LA PRESSE ANGLAISE ET L 'AMÉRICANISME
mais été et ne sera jamais ressenco d'aucune cliose, encore moins l'essence de la meilleure et <le la plus haute de toutes : la religion. L'essence du christianisme est l'élévation des créatures raisonnables, par le pouvoir du Saintl^sprit, à une union avec Dieu au-dessus de tout •e qui est dû à la nature... L'autorité est toujours secondaire à quelqu'autre chose comme à sa fin, et jamais une fin en elle-même. L'autolité de l'Eglise est un moyen pour atteindre la fin pour laquelle la religion chrétienne a été révélée, qui est de promouvoir et de sauvegarder l'action du Saint-Esprit liabitant dans l'àme qu'il unit à Dieu. »
Le Tablet complète cette profession de foi en rappelant que le P. Hecker donne l'obéissance à l'autorité de l'Église comme le signe certain de l'action du Saint-Esprit dans une âme.
Ceci est très vrai, mais ce n'est pas cette réserve, faite pour sauvegarder les droits de l'autorité,, c'est la part plus large promise à l'initiative, qui séduit nos anglo-saxons : c'est l'idée vraiment originale exprimée par le P. Hecker d'installer une machine à vapeur dans l'arche le Noé, et cette assertion, que « le malheureux l'tat des pays catholiques est l'effet de trois siècles d'insistance sur la soumission et de né- Lîligence fies vertus actives. »
Tout en faisant des réserves sur les mots, le 1 ablet maintient l'idée.
LA PRESSE AN(;LâISE ET L AMEIUCAMSME
Telle est l'opinion de la feuille catholique de Londres sur le P. Ilccker et ses doctrines, après la lettre du Pape oiî elles sont condamnées* C'est un éloge à peu près sans réserve.
Le môme journal es,t moins indulgent pour ceux qui se sont permis la critiquedu grand américain. Il estime ces critiques aussi faciles que superflues. Sans doute, le P. Ilecker fut optimiste, peutêtre plus qu'il ne convient, mais cela même est à son honneur et prouve la honte de son cœur.
Les premiers torts sont de l'ahbé Klein qui a hyperheckéinsé le P. Hecker, précisément en ce qu'il fallait atténuer.
Les seconds torts sont du P. Delattre, qui n'aurait pas dû se fier à une traduction approuvée par le P. Elliot et le cardinal Gibbons. 11 est vrai que le P. Elliot est « lâché » par le Tablet presque à l'égale de M. Klein.
Quant à nous, ce ne sont plus des torts, mais de véritables forfaits qu'on nous reproche. Le titre même de notre livre est une impertinence, au sens le plus vulgaire du mot. Et surtout, il ne faudrait à aucun prix, voir dans la lettre pontificale une justification de nos critiques.
Enfin, pour terminer par une assertion explicitement réprouvée, le Tablet cherche à expliquer que le nom de vertus passives peut encore être employé, pourvu qu'on en explique le sens, parce que les vertus actives conviennent mieux à notre temps.
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« Personne ne dira que les mêmes vertus sont, précisément dans la même forme, caractéristiques d'un temps do paix et d'un temps de guerre, ou que la physionomie spirituelle d'un missionnaire pionnier et d'un reclus contemplatif sont et doivent être exactement les mêmes. »
Nous ne relèverons pas ici ce que ces lignes témoignent d'ignorance quant aux conditions de la vie spirituelle, oij la guerre est perpétuelle contre le monde, la nature et le démon ; ce que nous voulons mettre en relief^ c'est la solidarité (jui s'affirme entre les Anglais et les Américains, même sur le terrain doctrinal et mystique ; c'est le fait qu'une feuille si hautement cotée a attendu la condamnation de raméricanisme pour en épouser les erreurs sous une forme à peine atténuée.
Ce qui mérite d'éveiller l'attention vigilante de Rome, c'est cette prétention identique à Londres et à Chicago de renouveler, de développer le christianisme, d'assigner d'autres vertus comme devant former le trait caractéristique An peuple chrétien de l'avenir ; cette prédilection enfin, pour le sel f-government , pour la démocratie que l'on prétend introduire chez tous les peuples et dont on veut que l'Eglise elle-même suhisse « l'influence stimulante ».
Fort heureusement, ce langage a soulevé des protestations en Angleterre, et jusqu'aux Etats- Unis.
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D'aulres manifestations sont venues, plus récemment, attirer de nouveau l'attention sur le rôle que les anglo-saxons entendent jouer dans TEglise.
On sait qu'une ligue s'est formée entre les catholiques anglais, groupés autour du duc de Norfolk et les catholiques américains, partisans de Mgr Ireland, pour propager en Europe, et suitout à Rome, cette idée que la domination hritannique favorise par toute la terre l'extension du cathohcisme.
Au début de la guerre contre le Transvaal, le cardinal Vaughan déclarait que a l'avenir de l'humanité est entièrement intéressé à ce que les Etats-Unis et l'empire britannique soient liés d'une étroite amitié », parce que leur intluence est favorable à l'Eglise.
Le 6 février 1900, le duc de Norfolk (1) écrivait au cardinal Rampolla pour se plaindre de l'attitude de VOsservatore Romano en faveur des Boërs. Le nol)le duc faisait remarquer au cardinal secrétaire dEtat « combien la situation de l'empire britannique est importante dans l'Eghse », puisque, sur 977 sièges épiscopaux, 130 sont occupés par des sujets de Sa Gracieuse Majesté.
Le 23 février de la même année, Mgr Ireland écrivait au duc de Norfolk une longue lettre qui
(1) Voir à la fin du volume, Document n» 111, la lettre du duc de Norfolk et la réponse du cardinal Rampolla.