» Mais d'autre part, je l'avoue sincèrement, je ne puis comprendre tout ce mouvement, soit autour du délég-ué apostolique, soit au Vatican, — si vera simf tradlta — parce que le livre de M. Maignen a obtenu X Imprimatur à Rome. Sauf meilleur avis, je demande pourquoi on aurait été obligé de refuser Y imprimatur à un écrivain qui usait de la liberté si chère aux Américains, pour dire que l'américanisme ne lui plaisait à lui, ni peu ni prou. A-t-il exai^éré ? a-t-il forcé les couleurs? Est-ce un rétrograde, un arriéré, un ennemi de la démocratie chrétienne ? Combattons-le ; opposons la vérité à l'erreur , nos idées à ses idées , sans mettre toujours en avant la même rengaine : il a outragé les évêques et l'Église des Étais-Unis.

» Non, il a simplement usé de la liberté qui est concédée, et qui devrait être toujours concédée à tous les écrivains catholiques, de parler — avec respect sans doute, — contre les doctrines qui semblent ou qui sont le moins orthodoxes, qu'elles soient soutenues par un simple fidèle ou par des hommes qui peuvent réunir en leur personne la dignité d'évèque ou même de cardinal de la sainte Église romaine.

» M. Maignen s'est montré trop pessimiste suicertains points, mais il n'y a pas lieu de s'en

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alarmer ; une étude plus approfondie du sujet pourra nous amener à d'autres conclusions ; il n'est pas besoin de bouleverser la moitié du monde, pour ce seul tait que d'autres qui ne pensent pas comme nous, n'écrivent pas non plus comme nous. »

La leçon est jolie, donnée par un latin aux amants éperdus de la liberté saxonne. Et voilà démasqués le mensonge des formules et l'illusion des mots.

« C'est nous, « autoritaires » et « rétrogrades, » écrivions-nous à la fin de l'année 1898, c'est nous qui soutenons la cause de la liberté ; c'est nous qui défendons les droits de la pensée cbrétienne contre l'oppressive hiérarchie des syndicats de presse et l'ostracisme intellectuel des comités de rédaction. C'est nous qui abaissons les barrières, qui ouvrons toutes grandes les fenêtres et montrons aux gens de la rue ces petits cénacles fermés où depuis trop longtemps des abbés socialisent et des universitaires pontifient.

» La liberté ! Vous la cherchez en Amérique ? Et nous, c'est à Rome que nous l'avons trouvée !

» A Rome oii vous dites « n'avancer que par intrigue », nous nous sommes présenté sans appui, nous avons parlé sans détour, nous avons obtenu sans retard.

« Personne ne vous impose silence, messieurs les américanistes, parlez donc à votre tour, mais ne trouvez pas mauvais que d'autres vous

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