‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 22 sur 61 · LA PRESSE ANGLAISE ET L AMERICANISME · texte numérisé non relu

LA PRESSE ANGLAISE ET L AMERICANISME

L'attitude de la presse anglaise dans la controverse qui nous occupe est intéressante à observer. La solidarité anglo-saxonne s'est affirmée avec une grande force et en des termes qu'il est utile de noter. Il semblerait, à lire certains journaux anglais, que l'Atlantique met moins de distance entre l'Angleterre et les États-Unis, que la Manche n'en met entre elle et la vieille Europe.

Les journaux catholiques anglais parlent couramment d'un idéal rehgieux propre seulement aux pays latins.

C'est ainsi que le Catholic Times de Liverpool écrivait en septembre 1898.

« Il est absolument inintelligible pour nous, <jue nous devions en (juoi que ce soit nous

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itMluire au niveau de tel ou tel idéal qui peut avoir cours en un pays comme la France. Sur le continent l'Église est asservie ; chez nous, elle est libre. Nous ne devons pas seulement nous contenter de l'empèciier de mourir; nous voulons qu'elle s'accroisse. Parce que les catlioliques, en Angleterre et en Amérique, travaillent suivant certaine ligne de conduite qu'ils croient bonne, il ne s'ensuit pas que cette ligne de conduite soit mauvaise uniquement parce qu'elle serait mauvaise en France, eu égard à la différence d'état de choses existant en ce pays. Et les journaux français ainsi que les écrivains français ne devraient pas faire un si grand tapage, au sujet de la vie et des doctrines de l'un ou de l'autre d'entre nous, comme si nous étions tous à la remorque de cet un ou de cet autre. Un écrivain parle pour lui-même : il n'en, gage pas la communauté entière. Le P. Hecker n'est pas l'Eglise d'Amérique ».

En même temps qu'il répudie toute solidarité avec les idées du P. Hecker, au nom d'un individiialisme doctrinal digne du fondateur des paulistes, le journal anglais fait un éloge entliousiaste de l'Église d'Amérique. Ce passage exprime bien la façon dont les anglo-saxons comprennent la polémique religieuse. Il fait le recensement des « progrès » du catholicisme aux États-Unis, — c'est un sujet sur lequel nous aurons à revenir, — et il prétend réduire toute

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la querelle de l'américanisme à une comparaison de statistiques paroissiales.

«Laissez l'Amérique suivre le cliemin qu'elle jug-e le meilleur. Elle est fidèle à l'Église comme l'acier, Comme l'aiguille se tourne vers le pùle, ainsi elle se tourne vers Pierre, Si^ par ci par là, quelques paroles inconsidérées peuvent donner occasiort à la critique, n'oublions pas que toute grande œuvre peut avoir quelques erreurs involontaires dans les détails qui l'accompagnent. Mais cela ne détruit pas nécessairement la valeur de l'œuvre. C'est pourquoi nous ne pouvons nous empocher de voir avec peine des écrivains français qui, en présence du magnifique progrès de l'Eglise en Amérique, contrastant avec le triste état de l'Eglise en France, se permettent si fréquemment de dénoncer à la réprobation publique ces idées populaires progressives et vraiment libérales qui sont l'espoir de l'Eglise aux États-Unis. »

Nous nous permettrons de faire observer qu'il ne faut pas confondre les doctrines avec les chiffres. Que l'Eglise ait progressé en Amérique,, nul ne le conteste. Que ce progrès tienne aux idées (( progressives » des américanistes, c'est ce qu'il faudrait prouver. Que ces idées soienf justes, qu'elles soient « l'espoir de l'Église aux États-Unis », il n'est plus permis à un catholique de le soutenir.

Avant la condamnation de l'américanisme, la

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presse anglaise, catholique ou protestante, s'était peu occupée de la Vie du Père Hecker et des polémiques qu'elle a suscitées.

Depuis que la Lettre Apostolique a paru, l'un des principaux organes de la presse catholique anglaise, le Tablet de Londres, est sorti de la réserve qu'il avait gardée jusque-là. Ce qui donne à l'opinion de ce journal une importance particulière, c'est le crédit dont il jouit parmi les catholiques anglais et le rang tout à fait prinl'ipal qu'il occupe dans la presse religieuse d'outre-Manche.

C'est dans le Tablet que le cardinal Manning écrivit en faveur des Chetmliers du travail pour appuyer l'intervention du cardinal Gibbons.

L'attitude du Tablet dans la controverse sur l'américanisme mérite donc une exceptionnelle mention, elle la mérite d'autant plus que cette attitude est de nature à causer quelque surprise. Après avoir reproduit, le 4 mars, la lettre du Pape et celle de Mgr Ireland, traduites en Anglais, le Tablet consacra un long article, dans \c. numéro du 11 mars 1899, à l'examen de la vie et des idées du P. Hecker.

La thèse du journal cathoUque anglais était ■ elle-ci :

Jusqu'à présent la controverse à laquelle le P. Hecker a donné lieu, ne méritait pas de retenir l'attention. Mais maintenant que le Pape a parlé, il est bon de revenir sur ce sujet pour

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constater que nous n'avons rien à chang'er aux idées que nous avons exprimées.

Ces idées, le journaliste anglais les résume dans une appréciation générale du P. Hecker et du « message qu'il apporta au monde. »

Sans doute, le P. Itecker, fit une « faute teclinique » en violant les règles de son ordre et en manquant à ses vœux pour venir à Rome où ses supérieurs l'exclurent de la Congrégation du Très-Saint-Rédempleur. Mais c'était malgré cela un liomme remarquable, il mérite une place parmi ces intelligences douées d'une sorte de don naturel de prophétie, — il devina un grand avenir — et il sentit qu'il y avait en lui de quoi imprimer son empreinte à cet avenir — il fut « le héraut de la nouvelle idée ».

Voilà certes un éloge qui n'est pas médiocre, et il est singulier que l'écrivain anglais ait attendu la condamnation de l'américanisme et le retrait des deux éditions de la Vie du Père Hecker pour donner libre cours à son admiration.

Quelle est donc cette « idée nouvelle » dont Hecker est le « héraut » en même temps que « le prophète » et qui excite à ce point l'enthousiasme du journal catholique anglais ?

L' « idée nouvelle » c'est que l'avenir est « à la race anglo-saxon ne^ » et par ces mots il faut entendre, on nous le dit expressément^ tous les pays qui seront absorbés par les peuples parlant anglais.

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L'alliance anglo-américaine, dont on a si souvent parlé, s'étendrait ainsi, non seulement à la politique et au commerce, mais à l'ordre religieux.

Or, dans cet ordre, quel serait le but, ou plutôt TefTet de cette alliance et de cette absorption des autres pays dans l'hégémonie anglo-saxonne? Elle aurait, nous dit le môme auteur^ des conséquences sur « le développement de TEglise ».

S'agit-il de cette expansion du catholicisme (jue souhaitait Joseph de Maistre, quand il appelait de ses vœux le jour où « la môme foi parlera anglais et français? »

On ne nous le dit pas; on dit môme quelque chose de très différent.

La prépondérance anglo-saxonne procurera le « développement de l'Eghse » — « non pas tant dans ses formes extérieures de gouvernement que dans les idées, les aspirations, et môme dans les vertus caractéristiques du peuple chrétien de l'avenir, du moins dans leurs manifestations extérieures ».

Et aussitôt, l'écrivain anglais reprend et développe les idées du P. Hecker telles que l'abbé Dufresne les exprimait, en mars 1898, dans la lievue du Clergé Français . La pensée que l'Eglise pourra subir l'influence anglo-saxonne <( comme elle a subi l'influence hellénique » pendant les premiers siècles, paraît à notre auteur une vue de génie.

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De môme que l'empire romain a laissé sur l'Eg-lise son « empreinte », de même « cette grande République de l'avenir » qui établira partout le self-government , autant que les peuples en sont capables, exercera sur l'Eglise une « influence stimulante ».

Si le Tahlet se bornait à envisager ces transformations comme pouvant être réalisées dans un avenir indéfini, nous ne discuterions pas ces vues « propbétiques ». Mais il passe, sans transition aucune, de l'avenir au présent, et il conclut que « le temps est peut-être venu » de faire cette transformation.

S'appuyant sur une proposition du P. Hecker, d'ailleurs formellement condamnée dans la lettre sur l'américanisme, l'écrivain du Tahlet estime que les fidèles ne doivent plus seulement avoir dans l'Eglise, après le concile du Vatican, le rôle « d'enfants obéissants », mais aussi celui « d'hommes libres et de frères ». N'est-ce pas là ce désir condamné « d'introduire une certaine liberté dans l'Église ? » Et que signifie le mot de frères ajouté à celui ^enfanW^.

Pour corroborer sa doctrine, le rédacteur du Tablet cite un fragment du P. Hecker qui n'est pas donné dans sa Vie et qui est tiré d'un ouvrage intitulé : Church of the World.

« C'est une grossière erreur, dit le P. Hecker, de déclarer que l'essence du christianisme est l'autorité. Il n'en est pas ainsi. L'autorité n'a ja-

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