LES DOUZ^. G^ÀBS. — TIBÈRE
le peuple s'écriaient que la république était perdue , qu'il ne leur restait plus d'espérance , ni pour eux , ni pour leurs enfants. Germanicus réunissait en effet des qualités rares » et il était universellement aimé pour sa bonté 9 sa générosité et sa justice. Il laissait deux enfants en bas âge : Gaïus, qui devint empereur sous le nom de Galigula, et Agrippine, qui fut la mère de Néron. Quant à Agrippine , femme de Germanicus , Tibère , jaloux de sa popularité , Pexil^ dans l'île de Pan^ dataria, où elle se laissa mourir de faim.
Séjan.
Tibère continua cependant de gouverner l'empire avec le même zèle et le même succès , et de se montrer redoutable seulement aux mauvais gouvernants, aux rebelles et aux ambitieux. Tacfarinas , chef africain , qui s'était soulevé à la tête de quelques Maures et des Numides, fut vaincu; les Gaulois Florus et Sacrovir, qui avaient essayé de soulever la Gaule , échouèrent et se donnèrent la mort (21). Mais tout changea lorsque SÉjAif ( Mliu^ Sejanus ) , favori de l'empereur, à qui il avait sauvé la vie dans un danger, et préfet du prétoire , se Alt complètement emparé de son esprit. Séjan, pour gouverner seul , inspira au vieux Tibère des pensées de retraite , et il obtint de lui qu'il se retir&t dans la délicieuse île de Caprée, à l'entrée du golfe de Naples (26). Tibère quitta Rome pour n'y plus rentrer ; il rendit son séjour à Gaprée tristement célèbre par ses débauches et par les actes de tyrannie qui se commettaient sous son nom et à son instigation.
Le temps de la faveur de Séjan fut le règne des délateurs. Persuadé par son favori que ses jours étaient menacés^ Tibère accueillit toutes le& acc\i%^\xQ>^^ ^ ^V
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se servit sans pitié de Tarme terrible de la loi de lèsemajesté, qui punissait non-seulement les actes et les paroles, mais encore les gestes. Un historien, Crémutius Cordus , fut mis à mort pour avoir appelé Brutus et Cassiusles derniers Romains; Cordus prévint son supplice en se tuant lui-même. Les victimes se multiplièrent; les plus illustres familles ne vécurent plus qu'au milieu de craintes continuelles. Séjan aspirait secrètement à l'empire. Pour y parvenir, il essaya de se débarrasser de tous ceux qui pouvaient succéder à Tibère , et il amena son maître à se faire le bourreau de sa propre famille , en lui montrant ses parents comme des héritiers impatients. Ainsi moururent Drusus , propre fils de Tibère, que Séjan fit empoisonner; Agrippine, qu'il fit exiler et qui se laissa mourir de faim , et une multitude de personnages importants dans l'État. Caïus Caligula dut à son jeune âge d'échapper au danger.
Cependant Tibère fut violemment irrité de la mort de Drusus, et sa fureur amena un redoublement de cruautés. « On montre encore à Capréc, dit Suétone, le lieu des exécutions qui suivirent ; c'est un rocher d'où les condamnés, sur un signe de lui, étaient précipités dans la mer. » Séjan finit par exciter ses soupçons. L'ambitieux favori s'était démasqué en demandant la main de la veuve de Drusus. Tibère, sans quitter Caprée, isola adroitement Séjan de tous ceux qui auraient pu le défendre ; puis il envoya tout à coup une lettre au sénat et le fit arrêter. Le sénat se hâta de livrer au supplice le favori disgracié dont il venait de faire placer la statue auprès de celle de l'empereur, et le peuple mit en pièces le cadavre.
La tyrannie ne cessa pas pour cela. Tibère administrait toujours l'empire avec vigueur et dans l'intérêt des peuples, mais l'aristocratie romaiue exçiait son alliance
LES D0UZ8 CESAfiS. — TIBERE. 65
avec Séjan et les regrets qu'elle manifestait quelquefois de la chute de la république. Macron^ qui avait succédé à Séjan comme préfet du prétoire, se faisait l'instrument docile de ces cruautés. Quand il vit que Tibère, épuisé de débauches, approchait de sa fin, il se tourna vers Galigula, qu'il engagea à prendre l'autorité, même avant la mort de l'empereur. Un jour Tibère tomba en défaillance; on le crut mort, et Galigula se considérait déjà comme empereur. Mais Tibère revint à lui ; il y avait à craindre sa vengeance ; Macron prévint le mal en étouffant Tibère sous des coussins ( 37 ). Ainsi finit ce prince que les récits de Suétone et de Tacite ont voué k l'opprobre, quoiqu'il eût gouverné Tempire avec fermeté et, habileté ; mais ses cruautés, sa dissimulation et ses débauches ont couvert l'éclat de ses bonnes qualités. Tacite a résumé en quelques mots toute sa vie : « Ses mœurs , ditr-il , eurent leurs époques diverses : lionorable dans sa vie et sa réputation, tant qu'il fut homme privé ou qu'il commanda sous Auguste ; hypocrite et adroit à contrefaire la vertu, tant que Germanicus et Drusus virent le jour ; mêlé de bien et de mal jusqu'à la mort de sa mère ; monstre de cruauté , mais cachant ses débauches tant qu'il craignit Séjan , il se précipita tout à la fois dans le crime et l'infamie, lorsque, libre de honte et de crainte , il ne suivit plus que le penchant de sa nature. »
C'est sous le règne de cet infâme empereur, et pendant que les scènes les plus déshonorantes se passaient à Rome> que s'accomplit un événement qui allait renouveler la face du monde : Notre-Seigneur Jésus-Christ , après avoir mené une vie cachée pendant trente ans , prêcha son Évangile en Judée , et consomma, par une mort volontaire et une résurrection glorieuse, le grand ouvrage de la rédemption du monde. L'èdiç^^ ôi^ ^Ovk\
qui arriva au moment de sa mort frappa tout l'empire; Ponce-Pilate , gouverneur de Judée au nom de Tibère, envoya à l'empereur une relation de tout ce qui s'était passé , et Ton dit que Tibère songea un instant à faire mettre le Fils de Dieu au rang de ces dieux infâmes , de ces démons dont Jésus venait détruire la puissance.
§ II. — Caligulati Claude (37-64).
Règne de Caligala.
Caligula (Caïus César Augustus Germanicus), ûls de Germanicus et petit-fils de Tibère par adoption , avait alors vingt-trois ans. 11 avait gagné l'esprit de Tibère par ses flatteries. Élevé dans les camps, habillé comme les soldats, il avait reçu d'eux le nom de CaligtUa^ parce qu'il portait comme eux une espèce de sandale appelée caliga. Le souvenir de son père le fit acclamer avec enthousiasme, et pendant les huit premiers mois de son règne, il justifia la joie de l'empire : il rappela les exilés, repoussa les délateurs, montra du respect pour le sénat , de la clémence envers les rois étrangers , de la générosité envers le peuple par des jeux et des largesses. Mais ses mœurs, qui avaient été austères sous son aïeul, se corrompirent, et les excès de la débauche le firent tomber dans une maladie après laquelle il parut un autre homme. Soit l'effet de cette maladie , soit par suite de l'enivrement de la souveraine puissance et de la liberté qu'il donnait à ses passions, il se livra à toutes les extravagances et aux plus révoltantes cruautés. Il porta le déshonneur et la mort dans les plus illustres familles, et épuisa, en moins de deux ans, par ses prodigalités, trois cents millions de réserve que Tibère avait amassés. Pour remplir le vide de son trésor, il rétablit les