‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 30 sur 61 · SUR LE CLERC.K FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SUR LE CLERC.K FRANÇAIS

éloiços sont plus compromettants que nos critiques.

Rappelant ensuite le certificat d'orthodoxie, de respect et d'obéissance donné au P. Hecker par la lettre du cardinal Gibbons au P. Elliot, M. Cliarbonnel ajoute :

« Le jeune clergé de France l'a compris. Il prétend, certes, célébrer autre chose que ces qualités-là, par l'extraordinaire ardeur d'éloges avec laquelle il accueille le nom, les idées, l'histoire du prêtre américain. »

M. Charbonnel trouve la Préface de M. l'ahbé Félix Klein à la Vie du P. Hecker « tout à fait intéressante, vraiment révélatrice d'un nouvel état d'esprit qui gagne lentement le monde catholique. » Et cet « état d'esprit » se résume en ces mots de la dite préface : « Actuellement, la rie de l'homme dans V ordre séculier et naturel marche irrésistiblement vers la liberté et V indépendance personnelle : et c'est là un changement radical. »

Tellement radical, en effet, qu'il a sa répercussion jusque dans l'ordre surnaturel où M. l'abbé Klein affirme qu'un changement analogue s'est produit.

M. Charbonnel a-t-il tort de conclure que tout cela « implique un profond reniement de la discipline jésuitique de la direction de conscience? »

A ces compromettants éloges, le co-traducteur (les discours de Mgr Ireland joint un exposé non

L INFLUENCE DE L AMERICANISME

moins accusateur des aspirations intimes de l'américanisine.

« Ces choses sont dites près de Rome, ecrit-il à propos de la préface de M. Klein. Elles sont donc plus précautionnées encore que dans le parler d'un Hecker ou d'un Ireland, qui sont d'Amérique. On les couvre volontiers de l'autorité de Léon XIII. Mais la pensée, ou plutôt l'arrière-pensée, se devine. Avec Hecker et Ireland, avec les grands catholiques américains, les jeunes prêtres de France trouvent qu'e/i voilà assec de la discipline extérieure, de la rigoureuse ordonnance hiérarchicjue, de Venserrement autoritaire où se meurt la conscieîice individuelle, surtout depuis les démentes déhni-^ lions dogmatiques du Concile du Vatican, et qu'il s'agit désormais, pour chaque clirétien, de reconquérir sa personnalité, sa liberté, sa vie inférieure. Et c'est la le fond de ce qu'on a appelé l'américanisme. »

S'il en est ainsi, on comprend que Mgr Ireland « se méfie des redoutables moralistes de l'orthodoxie; » qu'(( il tâche de les rassurer, de les calmer; » il en est besoin; en effet. « Mais aussitôt après, continue M. Charbonnel, Mgr Ireland déclare que chaque siècle a son idéal de perfection chrétienne; puis le grand évoque américain célèbre avec fougue l'énergie humaine, l'initiative personnelle, l'intervention sociale, le renoncement aux traditions et à la doctrine passive, le

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déploiement impétueux ilc toutes nos forces intérieures. »

« C'est avec un lyrisme de jeunesse, dit plus loin l'écrivain de la Revue chrétienne, que JVl. l'abbé Félix Klein, dans sa préface, répète la leçon améri<:aine. Pour lui, le P. llecker est un Yankee d'allure admirable, mais dont les idées, si elles sont fondamentalement américaines, ne le sont pas exclusivement, et r/ui doit devenir, mémo parini nous, le modèle du prêtre et de /homme d'action. Et là-dessus, il américanise à outrance, sous la g'arantie des circonlocutions et des malices littéraires. «

M. Charbonnel goûte beaucoup la distinction entre les vertus passives et les vertus actives et la prédominance de celles-ci sur celles-là. 11 aime à entendre citer par M. Klein les paroles du P. Hecker sur la pleine conscience que nous devons prendre de la vie de Dieu au-dedans de nous. 11 se raille des précautions oratoires que l on prend pour dire ces choses et applaudit aux

)nséquences entrevues des idées américaines :

« Bien vite on enveloppe ces audaces de copieuses protestations de respect pour l'autorité ( les traditions de l'Église. Il .n'mporte La criti(fue a fait son œuvre contre le vieux système catholique de domination, de direction, et nous dirions bien d'administration spirituelle tout ■ctérieure. »

Telle est l'idée (jui revient toujours à l'esprit

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des novateurs : faire de la religion une chose purement intérieure, individuelle, personnelle, caciiée au fond de la conscience; substituer, en un mot, à l'Église visible, une Église invisible formée de « la noble élite des âmes religieuses. » C'est là une théorie foncièrement protestante et c'est tout le fond de l'américanisme religieux.

Aussi, M. Charbonnel peut-il conclure :

(( Ce qu'il y a au fond de l'américanisme, c'est une sorte de néo-protestantisme,

» Par l'intermédiaire delà race anglo-saxonne, les idées protestantes s'insinuent dans le catholicisme des races latines.

» Que les races protestantes aient sur les races catholiques la supériorité de la science théologique, de l'intellectualité rehgieuse, de l'énergie morale, il n'y a pas à le contester. Par une loi rigoureuse, donc, le néo-protestantisme pénétrera de plus en plus dans le catholicisme.

» Mais cette pénétration ne sera prompte et efficace que si des hommes surviennent qui, comme Hecker, sachent exprimer la conscience protestante avec le sentiment mystique des catholiques. »

Et voilà précisément le danger que nous avons signalé dans la Vie du P. Ilecker et dans les idées de ses apologistes. C'est \xx\. protestantisme déguisé.

« Ilecker est le type de ces convertis qui portent d'une religion à Vautre la vie nouvelle.

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Et il est à remarquer que l'influence de son protestantisme do tempérament, de caractère, d'àme, n'a marqué une si profonde empreinte dans le catholicisme que par l'attirance, si sensible aux catholiques, de cet autre élément de sa nature : la mysticité. »

Oui, la ?)ii/sticité du P. Hecker rendait ses idées exceptionnellement dangereuses, et c'est ce qui nous a déterminé à choisir ce titre, qui exaspéra nos contradicteurs : Le P. llecker est-il un saint ? Dieu ne fait rien de grand, dans son Eglise, que par les saints, s'il s'agit surtout d'un progrès à accomplir dans la voie surnaturelle qui conduit lésâmes vers lui. Si le P. Hecker est un saint, sa doctrine ne saurait induire en erreur et l'on doit pouvoir l'interpréter toujours dans un sens vraiment catholique ; mais si le P. llecker n'offre pas dans sa vie les caractères d'une éminente sainteté, ses prétentions réformatrices et sa mystique nouvelle ne méritent pas môme d'être prises au sérieux. Et l'on doit en dire autant de quiconque prétend réformer la sainte Église de Dieu.

Mais continuons cà suivre l'exposé des idées américaines par l'ex-ahhé Charbonnel ; il ne convient pas de dédaigner des aveux aussi gravessurtoul quand ils reposent sur des preuves et sur des faits.

Nous avons vu, dans la première partie de cette étude, quelle importance la polémique sur

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raméricanisme a eue dans rÉglise entière, tl comment les luttes de races et les conllits internationaux se rattaclient plus ou moins à ces (|ueslioiis.

Nul ne sera préparé à comprendre les grandes luttes politiques et religieuses du vingtième siècle, s'il n'a pénétré complètement la portée de ce mouvement.

« L'Église de Rome et des pays latins semblait tranquille. Tous ces mots monstrueux, tous ces noms d'hérésie qui firent son épouvante étaient vaincus : protestantisme, gallicanisme, lamenaisianisme, libéralisme, naturalisme, rationalisme. Le concile du Vatican avait fait ce miracle de tout anéantir par sa truculente proclamation de l'infaillibilité du Pape. Désormais le catliolicisme d'infaillibilité, c'est-à-dire d'autorité aveugle et d'intransigeance oppressive , pouvait à son aise écraser la conscience et briser les énergies sociales des races latines, en Europe et dans l'Amérique du Sud. 11 n'y avait plus qu'à laisser les morts dormir.

« Mais voici V américanisme. »

C'est sur ce mode triomphal que le prêtre renégat salue l'entrée en scène du «catholicisme américain », au début de l'article de la Revue Chrétienne, dont nous avons entrepris l'examen. Et ce n'est pas sans raison^ à notre avis, qu'il voit, i\xin^ Y américanisme, la synthèse et comme la revanche des principales erreurs des trois der-

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