‹ Nouveau cours d'histoire universelle v.3,pt.1, 1860Chapitre 10 sur 45 · LES DOUZB CESARS. — CALIGULA · texte numérisé non relu

LES DOUZB CESARS. — CALIGULA

proscriptions et s'empara ainsi des biens des plus riches citoyens. H 8*y prenait quelquefois d'une manière qui lui paraissait plaisante. Il se faisait adopter par des personnes opulentes ; elles le mettaient sur leur testament; puis 9 si elles continuaient de vivre , il les accusait de se moquer délai, et leur envoyait des confitures empoisonnées.

Un jour qu'il était à jouer , l'argent lui manqua. Il se fit aussitôt apporter le registre public qui contenait les noms des citoyens, condamna à mort un certain nombre des plus riches, et dit à ceux qui jouaient avec lui : « Vous me faites pitié ; vous êtes bien du temps à gagner une petite somme , et moi je viens de gagner en un instant six cents millions de sesterces. » Dans un grand repas où étaient les deux consuls, il se mit tout à coup à rire à gorge déployée. Les consuls lui demandèrent respectueusement ce qui lui inspirait ce mouvement subit de gaieté : a Je pensais, répondit-il, que d'un clin d'œil je puis vous faire égorger l'un et l'autre. » Une autre fois que les citoyens lui offraient de l'encens, il laissa échapper cette horrible parole : « Plût aux dieux que le peuple romain n'eût qu'une seule tête, que je pusse abattre d'un seul coup I »

Ce monstre était jaloux de tous les grands hommes, dos écrivains et des guerriers. Il voulut anéantir les œuvres d'Homère, de Virgile et de Tite-Live. Il eut la fantaisie de triompher à travers le golfe de Pouzzoles, sur un pont de bateaux qui allaient de cette ville à Baïes , et il fit massacrer ou jeter à la mer la foule accourue pour le voir. Il entreprit une expédition en Germanie à la tête de deux cent mille hommes, se montra sur la frontière, et revint en vainqueur sans avoir livré un seul combat ; mais à partir de ce moment, il prit le surnom de Germanicus. 11 simula une descente en Grande-Bretagne^ et

6^ EMPIBB ROMAIN.

il se borna à faire ramasser à ses soldats des coquillages qu'il appela les dépouilles de VOcéan. Sa démence alla jusqu'à se croire Dieu , e^ il se fit rendre les honneurs divins. C'était tantôt Mars ou Jupiter , tantôt Diane ou Vénus dont il prenait le nom ; revêtu du costume de ces divinités, il recevait les adorations et les sacrifices. Plein de mépris pour les hommes^ il traitait avec égard les animaux ; il se prit de passion pour son cheval , et il se mit à le traiter avec la plus grande distinction : il lui donna un palais , le fit manger à sa table , et songea à le nommer consul.

Les fiers Romains supportèrent quatre ans ce fou furieux. Galigula finit par s'aviser de placer sa statue, ornée des attributs de Jupiter, dans le temple de Jérusalem. La justice divine ne permit pas la consommation de ce sacrilège. Chéréas, tribun d'une cohorte prétorienne, que Galigula avait irrité par une plaisanterie, le tua avec sa femme et son enfant, et délivra ainsi par un crime l'empire de ce monstre extravagant et furieux (24 janvier 4i).

R^ne de Claude.

Chéréas était républicain ; le sénat crut l'occasion favorable pour ressaisir le pouvoir, et, pendant trois jours, on put croire que la république allait renaître. Mais cela n'était le compte ni du peuple ni des soldats. Les prétoriens , garde spéciale de l'empereur dont le camp était hors de Rome, trouvèrent dans le palais un homme qui se cachait dans la crainte d'être égorgé : c'était Claude (Tibcrius Drusus) , frère de Germanicus et oncle de Galigula ; ils l'emportèrent dans leur camp et le proclamèrent empereur. Claude était alors âgé de cinquante ans; c'était un homme lettré, il avait écrit une histoire des Étrusques et des Carthaginois ; mais il était maladif

, d'un caractère irrésolu, et se laissait gou- Torncr par Ifs aulres. Les Romains, après avoir subi un tyran soupçonneux et cruel dans Tibère, un fou furieux dans Caiigula, allaient être gouvernés par un imbécile. Claude, du reste, commença bien, comme ses prédéc-esseurs ; il se montra équitable dans ses jugements, consulta les sénateurs et les consuls , rétablit la censure , fit déclarer bomicidc le maître qui tuait son esclave, défendit aux maîtres d'abandonner leurs esclaves malades dans nie d'Esculape , oii on les laissait mourir, fit entrer dans le sénat les nobles de la Gaule, et érigea en règle du gouvernement impérial l'extension du droit de cité. Mais bientôt ce ne fut plus Claude qui gouverna , ce furent ses affranchis Polybe, Narcisse et Pallas, et sa femme, l'impudique Messaline , dont le nom seul rappelle les plus hideuses débauches. Quelques travaux utiles furent entrepris par ses affranchis, un aqueduc, un port à Ostic, le dessèchement du lac Fucin, et l'empire ne fut pas sans gloire à l'extérieur. La Bretagne (Angleterre) fut soumise jusqu'à la Tamise par Plautius , les Germains furent côntenuspar Corbulon, le nord de la Thrace jusqu'au Danube fut réduit en province romaine, l'Arménie reconquise, la Mauritanie somnise par Suétonius Paulinus.

Mais, à l'intérieur, dix conspirations amenèrent la mort de trente-cinq sénateurs et de trois cents chevaliers. C'était le résultat du mépris dans lequel était tombé Claude en se laissant rtominer par ses affranchis et par Messaline. Cette femme, après s'i5tre livrée à tous les genres de crimes, poussa l'audace jusqu'à se séparer publiquement de son mari et à épouser un patricien, nommé Silius. Claude était si faible, qu'il se crut d'abord perdu ; mais ses affranchis ranimèrent son courage, et obtinrent de lui l'ordre de tuer Messaline (48). On lui fit TAmuTim, fille de Germanicus, (çà ■»£ NAaA.

70 EMPIRE AOMÀIN.

guère mieux. Agrippine avait eu d'un premier mari, un lîls, nommé Néron, déjà âgé de onze ans; Claude avait eu de Messaline un fils nommé Britannicus, et une fille nommé Octavie. Agrippine ne songea plus qu*à assurer le trône à Néron, au préjudice de Britannicus. Claude se prêta à ces vues ambitieuses : il oublia son propre fils pour adopter Néron; il lui donna sa fille Octavie en mariage, et il le combla d'honneurs qui préparaient son avènement au trône. Cependant on lui ouvrit les yeux sur l'ambition d'Agrippîne , lorsque celle-ci eut fiiit nommer préfet du prétoire Burrhus, gouverneur de son fils. Claude eut rimprudence de plaindre tout haut Britannicus : Agrippine, pour prévenir le danger, employa les services d'une fameuse empoisonneuse de ce temps^ nommée Locuste, et se débarrassa de Claude. On cacha la mort de l'empereur jusqu'à ce que Burrhus eût eu le temps de présenter Néron aux patriciens. Le sénat ratifia les faits accomplis : il proclama Néron empereur, et fit un dieu de l'imbécile Claude (54).

La Gaule avait encore essayé de remuer pendant ce règne : les druides maintenaient la haine du nom romain et l'amour de l'indépendance dans ce pays. Claude, pour obvier au mal, essaya d'abolir le druidisme en faisant ' mettre à mort un grand nombre de druides en Gaule et môme eaBretagne. C'est sous ce règne que fut fondée sur la rive gauche du Rhin la Colonie Agrippine, aujourd'hui Cologne.

S IlL — Régne de^ Néron ( 54-6S ].

NÉRON (Lucius Domitius Nero Claudius ) n'avait que

dix-sept ans lorsqu'il monta sur le trône. Burrhus Afra-

nius, homme de guerre renommé par son intégrité,

et Je philosophe Senèque, avaient été chargés de son

L£S DOUZE GÉSABS. — NEBON. 71

éducation. Ils conservèrent sur lui une certaine influence pendant les premières années, mais il leur échappa bientôt. Pendant les cinq premières années , son gouvernement put paraître sage et modéré : il diminua quel^ qaes impôts , réduisit la récompense accordée aux dé • lateurs, et deux fois, en signant des arrêts de morts , il s'écria : c< Que je voudrais ne pas savoir écrire l » Mais déjà ses mœurs étaient corrompues, et il ne tarda pas à se montrer tel qu'il était. Agrippine voulait gouverner sous son nom ; Néron se lassa de cette sujétion. Il avertit sa mère qu'il voulait régner lui-même en disgraciant Pallas i son plus dévoué partisan. Agrippine, irritée , se rapprocha du jeuneBritannicus; Néron fit empoisonner à sa table et sous ses yeux Britannicus. Agrippine ne voulut pas comprendre ; Néron la chassa de son palais. Puis il répudia Octavie pour épouser Poppée, femme d'Othon, alors préteur et son favori , et comme sa mère essayait encore de reprendre l'empire, il résolut dé s'en défaire. Il tenta d'abord de la faire noyer dans la mer; ce coup ayant manqué, il feignit de se réconcilier avec elle, et le même jour il la fit poignarder (59). On vit en cette circonstance à quel degré d'avilissement étaient tombés les Romains. Burrhus et Sénèque, le sénat, les prétoriens félicitèrent Néron de cet horrible parricide. Sénèque, le sage philosophe, avait déjà accepté les biens de Britannicus; Néron l'avait consulté, ainsi que Burrhus, pour savoir s'il devait se débarrasser d'Agrippine, et Sénèque avait porté la délibération seulement sur le point de savoir s'il fallait la faire égorger par des soldats ou par d'autres; quand le parricide eût été consommé, ce fut Sénèque qui en écrivit l'apologie, que Néron lut devant le sénat. Tels étaient les plus vertueux Romains de cette époque.

Tant de bassesses ne purent sauver les ViicXve^ ^à»Nar

72 EMPIBB BOMÀIN.

leurs de Néron : Burrhus mourut empoisonné; Sénèque, disgracié, fut bientôt accusé, avec le poète Lucain, d'avoir trempé dans une conspiration. Le philosophe se fit ouvrir les veines et expira, après avoir dicté à ses secrétaires un pompeux discours. Rome nagea dans le sang de ses plus illustres citoyens. Poppée elle-même , ayant voulu plaisanter un jour Néron, fut tuée d'un coup de pied. Il semblait que Néron cherchait à étouffer ses remords en commettant tous les jours de nouveaux crimes, ou en se livrant aux plus ridicules extravagances. Il passait les nuits dans les rues, suivi d'une jeunesse effrénée, avec laquelle il maltraitait et volait les passants. Sa passion pour la musique était extrême , et comme aucune bienséance ne le retenait, on le vit, habillé en comédien, paraître sur le théâtre, disputer le prix du chant^ et tantôt mendier avec bassesse, tantôt emporter par la terreur les suffrages et les applaudissements de l'assemblée. Malheur à qui n'applaudissait pas ! Vespasien qui fut depuis empereur, faillit perdre la vie pour s'être endormi pendant que l'impérial histrion occupait la scène.

Première penécution des chrétiens.

Le christianisme, qui condamnait tous les vices, et qui faisait de grands progrès dans l'empire et même à à Rome , méritait d'avoir un tel monstre pour persécuteur. Néron après avoir désolé la ville, voulut se procurer le plaisir de la réduire en cendres, aûn de se donnerune représentation de l'incendie de Troie. Il y fît mettre le feu. On le vit, pendant l'incendie , monté au haut d'une tour, chantant sur la harpe des vers sur la ruine de Troie. On a douté qu'il ait été l'auteur de ce désastre, qui détruisit les deux tiers de Rome; il est certain qu'il s'en réjouit, et qu'il en proûia, pour se faire coustruire un immense

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et magnifique palais qu'on appela la Maison cPOr. Mais , pour détourner les soupçons qui l'atteignaient, il fit accuser les chrétiens, et ce fut de sa main que sortit le premier édit de persécution générale. Un historien païen. Tacite, raconte ainsi les supplices qu'on faisait subir aux disciples de Jésus-Christ : oc On commença par se saisir de ceux qui s'avouaient chrétiens, et ensuite, sur leursdépositions, d'une multitude immense, qui futmoins convaincue d'avoir incendié Rome que de haïr le genre humain (1). A leur supplice on ajoutait la dérision. On les enveloppait de peaux de botes pour les faire dévorer par les chiens; on les attachait à des croix, ou l'on enduisait leurs corps de résine, et l'on s'en servait la nuit comme de flambeaux pour s'éclairer. Néron avait cédé ses propres jardins pour ce speetable, et, dans le môme temps, il donnait des jeux au Cirque, se mêlant parmi le peuple en habits de cocher, ou conduisant des chars. Aussi, quoique coupables et dignes des derniers supplices, on se sentit ému de compassion pour ces victimes^ qui semblaient immolées moins au bien public qu'au passe-temps d'un barbare. » Saint Pierre et saint Paul furent les plus illustres victimes de cette persécution; saint Pierre fut crucifié la tête en bas; saint Paul eut la tête tranchée, en sa qualité de citoyen romain. Néron ne se doutait pas que ces deux hommes deviendraient un jour les patrons de la ville qu'il venait de rebâtir avec tant de magnificence (64).

Gaerres extérieures.

Pendant que Néron déshonorait l'empire, ses généraux le faisaient respecter au dehors. Les Germains

(1) Pour les païens, c'était haïr le genre humaio que d« <soaduD&fi.c les jdalsifv coupables,

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