‹ Nouveau cours d'histoire universelle v.3,pt.1, 1860Chapitre 17 sur 45 · MONARCHIE IMPERIALE. — LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

MONARCHIE IMPERIALE. — LE CHRISTIANISME

Ion la chair sous le règne d'Auguste, n'avait commencé sa mission publique que sous Tibère. Il avait choisi douze disciples pour propager la bonne nouvelle; ces envoyés sont les douze apôtres Simon surnommé Pierre, André, frère de Pierre, Jean TÉvangéliste, Philippe, Jacques le Majeur, Barthélémy, Thomas, Mathieu, Simon, Jude ou Thaddée, Jacques le Mineur et Judas Iscariote, qui trahit son maître. Le traître Judas fut remplacé par Mat- THUs ; il faut joindre aux douze saint Paul, Tapôtre des gentils, qui avait d'abord été persécuteur de l'Église. Après la mort et la glorieuse résurrection de Notre-Seigneur, et la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte , les apôtres se mirent à prêcher courageusement Jésus-Christ. Les conversions se multiplièrent parmi les Juifs; puis les païens ou Gentils furent appelés, et les apôtres se répandirent dans tout l'univers , faisant des miracles, convertissant les païens et scellant de leur sang la vérité de leur prédication. Saint Pierre, chef du collège apostolique, vint fixer son siège à Rome, qui resta depuis lors le centre de l'Église. Lorsque le dernier des apôtres, saint Jean l'Évangéliste, mourut, en l'an 100 de l'ère chrétienne, l'Église était constituée ; elle avait déjà victorieusement résisté à l'hérésie, aux persécutions des Juifs, et aux persécutions plus sanglantes édictées par les empereurs romains; elle s'accroissait au miliea de tous les périls, et prouvait sa divinité en surmontant les obstacles mêmes qui l'auraient naturellement arrêtée, si elle n'eût été qu'une institution humaine (1). Le symbole des apôtres, qui proclamait toutes les vérités en face de toutes les erreurs, était en même temps le signe de la plus étonnante révolution accomplie sur la terre depuis la création de l'homme.

(1) On trouTera de plus grands déyeloppements daus notre Histoire âeVÉfflise.

ISO EMPIRE EOMAIN.

CoDflUtatton de l'ËgUse*

Pour maintenir l'intégrité de la doctrine et du dépôt de la tradition, il fallait une forme de gouvernement régulier : cette forme existait dès le premier siècle. Pierre était le chef du collège apostolique; lui et ses successeurs légitimes étaient les véritables chefs de PÉglise ; le souverain pontificat était le point culminant de la hiérarchie ; mille témoignages confirment dès le premier siècle la primauté du saint-siège et de TÉglise de Home. Au second rang de la hiérarchie se trouvaient les évéques, dont le nom signifie en grec surveillant Les évéques étaient élus par l'assemblée du clergé et des fltdèles, et ils étaient sacrés par d'autres évoques. L'évêque prenait soin des pauvres, des veuves, des orphelins ; il présidait à l'administration des aumônes ou collectes, et il avait le privilège presque exclusif de la prédication. La consécration de l'évoque se faisait par l'imposition des mains, comme de nos jours. Aussitôt qu'il était élu, il faisait part de son élection à l'évêque de Rome, évêque des évéques, à qui Jésus-Christ avait confié la mission de confirmer ses frères. Ainsi, dès ces premiers temps, l'unité était parfaitement établie; la communion avec le siège de saint Pierre était la marque de la catholicité.

Après les évéques venaient les prêtres, seniores ou presbyteriy mots qui signifient les anciens, parce qu'on les choisissait parmi les personnes d'un âge mûr et d'une sainteté de vie éprouvée. C'était l'évêque qui les choisissait; souvent sur la désignation même du peuple. Après leur ordination, ils étaient obligés à la résidence, à moins que l'évêque ne leur permît de passer dans une autre province. Les prêtres recevaient une rétribution spéciale à raison de leur ministère, et ils vivaient de l'autel, selon l'expression même employée car saint Paul dans ses épî-

MOMABGHIE IMPEBULE. — L£ CHRISTIAIIIISME. 131

très. Au-dessous des prêtres étaientles diacres, dont linstitution remonte, comme les précédentes, aux apôtres. Les diacres furent d'abord chargés de la répartition des aumônes ; ils joignaient à cette fonction celles de distribuer, à défaut des prêtres, l'Eucharistie aux fidèles, et même de prêcher l'Évangile, comme on le voit par l'exemple de saint Etienne, le premier des di^wîres et le premier des martyrs.

Le diaconat et la prêtrise formaient ce que Ton appelle les ordres majeurs; mais il n'est pas douteux que les autres ordres, appelés mineurs, n'existassent déjà du temps des apôtres , comme différents degrés de préparation aux ordres majeurs. Ainsi il y avait des sousdiacres (i), parmi lesquels on choisissait les diacres; il y avait aussi des acolytes, chargés du soin des cierges; des exorcistes, chargés des prières pour l'expulsion des démons; des lecteurs, qui lisaient les Écritures au milieu des fidèles , et des portiers , à qui l'on confiait le soin des lieuiç d'assemblée et la convocation des fidèles. On trouve aussi , dès les premiers siècles, le germe des ordres religieux,.!) y avait dès lors des chrétiens appelés à une vie p(us parfaite , et qui s'attachaient à mettre en pratique tous les conseils de l'Évangile. On les appelait ascètes, d'un mot grec indiquant qu'ils ^'exerçaient plus particulièrement à la sainteté; quelques-uns croient que les thérapeutes d'Egypte étaient Içs ascètes chrétiens. Ils vivaient dans la retraite, gardaient la continence, et pratiquaient des jeûnes extraordinaires; ils ne mangeaient que des aliments secs , couchaient sur la terre uae, et partageaient leur temps entre la prière, l'étude

(1) Le sous-diaconat a été élevé à la dignité d'ordre sacré ou majeur vers le temps du pape Innocent III, et peut-être par ce pape. A partir de ce temps , les sous-diacres firent le vœu qui les encUatae pour tout le reste de ieur v/e.

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de rÉcriture, et le travail des mains. Il existait une autre institution qui ne dura que pendant les permiers siècles de l'Église , celle des diaconesses , qui étaient des veuves d'une vertu éprouvée, chargées de visiter les personnes de leur sexe que la pauvreté , la maladie ou quelque autre misère rendait dignes de la sollicitude de rÉglise* Elles instruisaient les catéchumènes , sous la direction des prêtres, les présentaient au baptôme, et dirigeaient les nouvelles baptisées dans la pratique des vertus chrétiennes. Elles rendaient compte de leurs fonctions à l'évêque , ou aux diacres et aux prêtres que Pévêque avait désignés.

Rien de plus touchant que le tableau présenté par les premiers chrétiens : « Chez nous, disait Athénagore aux païens (1), vous trouverez des ignorants, des pauvres, des ouvriers, de vieilles femmes qui ne pourraient peutêtre pas montrer par des raisonnements la vérité de notre doctrine; ils ne font pas de discours, mais ils font de bonnes œuvres. Aimant notre prochain comme nousmêmes , nous avons appris à ne point frapper ceux qui nous frappent , à ne point faire de procès à ceux qui nous dépouillent. Si l'on nous donne un soufflet, nous tendons l'autre joue ; si l'on nous demande notre tunique, nous offrons encore notre manteau. Selon la différence des années , nous regardons les uns comme nos enfants, les autres comme nos frères et nos sœurs. Nous honorons les personnes plus âgées comme nos pères et nos mères. L'espérance d'une autre vie nous fait mépriser la vie présente, et jusqu'aux plaisirs de l'esprit. Le mariage est chez nous une vocation sainte , qui donne la grâce nécessai;[*e pour élever les enfants dans la crainte

(1) Athénagore vivait sous Tempereur' Marc-Aiirèle, qui régna de lui à t80.

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àa Seigneur. Nous avons reftoncé à vos spectacles entsnglantfis, persuadés qu'il y a fort peu de différence fntre regarder le meurtre et le commettre. Les païens exposent leurs enfants pour s'en débarrasser, nous regardons cette action comme un homicide, h Quelques aonées plus lard , Terlullien achevait ainsi ce tableau : 1 On nous accuse d'être dos factieux. La faction des chrétiens consiste à être réunis dans la même religion , dans la même morale, dans la môme espérance. Nous formons une conjuration, il est vrai, mais c'est pour prier Dieu en commun et lire les divines Écritures. Si quelqu'un de nous a péché , il est privé de la communion , des prières et de nos assemblées , jusqu'à ce qu'il ait fait pénitence. Ces assemblées sont présidées par des vieillards dont la sagesse a mérité cet honneur. Chacun apporte quelque argent tous les mois, s'il le veut ou le peut. Ce trésor sert, à nourrir et enterrer les pauvres, ^soutenir les orphelins , les naufragés , les exilés , les Condamnés aux mines ou à la prison , pour la cause de Dieu. Tout est commun entre nous, hors les femmes. Notre repas commun s'explique par son nom à'agape, qui signifie charité. »

Voilà ce qu'étaient les chrétiens des premiers siècles, donnant l'exemple de toutes les vertus, confondant la corruption païenne par la pureté de leur vie, et puisant leur force dans la prière, dans les sacrements, dans les œuvres de charité, dans la mortification, dans le jeûne et l'abstinence. La prière publique était l'action principale de leurs journées, surtout du jour du Seigneur , le dimanche , par lequel les apûtres avaient remplacé le sabbat des Juifs, en commémoration du jour de la Résurrection du Sauveur et do la descente du Saint-Esprit. Les lieux de réunion furent d'ahoîd Vft?.

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PIBE BOMAIN,

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'qui étaient aitîiées dans la partie supérieuvc des mw sons. Plus tard, lorsque les persécutions sévireiil, un ai réunit où l'on put , et les chrétiens des villes cboîsireii^r pour être plus en' sûreté, les cryptes ou caves soute» raines qui se trouvaient aux environs; à Rome, on l 'éunissaitdansles catacombes, vastes carrières qui àef yinrent comme la berceau de l'Église naissante.

La prière par excellence élait le sacrifice, auquel fl

naitles différents noms de cène, de fraction du paifli

'oblation ou offrande, de collecte ou assemblée (égli«^

d'eucharistie ou action de grâce, de liturgie ouoflltf

public , tous noms qui désignent le sacrifice de la messes

constitué, dès le temps des apôtres, dans ses partie

essentielles. C'était l'évéque qui le célébrait, les prfittft

ne le célébraient qu'en l'absence de l'évCque. On coBIb

luençait par des prières ; puis on lisait quelques pa

sages, d'abord de l'Ancien Testament, puis du Nouveï

ce qu'on appelle maintenant l'Épître et l'BvangUe. 1

Ipcture do l'Évangile était suivie d'une explication donn^

l'évéque. Après quoi les caléchummes, c'es

)ux qu'on instruisait encore dans la foi et qui n'étatf!

■îias baptisés, devaient se retirer. Alors commençait ("c

frande [offertoire] des dons qui devaient être la ma&iH

du sacrifice : c'étaient le pain et le vin mêlé d'eau<

peuple se donnait le baiser de paix, les hommes

hommes, les femmes aux femmes, en signe de part

union. Les paroles de la consécration étaient

prononcées , on récitait en commun l'Oraison <

'b, le célébrant communiait et tous les assistants ai

, sous les deux espèces du pain el du vin. Une agi

repas commun de charité suivait la célébration i

nls mystères.

chrétiens se réunissaient encore pour d'aut ières publiques à différentes heures du matin et

MONABCaiE IMPÉBIALB. — LE GRBISTIANISME. 135

soir; le chatit des psaumes faisait le fond de ces prières. Le sacrifice du matin de l'ancienne loi était remplacé parles matines, celui du soir par les vêpres ; la troisième, la sixième et la neuvième heure du jour, tierce, sexte et none, étaient sanctifiées par la récitation des psaumes. Dès lors aussi, Ton voit en usage les cérémonies qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, les agenouillements, les prostrations, les encensements, la distribution de l'éau bénite et les flambeaux allumés. Mais toutes ces cérémonies étaient enveloppées d'un profond mystère , à cause des persécutions et dans la crainte des profanations , et c'est pour cela (Jue les païens , incapables de croire à des réunions innocentes, imputaient aux chrétiens toutes les abominations de leurs propres mystères. Voici comment ils dénaturaient la vérité : « Il y a une nouvelle secte, disaient-ils, qui prêche ouvertemetit le mépris des dieux et qui pousse au renversement de leurs autels. Ce sont des athées qui parlent d'un roi appelé Christ, qui leur donnera un jour l'empire, et qui refusent de prier pour César. C'est une race d'imposteurs, de sophistes et d'hommes adonnés aux maléfices , capables de tous les crimes, ennemis de la nature entière , qui se livrent à d'horribles débauches, et qui vivent de chair humaine. Malgré les peines portées contre eux, ils se réunissent le jour du soleil (dimanche) pour initier leurs prosélytes. Un enfant couvert de pâte faite pour tromper les yeux de ceux qui ne connaissent pas ce mystère, est placé devant l'initiateur : le prosélyte frappe et tue l'enfant sans le savoir, et ces tigres boivent son sang, se partagent ses membres et se garantissent le silence par la complicité du crime. »

C'est ainsi qu'on défigurait le divin sacrement de Teucharistie ; on défigurait égalenjent les agapes en les transformant en des scènes de débauches mousUuevxSi^^* «.Ça

230 EMPIBE BOMAIN.

n*cst pas seulement une idole absurde qu'ils honorent, disait-on encore, c'est un mort, Christ, qui a été fait dieu après une fin ignominieuse , et la croix est pour eux un objet sacré. Us ajoutent à ces chimères les visions les plus insensées : ils disent qu'ils ressusciteront après la mort; ils ne veulent pas mettre de couronnes sur les tombeaux; ils fuient les spectacles et les festins publics ; ils ont horreur des mets consacrés aux dieux et des libations. Contempteurs de Jupiter, ils maudissent son culte et prient sur les tombes de ceux d'entre eux qui ont été suppliciés. Ils accueillent parmi eux les hommes les plus pervers; il suffit qu'ils viennent à eux et se confessent, ces magiciens répandent sur eux un peu d'eau, et les criminels sont absous. Vil ramas d'apprêteurs de laine , de tisserands , de cordonniers, de misérable sortis de la plèbe , les chrétiens se déclarent audacieusement les ennemis des dieux, de César, du sénat, des lois, du genre humain. » Ces' fables excitaient le peuple contre les disciples de Jésus-Christ ; les philosophes les détestaient, parce qu'ils détruisaient leurs vains systèmes, les empereurs et les puissants parce qu'ils condamnaient leur tyrannie, leurs crimes et leurs débaur ches ; ils étaient en effet en butte à la haine du genre humain, mais c'est parce que toutes les passions voyaient en eux des ennemis, c'est surtout parce que le monde ne les connaissait pas.

Les persécatiODs.

Pendant trois siècles, la persécution ne cessa de sévir contre les chrétiens, tantôt dans un pays, tantôt dans autre , selon le caprice et les dispositions particulières des gouverneurs romains ; mais on compte spécialement dix édits de persécution, émanés de l'autorité impé-

MOnADCfllE IMFéBIALI!. — LE CRBISTUNISUE. 137

riale, et qui readirent générales les lorLures inQigdos ma. fidèles adorateurs du Christ. I^ premier fut lancé par Néron, en 6-i; le second par Domitien, en 95; le troisième par Trajan , en 106 ; le quatrième par Marc- Aurèle, en 166; le cinquième par Septime-Sévère , en 199; le sixième par Maximin, en 233; le septième paf Dèce, en 2S0; lelmitième par Vaiérieu , en 237; le neuvième par Aurélien, en 974; le dixième, duquel date l'ère des jnarttjrs [203-213) , fut lancé par Uioclêtien k l'instigation de Galère; ce fut comme le suprâme cfl'oi't du paganisme expirant; aucune perséculioQ ne fut plus violente, ui-ne fit un plus grand nombre de martyrs.

It y avait des chrétiens partout, dans les armées, dans les magistratures, dans le sénat, dans le palais même des empereurs, et jusque sur les marches du trône. Prisca, la propre femme de Dioclétîen , et Valérie , sa fille , passMent pour chrétiennes. Dioclétien, par lui-môme , n'était pas porté à persécuter le christianisme; déjà fatigué du pouvoir, il hésitait k commencer une lutte dont il ne pouvait prévoir le terme. Mais Maximien était dans d'autres dispositions, et Galère portait aux chrétiens une haine implacable. Vers la fin de l'année 302, comme DioclétieDse trouvaità Nicomédie, Galère le pressa vivement. Le vieil empereur résista d'abord : « H était dangereux , disait-il, de troubler encore une fois le repos du monde, et de verser des flots de sang. Los supplices, d'ailleurs. n'aboutiraient pas, puisque les chrétiens ne demandaient qu'à mourir, n On assembla un conseil de magistrats et de gens de guerre. Les conseillers, qui redoutaient tous la colère de Galère, se prononcèrent pour la persécution. Dioclétien hésitait encore ; il envoya consulter ^Milet l'oracle d'Apollon. Apollon répondit h que stes répandus sur la terre l'empêchaient, de iwft

]3a EMPIBE BOMAIN.

n'est pas seulement une idole absurde qu'ils honorent^ disait-on encore, c'est un mort, Christ, qui a été fait dieu après une fin ignominieuse , et la croix est pour eux un objet sacré. Ils ajoutent à ces chimères les visions les plus insensées : ils disent qu'ils ressusciteront après la mort; ils ne veulent pas mettre de couronnes sur les tombeaux; ils fuient les spectacles et les festins publics ; ils ont horreur des mets consacrés aux dieux et des libations. Contempteurs de Jupiter, ils maudissent son culte et prient sur les tombes de ceux d'entre eux qui ont été suppliciés. Ils accueillent parmi eux les hommes les plus pervers ; il suffit qu'ils viennent à eux et se confessent, ces magiciens répandent sur eux un peu d'eau, et les criminels sont absous. Vil ramas d'apprêteurs de laine , de tisserands , de cordonniers, de misérable sortis de la plèbe , les chrétiens se déclarent audacieusement les ennemis des dieux, de César, du sénat, des lois, du genre humain. » Ces' fables excitaient le peuple contre les disciples de Jésus-Christ ; les philosophes les détestaient, parce qu'ils détruisaient leurs vains systèmes, les empereurs et les puissants parce qu'ils condamnaient leur tyrannie, leurs crimes et leurs débauches ; ils étaient en effet en butte à la haine du genre humain, mais c'est parce que toutes les passions voyaient en eux des ennemis, c'est surtout parce que le monde ne les connaissait pas.

Les persécations.

Pendant trois siècles, la persécution ne cessa de sévir contre les chrétiens, tantôt dans un pays, tantôt dans autre , selon le caprice et les dispositions particulières des gouverneurs romains ; mais on compte spécialement dix édits de persécution, émanés de l'autorité impé-

MOSARCillE impériale;. — LE CBRISTUHISUK. 137

riale, et qui rendirent gânérales les lorLures inflif^iîes aux fidèles adorateurs du Chrisl. Le premier tut lancé par Néron, en 64 ; le second par Domitien , en 95 ; le troisième par Trajao , en i06 ; le quatrième par Marc- Aurèle. en 166; te cinquième par Septirae-Sévère, en 199 ; le sixième par Maximin , en 23o ; le septième par Dèce, en 250; le huitième par Valcrien, en 237; le neuvième par Aurélien, en 274; le dixième, duquel date l'ère des imrhjrs {203-21.3), fut lancé par Dioclétien îi rinsligation de Galère; ce fut comme le suprême effort du paganisme expirant; aucune persécution ne fut plus violente, ni- ne St un plus grand nombre de martyrs.

Il y avait des chrétiens partout, dans les armées, dans Iës magistratures, dans le sénat, dans le palais même des empereurs, et jusque sur les marches du trône. Prises , la propre femme deDiocIétien, et Valérie, sa fille, passaient pour chrétiennes. Dioclétien, par lui-môme , n'était pas porté à persécuter le christianisme; déjà fatigué du pouvoir, il hésitait à commencer une lutle dont il ne pouvait prévoir le terme. Mais Maximien était dans d'autres dispositions, et Galère portait aux chrétiens une bftine implacable. Vers la fin de l'année 302, comme Dioclétiense trouvaità Nicomédie, Galère le pressa vivement. Le vieil empereur résista d'abord : a II était dangereux , disail^ili de troubler encore une fois le repos du monde, et de verser des Ilots de sang. Les supplices, d'ailleurs, n'aboutiraient pas , puisque les chrétiens ne demandaient qu'à mourir, n On assembla un conseil de magistoats et de gens de guerre. Les conseillers, qui redoutaient tous la colère de Galère, se prononcèrent pour la persécution. Dioclétien hésitait encore ; il envoya consulter à Milet l'oracle d'Apollon. Apollon répondit k que ^iesjustes répandus sur la terre l'empêchaient de dire

13S EMPIRE ROMÀIIf.

la vérité. » La pythonisse restait muette, les prêtres dirent que les justes étaient les chrétiens. Dioclétien n'hésita plus, et le 23 février 303 parut le décret d^extermination : « Les églises seront renversées, y lisaît-on, (( et les livres saints brûlés ; les chrétiens seront privés <( de tous honneurs et de toutes dignités , et condamnés - (( au supplice sans distinction d'ordre ni de rang : ils a pourront être poursuivis devant les tribunaux , et ne « seront admis eux-mêmes à y poursuivre personne, a pas môme en réclamation de vol, réparation d'injures ou d'adultère. Les affranchis chrétiens redeviendront <( esclaves. » En un mot leslîhrétiens étaient mis hors la loi ; un édit particulier frappait les évoques , ordonnait de les mettre aux fers et de les forcer à abjurer.

La lutte fut atroce du côté des bourreaux ; les chrétiens montrèrent un courage intrépide , tout en se laissant égorger comme des agneaux. Les Gaules seules , où commandait Constance-Chlore, furent épargnées; partout ailleurs les églises s'écroulaient sous les mains des soldats, les magistrats établissaient leur tribunal dans les temples ou près des statues des faux dieux , et forçaient la multitude à sacrifier; quiconque refusait d'adorer les dieux était condamné et livré au bourreau ; les prisons regorgeaient de victimes; les chemins étaient couverts de troupeaux d'hommes mutilés, qu'on envoyait mourir au fond des mines ou dans les chantiers publics. Les fouets, les chevalets, les ongles de fer, la croix , h^s b^>tes féroces déchiraient les tendres enfants avec leurs mères. Ici l'on suspend par les pieds des femmes nues fi des poteaux, et on les laisse expirer dans ce supplice» honteux et cruel ; là, on attache les membres des martyrs à des arbres rapprochés de force, les arbres en se redn^ssant emportent les lambeaux de la victime. Chaque province a son supplice particulier : le feu lent

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