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CHAPITRE III

SUPRÉMATIE DE l'eMFIRE GREC (512-622).

(Sixième siècle).

Quatre grands noms rappellent les principaux événements du sixième siècle : ceux de Clovis et de Théodoric le Grand au commencement indiquent les progrès fjEÛts par les royautés barbares; celui de Justinien vers le milieu représente la réaction de l'empire d'Orient sur l'Occident, qui donna une dernière fois la suprématie politique à cet empire; et, à la un, celui de saint Grégoire le Grand, qui résume l'action de TÉglise et de la papauté. Ce chapitre formera donc trois divisions : les Royaumes Barbares, l'Empire grec, et l'Église depuis la mort de Glovis jusqu'à l'apparition du mahométisme.

§ I***. — Les royaumes barbares.

Le sixième siècle vit se terminer la première grande invasion des Barbares, et tomber ceux ôl^?» wovw^^x».

t5ê HlSTOntfi DU MOYBN AGE.

royaumes qui étaient hostiles à l'Élise, pendant que les autres grandissaient chaque jour. Les Hérules disparur rent entièrement; vaincus déjà par les Ostrogoths, qui les avaient remplacés en Italie, ils reçurent de nouveaux coups des Lombards; une partie se confondit avec les Gépides, une autre reçut de l'empereur Anastasedes terres en Illyrie , le reste retourna en Scandinavie. Les Gépides eux-mêmes, vaincus succesaivement par Théodoric le Grand et par les Lombards (566), iiÂirent par se confondre avec ces derniers. On verra plus loin le royaume des Vandales reconquis par Justinien; on a déjà indiqué la chute du royaume des Suèves, qui fut réuni à celui des Yisigoths , convertis au catholicisme (585); le royaume des Burgondes avait aussi cessé d'exister.

Les Anglo-Saxons.

L'invasion des Anglo-Saxons dans la Grande-Bretagne bouleversa l'île entière et la replongea dans la barbarie d'où les Romains et le christianisme Pavaient tirée. Les sept royaumes de Kent, Sussex, Wessex, Essex, Northumbrie, ou Northumberland ( quelquefois divisé en Bernicie et Deîra) , Estanglîe et Mercie, étaient presque toujours en guerre les uns contre les autres , excepté lorsqu'ils reconnaissaient, pour résister aux Pietés et à de nouveaux envahisseurs , un souverain suprême sous le nom de Bretwalda, ou chef du pays; les Bretons restés dans les limites de ces royaumes , étaient esclaves; il ne restait de Bretons indépendants que dans le pays de Galles, qui ne put être soumis qu'au treizième siècle par les rois normands. L'Église vint aauver les malheureux Bretons en convertissant leurs Vainqueurs y et prépara k ceux-ci , en tes civilisant, plu-

SUPHÉMATIE GRECQUE. — VISIGOTHS. 2Ji9

sieurs siècles de puissance et de gloire. Saint Grégoire LB G*AND, n'étant encore que moine dans un couvent de de Rome, avait été frappé de la beauté de quelques jeunes Angles exposés sur le marché aux esclaves : a Ce ne sont pas des Angles , mais des anges , non AngH .sed angelij » dit-il en faisant un jeu de mots que notre langue ne rend qu'imparfaitement, et il voulait partir pour prêcher l'Évangile à ce peuple. On le retint alors, mais dès qu'il fut devenu pape, il se rappela ses anges et leur envoya saint Augustin ou At^tin^ avec quarante moines (597). Le roi de Kent, ëtbelbert (560-616), était alors bretwalda, et venait d'épouser la fille du roi franc Caribert Cette circonstance favorisa la prédica* tifm des missionnaires ; Éthelbert ne tarda pas à demander le baptême, et le jour de Noël 598 Austin baptisa plus de dix mille Angles. Les missionnaires trouvèrent plus d'obstacles chez les Bretons chrétiens que chez les Anglo-Saxons païens. La discipline s'était relâchée parmi les Bretons, etlepélagianisme avait fait, dans cette malheureuse Église, de grands ravages ; ce n'est que plus d'un siècle après que les Bretons consentirent à se réunir aux apôtres venus de Rome pour ne former qu'une seule Église soumise à la même foi et à la même discipline. La conversion des Anglo-Saxons fut suivie de l'adoucissement des mœurs et d^un magnifique mouvement littéraire, qui engagea plus tard Charlemagne à faite venir d'Angleterre les instruments de la régénération in-* tellectueUe de son empire*

Royaume des Visigoths.

La mort d'Alaric H avait laissé la tutelle de son fils Amalric (511-531) à Théodoric le Grand. Amalric épousa une fiUe de CloviSy mais il la ïoaltmia^ ^\:q^ ^^â^

était catholique. Childebert, frère de la princesse, marcha contre Amalric , qui fut défait et périt dans la fuite. Avec lui unit la dynastie des Balte:^; jusque-là les Visigoths choisissaient toujours leurs rois dans cette puissante famille ; après la mort d'Amalric, la royauté devint tout à fait élective. Theudès, général Ostrogoth, qui avait gouverné le royaume pendant la minorité du roi précédent, fut élu (531-548). Quoique arien, il protégea les catholiques , et il acheva de gagner les Espagnols en épousaat une Espagnole et en transférant sa capitale de Narbonne à Barcelone. Il soutint avec des succès divers une guerre contre les rois francs Childebert et Clotaire, et ne put reprendre à Tempereur Justinien la ville de Ceuta, qu'il avait négligé de défendre. Vaincu dans une sortie faite par les Grecs, il ne ramena en Espagne les débris de son armée que pour tomber sous le poignard d'un mendiant, qui était insensé ou qui feignait de Tétre.

Theudisclus ou Théodisèle, élu après lui, se fit détester par ses violences et par le dérèglement de sa vie. Il ne régna que quelque mois (548) et fut assassiné. Les assassins prirent pour roi Agila, qui fut repoussé de Cordoue et qui eut pour compétiteur au trône Athana- GiLD, que protégeait l'empereur Justinien. La guerre civile valut aux Grecs la Bétique, qu'ils conservèrent pendant quatre-vingts ans. Athanagild régna d'ailleurs avec sagesse ; il protégea les catholiques, maria sa fille Brur nehaut à Sigebert, roi d'Austrasie, et sa fille Galsuinte à Chilpéric , roi de Neustrie , et mourut regretté à Tolède (567).

LiuvA (Zœve, le lion) et bientôt après son frère LÉovi-

GiLD (567-586), portèrent la monarchie visigothe à un

haut degré de splendeur. Léovigild combattit heureu-

sement les Grecs de la BéVVqvie ,\es t«B\afe.\^ dvi nord,

SUPRÉKATIE GBECQUE. — OSTROGOTHS. 261

qui refusaient de reconnaître son autorité, et profita des discordes qui déchiraient le royaume des Suèves pour le soumettre à sa couronne (585). En même temps il maintenait vigoureusement Tordre à l'intérieur et contenait les petits tyrans qui régnaient dans leurs châteaux aux dépens des paysans. Mais un de ses fils, Herménigilde, s'étant converti au catholicisme après avoir épousé Ingonde, fille de Brunehaut, Léovigild se mit à persécuter les catholiques; il interdit les conciles, et sépara les évêques de leur troupeau. Herménigilde, craignant pour sa vie, se révolta; il fut vaincu, et, sur son refus de revenir à Tarianisme, son père le fit décapiter à Tarragone (584).

RÉCARÈDE LE CATHOLIQUE [Rîcharedus^ Richard) adopta heureusement une politique différente de celle de son père (586-601). Dès son avènement, il se -déclara catholique; il travailla ensuite avec succès à la conversion de son peuple, réprima les séditieux que ce changement de religion avait faits , repoussa les Francs qui menaçaient la Septimanie, et mourut plein de gloire, à Tolède , dont il avait fait la capitale de son royaume. Il y avait une nation catholique de plus ; les Visigoths se fondirent dès lors avec le reste de la population, et c'est ainsi que se forma le peuple espagnol, qui demeura toujours si fortement attaché au catholicisme.

Royaume des Ostrogolhs.

Les Ostrogoths , restés ariens , furent moins heureux que les Visigoths. La mort de Théôdoric le Grand (526) fut le signal de leur décadence. Les Visigoths cessèrent de former une seule monarchie avec eux, les Burgondes secouèrent le joug, et les Francs s'emparèrent des possessions que les Ostrogoths avaient eu G^ttûaxAfc. kîiLKr

ULsoNTE , fille de Théodoric , fut d'abord régente au nom de son fils Atuala&ig , qui mourut par suite de son ioiempéranoe (534). £lle s'associa alors son cousin Théo- BAT, qui la fit assassiner {535). Amalasontc, qui avait pour ministre Cassiodore, avait r^né avec quelque gloire , et les catholiques n'avaient pas eu à se plaindre d'elle. L'empereur Justinien se porta comme le vengeur du crime de Tbéodat , et lui déclara une guerre inexpUblt. Théodat, plongé dans les plaisirs» laissa prendre la Sicile et le midi de l'Italie , offrit les conditions de paix les plus humiliantes , et fut déposé par son armée , qui élut Yitigâs à sa place (536). Yitigès , vaincu par Bélisaire, fut envoyé à Constanlinople , où Justinien le traita avec égard (539). Iu)ibau), qui lui succéda, puis ËRAEiG, ne firent guère que passer sur le trône, et ToTiLA (541-552) , malgré son courage et ses succès, ne put relever le royaume. TéiAS 1 552-553 ) , aussi brave que lui, fut vaincu par Narsès , et avec lui finit le royaume des Ostrogoths.

L'Italie, qui se trouvait encore une fois réunie sous une seule domination y ne tarda pas à souffrir de nouveaux ravages et une nouvelle conquête , qui devait laisser des traces plus durables. Les Longobards ou Lombards , qui s'étaient établis en Dacie , au nord-ouest des Gépides et des Hérules, avaient d'abord été subjugués par ces derniers. Sous leur roi Tato ( 493-526 ) ils reconquirent leur indépendance, et détruisirent le royaume des Hérules. AuDom (526-561 ) , fils et successeur de Tato, combattit les Gépides^ fit alliance avec l'empire grec, et prit part à la guerre contre les Ostrogoths. y ers la fin de son règne , les Avares ^ peuple d'o-

SUPfiéMATlE GRECQUE. — LOUBÀHDS. 26S

rigine tartare, vaincus par les Chinois , arrivèrent en Europe, et s'établirent dans la Dacie sous la conduite d\m de leurs chefs ou khans, nommé Baïan (558). Les Avares et les Lombards s'unirent contre les Gépides , dont le royaume fut détruit , malgré la valeur de leur roi Cnnimond. Alboïn (561-573), fils et successeur d'Audoio , tua de sa propre main Cunimond dans un combat, puis, scion la coutume des Barbares, fit faire une coupe de son crâne pour y boire dans les festins solennels, et il força Rasamonde^ fille du roi vaincu, à Tépouser (567)» les Avares étendirent leur empire depuis le Don jusqu'à la Bohême ; les Lombards , bornés de ce côté , et appelés par Narsès , qui leur montrait ITtalie pour se venger d'une disgrâce, se précipitèrent sur le pays qui devait recevoir d'eux son nom, la Lombardie (568). Alboin traversa en courant Tïtalie septentrionale, l'Emilie, la Toscane , l'Ombrie , le Picénum et pénétra jusque sur les frontières de la Campanie. Il avait épargné Rome, et pris Milan après un siège très-court ; Pavie résista trois ans, et Alboin, furieux, avait juré de n'épargner ni le sexe ni l'ûge; mais vainqueur, il s'adoucit tout à coup , et fit de Pavie la capitale de son royaume (593), qu'il partagea en trente-six duchés, dont les plus importants furent ceux deFrioul, de Spolète et de Bénévent. Au comble de la gloire, il pouvait régner encore longtemps ; mais, dans un festin où il avait bu trop largement, il voulut forcer Rosamonde à boire dans le crâne de son père ; celle-ci jura de se venger, et le fit assassiner quelque temps après.

Les règnes suivants ne furent plus qu'une suite d'assassinats, d'empoisonnements, de guerres civiles et de guerres contre les Grecs. Grâce aux divisions des Lombards, les Grecs purent conserver le centre et le midi de lltalie ; mais les Barbares s'établirent totlem^xiX. ^^w^\^

364 HISTOIfiE DU MOYEN AGE.

nord , où ils firent encore une fois triompher avec eux Tarianisme. Cleph, qui fut élu roi à la mort d'Alboin, ne régna pas deux ans ; à sa mort, il y eut un interrègne de dix ans (575-585), pendant lesquels les ducs se livrèrent à la plus eRroyable tyrannie. La crainte des Francs et des Grecs fit rétablir la monarchie; Autharis, fils de Cleph, fut élu roi (585-591) et chercha un appui chez les Bavarois , en épousant la fille de leur duc , Théodelinde, qui était catholique. Cette princesse ne réussit pas à convertir son mari , mais elle fut plus heureuse auprès d'AoïLULF, son second mari (590-615), qui se convertit. Agilulf prit quelques villes aux Grecs , dompta raristocratie lombarde , et arrôta les armes des Francs en faisant épouser à son fils une fille de Théodebert II. La conversion des Lombards au catholicisme amena la fusion entre les conquérants et les anciens habitants da pays ; elle valut au royaume fondé par Alboin une exis^ tence de deux siècles.

Royaame des Francs.

La monarchie barbare la plus puissante, malgré ses divisions, était désormais celle des Francs. Les quatre fils de Clovis (511-561), Thierry I" (Théodoric), Clo- TAiRE, CHiLDEBERTèt Clodomir, possédaient toutc la Gaule à Texception de la Bretagne, restée indépendante , de la Septimanie, possédée par les Visigoths, et du royaume des Bourguignons. Childebert, Clotaire et Clodomir firent chez les Burgondes une expédition , dans laquelle pérît Clodomir (523) , dont Childebert et Clotaire se partagèrent les États, après avoir massacré ses enfants; le jeune Clodoald, devenu plus tard saint Cloud, échappa seul au massacre, et se retira dans un monastère. Dix ans après, Childebert et Clotaire alUqu^vewl de uouveau les Bur-

SUPBEMATIE GBECQUE. — - FBàNCS. 305

gondes, et détruisirent leur royaume (534), pendaiil qu« Thierry soumettait la Thuringe et étendait son cmpin^ jusqu'aux frontières de la Bohême (530). A la mort do Thierry, son fils Théodebert P' lui succéda (534-548) ; le nouveau roi fit la guerre aux Ostrogoths d'Italie. A la mort de Théodebald (548-555), fils de Théodebert, et de Childebert I" (558), qui ne laissèrent pas d*enfanl« mâles , la monarchie franque se trouva réunie dans les mains de Clotaire, qui eut à réprimer une révolte du son fils Chramne, soutenu par les Bretons; il soumit les Bavarois et les Allemands et imposa un tribut aux Saxons. Clotaire était le plus puissant prince de mn temps : « Ah! s'écria-t-il sur son lit de mort, que pen* sez-vous que soit ce Roi du ciel qui fait mourir ainsi de si puissants rois de la terre ! » Il expira, Tânic bour* relée des remords de ses crimes passés et tourmentée da souvenir de la mort ^de son fils Chramne , qu'il avait bit étrangler et brûler dans une chaumière avec sa femme et ses filles (561).

L'empire des Francs fut de nouveau partagé entre les quatre fils de Clotaire : Ciusert régna à Paris ^%I'5OT , G0H71UL5 à Orléans et en Bourgogne •' 501-593), Cmuirne F^ à SoissoDs, capitale de ce que Ton commençait à Wf^er la J^emstrie^ ou pars de Tooest 561-584), et Si- «auBT à Metz, en AmtinuU^ oa pars de Test f561-575;. Dès lors commençait à se faire sentir Topposîtion entre l'ocddeDl et rorient de la Gaule; roecident, avec les deux rcnranmes de Fm% et de Soi^sons, qui ccmstîtiièrent la Xeustne. arait \A'j'M: plus î^sUem^uX la cirîliatîoB rconaixMr; i'AasîJ"<ib>r €>Cpit«ierTait plu^ fidèlement les mœurs rodes et liari«i!*rt d^r ia Germanie; i**'r FraDcs- Keustiieiis étûeiii 4ev aiikçî*::iit Saùieiis- l.-h AuKtrasâeii? Sâanfmf^ 4e( Kigioair^. Lt b^i/jijG^ iiK*hie di; sixif^m* sude fat esBsauqcâuJlé»^ yts jtf cLy^iri-i* nfte* dt tfc^ vacv);-

266 HiSTOIBE DU MOYEN AGE*

pathies entre les deux principales tribus franques. Caribert mourut sans postérité; ses États furent partagés entre ses trois frères. La rivalité de deux femmes mit alors aux prises l'Austrasie et la Neustrie. Sigeberl avait épousé Brunehaut, fille d'Athanagild , roi des Visigoths; Chilpéric épousa ensuite GrolsuifUCy sœur de Brunehaut, mais il s'en dégoûta bientôt, à cause de Tempire que prit sur lui une femme de naissance obscure , nommée Fkédégonde. Galsuinte fiit assassinée, et Brunehaut jura de venger sa sœur. La guerre écUd entre les deux royaumes de Neustrie et d'Austrasie. Sigebert finit par l'emporter, et il allait se faire proclir mer roi des Neustriens , quand deux serviteurs de Frédégonde le /frappèrent à la fois dans les deux flancs avec des couteaux empoisonnés (575). Guildebert B, fils de Sigebert, n'avait que cinq ans; les Austrasiens lui choisirent pour tuteur un des principaux leudes oa seigneurs, qui prit le titre d'intendant de la maison da roi, major domusy majordome ou maire du palais, Brunehaut, qui avait été faite prisonnière par Chilpéric, fut mise en liberté sur la demande des Austrasiens. Les crimes se multiplièrent à la cour de Chilpéric. Frédégonde poussa le roi à faire périr les enfants qu'il avait eus d'un premier lit, afin d'assurer la couronne àsoa propre fils Clotaire II ; craignant encore de ne pas réussir, elle fit assassiner Chilpéric lui-même (584). Une révolte excitée dans le midi et soutenue par les leudes burgondes et austrasiens, amena alors un traité entre Contran et Childebert, à Andelot (587). Ce traité donnait à Childebert la succession de Contran, dans le cal où celui-ci mourrait sans enfants mâles, ce qui arriva; mais il est surtout important par le premier pas qu'il fit faire au système politique connu sous le nom de féodalité. Autrefois , le chef barbare donnait à ses fidèles

SUPBÉ&fATlE GBECQUE. — FRANCS. 267

>u leudes une framée et un cheval ; une fois établis dans [es terres de Tempire , les rois leur donnèrent des terres wec bénéfices [henefidaj bienfaits) ou fiefs (/ec-0(f, propriété, récompense). Les bénéfices se distinguaient des [erres données en toute propriété, aïeux {al-od^ toute propriété ) ^ en ce qu'ils n'étaient donnés que temporairement. Les rois prétendaient les reprendre à la mort du bénéficier f et même pendant sa vie, quand ils en étaient mécontents , afin de pouvoir les donner à un autre ; les bénéficiers . au contraire , faisaient tous leurs efforts pour les rendre viagers et même héréditaires. La lutte dura trois siècles , et les bénéficiers l'emportèrent; le traité d'Andelot fut un premier triomphe pour eux, parce qu'il établit que les bénéfices ne pouvaient être repris qu'après la mort du bénéficier.

La mort de Gontran (593) donna la Bourgogne à Ghildebert. A la mort de Childebert (595), ses deux fils se partagèrent son royaume : Théodebert II eut l'Austrasie (395-612), et Thœrily II la Bourgogne (595-613), mais c'est Brunehaut qui régnait véritablement sous le nom de ses petits-fils ; Frédégonde avait régné en Neustrie jusqu'à sa mort sous le nom de son fils Glotaire II (597). Bpunehaut, amie de la civilisation romaine, protégeait les arts , faisait construire des routes ( chaussées Brune- 4«^), bâtissait des monastères et favorisait les prédications des missionnaires ; mais elle avait contre elle les leudes , dont elle voulait réprimer la puissance , et une pwlie du clergé, qu'elle prétendait réformer. Les leudes «e trouvaient du côté de Glotaire ; Brunehaut fut abandonnée par son armée sur les bords de l'Aisne , et Glotaire II vengea sa mère en faisant attacher la vieille reine à la queue d'un cheval indompté (613). Théodebert II avait été mis à mort par son frère Thierry II à la suite d'une guerre ; Thierry II périt lui-môme emçovsovvck^ ^ ^

268 HISTOIRE DU MOTSIf AGB*

ce que Ton croit, et Clotaire U réunit sous son autorité tout l'empire des Francs (61^-628). Ainsi son autorité n'était plus celle de Clovis. Au Champ de Mars de Parist en 614, il fut obligé de consacrer les privilèges des leudes et Tinamovibilité de la chaîne de maire du palais. L'année suivante, il y eut sous le nom de concile de Paris une autre assemblée à laquelle prirent part soixante-dix-neuf évéques parmi un grand nombre de laïques. La constitution perpétuelle rendue par cette assemblée assura la victoire de l'aristocratie sur le pouvoir royal ; la décadence des Mérovingiens commençait.

$ II. — L'empire grec (518-610).

Après la mort d'Anastase (518), l'empire grec reprit tout à coup une vigueur qui lui permit de réagir contre les Barbares, de mettre fin à deux de leurs royaumes, celui des Vandales et celui des Ostrogoths, et de contenir ceux qui le menaçaient au nord, comme les Slaves, les Bulgares et les Avares, en même temps qu'il soutenait des guerres contre la Perse.

JosUn I*' le Vieux (618*527).

^Justin P*", paysan de la Thrace, qui était parvenu par son courage et son adresse au rang de préfet du prétoire, prépara l'heureuse résurrection de l'empire grec. Élu empereur, grâce à Tinfluence des catholiques, il mérita ce choix par son zèleà restaurer la vraie foi et à rétablir l'union entre les évêques d'Orient et le saint-siégc. Après avoir ramené la tranquillité au-dedans, il garantit la sûreté des frontières en élevant des forteresses sur le Danube et sur l'Euphratc. Les Lazes, habitants de la Golchide et de ribérie, ayant secoué le joug des Perses et s'étaiit donnés

SUPHEMATIB GRECQUE. — JUSTINIEN. 269

à l'empire après leur conversion au christianisme, il les protégea contre les Perses, et maintint son autorité dans leur pays. Quand il mourut, adoptant pour son successeur JuRTiNiEN P"", son neveu, il laissait l'empire plus florissant qu'il ne l'avait jamais été : l'agriculture, l'industrie et le commerce prospéraient; plus de neuf cent trente-huit villes riches et peuplées, réparties dans soixante-quatre provinces, formaient une glorieuse cou* ronne autour de Constantinople.

JutUoieo I" (537-506).

Justinien était né enDardanie, d'unsimple cultivateur; Justin, devenu empereur, le fit instruire, le nomma commandant des armées et le créa nobilissime. Doué de connaissances variées et profondes, mais manquant d'énergie dans le caractère et accessible à la flatterie, il eut le bonheur d'être servi par de grands généraux et de savants jurisconsultes , et s'il ne réussit pas dans le dessein qu'il avait conçu de reconstituer l'empire romain, il eut la gloire de l'entreprendre et de réussir assez pour faire croire un moment que la réalisation n'en était pas impossible. Son long règne se divise naturellement en deux parties : ses guerres à l'extérieur et son administration intérieure.

Première gaerre contre les Pertes (639-53I).

Quand Justinien succéda à Justin 1®% la guerre contre les Perses pour la possession de la Colchide et de l'Ibérie n'était pas terminée, et le roi persan Cobad ou Cabadès avait fait subir quelques échecs aux armes de l'empire (1). Justinien envoya contre lui Bélisaire, le plus

(1) Les rois perses qui m succédèrent daii&\e cqwt%^\i ùv\^\cv^^\^^^

grand homme dt; guerre de cette époque, qui sVUil él«\é par son mérite des derniers i&ngs aus plus bsoles dignités, et qui montra toujours, malgré tes disgricn injustes dont il fut plus d'une fois la victime , la pin grande fidélité à son prince. D'abord vainqueur des P«sps, Bélisaire fut vaincu près de Cailinique, en Hésopo» (amie, dans une bataille qu'il avait livrée matgrélui pour ne pas irriter ses soldats ; disgracié pendant quehp» temps, il n'en eut pas moins l'honneur d'avoir amené 11 liCnosHOÈs, qui venait de succéder à Cobad,àconclui« paix qui dura neuf ans (531).

HëvoHbI ConstaatlDOple (snl.

La disgrâce de Bélisaire ne dura pas longtemps. Jlttr lien avait une passion désordonnée pour les comlMl^ du cirque, l'impératrice Tkéodora, ancienne pantonÙM et courtisane non moins célèbre par ses débauctiesqW par sa beauté, partageait cette passion, et tille avait fut épouser à Bélisairc une de ses favorites, AnConiw, d'un conducteur de char. Les blevs et les vertt él devenus des personnages importants (kns l'ompîre. cette faveur accordée à des cochers indisposait la popit lation de Constanlinople, déjà ifritée par les eswliàw du jurisconsulte Triàonien, qui exerçait les fonctionsd) grand chancelier. Une querelle qui s'éleva dans ces c^^■ constances entre les deux factions du cirque futaussilM partagée par le peuple, qui prît parti contre les proUffltde l'empereur; une émeute formidable éclata dans l>, ville au cri de iV/Aa/ victoire, et elle effraya tellement Justinien, qu'il songeait déj& à quitter sa capitale. Th^

Jt Cobad (4II-&3I), remplacé nu momenl par ov« ,.^- , , , KpliiniMp; CiiosnoËs ou Kliosrou le Granil (;31-&79); BormUlM Il <tT9-M9).MqwiwèilM»B-«M,'

SUPBBMàTlB GBECQUE. — JUSTINIEN. 271

dora et le patriarche de Constantinople le retinrent , et Bélisaire, se mettant à la tête de trois mille vétérans, parvint à disperser les rebelles, dont il fît un effroyable mafisacre ; on dit qu'il périt trente mille hommes. Cette répression sanglante aflTermit l'autorité de Justinieu et remit Bélisaire en faveur. ,

Gaerre contre les Vandales { 083%

Gélimer, arrière-petit-fils de Genséric, venait de détrôner le roi vandale Hunéric, qui était ami de Justinien, et qui s'était montré favorable aux catholiques. Justinien profita de cette occasion pour déclarer la guerre aux Vandales, et il envoya en Afrique Bélisaire, qui débarqua avec une armée de trente mille vétérans- Les anciens habitants et une partie des Vandales se déclarèrent pour les Grecs. Gélimer n'avait d'ailleurs d'autre place fortifiée que Carthage. Battu sousles murs de cette ville, il fut contraint de l'abandonner au vainqueur. Battu une seconde fois dans la plaine de Tricaméron, il se réfugia sur le mont Papuas en Numidie ; forcé de se rendre, il demanda, dii>-on, une lyre pour chanter ses malheurs, une éponge pour essuyer ses larmes, et un morceau de pain. Justinien le traita honorablement; il lui accorda un domaine en Galatie, où il mourut tranquille. Avec Gélimer finit la domination des Vandales en Afrique (534 ) ; la province d'Afrique fut reconstituée, Bélisaire reprit la plupart des îles de la Méditerranée, et contint les Maures. La possession de la Sicile, que réclamaient les Grecs, et le meurtre d'Amalasonte amenèrent une nouvelle guerre avec les Ostrogoths.

273 HISTOIBE DU MÛYKN AQB.

Pfemière gaerre d'Italie ( b86-630).

Bélisaire s'empara de la Sicile, pendant qu'un autre général attaquait la Dalmatie. Théôdat , roi des Ostrogoths, désespérant aussitôt de résister, se montra disposé à accepter les plus humiliantes conditions pour conserver lltalie; mais un succès que remportèrent ses troupes pendant les négociations lui inspira tout à coup une présomption qui causa sa perte. Bélisaire répondit à la rupture des négociations en s'emparant de Naples après un siège de vingt jours, et les Ostrogoths déposé* rent Théodat, pour prendre à sa place le brave Yitigès. (556) Celui-ci se prépara à défendre vigoureusement son royaume. Bélisaire s'était déjà rendu maître de Rome, et l'avait promptement mise en état de résister à un siège. Quand Vitigès arriva pour reprendre la ville, tout était prêt. Le siège dura un an. Bélisaire, qui s'était renfermé dans Rome, déploya toutes les ressources de son génie militaire ; une habile diversion le dégagea, et il reprit le cours de ses conquêtes, malgré l'intervention de Théodebert, roi d'Austrasie. Vitigès, renfermé dans Ravenne, fut obligé de se rendre. Les Goths voulaient proclamer Bélisaire roi d'Italie ; ce grand homme fit semblant d'accepter, et entra solennellement dans Ravenne; puis il s'apprêta à revenir avec son prisonnier à Constantinople, où la jalousie de Justinien le rappelait : a Ne voulez-vous donc point régner sur les Goths ? lui dirent ceux-ci, et ne préférez-vous pas la royauté à la servitude? — Je suis sujet de Justinien, répondit Bélisaire, et je ne l'oublierai jamais» (539). Justinien laissa, pour gouverner ritalie, le logothète ou intendant des finances Alexandre ; la mauvaise administration de ce gouverneur permit aux Goths de se relever.

supbémahe gbbcque. -• iûstinien. 273

Deaxième gaerre persane (640>b46).

Vitigès s'était ménagé des diversions du côté des Francs, des Bulgares et des Perses. Les Francs avaient été repoussés, ainsi que les Bulgares, qui avaient fait une invasion dans la Thrace. La diversion qui devait venir du côté de la Perse arriva trop tard. Chosroès le Grand, que ses contemporains ont nommé Nouchirvan , ou le Juste, voulut, avant d'agir, rétablir Tordre dans son empire et réorganiser son armée. Il était maître d'une partie de l'Arabie et de Tlnde jusqu'au Gange. Restaurateur du culte du feu , protecteur des sciences et des arts, admiré et craint de ses sujets que sa sévère justice tenait dans le devoir, il rompit la paix, envahit la Syrie, et détruisit Antioche. Justinien avait encore une fois besoin de Bélisaire , qu'il avait disgracié après les campagnes d'Italie , il l'envoya contre Chosroès, qui fut obligé de repasser l'Euphrate; mais Bélisaire fut rappelé, les Perses reprirent l'avantage , Chosroès pénétra jusqu'à Édesse, et il fallut que Justinien achetât au poids de l'or un armistice de cinq ans.

Deuxième guerre d'Italie (544-649).

Pendant la guerre contre les Perses, Totila avait relevé la fortune des Goths, et repris toute l'Italie, à l'exception de Rome et de Ravenne. Justinien se hâta d'envoyer Bélisaire, qu'une maladie réduisit à l'inaction; Totila en profita pour prendre Rome , et il envoya aussitôt faire des propositions de paix à Justinien : « C'est à Bélisaire de régler les affaires d'Italie, » répondit froidement l'empereur. Totila irrité rasa un tiers des murs de Rome, incendia le Capitole, et quitta la ville en ruines, traînant à sa suite les sénatewî^ , \o.?. eWo^i^xs&A^'^^'^

374 HlftXOIAB DU MOYEN AftB.

femmes et leurs enfants, qu'il fit distribuer dans les forteresses de la Gampanie (546). Bélisaire, guéri, rentra dans la ville quarante jours après ; vingt-cinq jours lui suffirent pour la mettre en état de repousser une attaque; il résista en effet à trois assauts que vint donner Totila avec son armée, et força le roi goth de s'éloigner. Mais Justinien, toujours facile à tromper, laissait son général réduit à ses seules forces; Bélisaire, après des prodiges de valeur et d'habileté, fut contraint de se retirer en Sicile, d'où sa femme le fit rappeler (549). Son départ fut le signal du triomphe complet de Totila, qui reprit encore une fois Rome, dont il rappela les habitants dispersés, et rétablit les murs, les églises et les palais. Mais le sage gouvernement de Totila ne put faire oublier aux catholiques qu'il était arien; il eut lui-môme le tort de traiter avec une sévérité cruelle quelques évéques restés attachés à l'empereur, et Justinien fut poussé par le pape Vigile lui-môme à faire un suprôme effort en faveur de ritalic.

Troisième guerre cootre les Pertes (549-662).

L'Empire était cei)endant engagé dans une nouvelle guerre contre la Perse. Les Lazes, fatigués des exactions des gouverneurs grecs, s'étaient tournés du côté de Chosroès, qui eut le tort de ne pas respecter la religion; cette conduite maladroite les fit revenir aux Grecs, mais Chosroès ne voulut pas les céder ainsi, et une guerre plus acharnée encore que les précédentes, éclata. Les Grecs s'emparèrent de Pétra, et reconquirent toute la côte maritime de la Colchidc. Complètement défaits sur les bords du Phase, Chosroès consentit enfin à une paix où l'avantage restait à la Perse. Le roi renonçait à la suprcnmiic sur le pays des Lazes, mais l'empereur ache-

SUPBÉMAIIE e&SGQUS. — JCSTIMIEN. 27S

tait la liberté de conscience des chrétiens de la Perse moyennant un tribut annuel de trente mille pièces d'or (562). C'est pendant cette guerre, en 551 , que le ver à soie fut introduit en Europe. Des moines persans, établis en Chine cachèrent dans une canne des œufs du précieux insecte, et les introduisirent ainsi clandestinement dans l'Empire ; on parvint à élever les vers, et le mûrier blanc se |Mropagea dès lors si bien dans le Péloponnèse que cette presqu'île ne tarda pas à en prendre son nom actuel de Morée, La Perse, qui avait jusque-là le monopole du commerce de la soie avec TEmpire, fut privée de cette s(Hirce de richesses.

Troisième guerre d'Italie {&52-564).

C'est aussi pendant la troisième guerre de Perse que la troisième guerre d'Italie fut glorieusement conduite et achevée par Teunuque Narsès, favori de Justinien, qui justifia sa faveur par les plus grands services. Narsès était originaire de la Perse. Employé obscur du palais impérial, il s'éleva par son adresse à la dignité de grand chambellan et de grand logothète. C'était un homme de petite taille et d'un extérieur grêle et chétif. Profond dans ses vues, sûr dans ses jugements, habile et éloquent sans aucune teinture des lettres, actif sans inquiétude, courageux sans témérité , il réunissait aux qualités de l'homme d'État celles d'un capitaine consommé (1). Il avait déjà été envoyé en Italie pour observer Bélisaire, sous prétexte de commander un corps de troupes contre les Goths , et il s'était fait regarder comme seul capable de le remplacer. Justinien le chargea de renverser Totila. Narsès, plus heureux que Bélisaire, eut à sa dis-

(1) M. Poinsignon, les Origines de la sociéié moderne.

position le trésor, les troupes et toutes les munitions de l'Empire, et il sut créer la plus belle armée que TOrient eût mise depuis longtemps sur pied. Le succès répondit aux espérances qu'il avait fait concevoir. II rencontra Totila près de Ravenne et de Nocéra, à Tagine (aig. Lentagio). Totila, vaincu pour la première fois, s'enfuit avec quelques cavaliers, et reçut un coup mortel dans sa fuite. Téias, qui lui succéda, ne fut pas plus heureux; il succomba , après des prodiges de valeur, au pied du Vésuve (663). Narsôs battit ensuite un corps de Francs auxiliaires des Goths, puis les deux ducs Leutharis et . Bucelin, venus au secours de Téîas. Les derniers débris des Ostrogoths furent vaincus et dispersés, et leur royaume cessa d'exister (564). Narsès rétablit Tordre partout, et fut reçu en libérateur parmi les populations italiennes , qu'il administra pendant treize ans en qualité d'exarque ou lieutenant de l'empereur (554-567). Sa rigueur et sa cupidité finirent par indigner le sénat romain^ qui sollicita son rappel. Justinien II lui donna l'ordre de faire passer à Gonstantinople tout le produit des impôts d'Italie. Narsès osa représenter qu'il était bon d'en garder une partie pour l'Italie, afin de s'en servir pour repousser les Barbares. On prit cette réponse pour un refus d'obéir, et l'impératrice Sophie ne craignit pas d'outrager le conquérant de l'Italie en lui écrivant : « Revenez, j'ai à vous confier la surveillance de mes femmes. —Va dire à ta maîtresse, dit Narsès indigné à l'envoyé qui lui avait remis ce message, que je vais lui nouer une trame qu'elle ne parviendra pas à débrouiller. » Cette terrible trame, c'était l'invasion des Lombards; mais s'il est vrai que Narsès ait appelé, comme on le croit généralement, ces Barbares en Italie , il se vengeait d'un outrage par un crime, et ternissait la gloire de ses anciens services (567].

SUPBÉHATIE GBEGQUE. — JUSTINIEN. 2/7

L'année môme où Tltalie fut reconquise (564), Justinîen, maître de la Sardaigne, de la Corse et des Baléares, intervint dans la querelle élevée entre Athanagîld et Agila pour la succession au tr^ne des Visigoths; cette intervention valut à Tempire la possession de la Bétique et d'une partie de la Lusitanie.

Les Barbares d'Orient.

Les conquêtes de Justinien étaient brillantes et glorieuses, mais en étendant un empire qui avait perdu sa vigueur première , elles l'affaiblissaient. Pendant qu'on y occupait les armées, dit Montesquieu, de nouveaux peuples passèrent le Danube et désolèrent l'Illyrie, la Macédoine et la Grèce. Les Slaves et les Bulgares ravageaient les plus belles provinces, et les Ogors (Ouïgours, Ounnougours, Ougours), tribu des Huns, commençaient à se montrer sous le nom d'Avares, qui était en réalité le nom d'un peuple qui les avait vaincus. L'histoire de ces diverses tribus est assez confuse. Ce qui est certain, c'est que pendant qu'une partie d'entre elles demandaient à Justinien des terres qu'il n'osait leur refuser, une autre tribu, celle des Huns Coutourguresy conduite par Zabergan ou Zamer-Khan, traversa le Danube, qui était gelé (558), ravagea la Macédoine et la Thrace, franchit le long mur d'Anastase par les brèches que venait d'y faire un tremblement de terre, et vint menacer Constantinople. Justinien, effrayé, se hâta de faire transporter au delà du Bosphore les vases sacrés des églises situées en dehors des murs, etse souvint de Bélisaire. Le vieux général arma tous les citoyens courageux et trois cents des vétérans qu'il avait autrefois menés à la victoire, et il repoussa les Barbares, qui ne purent tenir devant lui. Ce fut son derukic ^^^jVoivV^ Csxv-

278 niSTOIBE DU MOYKR ▲01.

gracié encore une fois par les intrigues de sa femme Antonine, dont il avait châtié les débordements , il fiit mis en prison et vit ses biens confisqués sous prétexte d'une conspiration contre la vie de l'empereur^ Justinien reconnut son innocence et le rétablit dans sa fortune, mais il mourut huit mois après (565) ^ et le prince ingrat qui l'avait si mal récompensé de ses services le suivit dans la tombe (1).

▲dminiitiatiOD dt JoiUnlen.

La vraie gloire du règne de Justinien est dans son administration intérieure. Il construisit de nombreux aqueducs, bâtit à Constantinople vingt-cinq églises, parmi lesquelles Sainte-Sophie, dédiée à la Sagesse éternelle {Sophia)y et il multiplia les marques de sa munificence impériale dans toutes les provinces de l'empire. Les travaux législatifs entrepris par ses ordres le recommandent encore plus. La législation romaine se composait, sous la république, des lois des Douze-Tables ^ des sénatus-consultes, des plébiscites et des édits des préteurs. Adrien avait fait faire une révision générale de toutes ces lois et promulgué une espèce de code sous le nom d^Édit perpétuel (130). Théodose II fit compiler un nouveau code qui reçut son nom (438), mais il régnait encore une confusion que Justinien voulut faire cesser. Par ses ordres, Tribonien, aidé de neuf autres jurisconsultes, publia en douze livres le corps entier des lois romaines sous le nom de Code ; ce recueil est connu sous le nom de Code Justinien (528). Vinrent ensuite les/f»-

(1) Un roman célèbre, qui ne s'appuie que sur un mot d'un écrivain du douzième siècle, a accrédité l'erreur que Bélisaire aveugle avait été réduit à mendier son pain dans sa vieillesse; c'est là one invention romênesqne qm Thittolre repooaae.

SUPBÉMAnB GBSCQUE. — JUSTIN LE JEUNE. 279

iitutes (Instîtuta), qui renferment en quatre livres les principes élémentaires du code complet (533) ; les Pandectes ou Digeste, contenant en cinquante livres les décisions de plus de deux mille traités de jurisprudence et le résumé de plus de trois millions de sentences (534) , enfin les Novelles [Novella, nouvelles lois ) ou Authentiques, qui sont le recueil des lois rendues par Justinien (565). Ces quatre collections forment ce qu'on appelle le Corps de droit romain; elles ont eu une grande influence, quelquefois bonne, souvent funeste, sur les législations des diverses nations modernes. La législation du Corps ée droit est généralement huioaine et équitable, elle établit l'égalité de tous devant ia loi , et elle punit des éâMSi coiome la débauche, que ne punissait pas ia Un ancienne ; mais elie donne trop au prince, qu'eiie piaee au-dessus de la loi, et ce vice est devenu dans la suite une source de bien des luttes contre l'Église. Le chris^ lianisme faisait sentir son influence dans quelques par* iies, mais l'autocratie était fortifiée, et il n'y avait rien qui fût capaMe de régénérer une société en décadence. La législation établie en Occident par les conciles et par ce qu'on appelle le droit canonique était bien plus pénétrée de l'esprit chrétien, elle constitua des nations bien plus vigoureuses.

loBtki n ^ Jeune {i^-VJ^

Les conquêtes de Justinien ne sub^stèfent pas longtemps. Justin II le Jeune, son seveu, qui lui succéda, était bon, mais faible et de mœurs dissolues. li perdit ritalie, que Narsés destitué livrait aux Lombards (568) ; il ne put résister à Baïan, khan des Avares, qui lui imposa un tribut (573), l'année même oùGhosroès envahissait les provinces orientales de l'empire. Justin eot»

280 HISTOIBE DU MOYEN AGB.

alors la magnanimité d'associer au trône TiBiRB (Tibère Constantin), capitaine de ses gardes,' qui justifia son choix par sa reconnaissance et par ses victoires sur les Perses,

tibère (578-6S2).

Tibère, qu'on a nommé le Titus du Bas-Empire, commença par mettre hors d'état de lui nuire Timpératrice Sophie, qui conspirait contre lui. Il envoya ensuite contre les Perses Justinien, qui défit complètement le vieux Chosroès, réduit à publier la défense faite à tout roi de Perse de jamais marcher en personne contre les Romains (578). Chosroès mourut quelque temps après à Ctésiphon (379), au moment où il allait conclure la paix. Hormisdas, son fils et son successeur, prince injuste et cruel, rompit les négociations; mais Maurice, gendre de Tibère, le contraignit à les reprendre en le battant à Callinique et à Constantine. Tibère désigna Maurice pour son successeur, et mourut après un règne trop court pour le bonheur de ses sujets.

Maurice (&82-602).

Le règne de Maurice continua d'abord heureusement celui de Tibère. Hormisdas avait livré une partie de ses provinces orientales, le Khoraçan et la Bactriane, pour obtenir le secours des Turcs contre les Grecs ; ceux-ci se tournèrent contre lui. Les Grecs poussèrent vivement la guerre de leur côté; Hormisdas, vaincu, fut détrôné et remplacé par son fils Chosroès II, qui implora le secours de Maurice pour se débarrasser d'un compétiteur. L'empereur devenait ainsi le protecteur du roi des Perses (693). Il était moins heureux en Occident. Le

SUPBEMATIE ÛBECQUE. — PHOGÂS. 281

khan Baïan s'était emparé, dès le règne de Tibère, de Sirmium, dernière place qui restât aux Romains en Pannonie ; Maurice , tranquille du côté de la Perse, envoya contre lui Priscus , qui défit les Barbares en cinq rencontres; mais Priscus fut rappelé; Baïan reprit Toffensive , et Maurice eut le malheur d'irriter son armée en voulant y rétablir la discipline. L'armée le déclara indigne du trône et se mit en marche pour Constantinople sous la conduite d'un simple centurion nommé Phocas, qui avait vécu jusque-là dans une telle obscurité, que l'empereur ignorait son nom et son caractère : « Hélas ! s'écria-tr-il en apprenant que le centurion se montrait timide dans le danger, sll est lâche , il sera sûrement un assassin. » Il ne se trompait pas. Phocas ^ acclamé par le peuple de Constantinople , envoya ses satellites arracher Maurice du sanctuaire où il s'était réfugié, et le fit égorger avec ses cinq fils. L'épouse de Maurice, ses trois filles et une foule d'autres personnages subirent peu après le même sort (602).

Phocas (602-610).

Phocas ne voyait dans l'empire qu'une riche proie pour satisfaire ses passions. Il ne songeait qu'à se livrer à de honteuses orgies, et aurait bien voulu demeurer en paix avec les ennemis du dehors.^ Mais Chosroès II, prenant les armes sous prétexte de venger Maurice , son bienfaiteur, poussa ses armées jusqu'au Pont. En môme temps les conspirations se multiplièrent ; Phocas les étouffa dans le sang. Enfin il fut livré à Héraclius , fils de l'exarque d'Afrique, qui avait forcé par mer l'enfrée de Constantinople , et qui le fit décapiter (610).

382 aiSTOIBE OU MOTEH «X.

§ UI. — VÉgUuauêMimtsiéeU.

L'Église continuait, au milieu des guerres, sa triple lutte contre le paganisme , contre l'hérésie , et contre la corruption et l'ignorance. Elle multipliait les missions chez les peuples demeurés païens. Les missîoBoaires envoyés en Perse réussirent peu , mais ceux qui fém^ trèrent en Germanie eurent plus de succès , quoique le temps de la conversion générale des peuples de cette contrée ne fût pas encore venu. Les Anglo-Saxons se convertirent dans la Grande-Bretagne, et les restes du paganisme disparurent presque de tous les pays d^ puis longtemps chrétiens. Les anciennes hérésies disparaissaient aussi : les Visigoths, les Bourguignons et les Lombards embrassèrent le catholicisme ; reutychianisme s'affaiblit dans Teminre grec pendant que le nestorianisme reculait de plus en plus vers l'Orient, surtout dans la Haute-Syrie. Mais de nouvelles erreurs sortaient toujours de l'esprit subtil et disputeur des Grecs. Sous le règne de Justinien, une grave discussion troubla la paix de l'Église. On avait fait, en trois chapitres, des extraits favorables au nestorianisme dans les écrits de Diodore de Tarse , de Théodore de Mopsueste et d'Ibas d'Ëdesse;les Trais Chapitres furent condamnés parle concile de Gonstantinople, en 553, et il s'ensuivit une espèce de schisme en Occident, en même temps que les prétentions théologiques de Justinien donnaient de graves occupations aux papes. Mais , à côté des erreurs et des discussions stériles, les saints se multipliaient; le sixième siècle est le siècle de saint Avit de Vienne , de saint Gésaire d'Arles, de sainte Glotilde, reine de France, de saint Gloud , de saint Germain de Paris , de la reine sainte Radegonde , de saint Prétextât de Rouen , et sur-

SUPRSKATIE GBECQUE. — l'bGLISE. 283

tout de saint BisnoIt (mort eicï 54*3), le législateur des moines en Occident, et de saint Grégoire le Grand, pape de590à604.

L'action de U papauté sur la société devenait de plus €n plus sensible et bienfaisante. Jusqu'à Constantin, la société détienne, qui n'était pas légalement reconnue, kmvAiUaît seulement à s'établir. Les papes, représentants et chefs de cette société, eurent ensuite à lutter pour leur indépendance s^rituelle contre les prétentions dès empereurs chrétiens. Pendant l'invasion des Barbares, ils s'appliquèrent spécialement à adoucir les lavsiges et à protéger les populations catholiques vaincues contre les vainqueurs hérétiques ou païens. Lorsque Pinvasion ait finie, ils travaillèrent à la régénération sociale ; cette grande c&uvre compotence avec saint Grégoire le Grand. Ce grand pape, issu d'une ancienne famille patricienne de Rome , avait été préfet de cette !nUe sous Justin U. U renonça bientôt aux honneurs du monde pour se retirer dans un couvent. Envoyé comme légat à Constantinople auprès de Tibère et de Maurice , il sut se concilier Taffection de ces princes , malgré sa fermeté à soutenir les droits de l'Église contre les empiétements du pouwir impérial. Lorsqu'il fut élu souverain-pontife , il s'enfuit dans les Apennins pour éviter la charge redoutable qu'on ^v^oulait lui imposer, mais il fut découvert dans sa retraite et ramené à Rome. Les circonstances étaient difficiles^ La cour de Constantinople soutenait des prétentions incompatibies avec l'indépendance spirituelle de l'Église , il les combattit avec vigueur; ia simonie désolait le clergé franc, il la fit disparaître presque complètement; les Lombards ariens possédaient une grande partie de l'Italie , il commença leur conversion; la peste ravageait Rome et avait fait périr son prédécesseur Pelage II, il pourvut aux besoins

les plus pressants, fit bâtir des maisons de refuge pour les orphelins et pour les pauvres, et s'occupa avec tant de zèle de Téducation de la jeunesse qu'il mérita le beau titre de patron des jeunes gens et des écoles. Ses soins s'étendaient à tout : pendant qu'il envoyait saint Augustin chez les Anglo-Saxons, il extirpait les derniers restes des donatistes en Afrique , et il réformait le chant ecclésiastique qui a pris de lui le nom de chant grégorien; il entretenait une correspondance active avec tous les princes de la chrétienté ; il écrivait des ouvrages théologiques , des commentaires sur l'Écriture sainte , il prononçait des homélies; prince et pontife , il étendait sa sollicitude aux besoins temporels comme aux besoins spirituels des peuples , et, au milieu de la reconnaissance universelle, tandis que le patriarche de Constantinoplc , Jean le Jeûneur, prenait le titre fastueux de patriarche œcuménique ou universel , il s'appelait modestement servus servorum Dei, serviteur des serviteurs de Dieu.

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