LÉON XIII, PAPE
« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
» Nous n'avons pas appris sans une grande tristesse que, de certains actes récemment émanés du siège apostolique, quelques-uns prenaient, tout à fait à tort, occasion pour déclarer publiquement que Nous avons modifié Nos vues relativement à la conduite des catholiques de France, en matière politique et sociale, conduite que, dès le début, Nous avons Nous-même tracée, et sur laquelle^ depuis. Nous n'avons cessé d'insister, chaque fois que l'occasion s'en est présentée. Nous avons déploré d'autant plus ces agissements qu'ils sont de nature à jeter l'incertitude dans les âmes, et à détourner du droit chemin les esprits bouleversés, qu'ils infligent même une flétrissure à ceux de vos concitoyens qui, de toutes parts, s'efforcent d'obéir scrupu-
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leusement à Nos exliortations et, prenant pour règle de leur vie ces mêmes exhortations, se dévouent à la religion et à la patrie.
)') La vérité est que ces documents, que Nous avons récemment publiés, se rapportent uniquement, soit au dogme, soit à la discipline chrétienne, et ne regardent en aucune façon les prescriptions qui. Nous l'avons dil, concernent les catholiques de votre pays et sont clairement contenues dans la Lettre aux Français du mois de février 1892, et dans TEncyclique Rerum novarum.
» En cette matière, que rien absolument n'ait été changé, et que plutôt tout persiste dans sa vigueur intégrale, il est facile de le comprendre. Car il ne serait pas digne de la sagesse du siège apostolique, d'abandonner les décisions qu'il a prises après des considérations si mûries, et qu'il a inculquées avec un zèle si soutenu ; de sorlc que celui qui serait d'un autre sentiment devrait être considéré comme Nous infligeant arbitrairement une grave injure.
» Voilà, Vénérable Frère, ce que, dans l'amour dont Nous sommes pénétré pour votre nation, Nous avons cru devoir déclarer de nouveau. Ces instructions et ces avis que Nous avons si souvent donnés en vue du bien général, et qu'aujourd'hui Nous désirons renouveler avec les plus vives instances, une fois de plus et de toutes Nos forces Nous exhortons les catholiques de
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France à les suivre de point en point, et dans un parfait accord de pensées et d'actions, à prendre à cœur en toute circonstance de se laisser par eux diriger, mouvoir, grouper en corps compact.
» Pour que nos vœux à cet égard se réalisent, en témoignage de Notre bienveillance et comme gage des faveurs divines. Nous vous accordons très affectueusement dans le Seigneur, à vous et à votre diocèse, la Bénédiction apostolique.
» Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mai de l'année 1899, de Notre pontiflcat la vingt-deuxième. »
Tel est ce document qui fit tant de bruit à l'époque oii il fut publié et dont se prévalent encore aujourd'hui les « novateurs » pour continuer à propager les erreurs que le Pape a condamnées.
Nous avons dit ailleurs (1 ) quel était le véritable sens des « directions » politico-religieuses et sociales du Saint-Père ; nous avons indiqué aussi comment on en avait faussé la signification et exagéré la portée au point de s'en servir pour autoriser des écarts de doctrine et de conduite expressément réprouvés par le Saint-Siège.
La lettre du Pape à Mgr Servonnet nous permet, une fois de plus, de saisir sur le vif cette tactique des novateurs.
Nous venons d'entendre les plus « jeunes »
(1) Nalionalisme, Catholicisme. Révolution-
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(rentre les « jeunes » et à leur suite les chefs du parti démocratique catliolique déplorer la condamnation de l'américanisme et exprimer la crainte de voir Léon XIII « détruire lui-même l'œuvre de son glorieux pontificat, »
Un rédacteur du Figaro, ardent défenseur de l'américanisme et confident de Mgr Ireland, M. Julien de Narfon, ne craignit pas d'aller plus avant. S'autorisant de la lettre du Pape à Farchevèque de, Bourges, il eut l'audace d'écrire que la condamnation de l'américanisme avait été arrachée à la faiblesse maladive du Saint-Père. Voici ses paroles publiées dans le Figaro du H juin 1899 :
« Le groupe de catholiques dont je parle (les réfractaires) a longtemps escompté la mort, prochaine, croyaient-ils, de Léon XIII. Vain espoir, d'abord parce que le Pape s'obstine à vivre, et aussi parce qu'il a engagé la papauté assez avant, comme il le disait certain jour à un curé de Paris, pour qu'il soit impossible à son successeur éventuel de revenir en arrière.
«Déçus de ce côté, les réfractaires ont tenté un suprême effort pour reprendre, au cours de la récente maladie du Saint-Père, leur influence perdue. Ils ont cru bonnement que Léon XIII, s'il revenait à la santé, garderait tout juste assez de forces pour régner^ pas assez pour gouverner. C'est à cette époque que fut publiée la lettre du Pape au cardinal Gibbons sur l'américa-
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iiisme, et que la Congrégation des évêques et réguliers Ijlàma l'entreprise l>ien connue et si intéressante de la Mère Marie du Sacré-Cœur, précédemment approuvée, au moins en principe, et bénie par Léon XIII, Pendant quelque temps on n'entendit plus parler que de condamnations. L'américanisme était condamné, la Mère Marie du Sacré-Cœur était condamnée, les démocrates chrétiens allaient être condamnés, disait-on, et les adversaires irréductibles de la politique du Pape triomphaient ouvertement de voir le Pape détruire en quelques jours, de ses mains affaiblies par l'âge et la maladie, toute l'œuvre glorieuse de son long pontificat. »
Ces dernières paroles, M. Julien de Narfon les emprunte presque textuellement à l'article du Sillon que nous avons cité plus haut, mais il les attri))ue à la Vérité. C'est la Vérité qu'il accuse d'avoir tenu les propos du Sillon et de M. Boudin, propos contre lesquels nous avions protesté dans la Vérité même et que nous avions dénoncés en deux articles intitulés : Avis aux démocrates et : Catholiques fourvoyés.
L'injustice et le parti-pris ne sauraient apparaître dans une plus éclatante lumière de le part d'un écrivain qui se rend lui même coupable des insinuations que l'on vient de lire.
Malheureusement le rédacteur ecclésiastique du Figaro ne fut pas seul à tomber dans cette erreur.
Le destinataire de la lettre pontificale, Mgr Servonnet, voulut, lui aussi, donner aux paroles du Pape le sens que les novateurs leur attribuaient :
Dans une lettre adressée à M. Auguste Rous sel, rédacteur en chef de la Vérité, Mgr Servonnet affirmait, sans en fournir d'ailleurs aucune preuve, que « les graves paroles de reproches écrites par le Saint-Père dans sa lettre du 22 mai » éVdient pt^incipale?nent dingées contre l;t Vérité.
L'hospitalité que Mgr Servonnet a donnée depuis au Congrès de Bourges, les éloges publics qu'il a adressés à l'abbé Naudet, les encouragements et les subsides qu'il a donnés à Fabbé Dabry, beaucoup d'autres démarches encore, montrent à quelle école appartient l'archevêque 'I'' Bourges.
On ne pouvait donc s'étonner en aucune façon des sympathies du prélat pour les « novateurs » et de son hostilité contre un journal qui les combat avec succès.
Ce dont le public catholique fut surpris, ce fut d entendre un arcbevêqueporter contre des catholiques dignes de tout respect une accusation aussi grave ne reposant absolument sur aucun fondement.
Avec autant de couiluiisic (juu de fermeté, M. Auguste Roussel fit observer à Sa Grandeur que jamais la Vérité n'avait publié une seule
ligne où l'on put relever rien de semblable à ce qui lui était imputé. Le rédacteur en chef de la Vérité eût pu ajouter que les amis de Mgr Servonnet, à peu près seuls dans la presse, avaient tenu le langage blâmé par Léon XIIL
Cet incident qui avait débuté comme un drame finit comme une comédie. M. Auguste Roussel ayant réclamé l'insertion^ dans la Semaine lieligieuse de Bourges, de sa réponse à Mgr Servonnet, reçut la lettre suivante :
iMPiUMEiuE Bourges (Cher),
TARDY-PIGELET 27 juillet 1899.
Monsieur Auguste Roussel, rédacteur en chef de la Vérité.
« En réponse à votre lettre, j'ai Thonneur de vous informer que je ne suis plus le gérant de la Semaine Religieuse du diocèse de Bourges.
» Mgr l'archevêque m'avise qu'il s'est constitué le gérant de cette publication, suivant déclaration faite au parquet de Bourges le 26 juillet.
» Je vous présente, monsieur, mes civihtés empressées.
» Tardy-Pigelet. »
Trop bon catholique pour intenter un procès à un archevêque devant les tribunaux laïques, trop homme d'esprit pour ne pas s'estimer satisfait d'une solution aussi imprévue, M. Auguste Roussel ne donna pas suite à sa plainte et
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Mgr Servonnet résigna peu après ses fonctions de gérant de la Sonainc Religieuse de Bourges.
Voilà les faits sur lesquels se fondent à pré- >ent les « novateurs » pour dire que la lettre du Pape à l'archevêque de Bourges les a vengés.
L'erreur persistante du parti est de confondre les. « directions pontificales», telles qu'elles sont «n elles-mêmes^ avec les directions, pontificales telles qu'il les comprend et les pratiquent.
Les premières, comme le dit Léon XIII, n'ont rien de commun avec l'américanisme et se meuvent dans un ordre entièrement diffère.
Les secondes sont le libéralisme et l'américanisme mêmes.
De là vient que la manière dont nos abbés lémocrates et nos jeunes catholiques sociaux ont compris et appliqué les « directions pontificales » a contribué plus que toute autre influence aux progrès et aux ravages des idées novatrices.
Il est résulté de cette confusion une équivoque constante, grâce à laquelle beaucoup de bonnes gens ont soutenu et soutiennent encore, par scrupule d'obéissance au Pape, des erreurs que le Pape a solennellement réprouvées.
Nous verrons plus loin par quels artifices les « novateurs » s'étudient à entretenir ce préjugé. Le moment est venu de rappeler les enseignements adressés par Léon XIII au clergé de France.