SUR L* ARTICLE
Suivant les usages de la bonne compagnie, la juslice, Téquité, les formes les plus courtoises sont les seules bases sur lesquelles doivent s'appuyer tous gentlemen réunis en qualité de témoins, pour discuter une affaire, régler les conditions d'une rencontre. Cette conduite d'ailleurs est la plus efficace pour atteindre promptement le résultat le plus équitable pour tous les intéressés. Du reste, en cas de contestation, ils doivent avoir recours à la faculté qui leur est laissée par Tarticle 17.
Le fait d'une provocation entre témoins se produit bien rarement ; cependant nous devons noter un fait scandaleux : il arrive parfois que des témoins ayant acquis une célébrité sur le turf de la ferraille et ayant affaire à d'autres témoins moins expérimentés abusent de leurs avantages en faisant les rodomonts, en suspendant sur la tête de leurs collègues, comme une épée de Damoclès, l'éventualité d'une provocation subséquente, et cela, pour imposer plus sûrement des conditions plus ou moins équitables. S'ils rencontrent dans leurs adversaires la fermeté de l'homme d'honneur, ils vont jusqu'à la provocation, soit immédiate, soit à propos d'une difficulté sur le terrain.
Sans doute, l'article 45 est sévère, mais on conviendra qu'il n'est que la réciproque d'un fait odieux et anormal, celui d'une injuste provocation entre les témoins, entre des hommes qui, parla nature sérieuse
COIiE [)U DUEL
de leur mandat, doivent être contenus par des sentiments de justice et de oiodéralioiu
SCn LES ARTICLES -iG, 47 ET 48.
Il est un aliuâ tout à fait récent, ne datant même que de quelques années, et qui tend mallieureusement à prendre racine dans la société d'aujourd'hui. Nous voulons parler des polémiques que certains témoins se permettent d'agiter entre eux par la voix des journaux, au sujet des affaires d'honneur auxquelles ils ont pris part.
Une affaire de duel donnera-t-elle lieu (ce qui d'ailleurs est inévitable) k quelques ccitiques plus ou moins fondées, à quelques cancans de ville ou de société; aussitôt, l'un des témoins lilcssé dans i'infailhbililé qu'il se persuade devoir lui être dévolue lance une lettre dans un journal, pour offrir au public le panégyrique do ses faits et gestes dans l'affaire en question. Un autre témoin intéressé répond, et voilà la polémique engagée.
Dans les circonstances où, soit la notoriété des personnes, soit l'éclat de l'affaire, soit enfin une imputation fausse attaquant l'honneur des intéressés, l'exigent, la publication du procès-verbal sufiisaut pour éclairer et satisfaire l'opinion publique, semble devoir couper court à tout débat ultérieur; mais on ne s'arrête pas là. La polémique s'entame ou se prolonge sur les actes et faits relatés dans le procès-verbal.
Les témoins doivent prendre toutes les précau-
lions pour qu'aucune personne élrangère ne commette l'indiscrétion d'assister, même de loin, à la rencontre, à laquelle seuls ils doivent présider.
Le médecin et le chargeur (si le duel ren4 ce dernier nécessaire) se tiennent hors de la vue des combattants, à la distance suffisante pour répondre sans retard à l'appel des témoins.
La curiosité ne favorise- t^elle pas les racontars et les polémiques ?
Sans doute, cette succession de scandales plus ou moins anodins donne naissance à une vache à lait très prolifique pour la caisse des journaux. La vente fructifie au moyen des aliments plus ou moins carabinés fournis à la curiosité du public. Les habitantes des kiosques, les crieurs de rues voient avec délices augmenter le chiffre de leurs remises.
Mais l'union dans la société, la tranquillité, la considération des familles, les sentiments élevés, les traditions du point d'honneur, y trouvent-ils un égal profit? L'expérience démontre journellement le contraire.
N'esl-on pas en droit de se demander comment il est possible que des témoins sérieux, ayant une position acquise dans la science, dans les lettres, dans la politique, enfin des hommes distingués dans la société, tombent dans une pareille souricière et se laissent entraîner, par un faux amour-propre, à se mettre eux-mêmes, à mettre tant de personnes sur la sellette, à se déclarer ainsi justiciables des oisifs, des indifférents et, ce qui est plus fort, de gens auxquels leur intelligence et leui^ éducation en-
CODE DU tiUl
lèvent toule compélence [lour apprécier leurs actes? Combien de rancunes, de iuiines n'ont pas fait éclore ou perpéLué, combien d'alïaii'es nouvelles n'oat point suscité, combien de germes, de discussion n'ont point jeté dans la société, de si regrettables débats? Pojrquoi donc, dans les affaires d'iionneui', le secret fut-il toujours regardé comme un dogme de « foi jurée », si ce n'est pour proléser les intéressés dans leurs familles, etc., contre les inconvénients lie la publicité? Celte dernière question suflit pour jusliiier les articles 4G, il et 48; nous ne croyons point devoir insisler davantage.
Loin de nous la prélenlion d'avoir présenté une complète analyse des devoirs des témoins, trop heureux si nous avons pu nous arrêter suffisamment sur les points principaux.
Dans le code du duel, le témoin, nous l'avons dit, nous le répétons encore, constitue la clef de in position.
Dans les affaires d'honneur, le rôle du témoin est le plus important, car il doit tour à tour remplir de sérieuses obligations. D'abord l'ami, le conlldent, le conseil do celui qui lui a confié son honneur et sa vie, puis juge du point d'honneur pour constater l'offense , en déterminer la valeur, ensuite conciliateur pour apaiser les rancunes, ensuite avocat chargé d'obtenir pour son client soit une réparation honorable , soit des conditions favorables pour la rencontre. Il devient, enlin , juge du camp pour surveiller l'exécution loyale des règles du duel et des conventions adoptées. Sa délicatesse et son hon-
neur lui imposent une discrétion à toute épreuve.
Un acte déloyal se produit-il dans le combat : juge impitoyable, il doit poursuivre la vengeance de lavictime qui a succombé. Vis-à-vis de la justice, plus de secret, point de réticences inspirées par des influences étrangères. Il doit parler, dire la vérité, rien que la vérité. L'organe de la loi revendique les droits sacrés de la société, de la famille, le témoin ne se montrera point rebelle à sa voix.
Malheur au témoin prévaricateur, car le verdict sévère du jury lui donnera un billet de logement pour le panthéon verrouillé... où la félonie et la déloyauté peuvent rougir dans Tobscurité et le silence, mais où jamais honnête homme n'a retenu ni logis ni domicile !
Les dispositions contenues dans les deux derniers alinéas du présent article ne nous semblent demander aucune justification, nous nous en rapportons à l'évidence.