LA LETTRE APOSTOLIQUE ET LA PRESSE AMERICAINE
La presse dévouée à l'américanisme n'avait pas attendu la publication de la sentence pontificale pour prendre à l'avance ses sûretés et atténuer l'impression qu'elle pouvait faire sur l'opinion.
« Les chefs de l'américanisme, écrivait, le 5 décembre 1898, le correspondant romain de la Gazette de Lausanne, les chefs de l'américanisme se montrent pleins de confiance dans le verdict du Pape. L'un d'eux me disait ce matin : « Nous ne nous attendons certainement pas à un panégyrique, mais nous avons des raisons de croire que ce ne sera pas non plus la condamnation qu'espèrent nos adversaires. »
L'opinion publique était ainsi préparée, grâce à l'influence de la presse, à entendre fort mal la parole du Pape.
On aurait peine à s'imaginer les efforts inouïs qui furent faits pour empêcher ou retarder la publication de la Lettre Apostolique au cardinal GiI)bons. Les premiers exemplaires du document pontifical expédiés du Vatican ne parvinrent pas à destination. C'est seulement après avoir reçu avis de l'arrivée du second envoi, que le Saint- Père ordonna l'insertion de sa lettre dans VOsservatore Rornano.
Les journaux américanistes des États-Unis et d'Europe publièrent, à ce propos, les plus invraisemblables nouvelles.
Le Catholic Citizen, de Mihvaukee, prétendit que le texte du document pontifical avait été publié dans VOsset^vatore Romano, à l'insu du Vatican, par des ennemis de l'Église d'Amérique qui s'en étaient procuré frauduleusement une épreuve.
D'autre part , le Neir- York Journal du 22 février 1899, publiait un télégramme ainsi conçu :
« Baltimore, 21 février.
» On a montré ce soir au cardinal Gibbons le càblogramme donnant la lettre du Pape sur l'américanisme ; il a refusé absolument d'en parler, si ce n'est pour dire qu'il n'avait pas reçu cette lettre. »
— Or, voici le billet par lequel S. Em. le car-
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tlinal RampoUa adressait au cardinal Gibbons un exemplaire de la lettre papale.
Nous empruntons le texte de ce document au Netr- )'(>/'/,■ ]-'r<'p)iui>ifi Journal du 2^) février 1899:
« Eniinenti^isime et Révérendissime seigneur cardinal.
» Dans une précédente lettre du mois d'octobre dernier, j'avais l'honneur de faire savoir à Votre Éminence que le Saint-Père se proposait d'adresser en temps opportun une lettre pontifîcalq concernant ce qu'on appelle « l'américanisme. »
» Il est de mon devoir maintenant de vous remettre un exemplaire de la lettre promise, vous avisant en même temps que d'autres exemplaires vous seront transmis parMonseigneur le Délégué Apostolique.
» Je profite de cette occasion pour vous renouveler l'expression de mon profond respect. En baisant vos mains, je suis votre humble serviteur.
» M. Cardinal Rampolla.
» Rome, 31 janvier 1899. »
Ce document a une importance particulière en ce qu'il précise la date de l'envoi de la lettre pontificale que X Italie affirmait avoir été expédiée le 10 février; il confirme en outre les renseignements qui nous avaient été transmis à la
IIG I,A LETTRE APOSTOMQIE
lin d'octobre, alors que le projet de lettre «Hait en préparation ; enfin il dément les dires delà Vie (MthoUque prétendant que le cardinal Gibbons avait adressé au Pape un mémoire auquel répondait la lettre du Saint-Père.
Nous aurons à relever encore beaucoup d'autres informations inexactes de feuilles qui se prétendent toujours bien renseignées.
L'accueil fait à la lettre du Pape sur l'américanisme par la presse des États-Unis mérite de fixer l'attention de quiconque s'intéresse aux destinées de l'Église.
Là-bas, comme ici, et peut-être plus encore, la presse est aux mains des sociétés secrètes et de la juiverie cosmopolite. Car, on ne le sait pas assez, la presse catholique ne possède pas aux États-Unis un seul journal quotidien rédigé en anglais.
Nous n'avons donc, à cet égard, rien à envier aux Américains.
Parmi les journaux catholiques, ceux qui sont inféodés aux idées novatrices prennent vis-à-vis de l'autorité ecclésiastique une attitude qu'il est nécessaire de faire connaître au public français.
Nous trouvons dans la Vérité de Québec du 11 mars 1899 la citation suivante :
« Le Catholic Citizen, de Mihvaukee, journal américanissime, en date du 25 février, est fort peu content de Rome. D'abord il déplore la facilité qu'on a de s'adresser à Rome. Que chaque
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pelile minorité, pour chaque petite querelle, ait recours à Rome, c'est une maladie — a disease — . Jadis, ajoute-t-il, les rois d'Angleterre firent voter des lois pour empêcher le trop fréquent recours à Rome — overmuch rwiniwj to Home. Sans doute, de telles lois votées par le pouvoir civil ne peuvent pas se défendre, « mais l'idée avait du bon », et les règlements de l'Eglise en ce pays devraient mettre un frein au trop fréquent recours à Rome .' »
C'est un journal catholique qui s'exprime ainsi ! Voici maintenant en quels termes le même journal parlait de la condamnation, alors imminente, des idées du P. Hecker. Sous ce titre : Un procès fait à un homme mort, il écrivait :
« Si le heckérisme est censuré, cette condamnation sera saluée comme un coup porté à l'américanisme. Voilà pourquoi nous demandons qu'on abandonne la controverse, et que les autorités romaines s'occupent d'organiser un corps de missionnaires pour la conversion de l'Italie, d'après le plan indiqué par le P. Hecker pour la conversion de l'Amérique. »
« Comme on le voit, ajoute le journal canadien auquel nous empruntons cet extrait, on ne manque pas d'insolence chez nos voisins. »
La lettre du Pape n'était pas encore publiée (juand ces lignes furent écrites. Le ton du journal a-t-il changé depuis '? La Vérité de Québec va nous le dire :
lis I.A I.KTTHK APOSTOLlOl K
« Le diiecleur du Cathofic (^l(ize?i avait à peine écrit cela que la nouvelle de la publication de la lettre du Pape lui est arrivée. Cela ne rempêche pas de continuer ses insolences. Citons : « La lettre s'ouvre avec la déclaration que ce document doit être considéré comme une nouvelle preuve de l'amour du Pape j)Our l'Amérique. 11 paraît que le cardinal Gibbons, à qui la préte7idue lettre était adressée, a retardé la communication au public américain de cette preuve de Taffection du Pape, et que l'archevêque Ireland traversa les mers pour obtenir que l'amour du Pape se manifestât d'une autre façorv. Les dépêches font voir que juste au moment où l'archevêque plaidait auprès de Sa Sainteté, quelque intrig-ant eut une copie de la lettre et la fit pubher. Il y a dans ce procédé, soit un grand manque de respect à l'égard du cardinal Gibbons, pour lequel le Vatican lui doit des excuses; ou bien la publication, si elle est autorisée et officielle^ blâme virtuellement le cardinal américain d'avoir retardé la communication aux fidèles d'une lettre du Pape. »
Et ce journal continue ainsi :
« Une chose paraît bien certaine, c'est que, pour l'amour de la paix de l'Église en ce pays, il devrait y avoir un mode de procédure bien définie quand il s'agit de porter des causes touchant les affaires américaines devant les autorités romaines. Comme de raison, nous devons con-
seillerla soumission et l'entente, quelle que soit lu décision de Rome. Mais l'apparence d'irresponsabilité, rimpression qui existe quune décision romaine, comme Tépée de Damoclès, peut tomber à tout moment disparaîtrait, s'il y avait un peu de procédure; si, par exemple, l'arche- \êque Corrigan, qui a donné son imprimatur au livre du père EUiot, et rarchcvêque Iieland, qui en a écrit la préface, étaient entendus en sa laveur avant que la décision fût rendue, et non après. »
On le voit, les américanistes n'admettent pas que Rome se prononce, m«'mf' en nvtii«''in de doctrine, sans les consulter.
Ils mettent en avant le nom de rarclievèque de New- York, un des prélats qu'ils ont le plus combattu^ parce qu'ils voudraient maintenant lui faire partager leur disgrâce ; mais on sait, à Rome et ailleurs, ce que pense, en ces matières, Mgr Corrigan^ et l'on n'attache pas plus d'importance qu'il ne convient à un imprimatur 'lonné sur le témoignage d'autrui.
La façon dont les journaux et les chefs de l'américanisme se comportent vis-à-vis de Rome est malheureusement de nature à éloigner les protestants du catholicisme et à les confirmer dans leurs erreurs.
Nous en trouvons la preuve dans un des journaux protestants les plus inlluents : The Independent, de New-York :
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Cette feuille, citée parle Literartj Dlgesl Au. 11 mars 180Î), se livre, à propos de la lettre du Pape, aux commentaires suivants :
« Enfin le trait est lancé et c'est un Irait bien inoffensif. Le monde catholique d'Europe, ou du moins la partie excitable de ce monde, a été en état de convulsion depuis trois ans, au sujet des prétendues aberrations de l'Ég-lise catholique en Amérique et suppliait le Pape de condamner ses doctrines hérétiques. A la fin, le Pape a dit quelque chose pour calmer les opposants, et ils en tireront tout ce qu'il leur sera possible d'en tirer ; 7nais en réalité cela se réduit à rien du tout.... »
Il est douloureux de penser que ces paroles injurieuses pour le Saint-Siège sont trop visiblement inspirées à la presse protestante par Fattitude et le langage des américanisants.
\J Indépendent qui est, nous le répétons, l'un des organes les plus influents du protestantisme aux Etats-Unis, s'autorise des bruits répandus par la presse américaniste pour féliciter les protestants de n'avoir pas besoin de recourir à Rome :
« Toutes les influences possibles ont été mises en mouvement pour persuader au Pape de condamner « l'américanisme » et l'air a été rempli de rumeurs. L'archevêque Ireland est allé à Rome, il y a peu de temps, probablement pour coni rebalancer ces influences.
» Après avoir cité, avec une certaine élendue, la substance de la lettre du Pape, dit le Lllerarij Digest, plus particulièrement les passages définissant les erreurs qui, en Europe, ont été groupées sous le nom d'américanisme, le rédacteur de Vlndépendent continue ainsi :
« Le Pape prend grand soin de ne pas déclarer que les disciples du P. Hecker ou les défenseurs de <( l'américanisme » soutiennent ces erreurs. Eux aussi, soit dans leur quartier général, qui est en cette ville, soit parla voix de rarchevéque Ireland, déclarent énergiquement que ce ne sont pas là leurs doctrines.
« Néanmoins, en lisant leurs déclarations, nous nous réjouissons, nous autres, de ne pas avoir à recourir au Pape pour nous enseigner ce que nous devons croire. Les protestants ont un grand avantage en cela, qu'ils n'ont pas besoin d'aller à Rome pour y batailler constamment et tracasser un vieillard pour lui faire dire ce qui pourrait favoriser leur opinion et blesser leurs adversaires. Ils peuvent recevoir de nouvelles lumières, même sur les matières de foi qui sont entrées dans la philosophie des croyances. »
Écoutons maintenant l'écrivain américain protestant nous exposer son opinion sur ce qu'il convient à l'Eglise défaire pour se mettre en harmonie avec notre temps :
» Naturellement, à notre époque, l' Eglise catholif/ue doit ilianger V accentuât ion qu'elle met
LA LETTHE APOSTOLIQUE
dans ftes divers enseignements. Quelques-unes de ses doctrines et de ses institutions, qui conduisent delles-tnêmes à la superstition, doivent tomber à t arrière-plan, et les ordres qui ne font que méditer dans le silence et dire des messes se supprimeront eux-mêmes. Il faut
DONNER UNE PLUS GRANDE LIBERTÉ A lA PENSÉE ET A LA
DISCUSSION, et c'est une chose qui sera faite plus lût on Amérique qu'en Espagne et qui trouvera plus de faveur dans la France répujjlicaine que chez \^%xo^dXvsX^?>. Les protestants croient que l'Eglise catholique est en voie de changer pour s'améliorer et qu elle doit continuer flf 'luinger, et ils s'en réjouissent. »
Voilà pour les protestants. Nul ne sétonnera de trouver chez eux ces illusions et ces erreurs, mais nous tenons du môme écrivain l'aveu que certains catholiques, leurs amis, espèrent^ moyennant quelques précautions de langage et quelques nuances d'idées, conserver des opinions analogues, malgré la condamnation de l'américanisme.
« Nos AMIS CATHOLIQUES, Ics plus partisaus du progrès, penseistque le changement se faitseulement DANS les choses NON ESSENTIELLES, dans l'adaptation des méthodes au.r temps et dans les changements d'accentuation de la doctrine. Laissons- LES PENSER AINSI. La lettre du Pape au cardinal Gibbons, quoique dirigée contre les erreurs qui leur sont attribuées et facilement employée
contre eux, ne leur fera aucun mal et nous esporons qu'elle satisfera leurs adversaires. »
Si, vraiment, il en devait être ainsi, si la lettre du Pape au cardinal Gibbons ne devait modifier en rien les idées àa^ a?nis catholiques du journal protestant, celui-ci aurait raison de dire que, pour eux, renseignement du Saint-Père « se réduit à rien du tout. »■
Trouvera-t-on parmi les catholiques des hommes prêts à justifier cette appréciation et
duisant à néant la portée d'ensei^ements dogmatiques si solennellement promulgués? Quelques interviews publiées par les journaux américains nous le font craindre.
Le même numéro du Literartj Digest nous apporte les informations suivantes :
« Les Pères paulistes, paraît-il, ne sont aucunement troublés de cette lettre qui, suivant le ^P. Alexandre P. Deyle, rédacteur du Catholic World, « ne les atteint pas du tout. »
Un autre membre éminent de la Société pauliste, interviewé par un représentant du Times <Ip New- York, dit :
" Le Pape condamne certaines doctrines qui ont fait leur apparition dans le cours de la controverse. Nous acceptons pleinement ce que dit le Pape et voyons qu'il ne désapprouve aucune doctrine que nous ayons jamais tenue. »
Et, s'autorisant toujours du passage déjà cité
de la Lettre Apostolique, le disciple du P. Hecker poursuit ainsi :
« Le Pape a beaucoup d'affaires à étudier. Il est naturel qu'il ne soit pas toujours en situation de voir si la traduction d'un livre qui est mis sous ses yeux est complètement exacte. Dans cette lettre il ne condamne aucune doctrine du P. Hecker , mais seulement les doctrines (jui ont été attribuées au P. Hecker par suite de traductions ERRONÉES (!!j l'enseignement du P. Hecker fut toujours parfaitement orthodoxe.
» L'idée de refuser de reconnaître l'autorité de l'Ég-lise est une idée que nous n'avons jamais tenue un seul instant ; maintenant, en ce qui concerne la grâce et la vertu, je n'ai jamais entendu aucun prêtre américain dire que la vertu naturelle fût même à comparer avec la vertu surnaturelle. La grâce suit la nature. Elle ne change pas les qualités naturelles de l'homme; elle les élève simplement à la bonté divine. Mais celui qui dirait que la vertu naturelle a une plus grande efficacité que la vertu surnaturelle exprimerait manifestement une hérésie, nous n'hésitons pas à le reconnaître.
» Quant à la division entre vertus passives et actives, il est probable que le mot passive a été mal traduit (!) Tel qu'il est employé par le P. Hecker, il a simplement sa signiiication usitée dans le langage ordinaire. On dira qu'un homme peut endurer passivement une injustice et qu'un
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uulre pense qu'il est de son devoir de l'aire d'activés démarches pour la repousser. Dans le langage ordinaire, on pourrait dire que le premier a exercé une vertu passive et le second une vertu active. En Amérique nous sommes plus disposés à « faire le coup de poing» et à choisir l'action. Mais au point de vue philosopiiique nous ne prétendons pas qu'il y ait aucune distinction réelle rntre les vertus passives et actives. »
Nous craignons que ces explications ne suffisent pas à calmer les alarmes des théologiens romains. Elles témoignent, en effet, d'une facilité singulière à confondre les notions les plus simples et, comme nous disons en France, à «jouer sur les mots».
Mais écoutons le même pauliste p irîer des \œux de religion :
« Quant à ce qui a trait au mépris des ordres religieux, ceci, je pense, ne nous concerne pas, mais se rapporte à un prêtre de cet Etat avec lequel nous n'avons aucune relation et qui a récemment écrit un livre attaquant violemment les ordres religieux. Ce livre fut mis à l'index et il le retira de la circulation.
» Nous ne disons pas que « les vœux sont opposés à l'esprit de notre temps en ce qu'ils mettent des hornes à la liberté humaine» ou « qu'ils sont plus appropriés aux âmes faibles qu'aux âmes fortes». Je dirais — ce qui est-très différent — (jue les âmes faibles en ont plus besoin
QUE LES AMES FORTES (!). Ull VœU GSt Ull SGCOUrS
pour aider à bien vivre, et le P. Hecker luimême disait qu'il feiait un vœu immédiatement s'il le jugeaitexpédient. Pour vivre comme il faut, sans le secours d'un vœu, il faut simplement prendre une détermination plus énergique.
» Le P. Hecker suivit^l'exemple de saint Philippe de Néri en fondant un ordre dont les membres devraient s'appuyer sur la charité chrétienne plutôt que sur des vœux. Mais nous sommes loin de déprécier les ordres religieux dans lesquels on fait des vœux. La fondation de notre société ne fut, selon l'expression du Pape, en aucune manière censurable. »
Il est donc bien diflicile à un disciple du Père Hecker de comprendre ce que sont les vœux de religion! Toujours il considère le vœu comme un secours, une aide donnée aux âmes faibles. Quelle étrange idée et dans quelle théologie les paulistes l'ont-ils puisée ? Le vœu est avant tout une promesse faite à Dieu, qui rehausse l'acte de l'homme par le mérite de la vertu de religion, mais il n'est pas plus « un secours » que le précepte n'en est un pour les actes ordinaires du chrétien.
Ces commentaires de la lettre du Pape sont en réalité la meilleure preuve de son opportunité ; mais, en môme temps, ils sont attristants pour les catholiques. Les paulistes ne sont pas seuls à tenir ce langage. M. Hogan, alors supérieur du
-t'ininaire de Boston, s'exprimait en termes à peu près semblables dans une ùitervieiv publiée par le Boslon Herald et reproduite en plusieurs journaux; tout au plus, voulait-il bien reconnaître <|u'ilyaeu certaines imprudences de langage qui iint servi de prétexte à nos critiques; c'est à nous, en revanche, qu'il réserve toutes ses ri- :ueurs.
Un prêtre américain, qui soutient vaillamment les doctrines romaines dans la presse des Etats-Unis, l'abbé J. F. Meifuss, nous écrivait de riUinois, à propos de l'accueil fait à la lettre du Pape :
« A notre joie se mêle la tristesse. Foudroyés pour le moment, les libéraux nient déjà de toutes jjarts qu'il existe chez nous une doctrine qui sappeUe : américanisme. Même, pour les uns, le P. Hecker était l'homme le plus orthodoxe du monde, tandis que pour d'autres, comme Mgr Ireland, il n'est plus qu'un fou!!! Ce que le Pape condamne ne se trouve qu'en France, 'lisent-ils; seulement, il a trouvé plus commode de s'adresser aux évèques d'Amérique. Tout cela se trouve, à la lettre, dans nos journaux : « Maigncn et les autres, voilà les vrais malfaiteurs. »
« La lumière s'est faite», dit Mgr Ireland. « Mais nos américanistes n'en veulent pas ; on cherche partout des toiles et des rideaux pour faire la nuit dans la maison. Est-ce iornorance?
Est-ce malice? PeuL-ôtre les deux ensemble; mais il y a là peu d'IionnèteLé.
» Quant à nous, nous sommes loin d'être découragés, et la lutte sera dorénavant bien facile, puisque le Saint-Père a parlé si clairement. »
Oui, la lutte sera désormais facile, mais à condition d'être menée bon train et de ne pas laisser se former autour de la Lettre Apostolique une légende qui ne tarderait pas à être substituée aux enseignements du Saint-Siège.
En somme, tous les journaux américains, à l'exception de ceux qui menaient campagne contre l'américanisme avant la lettre du Pape, tous ces journaux tendent à rejeter sur le seul abbé Klein la condamnation de Rome.
C'est une souveraine injustice.
Sans doute, personne ne se fût occupé du P. Hecker, si sa Vie n'avait pas été traduite en français, et c'est là ce qu'a dit le Pape dans une pbrase dont on abuse ; mais cette traduction, tous ceux qui la répudient maintenant l'ont prônée pendant un an, et c'est pour promouvoir l'américanisme en Europe, qu'elle a été lancée avec tant de réclames.
C'est ce qu'a fort bien compris un rédacteur du Tefnps, auquel on s'est efforcé de faire passer le mot d'ordre donné à la presse libérale des deux mondes. Avec beaucoup de sagacité il répondait (24 mars 1899) :
(( Un (le mes correspondants note que le supérieur général des paulistes, dans sa lettre de soumission, attribue « les erreurs réprouvées par le Saint-Siège», moins aux opinions du P. Hecker « considérées en elles-mêmes» qu'aux «interprétations qui en ont été faites». Ce correspondant ajoute : «La distinction si subtile qu'elle paraisse, est importante à faire ».
« Il est parfaitement vrai que le Pape, parlant du livre de Mgr Ireland, déplore qu'il ait excité des controverses, « surtout par le fait de ceux qui ont entrepris de l'éditer ou de le traduire dans une langue étrangère». Faut-il entendre par là que les traducteurs ont ou dénaturé, ou forcé la pensée du P. Hecker?
«J'hésite, pour ma part, à le croire, d'autant que les paroleslesplus vives, les plusprimesautières, celles dont on imagine le plus aisément qu'elles ont pu choquer Rome, sont, soit du P. Hecker lui-même, soit de Mgr Ireland. Il me paraît infiniment plus probable, comme je le disais la dernière fois, que Rome aurait fermé les yeux, si ces doctrines avaient continué de se propager en Amérique ; mais que leur introduction dans la vieille Europe, l'intérêt qu'elles y ont excité, surtout dans le jeune clergé français, ont déterminé l'intervention du Pape. Je ne puis donner cette impression pour une certitude : c'est une simple conjecture. Elle ne se heurte, semble-t-il, à aucune ligne des divers documents énumérés
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plus Iiaut; el elle trouverait plutôt une confirmation dans lettre du cardinal Richard (1). »
Le Temps cite une partie de la lettre de son correspondant qui s'écrie :
« Non, Mgr Ireland n'a point à se repentir de nous avoir fait connaître le jeune catholicisme américain ! Les catiioliques de France i-eslent libres de l'admirer, tout en sachant mieux le distinguer désormais des images confuses ou peu exactes, que quelques-uns en présentaient. Et ceux qui, dans le clergé comme chez les laïques, cherchent un renouveau, une action sociale plus profonde, une entente plus cordiale avec la société moderne, n'ont aucune raison de se décourager ! Leurs rêves risqueront moins de se perdre dans le vague, et ce sera profit pour tous. J'aime à croire, enfin, que ce beau livre de la Vie du P. Hecker pourra reparaître avec les amendements et les explications indispensables, qui n'en diminueront point la haute valeur.
)) J'ai tenu à citer cette partie de la lettre, dit le rédacteur du Temps, elle procède d'un sentiment élevé et généreux. Mais celui qui l'a écrite ne saurait se dissimuler à lui-même que la condamnation portée par Rome vise moins encore une formule, un commentaire, qu'un esprit général, cet esprit d'autonomie qui se dégage des
(1) Lettre de Son E. le Cardinal Richard aux curés de son diocèse (7 mars 1899).
luoiiidres propos du P. Hecker, et qui a souffle'' lussi sur son biographe et sur le traducteur de on biographe. Aucun des trois, sans doute, n'a lu qu'il cessait d'être catholique, pour s'abandonner à cet esprit ; et, aussitôt avertis, les deux vivants ont déclaré qu'ils abjuraient toute parole dont rÉghse pourrait, si peu que ce soit^ se montrer surprise ou choquée. Mais ce n'est pas h'ur état d'àme qu'il est, à l'heure présente, intéressant de noter : c'est l'attitude de Rome. » Or, cette attitude de Rome, qui attire plus (jue jamais l'attention du monde, voici comment un journal américain la caractérise :
Le journal lYew Voice dit de la lettre du Pape : « Sa principale importance n'est pas dans ce qu'elle dit; mais dans le fait que le Pape considère comme nécessaire de dire quelque chose avec tant de force, sur le sujet de « l'américanisme. Le nœud de la question, c'est que, dans cette organisation qui est la plus immualjle de toutes, à savoir l'Église catholique, l'élément américain a exercé et exerce au loin une telle ini\u(inc(i jjo H r pousser à des changements radicaux, que le Pape se sent forcé de mettre au jour une encyclique spéciale pour refoule)- la marée montante. »
L'image est originale et expressive, elle n'est, hélas! que trop vraie.