CHAPITRE m
LES ANTONius (deuxième siècle).
(De 96 à 193).
Trois divisions : Nerva et Trajan ; Adrien ; les Antonins
proprement dits.
S l"" — Règnes de Nerva et de Trajan (96-117).
Nerva (96-98).
Les excès de Domitien avaient rendu une espèce d'autorité au sénat ; ce corps en profita pour élever à l'empire Marcus Coccéius Nerva, homme issu d'une famille de jurisconsultes célèbres, et alors âgé de soixante-quatre ans. Les prétoriens, qui s'étaient opposés d'abotd^ ce.lleéleo-
lion, finirent par l'approuver. Avec Nerva commença ce que Ton a appelé Tâge d'or de l'empire romain ; pendant près d'un siècle, il n'y eut que des empereurs dignes de ce nom , si l'on se place au point de vue païen, et cette perpétuité d'hommes remarquables se fit au moyen de l'adoption, chacun des empereurs choisissant par adoption celui qui devait lui succéder. Nerva se hâta de rappeler les bannis ; il leur rendit leurs biens, fit cesser les persécutions dirigées contre les chrétiens sous le règne précédent, distribua des terres aux pauvres et pourvut à Tentretien des enfants abandonnés. Il consultait le sénat et délibérait avec lui sur toutes les affaires. Mais il se montra faible vis-à-vis des prétoriens, qui tentèrent de se révolter, et qu'il n'osa punir d'avoir fait périr les meurtriers de Domitien. Il sentit lui-même que l'âge lui ôtait la vigueur nécessaire pour contenir ces troupes insolentes, et il adopta pour successeur Marcus Ulpius Trajan, dont le nom seul fit tout rentrer dans le devoir. Nerva mourut trois mois après cet acte , qui doit être regardé comme l'un des plus importants de son règne.
Trajan (98-117).
Trajan était né à Séville, en Espagne; ce fiit le premier étranger qui monta sur le trône impérial. Il avait ser\ i de bonne heure dans l'armée ; il s'était distingué en Orient sous Vespasien ; Domitien l'avait envoyé dans la Gaule. Lorsque Nerva mourut, il était à Cologne , au milieu des légions germaniques. Reconnu empereur par le sénat, le peuple et l'armée, il resta encore une année sur les bords du Rhin pour y achever la pacification des frontières et rétablir entièrement la discipline. Son retour à Rome lui gagna tous \es (içevvc^,\\\wà»^
88 « ExMPlEB A0MA1N.
entrer à pied dans la ville, etPlotine, son épouse, suivit son exemple. En montant les marches du palais , elle se retourna vers la foule : «Telle j'entre ici, dit-elle , telle j'en veux sortir. » Tous deux se montrèrent fidèles à ces heureux commencements. Trajan ne voulut accepter le titre de Père de la patrie que comme un engagement, il bannit le faste de son palais, et dit au préfet du prétoire, en lui remettant son épée : « Sers-toi de ce glaive pour moi, si je gouverne bien; contre moi, si je gouverne mal. »
L'empire ressentit bientôt les bienfaits de cette administration ferme et juste. Les délateurs furent chassés , les impôts diminués. Trajan rétablit plusieurs des anciennes formes de la république : le sénat délibérait, réellement, les comices faisaient des élections , et l'empereur briguait lui-même les dignités au Champ de Mars, confondu dans la foule des candidats. Cette autorité apparente rendue au peuple n'était pas dangereuse, car on ne nommait que ceux qui étaient désignés par le prince , mais elle flattait la multitude et donnait au jeu du gouvernement plus de facilité. En môme temps, Trajan s'occupait de grands travaux d'utilité publique ou d'ornement. Il éleva à Rome la colonne trajane, qui raconte ses exploits; il fit construire une grande route qui traversait tout l'empire du Pont-Euxin jusqu'en Gaule ; il jeta une autre voie à travers les marais Pontins ; il fit creuser à ses frais les ports d'Ancône et de Centumcelles (Civita-Vecchia), établit de nombreuses colonies , soit comme stations militaires, soit comme places de commerce, fonda la bibliothèque Ulpienne, qui devint la plus riche de Rome, et encouragea les lettres. Sous son règne fleurirent Pline le Jeune, Tacite, Plutarque, Florus, Dion Chrysostôme, OuIntHien, etc.
LES ANIOMNS. 81)
Les grands travaux de Trajan s'csécutèrenl au milieu de guerres presque continuelles. La première tpi'ii entreprit fut contre les Daces. Son" but était de fortifier de ce c6lé les frontières de l'empire, en prenant pour barrière le Danube, comme le Rhin protégeait l'empire du côté de la Gaule. Le Danube était menacé par Décébale, roi des Daces, gui avait imposé un tribut à Domitien, et qui avaîtpoar alliés les Parthes et les Sarmates. Trajan rompitavec lui en refusant de payer ce tribut- il franchit le Danube avec soixante mille hommes , prit la capitale de Décébale et le rendit tributaire à son tour (103 ). Décébale reprit les armes l'année suivante ; Trajan francliît encore une fois le Danube, et fit la conquête de la Dacie (partie de la Hongrie, Transylvanie, Moldavie, Valachie}, Unimmense pontde pierre futjelé sur le Danube. Décébale, vaincu, se tua de désespoir ; de nombreux colons furent envoyés en Dacie, des villes florissantes s'y élevèrent, et la civilisation romaine s'établit là si fortement, que les populations de ces provinces parlent encore aujourd'hui une langue qui se rapproche de la langue latine et se glorifient du nom deEoumains (106). Tr^ao prit le nom de Dacicus ; on célébra ses victoires par des fêtes magnifiques; mais, en dépassant la limite du Danuhe , Trajan avait affaibli la frontière de ce côté ; on s'en aperçut plus tard.
L'Orient occupa Trajan plus longtemps. Les Parthes inquiétaient toujours les provinces orientales ; ils venaient de renverser le roi d'Arménie, client de l'empire [1). Un des lieutenants do Trajan avait déjà soumis une partie de l'Arabie {105); Trajan voulut porter un
(I) IiM rois pirllies dupuis OrodËs, eaus qui périt Crassus, sont ; Phrâste IT.PlirsBUce.Orod^ II, Vononèsl", Arlaban III, Tiriilnlp, ArUban rétabli, Vardane, Golarse, Vononès II, VologÈse I"', Paconis moit)t Vktorieia i9O-t07), Choaroës ou K.hQïIoaV^41•VU^■
90 EMPIBE iOMAIN.
coup décisif à la puissance des Parthes, afin de pacifier rOricnt. Il réduisit rArménie en province romaine , effraya les rois deColchide et d'Ibérie, qui promirent plus d'obéissance, donna un roi aux Albaniens, puis, dirigeant toutes ses forces contre les Parthes, il pénétra dans la Mésopotamie, et la réduisit en province romaine avec TAssyrie. La prise de Gtésîphon, capitale de Chosroës , compléta les victoires précédentes ; le Tigre devint là frontière orientale de l'empire , et Trajan fit reconnaître la suprématie des Romains en imposant aux Parthes le roi Parthamaspate , qui ne tarda pas d'ailleurs à être détrôné par Chosroès. Tant de succès rappelèrent à Trajan la gloire d'Alexandre ; il descendit jusque dans le golfe Persique, et parut en vainqueur jusque sous leâ murs d'Arbelles : « Si j'étais plus jeune, dit-il, je ferais la conquête de Tlnde! » Il se consola en soumettâht r Arabie heureuse que le conquérant macédonien n'avait pas attaquée, et il songea à revenir à Rome. Là mort le surprit à Sélinonte, en Gilicie. Les révoltes dés nouveaux peuples soumis éclatèrent même avant âà mort ; les Juifs se soulevèrent presque au moment où il était au milieu d'eux ; il put prévoir que ses conquêtes n'auraient rien de durable ( lli").
Deuxième persécation.
On a vanté Trajan comme le meilleur des princes; les Romainalui donnèrent le surnom d^Optimus ou très-bon, et ils furent en effet plus heureux sous son règne qu'ils ne Tétaient depuis longtemps. Mais Trajan ne fut pas sans défauts. Ses mœurs étaient infâmes, il poussait Tamour de la table jusqu'à l'ivrognerie, et il persécuta les chrétiens, sans avoir à leur reprocher aucun crime; ma/s ils adoraient un dieu nou recouiva^ot \^\q\ \ c'é-
LES ÀNTONINS. 91
tait un crime suffisant aux yeux des païens, si peu difficiles cependant sur le culte des dieux. Pline le Jeune, ami de Trajan, et gouverneur de Bithynie, ne trouvant rien à reprocher aux chrétiens écrivit à Tempereur avant de passer outre : « J'ai voulu, dit-il, examiner par moi-même la conduite des chrétiens. Ils ont coutume de s'assembler à un jour marqué, avant le lever du soleil^ et de chanter ensemble des hymnes en Thonneur du Christ, qu'ils révèrent comme un dieu. Ils s^obligent par serment à éviter tous les crimes, à ne commettre ni vois, ni violences, ni adultères, à ne jamais manquera la foi promise, à ne point retenir les dépôts qui leur auraient été confiés. Par ces considérations j'ai suspendu mes recherches, et j'ai pris le parti de vous consulter, d'autant plus que le nombre de ceux qui se trouvent en danger à cette occasion est très-grand, et embrasse des personnes de tojit âge, de tout sexe, de toute condition. Car non-seulement les villes , mais les bourgades et les campagnes sont infectées de la contagion de cette superstition. Le mal n'est pourtant pas sans remède. Déjà je vois les temples, qui étaient devenus presque déserts, se repeupler, les sacrifices solennels, longtemps interrompus, reprendre leur célébrité. Il ne se trouvait presque plus d'acheteurs pour les victimes : aujourd'hui il s'en vend beaucoup. De là il est aisé de conclure quelle multitude de personnes on peut ramener, si on leur ouvre la porte du repentir. » Trajan répondit à Pline : « Il ne faut pas rechercher les chrétiens ; mais s'ils sont dénoncés et s'ils persistent dans leur superstition, il faut les punir. » Étrange décision, dit à ce propos Tcrtullien; en défendant de rechercher les chrétiens, elle reconnaît implicitement leur innocence, et elle ordonne néanmoins de les punir comme coupables , sur une simple dénonciatiou. Le plus illustre martyr de celle çe\%te\yNÀû\i \\sX.
02 Bl^PlEE BOMAIN.
saint Ignace, évoque d*Antioche, que Trfgan, qui marchait alors contre les Parthes , interrogea lui-même et condamna à être dévoré par les bêtes, à Rome, et à y servir de spectacle au peuple (107). C'est ainsi que cet empereur méritait le surnom d'Optimus^ très-bon,
§ II. — • Régne d*AdHen ( 117-138).
Trajan était mort sans enfants et sans avoir désigné son successeur, mais sa veuve Plotine déclara qu'il avait adopté en mourant Adrien (Publius iEliusAdrianus), fils d'un cousin-germain, espagnol comme lui. Les soldats, persuadés ou gagnés, proclamèrent donc Adrien, et le sénat confirma cette élection. Adrien était à Antioche ; il ne revint à Rome que l'année suivante. Il avait déployé de grands talents militaires sous Trajan, mais, à peine revêtu de la pourpre, il comprit que de nouvelles conquêtes ne pourraient qu'être funestesi à l'empire, et il s'appliqua particulièrement à conserver la paix, même en sacrifiant quelques-unes des conquêtes de Trajan. Il ramena ses légions derrière l'Euphrate, évacua l'Arménie, et rendit à l'empire ses anciennes frontières à l'Orient. Il n'osa abandonner la Dacie, pour ne pas mécontenter l'opinion publique. Pour arrêter en Bretagne les incursions des montagnards calédoniens, il fit construire depuis l'embouchure de la Tyne jusqu'au golfe de Solway une muraille de vingt-sept lieues [vallumAdriani)^ dont il subsiste encore des restes considérables. Tout son règne fut rempli par les soins d'une administration vigilante et ferme, mais absolue. Il s'attacha à faire disparaître les formes républicaines que Trajan avait conservées ou restaurées; il abaissa le sénat, réforma l'armée, établit une hiérarchie rigoureuse dans les fonctions publiqueSf et centralisa autant qu'il le çut l'autorité
impériale ; on peut dire qu'il fut le fondateur de la monarchie romaine , qui reçut toute son extension sous Dioclétien. Ses soins s'étendaient à toutes les branches de l'administration, et il voulait voir tout par luimême. Pendant que le préteur Salvius Julianus réunissait en un seul recueil, sous le nom HÉdit perpétuel^ les monuments épars de la jurisprudence romaine (en 131), Adrien parcourait les provinces de l'empire, corrigeant les abus, embellissant les villes, favorisant l'industrie elle commerce, et fortifiant les frontières. « Un empereur, disait-il, doit imiter le soleil, qui éclaire toutes les régions de la terre, b II mit dix ans (121-131) à visiter l'empire : trois ans furent consacrés à l'occident, sept ans à l'orient; il alla en Gaule, en Espagne, en Germanie, en Angleterre, en Mauritanie, en Grèce, en Egypte. Il cultivait à la fois les arts et les sciences ; il était poète, et passait pour un des meilleurs orateurs de son temps. Sa mémoire était prodigieuse : après avoir lu un livre il le répétait sur-le-champ d'un bout à l'autre. Les Arènes de Nîmes, le pont du Gard, son mausolée (moles Adriani, aujourd'hui le château Saint-Ange à Rome), une multitude de monuments datent de son règne. Adrianople (Andrinople), en Thrace, a conservé son nom.
La paix ne fut troublée que par quelques irruptions de barbares , qui furent facilement repoussées, et par une terrible révolte des Juifs. Leur première révolte avait eu lieu sous Trajan, qui en fit périr un grand nombre. Réprimés et non domptés, ils se soulevèrent de nouveau sous la conduite de Barcochébas, voleur de profession, qui se donnait pour le Messie, et s'opposèrent à la fondation de la colonie romaine d'^Elia-Capitolina qu'Adrien voulait mettre à la place de Jérusa* Jein. Us furent vaincus; il en périt car \^^ct ^\. ^^^V,
94 RMPIBE BOHÀIN.
feu près de six cent mille. La colonie projetée par Adrien fut fondée ; Adrien renferma dans l'enceinte de la nouvelle Jérusalem , qu'il nomma iElia , de Tun de ses noms, le Calvaire, autrefois placé dans la ville sainte, et les Juifs en furent exclus à jamais (135).
La persécution contre les chrétiens avait continué sous cet empereur, qui condamna lui-même au supplice sainte Symphrose et ses sept enfants. Elle sévit avec moins de violence vers la fin de ce règne. Adrien se laissa fléchir par les représentations de quelques gouverneurs de province et par les éloquentes apologies des chrétiens ; on dit môme qu'il permit aux chrétiens d'élever des églises. Mais, en môme temps qu'il s'adoucissait à l'égard de la vraie religion, il laissait se développer tojis les défauts de son caractère. Il avait toujours montré une basse jalousie contre les savants qui l'éclipsaient , et une inconstance étonnante à l'égard de ses amis; il devint dans ses dernières années plus jaloux encore et plus soupçonneux. Il se croyait entouré de complots , et plusieurs sénateurs furent victimes de ses soupçons. Il adopta Lucius Vérus, qui prit le prénom d'^//w,ç, comme son père adoptif;Vérus étant mort(l), il adopta Antonin, àcondition que celui-ci adopterait Marc-Aurèle et ^Elius Vérus, fils de Lucius Vérus. Alors il se retira à Tibur, se livra à l'étude de la magie , devint de plus en plus irascible et cruel , et se livra à d'abominables débauches qui hâtèrent la fin de sa vie. Accablé de souffrances, il souhaitait mourir et ne le pouvait ; il demandait du poison ou une épée, et personne ne lui en donnait; il se lamentait de ne pouvoir se faire mourir , lui qui en avait fait mourir tant d'autres. Enfin il se donna une indigestion^ et lAourut ainsi comme un animal qui ne se soucie ni du
()) Od a soupçonné Adrien de l'avoir fait périr.
liasse ni de l'avenir : le sénat fit un dieu de ce débauché, regardé pourtant comme l'un des meilleurs empereurs romains (138).
§ III. — Les Antonins proprements dits, Antonin (138-16I).
Antonin (Titus Aurelius Antoninus) qui fut nommé h Pieux^ à cause de son affection pour son père adoptif, était originaire de Nîmes, en Gaule. Il avait les qualités d'Adrien , sans en avoir les défauts, et mérita d'être nommé le Père du genre humain. Sa vigilante activité réprima les attaques de quelques peuples barbares ; sa générosité répara les malheurs de la famine, de la peste et des tremblements de terre; son administration fit régner partout l'abondance. « La richesse d'un prince, disait-il, est la félicité publique. » Sa clémence est célèbre. Deux conspirations se formèrent contre lui ; les deux chefs seuls périrent, il défendit les perquisitions : « Je ne vedx pas, dit- il, faire savoir combien de gens me haïssent. » Et il répétait souvent : «Mieux vaut sauver un citoyen que tuer mille ennemis. » La persécution contre les chrétiens fit encore quelques martyrs, mais ils furent peu nombreux. Antonin donna une loi en faveur des esclaves ; il enleva à leurs maîtres le droit de vie et de mort qu'ils avaient sur eux; le christianisme faisait déjà sentir son heureuse influence , même chez ceux qui le persécutaient. La réputation de loyauté et de justice d'Antonin était si grande, que des princes de l'Inde, de laBactriane et de l'Hyrcanie le choisirent pour arbitre de leurs différends.
Les vingt-trois années du règne d'Antonin furent les plus heureuses de l'empire ; les païens , émerveillés ^
96 BMPIBB fiOMÀlIf.
regardèrent ce prince comme un modèle accompli. On ne doit pas ignorer cependant qu'Antonin voulait plutôt le bien pour être tranquille, que pour le bien lui-même, et qu'il songeait par-dessus tout à jouir joyeusement de la vie, sans reculer devant les plus hideux plaisirs. Il n'empêcha pas le supplice de sainte Félicité et de ses sept enfants(150), et il mourut d'un excès de table (161).Uneapologie de saint Justin en faveur des chrétiens contribua à radoucir. Le sénat reconnaissant érigea en son honneur la colonne Ântonine, qui subsiste encore.
Marc-Aucèle (I6I-180).
Marg-âurièle (M arcus Aurelius Antoninus), surnommé le Philosophe f s'associa à l'empire son frère adoptif Vérus, qui mourut quelques années après , victime de sa mauvaise conduite (169). Marc-Aurèle était un philosophe de la secte des stoïciens, il posséda la froide vertu des philosophes de cette école; il fut austère dans ses mœurs ets'appliqua au gouvernement, montrant au sénat une grande déférence, et exerçant la clémence envers ses ennemis, mais ce prince philosophe n'en poussa pas moins l'impiété jusqu'à faire de Vénis, l'homme le plus cruel et le plus débauché de son temps, et de sa femme Faustine , renommée pour le désordre de ses mœurs , une double et scandaleuse apothéose^ et il laissa donner à son ûls Commode une éducation qui le corrompit dans sa jeunesse. Il fut d'ailleurs l'un des plus violents persécuteurs des chrétiens, c'est-à-dire des hommes les plus vertueux de son empire. Platon a dit que les peuples ne seraient heureux que quand les philosophes seraient rois, et l'on a avancé que Marc-Aurèle réalisa le mot.de Platon. L'histoire contredit cette assertion, tout en rendant justice aux bonnes qualités de ce çntvee e\. ^axsl efforts
LES ANTOHINS. ïl?
qnll Bt pour diminuer les maux supportés pav les peuples sous son règne.
Un grand nombre de fléaux fondirent alors sur l'empire; le plus terrible fut une peste qui dépeupla en partie ta Macédoine, la Grèce, l'Italie et les Gaules. Ce fléau avait été amené par uneguerre contre les.Parthes. Vol<ygite m, successeur de Cbosroès, envahit l'Arménie dans la première année du règne de Marc-Aurèle. L'empereur, retenu en Italie, envoya contre lui Avidiiis Cassiiu, général actif et habile, qui repoussa les Farthes, força le passage de l'Euphrate , et pénétra jusqu'aux villes royales de Séleucie et de Ctésiphon, qu'il saccagea et brûla. Mais son armée victorieuse rapporta la peste en Europe, et ce iléau flt périr plus d'hommes en peu de mois que n'auraient pu faire plusieurs années delà guerre la plus désastreuse (166). Ce fut alors que Marc-Aurèle publia l'édit de la.qualrlème persécution générale, dont les plus illustres victimes lurent saint Justin le Philosophes, apologiste de la religion, saint Polycarpe, évéque de Smyrne et disciple de saint Jean l'Ëvangéliste , et saint Pothin, évéque de Lyon, avec les autres martyrs (le cette ville et de la ville de Vienne.
En même t£mps commenta une guerre qui devait occuper Marc-Aurèle jusqu'à su mort. Tous les peuples germains étaient dans un état d'agitation extraordinaire. De l'Asie et du nord de l'Europe arrivaient contïnuellemcut de nouvelles peuplades qui se poussaient les unes les autres, et qui for(}aientles plus anciennement établies à se jeter sur le territoire de l'empire ; c'était tout le monde barbare qui s'ébranlait. Les Marcomans, les Quades, les Roxolans, lesVandales, les Sarmates étaient aux frontières. Les Marcomans et les Quades, qui habitaient la Bohême et la Moravie, parurent lesçïem\K'E%v\t\cv&!^\. VÂrec les autres, ils s'iwanc&twX, iew^ ^q".?!
98 EMPTBB B0MÀ1II.
jusque sous les murs d*Aquilée (en 166 et 169) et ravagèrent le nord de Tltalie. Marc-Aurèle se mit à la tôte de son armée. Il les repoussa une première fois , mais il eut le tort de leur donner des terres sur la rive droite du Danube, ce qui était leur livrer les clefs de l'empire. Lors de la seconde invasion (172), il fut obligé d'armer les esclaves , les gladiateurs , des barbares même qu'il solda à grands frais aux dépens des richesses renfermées dans les palais impériaux. Les Barbares reculèrent devant lui; il franchit le Danube, et poursuivit les Quades jusque dans leurs pays. Mais il s'engagea imprudemment dans les montagnes de la Bohême, et son armée, mise dans l'impuissance d'échapper à des ennemis supérieurs en nombre , se trouva en outre réduite à la dernière extrémité par le manque d'eau et par une chaleur «accablante. Il y avait dans l'armée impériale un grand nombre de chrétiens , surtout dans une légion appelée Fulminante, qui avait ordinairement ses quartiers àMélitène, en Arménie. Les chrétiens se mirent à genoux et implorèrent Dieu pour le salut de l'armée. Tout à coup de gros nuages s'amoncelèrent dans le ciel , et une pluie abondante tomba. Les Romains étaient si altérés, qu'ils recevaient d'abord l'eau dans la bouche; ils la reçurent ensuite dans leurs boucliers et dans leurs casques , et ils purent abreuver leurs chevaux, après avoir abondamment satisfait leur soif. Les ennemis voulurent profiter de ce désordre et fondirent sur eux , mais à la pluie vinrent se mêler des foudres et delà grêle qui tombaient sur les Barbares et épargnaient les Romains. Les Quades furent complètement défaits (174).
La reconnaissance de Marc-Aurële pour ce bienfait ralentit là persécution, mais cette reconnaissance fût de courte durée. Les prêtres païens finirent par lui persuader qu^il le devait à Jupiter ou à Mars^^ et les supplices
recommencèrent. La guerre recommença aussi. Marc- Aurèle avait à peine eu le temps de courir en Syrie , où l'appelait la révolte d'Avidius Gassius, qui s'était fait proclamer empereur, et de recevoir la tête du rebelle , tué par ses propres soldats (175) , qu'il fut obligé de revenir en hâte vers le Danube pour repousser les MarcOmans, les Bastarnes et les Goths, qui menaçaient encore une fois l'Italie. Marc-Aurèle remporta une grande victoire sur les Barbares (178), et il parvint dans le pays ennemi; mais, ^uisé de fatigues, il tomba malade et mourut à Vindobona (Vienne) avant d'avoir pu pacifier le pays. Avec lui finit l'âge d'or de l'empire romain (180),
Commode (180-192).
CkmMODE (Lucius Commodus Antoninus) avait été corrompu dès sa jeunesse; il li'avait que dix-neuf ans lors de la mort de son père. Il se hâta de conclure la paix avec les Marcotttàûà et Ifeà Qbadës^ et t)tit plus de vingt mille Barbares au service de l'empire. Son retour à Rome commehça une série diB cruautés et d'extrâVagances qui rappelèrent les Caligula , les Néroii et les Domitien. Heureusement pour l'empire, les guerres intestines des Germains laissèrent les Romains respirer; Commode n'eût pas songé à les défendre. La principale passion de Néron avait été le théâtre et la musique, celle de Commode fut la chasse et les combats de gladiateurs. Son plus grand bonheur était de tuer lui-même. Pour cela il se fit gladiateur, et descendit sept cent trentecinq fois dans l'arène pour y massacrer des hommes sans armes ou qui ne combattaient contre lui qu'avec des armes émoussées. Il avait une grande force physique , et il aimait à se montrer en public vêtu en Hercule, couvert d'une peau de lion et tenant en mam uxve tjva&^xxfc.^
HiLSctil habiller en gt^aAts cL en monstres les mcndiantQ , el les cslropiés, et ii les assommait hii-mémi; h coups d
massue. Un jour il rencontra un homme d'une taille eï Iraordinaire ; il le coupa en deux pour le plaisir ^ prouver sa force et de voir se répandre les entrailles d la victime. Ses extravagances et ses cruautés fatiguèrei enfin les Romains. Il avait résolu de faire tuer les den préfets du prétoire et l'une de ses femmes par ud troupe de gladiateurs ; les victimes désignées le ptt vinrent et le firent étrangler après l'avoir empoisonoAi On attribua sa mort à une apoplexie, et il était si détesU qu'on ne s'inquiéta pas de vérifier l'esactîtude de ceH
I assertion (19S).
u Trois divisions : les Princes syriens, l'AnarcIiie mil ijtttîre, les Princes illyriens.