‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 29 sur 61 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Le nouveau Clergé ou rassimilation du Catholicisme au Protestantisme.

« NOUVEAU CLKRGE ))

Dans la livraison du 2G janvier 1899, ÏAmi du Clet^gé se faisait adresser la question suivante :

« Y a-t-il quelque chose de vrai dans ce qu'avancent quelques publicistes catholiques au sujet d'un parti inquiétant qui se formerait dans le jeune clergé français, et faut-il réellement attacher de l'importance à l'agitation qu'essaye de semer depuis quelque temps l'ex-abbé Charbonnel, et en particulier à un certain article qu'il i"nt de publier dans La Jievue Chrétienne et

dont on a fait quelque bruit parce qu'il y représente le jeune clergé français comme s'acheminant à grands pas vers la révolte elle schisme? »

La question est grave, on le voit; elle se rattache trop étroitement aux polémiques que nous soutenons pour ne pas attirer toute notre attention. La façon dont elle est posée appellerait de notre part certaines réserves ; nul ne dit que « le jeune clergé s'achemine à grands pas vers le schisme et la révolte », mais aucun homme, s'il est au courant de ce qui se passe dans le monde catholique, ne peut contester les tendances dangereuses d'une partie du jeune clergé et les inquiétudes des évoques et d'un grand nombre de prêtres sur l'avenir que ces tendances réservent à l'Église.

L'opinion d'une revue exclusivement destinée aux prêtres et très répandue dans le clergé, mérite d'être étudiée sur un pareil sujet.

Quelle est donc cette opinion ?

La réponse de ÏA??ii du C/en/é est d'une vigueur et d'une netteté peu communes :

— Ah ! mais non^ par exemple, s'écrie-t-il.

Lonye mea discrepat istis Et vox et ratio.

« Ce sont là des trucs de polémique que tout le monde connaît. »

La citation d'Horace sent un peu son clergé d'an-

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cien régime, mais le néologisme délicat dont elle est suivie prouve qu'en prenant aussi vivement la défense du « jeune clergé », VAfni se laisse aller jusqu'à lui emprunter son langage.

Quoiqu'il en soit des « trucs » de polémique, le sujet mérite d'être étudié sérieusement.

Et d'abord, qu'est-ce que le « jeune clergé »? Cette accolade de mots n'est-elle pas, par ellemême, assez malsonnanle? Nous connaissions déjà le haut et le 6as clergé et cette distinction, pour être fondée sur des différences hiérarchiques, n'en était pas moins regardée avec une défaveur légitime. Mais que penser d'un « jeune clergé » ?

Sans doute, il y a de jeunes prêtres dans l'Église ; tous les prêtres ont été jeunes à leur tour, mais le clergé, comme tel, est corps de vétérans, d'anciens, c'est le sens propre du mot « prêtre ». Tous, dans le sacerdoce, nous devons avoir cette vieillesse qu'on ne compte pas au chilfre des années, et cette gravité de vie que ne donnent pas toujours les cheveux blancs.

11 n'y a donc pas, il ne peut pas y avoir dans l'Église un clergé qui soit « jeune » par opposition à cette vieillesse-là.

Mais écoutons la définition de VAmi du Clergé :

« Si entre l'ancien clergé et le nouveau on voulait absolument étabhr une différence au point de vue religieux, il est possible que, par

certains côtés, elle doive être en faveur de l'ancien. Mais, sous le rapport de l'amour de l'Église et de la docilité au Saint-Siège, les deux se valent, et si l'un des deux surpassait l'autre, ce serait peut-être au jeune clergé qu'il faudrait donner la palme. »

Nous voilà donc bien avertis ; il existe un « jeune clergé », un « nouveau clergé w^ et VAmi ne s'oppose pas à ce que l'on établisse une différence, « si on le veut absolument, » entre l'ancien et le 7ioiweau clergé ; cette différence, ne se mesure pas au nombre des années, mais elle alïecte le « point de vue religieux y>, et elle consiste en ceci, que l'ancien clergé « par certains côtés », est peut-être supérieur au nouveau^ mais que le nouveau « sous le rapport de l'amour de l'Église et de la docilité au Saint- Siège » est peut-être supérieur à l'ancien.

Nous retrouvons ici un défaut contre lequel la rédaction de YArni du Clergé n'est pas toujours suffisamment en garde, nous voulons dire, l'imprécision, le vague des idées et ce procédé qui consiste à vaporiser les difficultés pour les résoudre. Heureusement, dans les lignes suivantes, la pensée prend un peu plus corps :

« Si, d'une part, notre jeune clergé a grandi au milieu de Talmosplière créée par l'établissement de la démocratie en France, d'autre part aussi, il a respiré à pleins poumons, dès son entrée dans la vie, l'air incontestablement sa-

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lubre d'une tout autre atmosphère, l'atmosplière formée d'abord par les définitions que Charbonnel appelle « les démentes définitions dogma- » tiques du concile du Vatican » et ensuite par le ponlilicat de Léon XIII, dont la grande figure s'impose à l'admiration du monde entier. »

Celui qui écrit ces lignes appartient manifestement à r « ancien clergé » ; d'abord parce que, — inconsciemment sans doute, — il oppose r «atmosphère » de la démocratie à celle de l'Église, ce qui sent d'une lieue son « réfractaire », ensuite parce qu'il range parmi les

jeunes » tous ceux qui ont « grandi » depuis le i)ncile du Vatican.

Or, la plupart des prêtres qui mènent aujouril'hui la campagne contre l'américanisme et les erreurs modernes, sont précisément du nomlire de ceux qui ont « grandi au milieu de l'atmosphère créée par la démocratie en France ». Celui qui écrit ces lignes n'avait pas douze ans quand fut proclamée la République ; il fit sa première communion pendant le concile et n'avait pas encore frappé à la porte du séminaire quand Léon XIII ' t'is:nit la tiare.

Donc, nous sommes parmi ceux qui « dès leur entrée dans la vie » ont « respiré à pleins poumons » l'atmosphère formée par les défini-* tions du concile du Vatican et « ensuite par le pontificat de Léon XIII » ; d'oii vient que nous ne sommes pas comptés et que nous ne nous

rangeons point nous-mêmes parmi les membres du « jeune clergé » ? C'est que, en vérité, ce qui distingue le nouveau clergé d'avec l'ancien, c'est bien moins l'âge que les idées ; idées nouvelles, qui constituent la jeunesse et la nouveauté du premier ; idées anciennes et traditionnelles, qui font l'ancienneté du second. Et si le jeune clergé l'emporte — peut-être — sur l'ancien « sous le rapport de l'amour de l'Église et de la docilité au Saint-Siège », ce n'est pas qu'il ait plus de vertus — VAmi le reconnaît — c'est qu'il a « grandi dans une autre atmosphère ».

Cette atmosphère, quelle est-elle?

C'est d'abord l'atmosphère démocratique, considérée par ÏA?nî du CAergé, et non sans raison, comme défavorable à la formation ecclésiastique; c'est ensuite l'atmosphère que nous appellerons conciliaire et léonine. Toute la supériorité du jeune clergé provient de ce qu il a « grandi au milieu » de la première et « respiré » l'autre « à pleins poumons », ce qui constitue un phénomène physiologique tout à fait particulier.

Ne serait-il pas plus juste de dire que le'jeune clergé a respiré l'une et l'autre atmosphère et grandi sous l'une et l'autre influence? qu'il s'est fait en lui un amalgame de l'esprit de l'Église et de l'esprit du siècle et que cet « amour de l'Église » et cette « docilité au Saint-Siège », dont on lui fait si grand honneur, proviennent trop souvent de ce qu'il prétend allier et faire

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pn'' valoir, au nom de l'Église et du Pape, le mélange sonore de mots hybrides et d'aspirations confuses dont il a rempli ses « poumons. »

La caractéristique du « nouveau clergé », c'est en effet l'alliance de l'Église et du siècle qu'il synthétise en sa personne : c'est aussi la prédominance du verbe sur l'idée, de la bruyante sonorité des formules contrastant avec le vide et la monotonie des pensées.

Ce qui caractérise encore le « nouveau clergé », (•"est l'ignorance de ce qu'un prêtre doit savoir et la prétention de connaître ce qu'un prêtre peut et quelquefois doit ignorer ; le « nouveau clergé » veut se montrer supérieur aux laïques, non point dans sa sphère ou son atmosphère, mais dans la leur, ce qui n'est pas précisément conforme aux traditions de l'Eglise, ni même aux règ^les du bon sens formulées par le poète :

Soyez plutôt maron si c'est votre talent...

Malgré son enthousiasme pour la science, le « nouveau clergé » dédaigne ces vieilles sciences que l'on appelait ecclésiastiques au temps oii les prêtres et même les laïques s'efforçaient d'y exceller. Moins pressé d'apprendre que d'enseigner, on dirait qu'il se contente de « grandir » et de « respirer » en suivant le courant du siècle qui passe.

Personne ne peut plus le contester ; il y a aujourd'hui dans tous les diocèses, dans tous les

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ordres religieux, clans toutes les congrégations, un certain nombre, un trop grand nombre de jeunes prêtres dont les idées, les allures, l'esprit rendent les évoques et les supérieurs plus soucieux qu'on ne pense. Nous en appelons au témoig'nage de tous ceux, prêtres ou laïques, qui liront ces lignes.

11 n'en est pas un seul, à moins qu'il ne vive en dehors du monde religieux, qui n'ait entendu exprimer, par les ecclésiastiques les plus émiments, des sentiments de crainte, d'étonnement, presque de scandale, en présence des audac-es et des illusions de nos jeunes clercs.

On nous parle de leur obéissance au Saint- Siège, supérieure, peut-être, à celle de l'ancien clergé.

Est-ce pour obéir à l'encyclique /Eterni Pa-tris, recommandant l'étude de saint Thomas d'Aquin et la méthode scolastique, que « les jeunes » du clergé se sont lancés dans le kan. tisme et le cartésianisme ?

Est-ce pour obéir à l'encyclique Provideniissimus Deus, sur l'inspiration des Livres saints, que les « jeunes » du clergé ont reculé au delà des limites connues, les témérités de l'exégèse allemande, à ^e point que certains prétendent prendre plus de libertés avec le texte sacré que ne font les protestants eux-mêmes ?

Est-ce pour obéir aux décrets du Saint-Siège sur la prédication que de « jeunes r> prédicateurs

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afl'ublent des oripeaux dune ri m'* ton' que déca- \

dente ou transforment la chaire en tribune aux "^

liaraniiues, où le nom de Jésus-Ciirist n'est même \

])lus prononcé?

Et c'est en cela, précisément, qu'ils se larguent d'une superbe obéissance au Pape, comme si le Pape avait pu songer à les pousser dans cette voie !

« Ah! mais non, par exemple! » dirons-nous à notre tour, nous ne voulons point qu'on nous j)réconise cette obéissance-là !

Mais laissons la parole à une voix plus autorisée que la nôtre. Un évoque qu'on n'accusera certes pas d'avoir été « réfractaire y), Mgr Isoard, évêque d'Annecy, a traité dans son dernier livre intitulé : Sivous connaissiez le don de Dieu 'An grave question qui nous occupe en ce moment :

« Nous voici, écrit-il, en présence de prêtres qui parient beaucoup, qui parlent très haut, dont l'assurance est imperturbable. On juge, dès la première rencontre avec ces hommes, qu'ils entendent bien rester les maîtres de la parole et ouvrir les chemins où devra fatalement s'engager le clergé de France. Il y a parmi eux, et tenant la tète, des hommes qui ont étudié et qui savent ; il y a des téméraires qui veulent deviner plutôt qu'apprendre et qui suivent les premiers, à la manière des irréguliers des anciennes armées ; il y a la foule, ce qu'on a souvent appelé assez irrévérencieusement le troupeau. »

Après cette revue des « jeunes » de tout âge, Mgr l'évèque d'Annecy résume en deux lignes leur programme :

« Lcursécrits, livres et brochures, leurs articles de journaux, leurs conférences, discours, allocutions de circonstance, offrent tout d'abord un même caractère; ils vont dire du nouveau; ils se dégagent du passé; ils s'élancent vers l'avenir. »

Mgr Isoard donne un tableau fort exact et nullement chargé de l'uniforme oratoire de cette nouvelle milice cléricale, et il conclut ainsi :

« D'aucuns estimeront peut-être que notre analyse exagère la portée de certaines paroles jetées au hasard d'une improvisation ou d'une discussion et qu'elle généralise des tendances particulières. Ceux qui seraient dans ces sentiments s'en tiennent évidemment à lalectured'un seul journal, d'une feuille opérant une sélection vigilante dans les matières qui peuvent être servies à ses lecteurs ; ceux-là sont trompés, mais pour l'homme qui a quelque lecture, le doute n'est pas un instant possible. Et la certitude acquise sur cet état d'esprit de beaucoup de prêtres est bien faite pour justifier «les plus graves inquiétudes.»

L'encyclique du 8 septembre 1899 est venue, depuis, conlirmer ces paroles; nous le verrons plus loin. Le danger, s'il est contesté par quelques-uns, ne peut l'être que par ceux dont parlait Mgr Isoard :

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« On ne saurait nous demander, dit-il, d'appuyer par des citations ces accusations formelles. Les coupables sont en si grand nombre ! el c'est chaque jour que, depuis trois années surtout, ils parlent et ils écrivent. Il suffit de vouloir entendre ; mais c'est chose beaucoup plus rare qu'on ne pense que de trouver des gens qui consentent à entendre ce qui les afflige etinquiMc. »

Certes, nous avons fait l'expérience de la vérité de cette remarque, mais nous avons éprouvé aussi qu'on peut faire entendre certaines vérités aux gens malgré eux. Et, puisque l'on nous a accusé d'avoir fait «au jeune clergé français une injure qui va jusqu'à la calomnie, » nous mettrons sous les yeux de ceux qui « sont trompés » ou qui ne consentent pas à entendre «ce qui les afflige et inquiète » des documents et des faits assez nombreux et assez probants pour dissiper toute illusion.

Qu'avait donc dit M. Charbonnel et quelle valeur peut avoir son témoignage au sujet du « nouveau clergé » ? M. Charbonnel a publié le l**" octobre 1899, dans une revue protestante, la Hevne Chrétienne , un long article sur l'américanisme, qui éclaire singulièrement la question.

L' «annonciateur» du congrès des religions trouve de « mauvais goût » que nous nous servions de son témoignage «pour compromettre ses anciens amis ou alliés dans une solidarité dont ils se sont sévèrement défendus. »

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Ce souci de dégager la responsabilit»} d' « anciens amis» prouve que M. Charbonnel est resté plus fidèle à ses amitiés qu'à sa foi.

Mais en même temps, il dit de la « très large et très active part» que nous lui attribuons dans « V a77iér ica?iisat iofi du cdiiholidsme d'Europe» :

u Je me garderai bien de rejeter un tel honneur, même s'il est quelque peu exagéré. L'ébranlement qui se produit déplus en plus dans le ro?nafiis?ne (c'est ainsi que les «évadés» appellent l'Église), témoigne que je n'ai pas fait besogne vaine. »

Voilà, certes, un commencement d'aveu. Il y a mieux encore :

« Il est vrai que je fus un cmiét'icaniscmt ou un américaniste de la première heure. C'est bien, en effet, à mon ami d'autrefois, M. l'abbé Félix Klein, et à moi que les jésuites peuvent attribuer la responsabilité de ce qui désormais dérange si profondément leurs idées et leurs habitudes. Dans mon livre : Histoire d'une idée ; Conr/rès universel des religions, j'ai raconté les commencements de l'américanisme, qui depuis... »

Et l'ex-abbé Charbonnel reproduit le passage que nous avons cité nous-méme dans : Le Père Hecker est-il un saintf II rappelle les réunions intimes chez M. l'abbé Joiniot et les «très libérales conversations, » les « très larges et chaleu reuses discussions » qu'on y échangeait.

«Nous traduisîmes les discours les plus importants de Mgr Ireland. M. l'abbé Félix Klein les publia sous ce titre : L Eglise et le Siècle. Gela fit le tour de la presse, etc. »

Et après s'être longuement cité lui-même, M. Charbonnel conclut :

« Voilà hautement revendiqué mon effort à' américanisme. » Rappelant ensuite sa sortie de l'Eglise catholique, il écrit ces lignes que nous recommandons à la méditation de ceux de nos lecteurs qui douteraient encore du péril ;

« Ayant bien reconnu mes illusions et que toute évolution libérale du catholicisme est impossible, je quittai l'Église. Assurément, la lof/ique de /'Américaisisme doit aboutir à cette conclusion : car rien n'est plus contraire que Vaméricanisme aux principes catholiques. Oui, la séparation ! Oui, le schisme, le schisme ! Si les temps ne sont plus oii les schismes se font par masse de peuple, des individualités seront schismatiqueset rompront avec l'Église. C'est la menace fatale. »

Toujours soucieux de ne pas compromettre ses «anciens amis », M. Charbonnel, oubliant qu'il écrit dans une revue protestante, s'adresse évidemment à des lecteurs catholiques^ en disant :

« Qu'on se rassure^ M. l'abbé Félix Klein, le principal américaniste, est resté loin de moi, et nos esprits sont bien séparés. Et il cite une lettre écrite à V Éclair et pubhée daas le numéro du

l*''' juillet 1898, leLtr'o par laquelle M. Klein proteste (le V inébranlable intention où il est de toujours soumettre sa petite initiative au contrôle de ceux qui ont reçu de Notre-Seir/neur Jésus-Christ le droit de l'instruire et de le diriger.

On ne saurait mieux dire, et les esprits sont réellement « bien séparés».

Mais laissons M. Charbonnel nous expliquer plus clairement comment il entend cette séparation.

A propos d'un sermon prononcé par le R. P. Coubé, à Saint-Sulpice, M. Charbonnel ajoute ce qui suit :

« Mon cas lui fut prétexte à un verbeux réquisitoire contre le P. Ilecker, Mgr Ireland, Mgr Keane, M. l'abbé Félix Klein. Sans nul

doute, JE DOIS AUX IDÉES QUE CES HOMMES REPRÉSEN- TENT MON « APOSTASIE ))j si V OU vcut, ct ïtioi je disi ma libération. Mais il fallait ajouter à ces idées ce qui n'est que de moi et ne saurait être attribué à d'autres : u?i acte de volonté loyal et sincère. »

M. Charbonnel a tellement perdu le sens des choses de la foi qu'il porte ici contre ses « anciens amis ou alliés » une accusation infiniment plus grave que celle que nous avions portée nousmèmeS;, Les expressions dont il se sert indiquent plutôt entre eux une différencede procédé qu'une opposition de principes.

D'ailleurs, telle est bien la pensée de M. Ciiarbonnel.

Après avoir cité un extrait du Correfipondant , où M. Klein assure que le danger de schisme n'a jamais existé que «dans l'esprit maladif de ceux qui en parlent », l'ex-abbé continue :

« Or, c'est précisément ce qui arrivera. C'est de cette sorte que se fera l'avenir le plus redoutable pour l'Église catholique. M. l'abbé Félix Klein et les défenseurs de V américanisme s'enfermeront de parti-pris dans leurs promesses d'obéissance et do fidélité, et ils répandront les IDÉES ACTIVES qui réveilleront V indépendance personnelle, la vitalité libre des consciences. Tant mieux ! Nous n'aurons qu'a regarder leur œuvre

PEU A PEU s'accomplir. )>

Voilà ce que trop de catholiques ne parviennent pas à comprendre.

Les intentions et les qualités personnelles des fauteurs de V américanisme importent peu ; nous n'avons pas à les juger, elles ne sont point en cause, mais les doclrims qu'ils représentent exerceront leur influence par elles-mêmes, en vertu de leur propre valeur; les idées sont actives, elles mènent le monde, alors même que le monde n'en sait rien, et elles le mènent, non pas où nous voulons, mais où une logique supérieure le conduit souvent malgré nous.

S'il est vrai, comme l'a écrit dom Chamard, que Xainéricanisme ébranle le catholicisme jusque

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dans ses fondements, ceux qui travaillent à détruire l'Eglise avaient raison de dire avec Charbonnel : « Laissons faire ! » mais, en quoi ils se trompaient, c'est en escomptant le silence de Rome et en espérant ({u'il durerait toujours. Ils prétendaient que le saint Père avait «peur de l'Eglise d'Amérique, de l'indépendance de ses évêques, du schisme toujours menaçant» ; ils disaient que Léon XIII veut «éprouver une obéissance dont il n'est pas bien assuré». A ces insinuations les faits ont répondu.

11 n'en est pas moins nécessaire de continuer à étudier ces tendances qui sont loin d'avoir disparu et qui, persistant malgré les condamnations de Rome, n'apparaissent que plus dangereuses et plus difficiles à redresser.

LINFLUENCE.de L AMERICANISME SUR LE CLERCE FRANÇAIS d'après MC'I'OR CHARBONNEL

M. Clmrbonnel a donné pour sous-titre à son article de la Revue chrétienne ces mots :

Les « dangers » cPun néo-protestantisme dans VEglise catholique.

Telle est la conclusion qui résulte d'une étude attentive de l'américanisme; c'est une forme nouvelle du protestantisme cherchant à pénétrer dans l'Église catholique.

Dès le début de la polémique, un homme de haute intelligence et de grand caractère, M. Charles d'Héricault, avait vu le danger et trouvé la formule qui caractérise l'américanisme avec le plus de précision et de clarté. « L'américanisme, nous écrivait-il, est l'adaptation du protestantisme au catholicisme. »

M. Charbonnel ne comprend pas autrement

192 l'influence de l'américanisme

l'américanisme; il n'a pas de peine à justifier son opinion, par les paroles mômes des principaux « annonciateurs » de ces nouvelles doctrines. Il cite cette phrase du P. Hecker :

« Le temps est venu d'appeler la race saxonne à développer ses forces dans la vie intérieure de l'Ég-lise. »

Et cette exclamation de Mgr Ireland :

« Trop de compression autoritaire dans l'Église ! Sauvons l'initiative et la liberté individuelles ! »

Cela vaut à Mgr Ireland, de la part de ce singulier panég-yriste, le titre cVapùtre Paul des temps nouveaux. Voici le morceau tout entier, il vaut la peine d'être cité :

« Mgr Ireland est cet évêque d'esprit moderne qui, disciple et enthousiaste admirateur du P. Hecker, a été à son tour reconnu pour maître par les jeunes du clergé de France. Il est glorifié, acclamé comme le rénovateur de l'action apostolique dans l'Église et son autorité s'établit un peu aux dépens des pauvres vieux évoques, retardataires et inertes, sous le geste hiératique desquels languit le catholicisme d'Europe. C'est l'apôtre Paul des temps nouveaux. »

M. Charbonncl, qui nous reproche de « compromettre ses anciens amis » en rappelant les encouragements et l'appui qu'ils donnèrent à sa campagne en faveur du congrès des religions, M. Charbonnel nous semble oublier que ses

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