‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 20 sur 61 · JI>^"«'>IP»^^C»-.J>^T · texte numérisé non relu

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TIIMOIGNAGES DE L'ÉGLISE DAMÉRIQUE 87

voire droit de cité parmi nous, s'est appelé du beau nom d' « américanisme » a été, presque dès sa première apparition, frappé à mort, »

Ainsi l'américanisme, qualiHé^de « peste » par le cardinal Satolli, est traité de «^monstre » par l'arche vèque de New- York. Certes, pour les évèques de cette province, le péril n'était point chimérique; écoutons la lettre de Mgr Corrig^an : « Si Votre Sainteté n'était pas venue opportunément à notre secours par son admirable lettre, combien nombreux n'auraient pas été ceux qui, par ig-norance plus que par malice, eussent été pris au lacet ! Les évêques et le clergé auraient eu beau dire pour éloigner les peuples de l'erreur, celle-ci aurait pu peu à peu prendre pied de plus en plus et nous eussions été vite montrés au doigt sous l'accusation de n'être pas Américains.

» En attendant, le faux américanisme, entendu dans le même sens que d'autres dénominations pareilles qui, au grand détriment des âmes, eurent une longue durée de siècles chez d'autres nations, aurait pris tranquillement pied au milieu de nous, accumulant ses conquêtes dans des proportions énormes de lieu et de temps. C'est pourquoi, nous nous réjouissons vivement de ce que, en vertu de votre enseignement infaillible, nous n'aurons pas à transmettre à nos successeurs l'ingrate entreprise d'avoir à lutter contre un ennemi qui, peut-être, ne serait jamais mort. »

Nous ne pensons pas, en présence d'un témoignage aussi solennellement rendu par les évêques de toute une province et notamment par celui qui possède dans sa ville archiépiscopale la maison mère des paulistes, nous ne pensons pas qu'il se rencontre personne pour contester l'existence du mal et prétendre que l'américanisme est ignoré des Américains.

Celui qui entreprendrait de soutenir cette thèse serait sans doute un de ceux qui jetaient à la face des catholiques et des évoques lidèles l'accusation d'ennemis de la patrie. Nous trouvons dans la lettre de l'archevêque de New-York une allusion à ces luttes fratricides et c'est un cri de délivrance que fait monter vers le Saint- Père l'épiscopat conservateur des États-Unis :

« Et maintenant nous pouvons, le front haut, répéter que, nous aussi, nous sommes Américains autant que qui ce soit. Oui, nous h' sommes et nous nous en glorifions. Nous nous en glorifions parce que notre nation est grande dans ses institutions et dans ses entreprises, grande dans son développement et dans son activité ; mais, en fait de religion, de doctrine, de discipline, de morale et de perfection chrétienne, nous nous glorifions de suivre pleinement h' Saint-Siège. »

Voilà une belle profession de foi religieuse et patriotique. Elle émane de ceux que l'américanisme poursuivait de son hostilité et pré-

TKMOir.NAGES DE i/ÉCLISK d'aMÊRIQUE 89

tendait traiter d'étrangers dans leur propre pays.

Ce noble et fier langage fera mieux comprendre la légèreté ou Tinjustice des écrivains qui, dans les éloges maintes fois décernés à l'épiscopat américain, passent constamment sous silence l'illustre archevêque de New- York. N'est-il pas digne d'un de ces grands évoques du cinquième siècle ce passage de sa lettre à Léon XITI ?

« Pour nous, que le Saint-Esjnnt a places comme évèques pour régir VEglise de Dieu, sous l'infaillible direction de Votre Sainteté, nous nous empressons de vous offrir et de vous manifester nos sentiments d'admiration et d'adhésion illimitée. Nous recevons donc et nous acceptons pour nous, pour notre clergé, pour les communautés et les congrégations qui, avec nous, opèrent le salut des âmes, comme aussi pour tous nos fidèles la Lettre doctrinale de Votre Sainteté : Testem benevolentiœ. Nous l'acceptons et nous la faisons nôtre mot à mot, sentence par sentence, dans le môme et identique sens où, d'après la tradition et la sagesse de toute l'antiquité chrétienne. Votre Sainteté l'entend et veut qu'elle soit entendue de tous. Nous ne faisons là-dessus et nous ne permettrons jamais que d'autres dépendant de nous, directement ou indirectement, fassent aucune réserve ou tergiversation. Votre Sainteté a parlé, la cause est donc finie. »

90 TÉMOIGNAGES DE l' ÉGLISE d' AMÉRIQUE

Nous n'essayerons pas de reproduire tous les témoignages d'adhésion de l'épiscopat des États- Unis à la Lettre Apostolique. Il nous suffira de signaler, pour la question qui nous occupe, certaines paroles très significatives.

Mgr Ciiapelle, archevêque de la Nouvelle-Orléans, qui vient de rendre à l'Église de si importants services à Cuha et aux Philippines, remercie le Saint-Père d'avoir « si opportunément signalé et réprimé les erreurs désignées sous le nom d'américanisme » d'avoir « clairement et sagement marqué les erreurs présentes et de nous avoir prémuni, en même temps, contre les erreurs futures. »

Mgr Elder, archevêque de Cincinnati, s'exprime ainsi, dans sa lettre au Pape : « Les erreurs que vous avez condamnées étaient propres à causer aux âmes un grand dommage, mais nous avons confiance que votre lettre mettra fin à toute discussion future. »

La presse américaniste des Etats-Unis comprit si bien la portée de ces déclarations qu'elle fit campagne tout d'abord contre Mgr Corrigan, archevêque de New-York. Elle ne pardonnait pas à l'éminentprélatd'avoirexprimé sa reconnaissance au Saint Père pour la condamnation des erreurs contenues dans la Vie du Père Hecher. Elle lui pardonnait moins encore d'avoir publiquement proclamé que le danger n était pas imaginaire et d'avoir qualifié de « monstre » l'américanisme.

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TÉMOIGNAGES DE l'iCGIJSE d'aMÉRIQUE 01

Certains journaux accusèrent l'archevêque de New- York d'avoir écrit au Pape, sans consulter ses suffragants, et d'avoir prétendu faussement qu'il parlait en leur nom.

Quand on sait d'où part cette accusation, on comprend que Mgr Corrigan ait dédaigné d'y répondre.

Mais l'audace des « novateurs » ne s'arrêta point là. Elle alla jusqu'à prêter aux évêques des États-Unis les plus connus pour leur opposition aux erreurs condamnées par le Pape, un langage qu'ils n'ont point tenu et une attitude digne de leurs adversaires.

Mg-r Katzer, évèque de Milwaukee, dont les sentiments conservateurs sont bien connus, a cru devoir protester contre les inventions de la presse libérale.

Voici la lettre qu'il a adressée à un journal de Chicago et que nous trouvons reproduite dans T/ie CathoUc Tribune de Dubuque , H mai 181)9 :

«Milwaukee, 1" mai.

« A r éditeur du Times-Herald, de Chicago.

» Dans une dépêche spéciale du Times-Herald datée de Washington, D. G. 30 avril, sous ce titre : « Attaque de l'archevêque Corrigan )' contre V américanisme », je suis nommé parmi les évêques qui ont solennellement pro-

92 TÉMOIGNAGES DE l'kCLISE d' AMÉRIQUE

lesté au Pape que les erreurs qu'il a désignées sous le nom d'américanisme n'avaient pas existé dans l'Eglise américaine romaine catholique.

» Cette assertion, en tant qu'elle me concerne, est absolument fausse, parce que je n'ai pas écrit du tout au Saint-Père, ni à qui que ce soit sur ce sujet. Mais si j'avais écrit, c'eût été une lettre de sincères remerciements et félicitations.

» F. X. Katzer,

» Archevêque de Milwaukee. »

Quelques semaines plus tard, les évèques de la province de Milwaukee adressaient au Saint- Père une lettre collective que nous reproduisons intégralement, malgré sa longueur, parce qu'elle réfute avec une vigueur tout apostolique les sopliismes des libéraux.

Voici ce grave document :

« Très Saint-Père,

» Nous avons reçu la Lettre Apostolique de Votre Sainteté, concernant les erreurs désignées sous le nom d'américanisme, avec d'autant plus de joie et de gratitude que cette décision du siège infaillible nous paraissait plus opportune.

« Si nous avons tardé jusqu'à ce jour à exprimer à Votre Sainteté les sentiments qui remplissent nos cœurs, il ne faut pas l'attribuera un manque de piété filiale ou à une négligence coupable en matière aussi grave, mais plutôt à ce

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TÉMOIGNAGES DE l'ÈCLISE I) 'AMÉRIQUE 93

fait qu'il nous a seniblr que l'on n'attendait point de réponse de ceux qui, dès le début de la controverse, avaient détesté ces erreurs, car il était manifeste que ceux-là écouteraient avec joie et reconnaissance, en lils constamment dociles, les enseignements d'un père très aimant.

» Mais à présent, puisque plusieurs abusent de notre silence et de notre abstention, l'interjjrétant en mauvaise part, et cherchant à lui donner une signification conforme à leurs désirs, nous avons pensé qu'il ne fallait pas différer plus longtemps de répondre et de remercier Votre Sainteté de la façon la plus vive et la plus respectueuse pour la Lettre vraiment apostolique par laquelle Elle a repris avec autant de clémence que de fermeté, des erreurs dont certains de nos concitoyens ne sont pas exempts.

» Cette lettre affirme de nouveau le magistère infaiUiblede l'Eglise et de son chef suprême; elle fortifie et précise heureusement les traditions de l'Église, s'oppose avec bonheur au danger des innovations et affermit les fidèles dans la profession pure, intégrale et héréditaire de la foi,

» C'est donc sans aucune hésitation ni arrièrepensée et sans restriction quelconque que nous déclarons unanimement accepter la Lettre apostolique sur les erreurs de l'américanisme avec une obéissance filiale et un entier acquiescement, comme nous l'avons fait dès sa publication.

04 TÉMOUiNACES DR L KliLISE D AMÉUiyUE

» En remerciant Votre Sainteté, du fond de nos cœurs, pour la paternelle indulgence avec laquelle, en condan)nant les erreurs. Elle rappelle à la vraie doctrine ceux qui s'en étaient écartes, nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer notre douleur et notre juste indignation, on vovant un bon nombre de nos concitoyens, et surtout la pluparl des journalistes catholiques, affirmer qu'ils réprouvent et rejettent les susdites erreurs et proclamer cependant à toute occasion, à la manière des jansénistes, que presque personne parmi les Américains n'a soutenu ces fausses opinions, et que le Saint-Siège, trompé par de faux rapports, a frappé dans le vide et poursuivi, en quelque sorte, un fantôme.

» Aucun cathohque digne de ce nom ne peut manquer d'apercevoir combien un tel procédé est injurieux au Saint-Siège infaillible, et opposé à la vraie foi, alors qu'il est certain que ces opinions erronées ont été plus ou moins formellement proclamées parmi nous par la parole et par la presse ; alors surtout qu'aucun catholique ne peut contester au magistère de l'Église le droit de se prononcer non seulement sur les vérités révélées, mais encore sur les faits dogmatiques, et de juger infailliblement du sens objectif des doctrines et de l'existence des erreurs.

» Nous déplorons, en outre, avec force, ce que disent et écrivent même certains catholiques, (jui ne craignent pas de dénoncer ceux qui ont

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reconnu l'existence parmi nous des erreurs, de l'améncanisine, el qui ont exprimé à Votre Sainteté leur adhésion et leur reconnaissance pour sa Lettre apostolique, comme s'ils étaient moins attachés à leur pays et aux institutions américaines, alors qu'il est évident pour tout esprit sincère que ladite Lettre apostolique ne contient aucune censure ni contre la Répuhlique américaine ni contre nos lois et nos institutions, ni enlin contre les mœurs ou les traits particuliers du peuple américain.

» Il ne s'agit, en effet, que des opinions introduites et formulées par certaines personnalités, opinions dont la condamnation ne peut évidemment infliger aucun déshonneur, aucune injure, ni aucun désaveu soit à la République et aux citoyens américains, soit aux catholiques de ce pays.

» C'est pourquoi nous déclarons solennellement, contre ceux qui transportent dans le domaine séculier une question qui regarde la doctrine catholique et relève de la compétence exclusive de l'Église, que nous tenons pour opportune, que nous recevons avec joie et que nous adhérons religieusement à la Lettre apostolique sur les erreurs de l'américanisme ; que nous réprouvons lesdites erreurs dans le sens où le Saint-Siège les a réprouvées et que nous ne sommes^ de ce fait, ni moins attachés à l'Amérique notre patrie, ni moins dévoués à nos conci-

96 TÉMOir.NAGES DE l'ÉGLISE d'aMÉRIQUE

toyens et à la féliciU' et prospérité de l'État. » Voilà ce que les Ordinaires actuels de la province de Mihvaukee aux Etals-Unis de l'Amérique du Nord, désiraient écrire à Votre Sainteté. » Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous sollicitons très humblement, pour nousmêmes et pour les fidèles qui nous sont confiés, la bénédiction apostolique, lui offrant en même temps l'expression de notre amour et de notre obéissance filiale.

» Fait à Mihvaukee, en la fête de la Pentecôte

» Frédéric-Xavier Katzeh, » Archevêque de Milwaiikee.

» Jacques Schwebach, » Evêque de La Crosse.

» Sébastien Messmer, » Evêqiie de Grenn Bcuj.

» Frédéric Eis, » Administrateur apostolique du diocèse de Sault Sainte-Marie et Marquette. »

En publiant ce document, la Civiltà Cattolica ajoutait :

« Nous donnons la lettre de Mgr Katzer dans son texte original, qui mérite d'être lu et médité par tous, mais surtout par ces américanistes qui répètent toujours que le Saint-Père, en condamnant l'américanisme religieux des Américains, n'a fait que condamner les rêves d'un Français. »

TÉMOIliNAGES DE l'É(;LISE d'aMÉRIQUE 07

Un autre exemple aclièvera de montrer quels lurent les procédés de la presse libérale dans '■'(te question de l'américanisme.

Mgr lévèque de Cleveland avait été le premier, après l'archevêque de New^-York, à envoyer d'Amérique son adhésion à la lettre apospolique condamnant laméricanisme.

Mais, parce que Mgr Hortsmann assurait le Saint-Père que les idées du P. ïlecker ne s'étaient pas répandues parmi son clergé, la presse libélale ne craignit pas de ranger l'évèque de Cleveland au nombre de ceux qui ont eu l'audace de prétendre que les erreurs condamnées sous le nom d'américanisme n'avaient point cours aux États-Unis. •

Toute la carrière épiscopale du vaillant évèque, lun des plus fermes champions de l'orthodoxie romaine, protestait contre le rôle qu'on entendait lui faire jouer, mais la presse dévouée à l'américanisme ne recule devant aucune invraisemblance de ce genre.

Elle sest attiré, une fois de plus, une sévère et retentissante legon. Voici la réponse de Mgr IIoiIsMiann :

« A l'éditeur du Catholic Universe de Cleveland.

» Je constate qu'en plusieurs endroits on a mal compris ma lettre à notre Saint-Père le Pape

!*H TEMOIGNAGES DE LKGLISE DAMÉRIQUE

Léon XIII, au sujet de la lettre encyclique Testem benevolentiœ qu'il a adressée à Son Éminence lo cardinal Gibbons, et par lui aux évèques des États-Unis.

» Après information prise, je n'ai pas trouvé qu'aucun membre de mon clergé ait lu la Vie du P. Ilecker, par le P. Elliot, si ce n'est assez long-temps après la controverse qu'elle a soulevée en France et en Belgique. C'est alors que je l'ai lue moi-mOme.

» Dans ma lettre au Saint-Père, je parlais seulement pour le diocèse de Cleveland.

» Les erreurs condamnées par notre Saint- Père sont certabiement contenues dans cette <( Vie du P. Ilecker. » Affiriwer que le Pape a condamné ces erreurs sans une pleine connaissance et une étude de l'ouvrage original anglais est tout simplement absurde.

» Dire que la condamnation n'était pas opportune iilpjas applicable à notre pays, c'est encore pire, car c'est manquer de respect au Vicaire de Jésus-Christ.

» Respectueusement à vous,

» y IgN. ll0RTSMAx\iV,

» Evêfjue de Cleveland.

» Cleveland, 24 mai 1899. »

Il semble que de tels témoignages devraient clore la controverse et ne pas laisser place aux

TÉMOIGNAGES DE LÉdLISE d'aMÉRIQUE 99

faux-fuyants de ceux qui s'obstinent à dire qiu' raméricantsme condamné par Léon XIII n"a jamais été professé par aucun américain ; mais il faudrait ignorer ce que peut l'esprit de parti pour s'étonner des tentatives sans cesse renouvelées de l'école libérale en vue d'accréditer l'opinion que nous réfutons en ce moment.

Il serait d'ailleurs puéril de prétendre que tous les évoques des Etats-Unis ont unanimement répudié l'américanisme avec la vigueur apostolique des évoques des provinces de Mihvaukee de New-York, etc. Le mal n'aurait pas gagné comme il l'a fait tant <le provinces de la grande République, si l'cpiscopat tout entier voyait le péril aussi clairement et le dénonçait avec la même énergie.

Les partisans de l'américanisme n'ont pas manqué de se prévaloir du silence de certains ('vèquos.

Le 21 avril 1900, la Semaine religieuse de Paris publiait la note suivante, dans sa partie non oflicielle :

« Angleterre. — l)e notre correspondant d'Angleterre.

» Depuis quelque temps, il n'était plus question de l'américanisme. L'affaire paraissait endormie ; mais elle vient de reprendre de l'actualité par un article de Mgr Péchenard, dans la North American Revicw. Je ne veux point re-

produire ici les termes dans lesquels le Catholic Times de Liverpool (numéro du 12 avril) apprécie la personne de Fauteur de l'article, discute son autorité, et réfute l'une de ses assertions. Il est probable que le passage du Catholic Times, qui est l'un des journaux catlioliques les plus répandus en iVng-leterre, aura été reproduit par la presse française. 11 est oiseux d'éterniser les discussions, en disputant sur les opinions; il importe seulement, pour une connaissance exacLe des faits, de rectifier par une petite satistique les renseignements répandus en Italie et en Europe par la CAvilta Cattolica à propos de l'accueil fait en Amérique à la lettre que le Souverain Pontife adressait naguère au cardinal archevêque de Baltimore. Cette grande revue, qui est dirigée par les Pères jésuites à Rome, a publié divers articles sur la lettre du Pape au cardinal Gibbons. Elle a reproduit en particulier les lettres de deux prélats américains, les archevêques de New- York et de Milwaukee, qui admettent que les erreurs condamnées par le Souverain-Pontife étaient répandues en Amérique. Il est peut-être utile de savoir que, sur quatorze archevêques existant aux États-Unis, ces deux prélats sont les seuls qui ont répondu de la sorte. Trois archevêques n'ont pas jugé à propos de faire aucune réponse ; ce sont les archevêques de Chicago, de Dubuque et de Santa-Fé. Quatre ont simplement déclaré avoir reçu la lettre pon-

TÉMOIGNAGES DE l'ÉGLISR d'aMÉRKJLE 101

lificale et en accepter les cnseig-nernents; ces prélats siègent à Cincinnati, à la Nouvelle-Or- It'ans, à Portland et à Pliiladelpliie. Ce dernier croit que la doctrine condamnée n'est guère connue en Amérique ; il dit : vix inveniri potest. Enfin, les cinq archevêques de San-Francisco, de Saint-Paul, de Saint-Louis, de Boston et de Baltimore ont déclaré qu'ils n'avaient aucune difficulté à accepter les enseignements du Saint- Père, mais que les doctrines condamnées dans la lettre au cardinal Gibbons n'existaient pas^ à leur connaissance, en Amérique. Si la Civilta Cattolica des Révérends Pères jésuites est réellement en situation d'affirmer quelque chose sur le sentiment de l'épiscopat américain, il faut qu'elle publie les lettres non pas seulement de deux prélats, mais de tous les archevêques des États-Unis, et principalement la réponse du cardinal Gibbons, à qui le Pape Léon XIII a écrit sa lettre. »>

Après ce que nous avons vu des adhésions de l'épiscopat américain aux enseignements du Pape, il nous suffira de faire quelques brèves observations :

» l"j Le Catholic Times de Liverpool est un des organes les plus avancés du parti américaniste. Dès le début de la polémique sur le P. Hecker, il a publié des articles en faveur des doctrines condamnées depuis par le Saint-Siège,

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2"^ Il est inexact que sur les quatorze archevêques des Etats-Unis, NN. SS. de New- York et de Milwaukee soient « les seuls qui aient répondu de la sorte ».

Parmi les quatre archevêques que la Se??iame Religieuse de Paris énumcre comme ayant « simplement déclaré avoir reçu la lettre pontificale et en accepter les enseignements », nous relevons les noms de Mgr l'archevêque de la Nouvelle-Orléans et de Mgr l'archevêque de Cincinnati. Or, Mgr Chapelle, archevêque de la Nouvelle-Orléans, remercie le Saint-Père d'avoir « si opportunément signalé et réprimé les erreurs désignées sous le nom d'américanisme; » d'avoir « clairement et sagement marqué les erreurs présentes et nous avoir prémuni en même temps contre les erreurs futures». Quant àMgrElder, archevêque de Cincinnati^ il s'exprime ainsi dans sa réponse au Saint-Père : « Les erreurs que vous avez condamnées étaient propres à causer aux âmes un grand dommage, mais nous avons confiance que votre lettre mettra fin à toute discussion future. » C'était clair, et l'on conçoit difficilement comment le correspondant anglais de la Semaine Religieuse peut dire que les archevêques de Cincinnati et de la Nouvelle-Orléans ont simplement accusé réception de la lettre pontificale.

Nous n'avons pas sous les yeux le texte des lettres de NN. SS. de Portland et de Philadel-

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phie, mais, à en juger par la façon dont Je correspondant de la Sejnaine Religieuse a interprété celles de NN. SS. de Cincinnatti et de New- Orléans, i] nous est permis d'émettre un doute sur la sig-nilication qu'il leur attribue.

3° Lo même correspondant omet de mentionner la lettre collective des évêques de la province d'Oregon City, qui écrivent au Saint- Père : « Vous apercevez, vous découvrez et vous indiquez le commencement d'une erreur naissante, qui n'est pas promptement découverte par le grand nombre ».

4° Admettons, s'il le faut, avec la Semaine Religieuse de Paris, qu'il se soit rencontré trois archevêques, « n'ayant pas jugé à propos de faire aucune réponse » et cinq ayant déclaré « que les doctrines condamnées dans la lettre au cardinal Gibbons n'existaient pas, à leur connaissance, en Amérique. » Cela prouverait que ces prélats ne sont pas exempts des erreurs condamnées par le Saint-Père, et que, par conséquent, le mal est plus grand qu'on ne saurait le dire.

o" Ce qui concerne la réponse du cardinal Gibbons, archevêque de Baltimore, n'est pas moins grave. En sommant la Civiltâ Cattoiica de publier cette lettre, le correspondant de la Setnaine Religiusc commettait une imprudence. Si la réponse du cardinal Gibbons n'a pas été publiée, c'est qu'elle ne pouvait pas l'être. Nous nous serions abstenu de faire ressortir ce qu'a d'anormal et

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de grave le silence absolu ^ardé par le cardinal arclievOxjue de Baltimore depuis la publication de la Lettre apostolique qui lui est nommémenl adressée, si l'intérêt de la vérité ne nous obligeait à parler.

A la suite de nos premières critiques contre la IVe du Père llecker parues dans la Vérité, Son Eminence le cardinal Gibbons avait été sollicité de rendre un témoignage favorable au Père Hecker et à la communauté des Paulistes.

Le 14 avril 1898, il écrivit au P. Elliot une lettre dont nous extrayons le passage suivant :

(( Mon cher Père Elliot^

« C'est une satisfaction pour moi de consigner, pour la faire connaître, mon appréciation sur le P. Hecker.

» Le P. Hecker a été incontestablement un instrument de la Providence pour la diffusion de la foi catholique dans notre pays. Il a fait un bien immense en rapprochant de nous les non-catholiques, en diminuant les préjugés, en gagnant à notre sainte religion l'attention bienveillante du public, sans parler de la multitude de ceux qui. directement ou indirectement, lui sont redevables de leur conversion. Son esprit a été celui d'un enfant soumis de la sainte Eglise, un esprit catholique sans restriction et dans toute la pléni-

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liiilo du sens que ce mot comporte ; sa vie a ('ir ornée de tous les fruits de la piété personnelle. 11 était, en particulier, animé pour lésâmes d'un zèle vraiment apostolique, hardi et toutefois prudent, de nature à attirer les protestants sans rien sacrifier à l'orthodoxie. »

Après un éloge non moins chaleureux de la communauté des Paulistes, le cardinal ajoutait :

« J'apprends avec plaisir que la carrière apostolique du Père Hecker est appréciée chaque jour de plus en plus en Europe, qu'on y a publié sa vie et ses écrits. »

Après être ainsi intervenu dans le débat, il a fallu des raisons très graves pour que la lettre que le cardinal Gibbons a dû écrire au Saint- Père en réponse à la Lettre Testem benevolentiœ n'ait pas été publiée par la Civiltâ cattollca.

Lors du voyage que le cardinal fit à Rome^ durant l'été de 1901, la même réserve a été observée.

Un seul journaliste, M. deNarfon du Figaro, a pu inten'iewer son Eminence, lors de son passage à Paris et voici les termes, qui n'ont donné lieu à aucun démenti, dans lesquels il rapporte l'entretien du cardinal Gibbons :

— Voulez-vous alors, Eminence, que nous parlions de Rome?

— Oh ! bien volontiers. J'arrive précisément de Rome. J'ai vu le Pape plein de santé et de

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vie. Je ne l'avais pas vu depuis dix ans. Je l'ai trouvé le môme, plulôt rajeuni un peu. Sa mémoire surtout est prodigieuse. Mais vous n'attendez pas que je vous raconte notre conversalion. Je vous assure qu'elle n'intéresserait pas vos lecteurs. Mon voyage n'avait pas de but spécial. C'a été le classique voyage ad l'imina que font, à intervalles réguliers, tous les évéquos du monde catholique.

— Et l'américanisme ?

— ■ Il n'y a pas d'américanisme. D'ailk-uis, t es questions-là ne sont plus actuelles.

— Je voudrais pourtant bien savoir pourquoi le Vatican — qui livra naguère à la publicité quelques-unes des lettres d'évôques américains qu'avait provoquées celle que le Pape vous adressa au sujet de l'américanisme, — a jusqu'à ce jour, négligé de publier votre réponse. On dit que...

« Le cardinal Gibbons m'interrompt d'un geste, et met un doigt sur ses lèvres. Je me garde d'insister. Au surplus, le silence n'esl-il pas souvent une opinion. » {Le Figaro, 14 juillet 1901.)

Il est facile de comprendre, d'après'ces paroles, pourquoi la réponse du cardinal au Pape n"a pas été publiée.

La Civiltâ Catto/ica ne pouvait en donner le texte que si elle en recevait communication du Vatican, et le Vatican n'a communiqué à la Civillâ que les lettres où l'existence et les dangers de

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raméricanisiTie étaient nettement affirmés (1).

Dans un article magistral, du 15 mars 1890, la célèbre Revue romaine, résumant toute la controverse et réfutant les arguments des tenants de l'américanisme concluait en ces termes :

(( Celui qui louvoie, celui qui tâtonne, s'adapte, au siècle, transige, celui-là pourra se donner à lui-même le nom qu'il voudra, mais devant Dieu et devant l'Eglise il est un rebelle et un traître. »

Ce vigoureux langage n'a pas été pardonné à la Civiliâ Cattolica et aux RR. PP. jésuites qui la dirigent.

Un fait bien caractéristique achèvera de nous montrer l'opposition des deux tendances qui divisent le clergé américain.

Parmi les causes de béatification actuellement soumises à l'examen de la Sacrée-Congrégation des Rites, il en est une qui mérite de fixer particulièrement l'attention.

Nous voulons parler de la cause de béatification du vénérable Jean-Népomucène Neumann, évêque de Philadelphie (États-Unis d'Amérique).

Voilà un saint américain, un vrai saint, celuilà; du moins l'Église a-t-elle pris en très sérieuse considération l'examen de ses titres à la canonisation, et nous pouvons espérer qu'il nous

(1) Par une méprise vraiment singulière et cjui n'a pas été réparée, la lettre de Mgr Corrigan au Pape a été attribuée par V Agence Havus au cardinal Ciblons.

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sera bientôt permis de lui rendre un culte public.

Or, il n'est pas sans intérêt de mettre en parallèle le vénérable Jean-Népomucène Neumann, avec ce bon P. Hecker, que Mgr Ireland nous présente comme « l'ornement et le joyau du clergé américain ».

Tl y a entre ces deux « types du prèlre moderne )) assez de traits communs et surtout de différences pour que ce parallèle soit au plus baut point instructif.

Jean-Népomucène Neumann appartint, comme le P. Hecker, à l'ordre du Très-Saint-Rédempteur. Il était de huit ans plus âgé que le fondateur des paulistos et entra dans l'ordre cinq ans avant lui. Le P. Neumann et le P. Hecker vécurent tous deux sous la même règle et sous la direction des mômes supérieurs, en Amérique, pendant deux années. Us purent se voir; ils se connurent certainement. Tous deux aussi quittèrent Tordre des rédemptoristes, mais par des voies très différentes.

Jean-Népomucène Neumann ne sortit pas de son ordre pour obéir à une « mission providentielle » et se livrer plus librement à l'apostolat ; il y entra, au contraire, après avoir exercé pendant plusieurs années le ministère apostolique, avec un zèle et un succès que les plus ardents missionnaires n'ont certainement pas dépassés. 11 lui sembla que sa vie serait plus méritoire devant Dieu et son action plus salutaire encore pour ses frères, s il se consacrait entièrement à Notre-

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Seigneur Jésus-Christ par la profession relii4:ieuse ; seule, l'obéissance put le contraindre à renoncer un jour à cette vie de comniunaulo (|u'il avait embrassée avec tant de ferveur.

Élevé à l'épiscopat malgré lui, il ne se consola d'être appelé à un tel iionneur que sur l'assurance donnée par Pie IX qu'il resterait rédemploriste autant qu'un évoque peut l'être.

« Très cher Fils, lui écrivit le saint Pontife, puisque, à la dignité d'évêque, vous unissez les vertus du religieux, vous resterez religieux ; et (juand même vous ne seriez plus membre de la congrégation du Très-Saint-Rédempteur sous lous les rapports, moi, en vertu de mon pouvoir suprême, je vous admettrais comme tel. »

A rencontre du P. Hecker, Neumann était un savant. Il avait acquis, par l'étude, des connaissances botaniques, astronomiques, médicales, (jui lui furent souvent utiles dans sa vie de missionnaire. Il était en même temps polyglotte distingué ; il étudia, non seulement toutes les langues que parlaient les immigrants, mais encore leurs divers dialectes. On raconte même qu'une vieille Irlandaise, qui n'avait jamais pu trouver, en Amérique, un prêtre de sa nation capable de la confesser en patois, s'écria après avoir vu Mgr Neumann : « Enfin ! nous avons donc un évêque Irlandais ! »

Mgr Neumann était né en Bohème à Pracha- Lilz. On ne croyait pas alors qu'il fût nécessaire

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d'être né en Irlande pour être un « vrai Américain )).

L'apostolat de Jean-Népomucène Neumann avait été merveilleusement fécond avant son entrée chez les rédemptoristcs. Il ne le fut pas moins durant ses douze années de vie religieuse (1840-1852.)

Le P. Neumann bâtit une église à Pittsbourg, et fut ensuite recteur et vice-provincial à Baltimore.

Évèque^ il construisit la belle cathédrale de Philadelphie ; il rédigea un petit et un grand catéchismes, qui furent approuvés par le concile de Baltimore en 18o2. Son diocèse comptait alors 309,000 catholiques.

Mgr Neumann était trop pauvre pour avoir un secrétaire. « Je suis encore seul, écrivait-il, pour entretenir toute la correspondance avec mes prêtres, donner les dispenses, répondre à toutes les difficultés, grandes et petites que, soit les prêtres, soit les laïques viennent m'exposer. » Malgré son isolement et ses modiques res.sources, Févêque de Philadelphie accomplit de grandes œuvres. Il parcourait sans cesse son immense diocèse et chacune de ses visites pastorales était une véritable mission. On savait que Tévêque confessait chacun en sa langue, aussi tout le monde allait à lui et pas un prêtre en Amérique, dit son historien, ne passait autant de temps au confessionnal.

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TÉMOIGNAGES DE L KULISE DAMÉlUgUE 111

Quelques cliiiires achèveront de montrer 1 aclivit(^' du missionnaire. Durant les cinq premières années de son épiscopat, plus de cin- ((uante églises furent construites dans son iliocèse.

Mgr Corrigan, archevêque de New-York, cilait récemment à ses prêtres, réunis en synode, l'exemple du vénérable Jean-Népomucène Neumann, pour les encourager à fonder des écoles.

Il disait :

« Bien que nous élevions chrétiennement près de soixante mille enfants, il reste encore trentesept paroisses en ville et cinquante-cinq à la campagne, qui sont dépourvues d'écoles. Plusieurs néanmoins auraient les ressources suifi- -antes pour en établir. Notre zèle à cet égard > animera par la lecture des lettres du Saint- Fère à l'épiscopat canadien et à Tépiscopat allemand. Vous y remarquerez ce principe essentiel lue la religion est appelée à envelopper l'éducation tout entière, et que généralement l'enseiunement religieux donné en dehors des heures le classe ne suffit pas. La vie du vénérable Neumann, évèque de Philadelphie, nous fournit hVdessus un bel exemple : dans l'année qui suivit son intronisation, il ne fonda pas moins de quatre-vingts écoles paroissiales. A son arrivée, il n'en avait trouvé que deux dans tout le diocèse. »

Le lecteur s'étonnera peut-être de n'avoir ja-

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mais entendu l'éloge de ce grand et saint évoque, digne d'être opposé' aux détracteurs de l'Église d'Amérique.

Comment une école qui compte tant et de si féconds écrivains, voués à la diffusion en Europe des idées et des r(înommées d'outre-mer, n'a-t-elle pas révélé au vieux monde cette vraie gloire d'un monde nouveau ?

Mais le lecteur n'a point fini de s'étonner s'il veut pénétrer le mystère de la campagne cunéricaniste k laquelle nous assistons depuis sept ou huit ans.

Qu'il sache donc que la supplique adressée au Saint-Siège pour demander l'introduction de la cause de béatification de Jean-Népomucène NeumanUj évêque de Philadelphie, a été proposée à la signature de tous les évoques des États-Unis ; tous s'empressèrent d'y apposer leur nom, un seul excepté : Mgr Ireland, arciievéque de Saint - Paul de Minnesota.

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