‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 25 sur 61 · L.\ PRESSE ANGLAISE ET l' AMÉRICANISME · texte numérisé non relu

L.\ PRESSE ANGLAISE ET l' AMÉRICANISME

on comprend que i'épiscopat anglais ait jugé nécessaire d'adresser aux fidèles une lettre pastorale collective sur l'Eglise et le libéralisme catholique.

Cette lettre que le pape Léon XIII qualifie de « sage et grave » mérite une très grande attention;

« On ne connaît que trop, dit Léon XIII, ce fléau qui tantôt sévit, tantôt est menaçant et qui a pour origine les opinions complètement erronées, dont l'ensemble est ordinairement désigné sous le nom de catholicisme libéral. Vous n'exagérez nullement en vos paroles, mais vous exposez telle qu'elle est la gravité du péril auquel est exposée la religion catholique en Angleterre, à l'époque actuelle ; appuyé sur les enseignements et les préceptes de l'Église, votre langage n'excède en rien la vérité. » (Lettre aux évêques d'Angleterre, 11 février 1901.)

Au début de ce grave document, les évèques d'Angleterre tracent un tableau véridique du libéralisme catholique et des causes qui entretiennent cette erreur parmi les catholiques anglais :

<( Avec un grand chagrin et un vif regret, chers Enfants en Jésus-Christ, nous admettons que quelques-unes des fausses maximes qui, selon la parole du Saint-Siège, affligent le monde en général, ont jeté de profondes racines en Angleterre.

» Depuis trois cents ans, le peuple anglais ne

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reconnaît aucune autorité religieuse pouvant enseimier avec une certitude infaillible ou lier les consciences au nom de Dieu. 11 en est résulté la substitution du principe du jugement particulier au principe de l'obéissance à l'autorité religieuse, et la persuasion créée chez le peuple qu'il est lui-même le juge en dernier ressort de ce qui est vrai et convenable en fait de conduite et de religion.

)) Un principe domine tout en Angleterre, c'est que tout pouvoir et toute autorité en matières civiles, politiques et religieuses viennent en (in de compte du peuple. Le peuple gouverne; et l'on fait appel au peuple^ comme à un tribunal de dernier ressort, pour obtenir une direction dans des affaires de la plus haute importance.

» Il est à peine nécessaire de faire remarquer de quelle façon insidieuse une infime minorité, comme l'est la minorité catholique en Angleterre, peut être contaminée par une immense majorité qui agit constamment d'après la théorie, qui flatte si bien l'orgueil iiumain, de la suprématie du peuple en religion comme en politique. Nous ne devons donc pas nous étonner de trouver, de temps en temps; dans notre propre troupeau, quelques-uns dont la loyauté à l'égard de l'Église est affaiblie par des principes faux qui ont emprisonné les esprits par suite d'un contact trop intime avec le monde; et il n'est pas surprenant, non plus, de constater que d'au-

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1res sont entrés dans l'Église sans s'èlre suffîsaniment débarrassés de l'esprit critiquant qui provient tXn jugement particulier dans les principes duquel ils avaient été élevés.

» Un petit nombre d'hommes suffit pour infecter et troublerles esprits d'un g-rand nombre, non seulement par la licence des conversations particulières, mais si ce sont des écrivains, par l'usage de la Presse. Ils se permettent de discuter la théologie et le gouvernement de l'Eghse avec la même liberté de langage et d'opinion ([u'ils ont l'habitude d'employer en lançant de nouvelles théories sur les sciences sociales, Féconomie politique^ Fart, la littérature ou tout autre sujet. Manquant de docilité filiale et de révérence, ils disposent librement des questions de doctrine et de discipline, d'après leurs propres idées, et sans tenir aucun compte de l'esprit de FÉglise et de la manière de voir de ses ministres. C'est là se montrer vraiment libéral — à l'égard des droits et des biens d'autrui ; à regard des prérogatives sacrées du Christ et de son Eglise. — C'est l'exercice de ce genre lélétère de libéralité qui caractérise celui qu'on appelle catholique libéral {i}. »

La lettre collective de l'épiscopat anglais avait l'té soumise à l'approbation pontificale avant sa {publication, elle contient une énumération des

,1) Nous empruntons la traduction française de celte lettre I la Vérité de Québec.

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erreurs les plus répandues en Angleterre, qui vient heureusement préciser et compléter les enseig-nements de la Lettre apostolique au cardinal Gibbons.

Voici ce que l'on pourrait appeler très justement le Syllabus des évêques anglais :

« Par exemple, on prétend que, dans le passé, l'épiscopat ou VEcclesia docens n'était pas en état de définir avec exactitude des vérités doctrinales, parce que des découvertes récentes n'étaient pas alors connues ; que les dog'mes de la Foi catholique ne sont pas immuables mais sont de simples efforts pour atteindre la vérité, et doiveht être réformés d'après l'inspiration de la science moderne; que l'enseignement de l'Église devrait être limité aux articles ou définitions de la Foi catholique ; qu'il est permis de rejeter ses autres décisions ; de mettre de côté ses censures, de critiquer son culte, d'amoindrir son autorité, et particulièrement celle des Congrégations romaines ; de mettre en suspicion son habileté à résoudre les objections intellectuelles et scientifiques; de rabaisser son caractère, autant que possible, au niveau de celui d'une institution humaine ; que la constitution et l'enseignement de l'Église devraient être mis en harmonie avec ce qu'on appelle la pensée moderne et le progrès du monde ; que les laïques devraient avoir, de droit, une large part au gouvernement de l'Église ; et que les hommes de science et de

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-rande culture intellectuelle devraient s'employer à obtenir ce changement; que les distinctions entre Pasteur et Brebis devraient être effacées en permettant aux plus savants parmi les laïques de ne plus figurer comme disciples mais de prendre le rang de docteurs et de maîtres en Israid ; que l'intérêt croissant du peuple dans les affaires ecclésiastiques fait qu'il est bon • t à propos d'en appeler de l'autorité ecclésiastique à l'opinion publique ; et qu'il est permis aux fidèles de «corriger les abus et les scandales en ayant recours au peuple et aux puissances civiles, plutôt qu'aux autorités de l'Église; que de même que le Pontife a été dépouillé de son pouvoir temporel, de même aussi les propriétés ecclésiastiques ne devraient plus être tenues et administrées par les ecclésiastiques, mais par des laïques ayant du talent pour les affaires ; que les catholiques sont libres de lire et d'étudier tout ce qu'ils veulent, quel que soit le danger pour la foi et les mœurs ; qu'ils peuvent gar der le nom de catholiques et recevoir les sacrements, tout en ne croyant pas à une ou à plusieurs vérités de la Foi ; et que, en ces matières, ils ne sont soumis à aucune autorité ecclésiastique, ni à aucune correction épiscopale.

)) L'une ou l'autre de ces erreurs, ou des erreurs semblables, qui sont des attaques plus ou moins voilées contre les droits et les libertés de l'Eglise, se rencontrent parmi les catholiques libéraux

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et peu instruits. Ce sont ]à des opinions qui naissent dans Fatmosplière nationale de librepensée et de critique publique dont nous avons parlé. »

Ceux de nos lecteurs qui voudront bien se reporter aux derniers cbapitres du livre Le Père Uecker est-il un saint? trouveront formulées dans le long article de Rotnanus publié par la Coniemporary Revieiv toutes les erreurs que condamnent ici les évêques d'Angleterre.

11 est donc permis de considérer cette nouvelle et solennelle condamnation du catholicisme libéral, condamnation ratifiée par Léon XÏII, comme un corollaire de la condamnation de Faméricanisme et une application aux anglo-saxons d'Europe des enseignements adressés par le Pape aux anglo-saxons d'Amérique.

Nous verrons bientôt qu'une encyclique, adressée directement au clergé français, est venue donner à la France les avertissements et les conseils dont la controverse sur l'américanisme avaitfait apparaître l'urgente nécessité.

11 est difficile d'expliquer, en face de ces documents solennels dont chacun fait entendre à une nation diflerente la parole de vérité dont elle a besoin, il est difficile d'expliquer comment certains écrivains peuvent encore prétendre que la Lettre apostolique au cardinal Gibbons ne s'adressait pas au clergé américain et visait des

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