MONARCHIE IMPÉRIALE. — LE CHRISTIANISME. 1S
en Mésopotamie, la roue dans le Pont, la hache en Arabie, le plomb fondu enCappadoce. Souvent, au milieu des tourments , on apaise la soif du confesseur, et on lui jette de Teau au visage, dans la crainte que l'ardeur de la fièvre ne hâte sa mort. Quelquefois , fatigués de brûler séparément les fidèles, les païens les précipitaient en foule dans le bûcher : les ossements des victimes, réduits en cendres, étaient jetés au vent (1). Il n'y a certainement pas une religion qui ait été ainsi persécutée , et qui ait résisté à de pareils et à de si nombreux supplices , et les chrétiens n'étaient pas accusés d'autres crimes que de refuser d'adorer les faux dieux et d'obéir sur ce point aux empereurs : il est impossible, en réfléchissant à un fait si étonnant, de ne pas reconnaître la divinité du christianisme.
Les hérésies.
La persécution sanglante ne fut pas le seul danger que ^'Église eut à courir dans les premiers siècles de son existence. Dès le temps des apôtres, l'hérésie avait tenté d'altérer la pureté de la foi. Les hérésies provenaient les unes dujudaïsme expirant, lesautres des efforts du paganisme pour se défendre. Beaucoup de juifs, devenus chrétiens , tenaient toujours plus ou moins aux formes de la religion de Moïse ; après la ruine de Jérusalem , ils se divisèrent en trois sectes : les ébioniies, qui regardaierlt comme obligatoires toutes les cérémonies de la loi , et qui ne croyaient pas à la divinité de Jésus-Christ; lesnazaréens, qui regardaient Jésus-Christ comme Dieu , mais qui mêlaient à son histoire des détails apocryphes , et qui maintenaient les obligations de
(i) Chateaubriand, Études historiques; Tabbé Darras, Hist, de VÉglise.
la loi mosaïque pour les juifs; enfin les cérinthiens, partisans deCérinthe, juif d'Antioche, qui maintenaient aussi les prescriptions mosaïques, et qui ne reconnaissaient Jésus comme Fils de Dieu qu'à partir de son baptôme par saint Jean-Baptiste. Les philosophes païens altéraient également la doctrine chrétienne en Texpliquant à leur manière : les docèies détruisaient l'humanité de Jésus-Christ en ne lui donnant qu'un corps apparent (1); Ménandre, disciple de Simon le Magicien, qui avait commencé l'infâme hérésie des simoniagues (2), ne faisait de Jésus qu'un ange supérieur aux autres, et les erreurs des gnostiques commençaient à se répandre. Ces dernières erreurs en enfantèrent une multitude d'autres ; l'Egypte fut comme la source commune d'où elles sortirent. Une école célèbre , fondée à Alexandrie, recueillit h la fois les traditions de l'Orient et de l'Occident ; elle fit un mélange de toutes les doctrines philosophiques de la Grèce et des croyances de l'Asie, et de là provint ce qu'on appela la connaissance par excellence ou la gnose, d'où le nom de gnostiques donné atït sectateurs de ces doctrines. Les gnostiques faisaient toutf émaner de l'intelligence ^ternelle , mais il n'y avait d'émanations immédiates que celles des intelligences; c'était une intelligence inférieure , un démiurge, comme ils disaient, qui avait créé ou produit la matière. Sous le règne d'Adrien, Valentin ajouta aux anciennes rêveries des rôvcries nouvelles , et il essaya de faire entrer le christianisme dans son système , en en expliquant les mystères à sa manière. D'après lui, le principe de l'ôtre habitait des profondeurè inaccessibles avec sa
(1^ C'est le sens du mot docète, en grec.
(2) Simon le Magicien avait voulu acheter des apôtres le pouvoir d^adminislrer des sacrements ; c'est de lui que date la simonie , qui a reçu son nom.
LE CHniSTIAMSME. 141
paaée; h Profondeur et la Pensée engendrèrent Vlntelttfftnce et la Vérité , ce qui fonne en tout quatre êtres primitifs ou èons ; c'était une tétrade qui remplaçait la IVinité. L'Intelligence et la Vérité produisirent le Logos OU Verbe, et Zoé ou la Vie, qui produisirent k leur tour l' Ani^ropos oai' Homme, et l'Église. Gela formait huit îbM supérieurs, qui, pères de vingt-deux autres, formaient avec ceux-ci le Pléràme ou la Plénitude. Les derniers éons produisirent à leur tour trois essences : la pneumatique ou spirituelle , la psychique ou animale, et l'kyliçue ou matérielle , qui constituaient le genre humain. La classe des hommes pneumatiques ou spirituels renfermait les gnostiques , les psychiques participaient de l'esprit et de la matière , les hyliques formaient une. ace infime qui vit de la vie terrestre et abjecte des sens. Les psychiques avaient eu besoin d'une rédemption , cl c'était l'éon Jésus qui , pour les racheter, s'était incarné dans le fils de Marie ; il s'en était retiré au moment de la Passion , en sorte qu'il n'y avait eu que le Christ animal qui soulTrit. Ainsi le christianisme était renversé de fond en comble. Les hyliques étaient voués il une mort éternelle par l'imfierfection même de leur substance ; mais les gnostiques étaient impeccables , leur âme ne pouvait ôtre atteinte par aucune corruption, de sorte que pour eux toutes les actions devenaient indifférentes, et qu'ils pouvaient impunément se livi'er à tous les désordres : c'était la destruction de toute morale et de toute société.
Vers le milieu du second siècle , un Syrien , nommé Cerdcn, vint à Rome et mêla aux erreurs de la gnose une nouvelle erreur empruntée aux croyances de la Perse. Valcntin conservait un principe unique , placé dans les profondeurs de l'espace ; Ccrdon enseigna qu'il '■ dBHxpriacipeB égaux ou dernt dieniL, V\hv \«itt s\
142 EMPIRE BOMAIir.
bienfaisant, l'autre juste et sévère ; l'un invisible et inconnu , Tautre visible et manifeste; le premier, père de Jésus-Christ; le second , créateur de l'univers; celui-là auteur de la grâce , celui-ci de la loi. Le pape saint Hygin excommunia Cerdon, et fit tous ses efforts pottf prémunir les fidèles contre ses fausses doctrines. Quelques années après, un nommé 3Iarcion, qui avait d'abord mené une vie édifiante, succomba à une passion impure , fut banni de la communion des fidèles , et vint aussi à Rome, où il se lia avec Cerdon, dont il amplifia encore les erreurs. Il niait l'incarnation de Jésus^ Christ et la résurrection des corps. Comme les désordres des gnostiques éloignaient d'eux les chrétiens, il prit une autre voie bien plus perfide pour les séduire , et se mit à exalter la mortification et le martyre. Aussi les marcionites firent-ils un grand nombre de dupes ; lent secte vécut plus longtemps que celle de Cerdon, et elle fit de grands ravages en Orient et en Occident. L'un des disciples mêmes de saint Justin, le prêtre Tatien, qui avait édifié ses frères par ses vertus et par ses écrits, se laissa séduire par les marcionites , et il alla jusqu'à condamner le mariage comme un adultère. Il défendait en même temps de manger la chair des animaux et de boire du vin , ce qui fit donner à ses sectateurs le nom d'cncratites ou tempérants. Ainsi le démon cherchait à perdre les âmes en les effrayant par des rigueurs insupportables , lorsqu'il ne pouvait les perdre par les attraits de la volupté : l'Église seule savait tracer la voie véritable , qui est éloignée de toutes les exagérations , et qui marche sans décliner à droite ou à gauche à travers les erreurs les plus opposées.
A la fin du second siècle parut l'imposteur Monfan , qui fonda une secte d'illuminés. Sujet à des convulsions d^ine nature extraordinaire , il les fit passer pour le ré-
MONARCHIE IMPEAIALE. — LE CHBISTIANISME. 143
sultât de raction divine. Deux femmes opulentes, Priscilla et Maximilla, se laissèrent séduire par cet épileptique; elles eurent comme lui des extases, et se mirent à prophétiser. Montan se vantait d'avoir la plénitude de l'EspritrSaint, que les apôtres n'avaient reçu qu'en partie au jour de la Pentecôte ; il se donnait comme le Paraclet ou le Consolateur par excellence , et prétendait réformer l'Église. Il interdisait les secondes noces, mais il permettait le divorce ; il ordonnait trois carêmes par an, imposait à ses disciples des jeûnes extraordinaires, défendait de fuir dans la persécution, et n'admettait presque aucun pécheur à la pénitence. Il avait établi le chef-lieu de son hérésie dans une petite ville de Phrygie, d'où elle se répandit en Asie et en Afrique. Les évêques s'émurent ; un concile condamna l'hérésie , et le pape saint Soter confirma la sentence dii concile. Montan ne se soumit pas; on croit qu'il finit par se donner la mort, et que la prophétesse Maximilla en fit autant. Il paraît aussi certain que , sous des apparences d'une austérité effrayante , les montanistes avaient les mœurs les plus licencieuses. Tertullien, après avoir combattu avec tant d'éloquence et d'énergie le paganisme et l'hérésie de Marcion, se laissa séduire par l'apparente austérité des montanistes, qu'il n'abandonna que pour former une secte à part.
Tertullien venait de mourir (vers 245) lorsqu'une nouvelle hérésie s'éleva, celle de Sabellius, qui niait la Trinité et la distinction des personnes divines. Plusieurs évêques d'Egypte adoptèrent ses erreurs, que combattit vivement saint Denys, évêque d'Alexandrie. Cette lutte fut l'occasion d'un éclatant témoignage rendu à la primauté du siège de Rome. Des fidèles d'Alexandrie crurent voir, dans les écrits de saint Denys, des expressions qui semblaient indiquer que le Fils esl \m^ e.\:fe^\x»^ <5^.
144 ËMPIBE BOMAII»<
qu'il n'est pas consubstantiel au Père ; ils accusèrent l*évêque saint Denys auprès du pape , qui assembla aussitôt un concile à Rome. Le concile condamna les deux erreurs opposées : celle de Sabellius, qui ne distinguait pas les personnes , et celle qu'on prêtait à Denys d'Alexandrie, qui rejetait la consubstantialité du Verbai Saint Denys protestade sa foi au Verbe consubstantiel, il expliqua celles de ses paroles qui l'avaient fait sou^ çonner d'hérésie , et il se justifia complètement. Une autre erreur excita bientôt le zèle du môme patriarchei Paul de Samosate, évéque d'Antioche, homme vaitt et orgueilleux, enseigna qu'il y a en Jésus-Christ detfl personnes, Tune Fils de Dieu par nature et étemeUd, l'autre qui n'avait reçu le nom de Fils de Dieu , aprétf son union avec le Verbe, que par un abus de laiH gage. Sabellius était le précurseur d'Arius; Paul de Samosate était le précurseur de Nestorius ; il finit par, être déposé solennellement à cause de son opiniâtreté dans l'erreur.
Une autre hérésie qui devait reparaître bien de# fois, et contre laquelle l'Église aurait encore à con^ battre au moyen âge, sortit du fond de la Perse avec Manès, Cet hérésiarque, père du manichéisme, était né dans une condition servile : il voulut accorder le chtuh tianisme avec la croyance à deux principes égaux, qui se trouvait au fond de la religion de Zoroastre^ et se fàîie chef d'une nouvelle secte. Il frappait les multitudes par la singularité de son costume, autant au moins que pac la bizarrerie de sa doctrine. Il portait des brodequins fofl élevés pour faire paraître sa taille plus grande; ils'eiK veloppait d'un manteau flottant de couleurs diverses, qia donnait à sa démarche quelque chose d'aérien ; il tenait i Ja main un grand bâton d'ébène sur lequel il s'appuyaàJI en marchant, et sous le bras un YvNxe toSX. ^t\. <iQ.tactèi
IUPEB1AI.E, — LE CMnISTI&IVISMI
Ioniens; enfin il avait une jambe enveloppée d'une
Ms rouge, et l'autre d'une étoffe verte. Ce charlatanisme seul aurait dû déceler l'imposteur, mais il y a tti^jours des imaginations malades et des cœurs gâtés quise laissent séduire par tout ce qui n'est pas la vérité. Manfcs se fit de nombreux partisans, avec ses deux dieux étamtils, nés d'eux-mêmes, opposés l'un à l'autre, l'un principe du bien, qu'il appelait Zurnière, l'autre priooi|e du mal, qu'il appelait Ténèbres. Pour lui, l'àme était U06 étincelle de la LumiËre, le corps une parcelle des Ttaèbres; puis venaient les émanations et les éons des (fûûsliques. Le manichéisme fut proscrit même par les empereurs païens, et, comme il n'était pas la vérité, il ^ wincu. Le roi de Perse fit saisir Manès, qui fut worché vif avec une pointe de roseau, et dont le corps fut abandonné aux chiens et aux oiseaux de proie.
Aes partisans de l'erreur ne se multipliaient pas avec
Wtantde rapidité que les défenseurs de la vérité. On a
^^ cité quelques-uns de ces apologistes et de ces doc-
""'8 qui vengeaient la vraie fol contre toutes les atta-
î"*» de la philosophie païenne et des absurdes imagi-
"•uons des hérétiques. Leurs noms brillent avec non
"''^'ns d'éclat que ceux des martyrs, dont la plupart
Beotte eux partagèrent d'ailleurs les combats et les
"'**'nphes, Saint Ignace, saint Polyearpe , saint Papias,
1t Denys l'Aréopagile , saint Quadrat, saint Justin,
**f*t Oenys de Corinthe, saint Irénée, Apollinaire, Clé-
^^t d'Alexandrie, au deuxième siècle ; et dans le troi-
^'^le, Origène, TerluUien, Minucius Félix, saint Cy-
^"®0, saint Denys d'Alexandrie, saint Grégoire le Thau-
**turge, Arnohe.elc, voilà des noms devant lesquels
'*sseiit ceux des hérésiarques et des philosophes
m» »eg doj
»eg dogme.s. ihns sa discipline, daiia sa lasiSîifc,
]âr> EMPIBE BOHAIIf.
n'est pas seulement une idole absurde qu'ils honorent, disait-on encore, c'est un mort. Christ, qui a été fait dieu après une fin ignominieuse , et la croix est pour eux un objet sacré. Ils ajoutent à ces chimères les visions les plus insensées : ils disent qu'ils ressusciteront après la mort; ils ne veulent pas mettre de couronnes sur les tombeaux; ils fuient les spectacles et les festins publics ; ils ont horreur des mets consacrés aux dieux et des libations. Contempteurs de Jupiter, ils maudissent son culte et prient sur les tombes de ceux d'entre eux qui ont été suppliciés. Ils accueillent parmi eux les hommes les plus pervers; il suffit qu'ils viennent à eux et se confessent, ces magiciens répandent sur eux un peu d'eau, et les criminels sont absous. Vil ramas d'appréteurs de laine , de tisserands , de cordonniers, de misérable sortis de la plèbe , les chrétiens se déclarent audacieusement les ennemis des dieux, de César, du sénat, des lois, du genre humain. » Ces" fables excitaient le peuple contre les disciples de Jésus-Christ ; les philosophes les détestaient, parce qu'ils détruisaient leurs vains systèmes, les empereurs et les puissants parce qu'ils condamnaient leur tyrannie, leurs crimes et leurs débauches ; ils étaient en effet en butte à la haine du genre humain, mais c'est parce que toutes les passions voyaient en eux des ennemis, c'est surtout parce que le monde ne les connaissait pas.
Les persécutions.
Pendant trois siècles, la persécution ne cessa de sévir contre les chrétiens, tantôt dans un pays, tantôt dans autre, selon le caprice et les dispositions particulières des gouverneurs romains ; mais on compte spécialement dix édits de persécution^ émanés de l'autorité impé-
MOaAItCillE IMPGBULE. — LE CSaiSTUIflSUE. 137
riale, et qui rendirent générales les tortures iafligiies aux fidèles adorateurs du Ghrîsl. Le premier fut lancé par Néron, en 64 ; le second par Doniitien , en 93 ; !e troisième par Trajan , en i06 ; le quatrième par Marc- Aurèle, eu 166; le cinquième par Septime-Sévère , en 199; le sixième par Maximin, en 233; le septième par Dèce, en 250; le huitième par Valérien, en 257; lu neuvième par Aurélien, en 274; la dixième, duquel date rère des marij/r* (203-213), fut lancé par Diodétion à l'instigation de Galère; ce fut comme le suprême effort du paganisme expirant; aucune peraécutioD ne fut plus violente, ntne lit un plus grand nombre de martyrs.
Il y avait des chrétiens partout, dans les armées, dans les magistratures, dans le sénat, dans le palais même des empereurs, et jusque sur les marches du trône. Prisca, la propre femme de Dioclétien , et Valérie , sa fille , passaient pour chrétiennes. Dioclétien, par lui-même , n'était pas porté h persécuter le christianisme; déjà fatigué du pouvoir, il hésitait à commencer une lutte dont il ne pouvait prévoir le terme. Mais Maxiniien était dans d'autres dispositions, et Galère portait aux chrétiens une haine implacable. Vers la fin de l'année 302, comme Dioclétien se trouvaità Nicoraédie , Galère le pressa \ivement. Le vieil empereur résista d'abord : « 11 était dangereux , disait-il, de troubler encore une fois le repos du monde, et de verser des Ilots de sang. Les supplices, d'ailleurs, n'aboutiraient pas, puisque les chrétiens ne demandaient qu'à mourir, d On assembla un conseil de magistrats et de gens de guerre. Les conseillers, qui redoutdent tous la colère de Galère, se prononcèrent pour la persécution. Dioclétien hésitait encore ; il envoya consulter iiMilet l'oracle d'Apollon. Apollon répondit h que D lesjustes répandus sur la terre l'empêchaient de dire
La tétrarchie ne dura pas longtemps. Constance Chlore, qui avait fait cesser la persécution dans les pays soumis à sa domination , alla faire la guerre aux Pietés et aux Calédoniens de l'Ecosse, et mourut à Éboracum (York), laissant de sa première femme Hélène un fils nommé Constantin (Caïus Flavius Valérius.Claudius). Constantin avait été élevé sous les yeux de Dioclétien, à qui son père l'avait remis en otage. Il gagna sa faveur par de brillantes qualités, par son adresse dans les exercices du corps, par son courage et son dédain des plaisirs ; il le suivit en Egypte, se distingua dans la guerre contre les Perses, et reçut le titre de césar. Galère fut jaloux de cette faveur. Après l'abdication de Dioclétien, il retint Constantin presque captif, et l'exposa à des périls où il espérait le voir succomber. Constantin, sorti victorieux de toutes ces épreuves, sollicita la permission de se rendre auprès de son père lorsqu'il apprit la dernière maladie de' Constance. Galère l'accorda,* mais donna presque aussitôt contre-ordre. Constantin l'avait prévenu ; il avait quitté en hâte Nicomédie, et, grâce à la promptitude de sa marche, il put recevoir le dernier soupir de son père. Les soldats le proclamèrent auguste (306). Sévère prit le même titre en Italie; Maxence, fils de Maximien-Hercule, se fit proclamer à Rome , en môme temps que son père reprenait la pourpre; Maximin Daïa prit aussi le titre d'auguste, malgré Galère , qui adjoignit à Sévère en qualité d'auguste, Licinius, chargé de la défense du Danube. Ainsi sept maîtres se partageaient l'empire : Galère, Constantin, Maximin, Licinius, Sévère, Maxence et Maximien ( 307 ). Licinius ( Caïus Flavius Valérius Licinius Licinianus) était né en en Dacie, d'une famille de paysans, et s'était élevé des derniers rangs de la milice romaine aux postes les plus uu^oxUxvV'à\ Ciîv.lèïe l'avait
MONABCaiE IMPÉRULB. — L'HEPTARGHIE. 149
distingué dans la guerre qu'il fit à Narsès, roi des Perses. L'heptarchie , ou gouvernement des sept, ne dura guère plus d'une année. Sévère, qui voulait abattre Maximien et Maxence, fut vaincu , contraint de se renfermer dans Ravenne, et finit par se rendre à Maximien, qui le fit tuer. Il restait ainsi six princes : trois en Orient et trois en Occident. Maximien, pour se donner un appui contre Galère, fit épouser sa fille Fausta à Constantin ; puis il essaya de régner seul à Rome, au détriment de son fils Maxence, qui le chassa lui-même. Il se réfuta auprès de son gendre Constantin , qui ne le trouva pas moins perfide : après divers attentats, Maximien ourdit un dernier complot dans lequel il crut avoir engagé sa fille Fausta contre Constantin ; Fausta resta fidèle à son époux, la tentative de Maximien échoua; le vieil empereur s'enfuit à Arles, essaya de soulever les Gaules, fut assiégé dans Marseille et forcé de se tuer. n ne restait plus que cinq empereurs (310).
Mort de Galère.
L'année suivante vit la fin de Galère. Cet empereur s'était montré le plus féroce persécuteur de l'Église. Un ulcère affreux ravagea la partie inférieure de son corps, laissant continuellement échapper un sang noir et corrompu, des vers sans cesse renaissants, et une insupportable odeur. Dompté par les atroces douleurs qu'il endurait. Galère reconnut enfin la main qui le frappait, et la terreur lui fit signer un édit qui était une éclatante démonstration de l'impuissance de l'homme à détruire ce que Dieu a établi ; en voici le texte : « L'empereur césar Galérius-Valérius-Maximien, invincible, auguste, souverain Pontife, très-grand Germanique, très-grand Égyptiaque,très-grand Sarmatique , très-grandThébaïcyie ,
150 EAiPI&£ BOMAIff.
très-grand Persique, très^grand Garpique, très-grand Arméniaque, très-grand Mèdique, très-grand Adiabénique, la vingtième année de sa puissance tribunitienne, la dix-neuvième de son empire, consul pour 1# huitième fois, père de la patrie, proconsul, aux b^bir tants de ses provinces, salut, — Parmi les soins conU^ nuels que nous prenons des intérêts publics, nous avions cherché d'abord à faire revivre les mœurs des anoieiis Romains, et à rappeler les chrétiens h la religion dç nos ancêtres, qu'ils ont abandonnée. Subissant une in*r fluence nouvelle, ils avaient abandonné les maximes d^ leurs pères, et formaient des assemblées pour un culte nouveau. Par suite de nos ordonnances, un grand nombre d'entre eux a péri par divers supplices. Cependant, comme nous voyons ce qu'il en reste persévérer dans leurs sentiments et refuser de servir les dieux, quoiqu'ils n'aient pas la liberté d'adorer le dieu des chrétiens, ne consultant que notre clémence et cette bonté naturelle gi4 nous a toujours fait incliner du côté de Pindulgence, nous avons cru devoir étendre jusqu'à eux notre paternelle miséricorde. Ils pourront donc professer librement leur religion, et rétablir les lieux de leurs assemblées, en se soumettant aux lois de l'empire. Nous ferons savoir aux magistrats, par un autre décret, la conduite qu'ils auront <'i tenir. En vertu de cette grâce que nous leur accordons, les chrétiens seront tenus de prier leur Dieu pour notre santé, pour le salut de la république, afin que l'empire prospère de toutes parts, et qu'ils puissent eux-môme vivre en sécurité et en paix, n
L'invincible, auguste et très-grand Galère ne recueillit aucun fruit de ce repentir forcé et de cette hypocrisie de clémence ; il mourut comme Antiochus, après avoir vécu comme lui (311).
^^^H MOnABCBIE IMPEltlALE. — L'HBPTAn<:HIE. lâl I
I Ca^rre de Constantin CDnlre Maiencï. 1
I Constantin , Maxcnce , Licinius et Maxîmin se par- |
tagesient l'empire. Ces rivaux ne pouvaient rester longtemps en paix. iUaJience araU d'ailleurs outragé Constantin en relisant abattre et traîner ses statues dans la haae, et il indisposait \o peuple de Home par ma admiaistratioD tyranniquc. fl aspirait à s'emparer de tout l'Occident. Maximin Uaïa entra dans son alliance; l4iiinius, d'abord neutre, finit par se déclarer pour CoQStanfin: Quand Maxenco se crut en état d'écraser son -îival, il prétexta qu'il voulait venger la mort de son père, «tdâclara ta guerre il Constantin. Celui-ci marcha aussitôt < à reunemî. Il n'avait que quarante mille bommes à op- I pqsef à une armée quatre fois plus nombreuse , niais il j comptait sui le courage et l'amour de se» troupes. Il franchit les Alpes Cottiennes, emporte Suse d'assaut, I défait UD corps de cavalerie près de Turin, un autre I près de Brescia , reçoit Vérone qui capitule, et vient camper aux portes de Rome vis-à-vis du pont IVUlvius , (.Ponte-Uole }. Maxence se tenait renfermé dans Rome , parce qu'un oracle lui avait défendu d'en sortir; mais il avait d'habiks généraux qui tenaient pour lui la 'Campagne. La victoire était difficile , et Constantin re- ' oOBaalssait qu'il lui faudrait un secours plus qu'bumaïa pour l'obtenir. U se demanda fi quellu divinité il duv^t s'adresser. Il avait appris, à la cour de Dioi^léiiJen fit de Dalère, à mépriser les faux dieux quii ser- I valent des bommes si méprisables; il savait en quelle jestîme&on père tenait les chrétiens, dont 11 avait sans • doute déjà étudié la religion, et il s'était décidé à invoquer leur Dieu. Un événement miraculeux acheva ; de le dét4irminer. Un jour qu'il s'avançait à la tête d'im ~ ^èteopv, vers l'ijeura de midi, une cion. teW
152 EMPIRE BOMÀIN.
tante de lumière se dessina dans le ciel, au-dessus du soleil, et il y lut ces mots écrits en gros caractères de feu : In hoc signo vinces, tu vaincras par ce signe. Toute Tarmée fut témoin du prodige. La nuit suivante, Constantin revit en songe la même croix, et Jésus-Christ lui apparaissant lui donna l'ordre de placer cette image sur ses étendards. Constantin obéit. À côté des aigles romaines, on vit briller une nouvelle enseigne : c'était une longue pique de bois doré, ayant une traverse en forme de croix, au haut de laquelle flottait un drapeau tissu d'or et enrichi de pierreries. Au-dessus brillait une couronne d'or et de pierres précieuses, au milieu de laquelle était le monogramme du Christ , formé des deux initiales grecques de ce nom(x). Tel était le fameux Labarum. Le monogramme et l'itnage de la croix furent aussi placés sur le casque des soldats. La croix remplaçait désormais les images des faux dieux; l'instrument d'un supplice infâme devenait le signe qui conduisait les soldats à la victoire.
La bataille s'engagea le 28 octobre 312. La mêlée ne fut pas longue ; Maxence fut complètement défait. Pour animer ses troupes , il avait , malgré Toracle , osé sortir de la ville; il voulut repasser le Tibre pour rentrer dans Rome : le pont de bateaux qu'il avait fait construire se rompit , et il fut noyé dans le fleuve. Constantin flit reçu à Rome en triomphe ; les chrétiens acclamèrent son entrée avec plus d'enthousiasme encore que les autres. Le sénat fit ériger eh son honneur un arc de triomphe qui existe encore. On lui érigea aussi une statue, où il voulut paraître avec une longue croix à la main, au lieu de lance, et Ton mit cette inscription sur la base : « Par ce signe salutaire , vraie marque du courage, j'ai délivré votre cité du joug de la tyrannie, et J'ai rétabli le sénat et le peuple eu sou ancienne splen-
MONARCaiE IMPBEIALE. — l'HEPTARGHIE. 153
deur. » Les espérances des chrétiens ne furent pas trompées. De concert avec Licïnius , Constantin publia à Milan un édit de tolérance universelle , qui permettait aux chrétiens, comme à toutes les autres sectes, de tenir publiquement leurs assemblées et de bâtir dés églises. L'année suivante, un nouvel édit ajouta, en faveur des chrétiens, un article important qui les faisait rentrer de plein droit et sans rien payer en possession de leurs églises et autres immeubles dont on les avait dépouillés; et comme ces biens avaient passé , par vente oa par donation, entre les mains de divers particuliers, l'édit chargeait le fisc d'indemniser les propriétaires qui se trouveraient dépossédés. Constantin, sans se déclarer encore chrétien ,' proclamait hautement sa sympathie pour la religion de Jésus-Christ ; il reportait aux ministres de cette religion les privilèges dont jouissaient les prêtres païens, et il exemptait les clercs de tous les impôts , services et charges publiques.
La mort de Maximin Daïa suivit de près l'édit qui donnait la liberté à l'Église. Cet empereur avait bien reçu Pédit de tolérance , mais il ne l'exécutait pas, et la persécution continuait à sévir dans les contrées soumises à son autorité. La guerre éclata entre lui et Licinius. Défait près d'Andrinople , il s'enfuit à Tarse , en Asie Mineure. Là , désespérant de rétablir ses affaires, il se gorgea de viande et de vin, et prit du poison pour mettre fin à ses jours. L'action du poison, contrariée par la nourriture que Maximin avait prise , ne suffit pas aie faire mourir promptement; il n'expira qu'après d'atroces et longues douleurs. La paix fut alors rendue à toute l'Église, et l'empire se trouva partagé entre Licinius, qui eut l'Orient, et Constantin , qui gardait l'Occident (313).
Constantin et Licinius.
Les deux empereurs vécurent d'abord en bonne intelligence. Constantin donna sa sœur Constantia à Licinius, et alla vaincre les Francs sur les bords du Rhin. A son retour éclata une première rupture avec Licinius, qui fut vaincu et céda à son rival la Pannonie, la Dalmatie, laDacie, la Macédoine et la Grèce (315). Huit ans plus tard , la rupture ftit plus sérieuse. Constantin favorisait les chrétiens ; Licinius s'appuyait sur le parti païen, et il renouvela la persécution. Constantin ne pouvait manquer de mettre à profit ces circonstances pour rétablir l'unité de l'empire. On fit de part et d'autre de grands préparatifs de guerre. Les forces de Licinius étaient plus considérables. Ce prince, encouragé par ses magiciens , ne doutait pas de la victoire , et il se promettait d'anéantir les ennemis de ses faux dieux. Constantin se prépara au combat par la prière , le jeûne et la retraite, et il eut soin de faire porter le Labarum à la tête de ses troupes, auxquelles il donna pour mot de ralliement : Dieu sauveur. La croix conduisit les soldats de Constantin à la victoire. Battu à Andrinople et à Chalcédoine , en 324, Licinius s'enferma dans Nicomédie , où Constantin vint l'assiéger, et il se vit bientôt obligé de venir en suppliant implorer le pardon de son vainqueur, qui lui promit la vie sauve. Cette grande victoire rendait Constantin maître de tout l'empire , et assurait le triomphe du christianisme. Il est regrettable que Constantin ait terni sa gloire en faisant mourir quelque temps après Licinius, sur de simples soupçons d'intrigues ourdies parce prince; il n'épargna môme pas le jeune fils de Licinius, qui était à peine âgé de douze ans, et dont l'âge attestait l'innocence.
LES BMPEREUfiS CHRÉTIENS* -- CONSTANTIN. 156