LE DESPOTISME
s r' . — Les princes sijriens (192-23a).
Les meurtriers de Commode proposèrent au séi
'"Tponr empereur Helvius ou Helvidius Peetimax, fils d'
affranchi, qui s'était distingué comme général en Oep-
manie, aous Marc-Aurèle, et qui était alors préfet dfr
.^Homc : il avait soixante-six ans. Le sénat le rccon>
it et les prétoriens lui prêtèrent serment le 1" janvier
[3. I^ frugalité, la modestie, la douceur du npuïej
LB DBSPOTISMLE MILITAIRE. 101
prince semblaient promettre le bonheur à l'empire. II projetait la réforme des abus , et voulait rétablir Péconomie dans l'administration de l'État; mais il songeait en même temps à rétablir la discipline militaire : les prétoriens, qu'il mécontentait par sa sévérité, ne lui en laissèrent pas le temps ; ils l'assassinèrent au bout de quatre-vingt-sept jours de règne (30 mars 193).
Septime-Sévëre (I93-211).
On vit, à la mort de Pertinax, un fait sans autre exemple dans l'histoire : l'empire fut mis aux enchères par les prétoriens, qui le promirent à celui qui le leur paierait davantage. Il se présenta deux concurrents ; Di- Dius JuLiANUs l'emporta, et le sénat ratifia ce scandaleux marché. Didius avait promis 6,250 drachmes à chaque prétorien ( près de 6,000 francs) ; il ne put ou ne voulut pas payer la somme convenue, et les prétoriens l'abandonnèrent. Les légions des frontières refusaient d'ailleurs de ratifier une vente dont elles ne retiraient aucun profit. Trois révoltes éclatèrent en même temps : Pescennius iVt^rer fut proclamé empereur en Orient, Alhinus en Bretagne et Septime-Sévère en Illyrie. Septime- Sévère était plus près de l'Italie que les autres compétiteurs; il arriva le premier à Rome, où le sénat, sur le bruit de sa marche avait déposé et fait décapiter le lâche Didius, qui ne songea pas même à se défendre : « Quel mal ai-je fait? » dit-il en expirant.
Septime-Sévère (Lucius Septimius Severuâ) était né à Leptis, en Afrique, et s'était d'abord fait distinguer comme un habile avocat du fisc. Il épousa Julia Domna, qui était née à Émèse , en Syrie, et il est à cause de cela compté comme le fondateur de la dynastie syrienne. Une fois maître de Rome, il licenciî^les prétoriens, (^u'ilrem-
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plaça par une autre garde de cinquante mille hommes ; il changea encore une fois la constitution, enleva au sénat toute son influence , et il établit ouvertement le despotisme militaire, que les empereurs précédents avaient tous plus ou moins dissimulé sous des formes plus douces : «Contentez les soldats, disaiMl à ses fils, et ne vous souciez pas du reste; c'est avec eux que vous vaincrez les Barbares et que vous contiendrez le peuple. » L'ordre reparut dans les finances, les lois reprirent leur autorité, la majesté impériale domina toutes les institutions et comprima toutes les résistances. Sévère trouva .deux habiles instruments de ses desseins dans les jurisconsultes Ulpien et Papimen.
Sévère montra une certaine modération tant qu'il ne fut pas seul maître de l'empire. Afin de n'avoir qu'un seul adversaire à la fois, il donna le titre de César à Albinus (1) et marcha contre Pescennius Niger, qu'il battit à Cyzique et à Issus. Niger vaincu fut tué par ses propres troupes à Antioche. Byzance , qui avait embrassé le parti de Niger fut assiégée, prise au bout de trois ans et détruite de fond en comble; elle ne se releva complètement de ce désastre que lorsque Constantin en fit la nouvelle capitale de l'empire. Débarrassé de Niger, Sévère marcha contre Albinus , qui fut défait dans une grande bataille près de Trévoux, où il fut tué; le vainqueur fit égorger sa femme et ses enfants, et il poursuivit avec une implacable rigueur ses partisans à Lyon, dans toutes les Gaules, en Espagne et jusque dans Rome, où vingt-deux sénateurs et quarante et une familles furent proscrites (497). On craignit un moment de voir recom-
(1) Tons les empereurs avaient le titre à' Auguste; le titra de César était donné aux ûls de l'empereur ou à ceux à qui ii confiait le gouverneatent presque souverain d^une partie de Vemv^t^.
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cer les tristes temps <le Commode; mais quand SéïÈre eut accompli ses vengeances, il s'arrûta. Son fils liéta, &gé (le huit ans seulement, lui avait donné une bonne leçon qu'il ne suivit malheureusement que bien tard : h Ce sont des ennemis dont je vous délivre, o disait Sévère à l'enfanl. « Mais, reprit celui-ci, ces iuTortunés ont-ils des parents et des amis? — Sans doute, répondit Sévère. — Hélas I dit alors le jeune Géta, il y aura donc plus de citoyens qui s'affligeront de noire victoire , que nous n'en verrons prendre part à notre joie, h Les chrétiens so sentirent de cette cruauté de Septime-Sàvère. Ceux de Lyon furent enveloppés dans la proscription des partisans d'\lbinus; la cinquième persécution générale, édictée par Sévère, sévit particulièrement dans tes Gaules, en Italie, en Egypte et dans les provinces d'Aînque : sainte. Perpétue, sainte Félicité, saint Léonide, père de l'illustre Origéne, saint Irénée, évoque de Lyon, obtinrent la couronne du martyre dans cette persécution qiii El à Lyon seulement près de vingt mille viclimes.
Albinus était à peine vaincu, que les Parthes attirèrent ratl«nlion de Sévère. Il marcha contre eux, prit Clésiphon, s'avança au delk de Babyione, et dicta la paix aux vaincus {19B). Il eut alors quelques années de tranquillité, après lesquelles les Calédoniens le forcèrent de courir t une autre extrémité de l'empire. Il emmena avec luises deux fils, Caracalla et Géta, défit les Barbares, malgré leurs montagnes, leurs marais et leurs bois, et construisit une muraille entre la Clyde et le Forlh, pour arrêter leurs incursions. La mort l'empêcha d'achever complètement so» œuvre. Les fatigues et la rigueur du climat le firent tomber malade ; son fils Caracalla ttînta d'avancer sa mort; ce trait le rendit plus malade encore; la goutte le lourraentail; pour mettre un
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comme on lui refusait du poison , il mangea si avidement des mets indigestes, qu'il en mourut dans la ville d'Éboracum (York). Son dernier mot d'ordre avait été làboremmy travaillons, mot qui peint l'activité dont il donna des preuves pendant tout son règne; l'une de ses dernières paroles fut : « J'ai été tout, et rien ne me sert î » Il avait exhorté ses deux fils à la concorde , mais il ne pressentait que trop l'inutilité de ses exhortations (211),
Camcalla (211-817).
Caracalla(l) (Marcus Âurelius Antoninus Bassianus) et Géta (Publius Septimius) devaient, selon la volonté de Sévère, régner conjointement. Mais, divisés du vivant do leur père , ils le furent encore plus après sa mort. Caracalla finit par se défaire de Géta , en le poignardant de sa propre main soUs les yeux de leur mère commune , Julia Domna (212). On pourrait, dit Montesquieu, appeler Caracalla non pas un tjrran , mais le destructeur des hommes; Caligula, Néron et Domitien bornaient leurs cruautés dans Rome; celui-ci allait promener sa fureur dans tout l'univers. Après le meurtre de Géta, il s'abandonna à tous les excès et à toutes les cruautés. II fit mettre à mort le jurisconsulte Papinien, qui refusait de justifier publiquement son fratricide , et il fit massacrer à Rome plus de vingt mille hommes, sous prétexte qu'ils étaient les partisans de son frère. Un empoisonneur de profession devint préfet de Rome; il donna le commandement de la garde prétorienne à un histrion. Son père avait amassé un riche trésor, il le dissipa promptement en orgies et en prodigalités faites pour contenter les sol-
(1) Caracalla était un surnom donné à Bassianus, parce qu'il aimait à |)or(er la Caracalle, manteau gaulois descendant jusqu*aux talons , et muni d'un capuchon.
LS DHStOîlSUE MlUTAUtE. 103
dais. Quand l'argent vint à manquer, il ne s'en embarrassa nullement : n Tant que j'aurai cela, s'écriail-il en frappant sur la garde rie son 6péa, l'argent ne me manquera pas ; » et il en trouvait en elTel en faisant couler le sang des riches dont il confisquait les biens.
11 prit une autre mesure pour combler les vides du trésor impérial. On a vu que les Romains n'accordaient qu'aveo peine le droit de cité sous la république; les peuples d'Italie ne purent l'obtenir que par une guerre sanglante. Les premiers empereurs, Auguste et Tibère , gardèrent la même réserve , et ils suivirent la maxime ' de maintenir la dignité du nom romain, en évitant de multiplier le nombre de ceux qui le portaient. La facilité excessive de Claude relâcha les liens de celle poli- ^que sévère. Sous ce prince imbécile l'argent venait à bout de tout. Messaline et les affranchis vendaient le droit de ciloyen, comme tout le reste , à quiconque se présentait pour l'acheter. Les Gaulois transalpins obtinrent même de l'indulgence de Claude l'entrée au sénat et aux premières charges de l'empire. Cette porte une fois ouverte ne se referma plus : les concessions se multiplièrent à l'infini , surtout depuis que Rome se vit gouvernée par des princes qui non-seulement n'appartenaient pas à son ancienne noblesse , maïs qui n'étaient pas même de sang italien. Des empereurs espagnols , gaulois, africains de naissance ou d'origine, auraient eu mauvaise grâce à se rendre difficiles sur l'extension d'un droit auquel ils ne participaient eux-mêmes que par la facilité qu'on avait eue de l'étendre. Alors nonseulement les particuliers, mais les villes et les provinces, obtinrent pour tous leurs habitants le droit de citoyens romains. Le sénat se remplit de provinciaux. Rome eut communément des consuls nés à Athènes, en Bithynic , en Syrie, en Afrique, et dans toutes les diffé-
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rentes parties de l'empire. La distinction néanmoins de citoyen et de sujet, de romain et d'étranger, subsistait encore , jusqu'à ce que Caracalla l'abolît par une constitution solennelle. Il est aisé de deviner les prétextée spécieux qu'alléguait l'empereur. Il était beau de réunir sous un. seul nom tous les peuples de l'empire , et de faire de Rome la patrie commune des habitants dé l'univers. Son vrai motif, bien digne de lui, était l'augmentation des revenus du fisc. Les citoyens étaient assujettis à plusieurs droits ^ que ne payaient point tes étrangers. Ainsi, sous couleur de privilège et de faveur, Caracalla imposait de nouvelles charges à îtous ses sujets (1).
Le droit de cité fut donc accordé à tous les habitants libres de l'empire; il n'y eut plus d'étrangers et de provinciaux, mais seulement des citoyens romains. Caracalla ne les traita pas avec plus de douceur. Les guerres des peuples germains contre l'empiré avalent recommencé. Caracalla acheta la paix des Allemands, qm avaient franchi le khin supérieur, et des Goths, qui s'étaient montrés à l'embouchure au Danube; il n^eh prit pas moins les titres d^Àllemanique el de Gothtquè, eï alla se vanter sur les ruines de Troie d'imiter Àlexàndro et Achille. Pour rendre l'imitation plus complète, il enipoisonna un de ses favoris et le pleura comme Alexandre avait pleuré Ephestion, et il tua un esclave pôiir avoir à pleurer un Patrocle. La Gaule, les provinces Danubiennes , l'Asie et surtout l'Egypte se ressentirenl plus cruellement que les autres provinces de sa folie sâhguinaire, A Alexandrie , un massacre effroyable suivit une plaisanterie faite sur l'empereur. Enfin Caracalla demanda la main de la fille d*Artabanf roi des Parthes»
W Crévier,
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et pendant qu'on célébrait les fêtes du mariage à Ctésiphon , il ordonna à ses soldats de fondre sur les habitants et de les tuer ; Artaban lui-même ne se sauva qu'avec peine. Une guerre s'ensuivit. Caracalla envahit rArménie et l'Osroène, mais, au moment où la lutte allait devenir sérieuse , il fut assassiné par Macrin , préfet de prétoire , dont il avait ordonné la mort ( 217 ).
Macrin (2i7-2i8)«
MlCBiN (MarcusOpilius Macrinus) ne jouit pas longtemps du fruit de son crime. Défait par les Parthes dans upe sangUnte bataille , il fut obligé d'en acheter le p^ix k prix d'or. Il vint fixer sa résidence à Antioche , et fit des efforts pour bien gouverner et pour se concilier le3 soldats. Mais il eut beau élever des autels k Caracalla, diminuer les impôts, révoquer quelques édits tyranniques : haï du sénat, qui méprisait sa basse naissance, bientôt détesté de l'armée, qu'il voulait soumettre à un^ sévère discipline, il fut renversé aussi facilement qu'il s'était élevé. Uae sœur de la fpmme 4e Septime-Sévère avait à Emès^ , en Syrie, un petit-fils nonimé Basçien (Bas$ianus), et prêtre du Soleil, d'où il reçut le nom d'Héliogabale ou ElagabaL Sa grand'ipère le présenta aux soldats comme fils de Garaçalla ; il les charma par sa beauté et sa bonne mine, et ils le proclamèrent empereur. Les prétoriens., qui n'avaient pas participé à cette élection , et qui n'avaient pas reçu les largesses d'Héliogabale , combattirent alor$ pour Macrin. Mais celui-ci fut vaincu à Antioche ; il abandonna ses soldats qui se réunirent aux partisans du nouvel Auguste, et fut massacré dans sa fuite ^vec son fils Diaduménien (juin S18).
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' Héliogabale (218-322).
Héliogabale ( Varius Ântoninus Bassianus) n'avait que quatorze ans quand il monta sur le trône. Il y apporta les plus honteuses passions de l'Orient, les voluptés les plus impures, le luxe le plus insensé et une dépravation à faire rougir Néron (1). L'un de ses premiers soins fut de faire venir par un chemin couvert de poussière d'or, la pierre noire d'Ëmèse qui représentait le dieu dont il était grand prêtre, sur un char attelé de six chevaux blancs ; il la plaça dans un temple magnifique construit sur le niont Palatin, et le maria avec la Lune, qu'on alla chercher à Carthage. Il semble s'être proposé de surpasser tous ses prédécesseurs en extravagance, en corruption et en cruauté. Le palais impérial ne fut plus qu'un lieu de débauches; le préfet du prétoire était un bouffon; des cochers et des baladins devenaient consuls et sénateurs. Héliogabale créa même un sénat de femmes pour décider des modes, et sa mère Soémis en était la présidente. Luimême s'habillait en femme, Rome était sous le joug d'un nouveau Sardanapale. Du reste, le pressentiment d'une courte vie poursuivait ce jeune efféminé. Il avait préparé pour se tuer, à tout événement, des cordons de soie, un poignard d'or, des poisons renfermés dans des vases de cristal et de porphyre, une cour intérieure pavée de pierres précieuses, sur lesquelles il comptait se précipiter du haut d'une tour. Ces ressources lui manquèrent; il fut tué dans les latrines avec sa mère. On lui coupa la tête ; son cadavre, traîné jusqu'à un égout, ne put entrer dans l'ouverture trop étroite; ce hasard valut à Élagabal les honneurs du Tibre, d'où il reçut le surnom de Tiôérinusy équivoque qui signifiait le noyé dans le Tibre
(i) Duivy, Hist. ancienne.