CHAPITRE IV
l'islamisme (622-715).
( Septième siècle ).
Les grands événements de l'histoire accomplis depuis 622, date de la fondation de l'islamisme, jusqu'en 715, date de l'avènement, comme duc des Francs, de Charles- Martel , qui devait le premier mettre un terme aux accroissements de l'empire arabe , seront rangés sous trois divisions : le monde occidental , l'empire grec, et le MahométismQ ou Islamisme.
l'islamisme. -*- MONDE OCCIDENTAL. 285
$ !«'• — Le monde occidental au septième siècle.
Les Anglo-Saxons en Angleterre, les Francs en Gaule et dans une partie de la Germanie , les Visigoths en Espagne et les Lombards en Italie formaient les seuls états chrétiens de TOccident au commencement du septième siècle ; la Germanie était encore à moitié barbare et païenne. Pendant le cours du siècle, la conversion des Anglo-Saxons s'acheva : c'est là l'événement capital de cette époque pour l'Angleterre. A côté des merveilleux progrès du christianisme et de la fondation des monastères, l'histoire n'a à signaler que des guerres entre les divers états de l'Heptarchie, des crimes et des violences que le christianisme ne pouvait pas encore empêcher.
L'empire des Francs, réuni dans les mains de Glotaire II depuis 613 , resta encore réuni sous son fils Da- GOBERT P*" (628-638). Le règne de Dagobert fut le plus brillant de la monarchie mérovingienne. Au dehors , Dagobert arrêta les incursions des Wendes, dont un marchand franc, nommé Samon, était devenu roi; il opposa les tribus saxonnes aux Esclavons, qui ravageaient laThuringe, et délivra la Bavière d'une tribu de Bulgares. Au dedans , il était à peu près maître de toute la Gaule. A la mort de son frère Garibert, à qui il avait cédé l'Aquitaine , il laissa bien à ses neveux le duché de Toulouse, mais son autorité était reconnue dans tout le midi ; car il reçut la soumission des Vascons ou Gascons, et le duc ou roi des Bretons, saint Judicael, devint son allié. Il avait d'habiles ministres : le bienheureux Pépin de Landen ou le Vieux, maire d'Austrasie; saint Cunibert, évêque de Cologne ;^ saint Arnoul, évêque de Metz , qui avait été marié avant d'entrer dans les ot-
S86 HISTOIBB DU MOYEN AGK.
dres sacrés (1) ; saint Ouen ( Audoenus), chancelier de Dagobert et plus tard évéque de Rouen; enfin saint Éloi (Eligius) , orfèvre et trésorier du roi , et qui devint évoque de Noyon. Le commerce et l'industrie prospéraient, Tabbaye de Saint-Denis était bâtie , et la renommée de Dagobert était répandue dans toute l'Europe. La monarchie fut divisée à la mort de ce roi entre ses deux fils SiGEBERT n (638-656) et Clovis H (638-656) qui survécut de quelques mois à son frère et réunit encore toutrempire des Francs. Mais à partir de ce moment , i'Austra- 8te et la Neustrie furent presque complètement séparées ; les maires du palais devinrent les maîtres absolus, grâce à la jeunesse ou à la faiblesse des rois , que l'histoire désigne sous le nom de rois fainéants y quoique tous n'aient pas mérité cette flétrissure. Ebroîn^ en Neustrie, saint Léger, en Austrasie, recommencèrent la lutte des deux tribus franques et de l'aristocratie contre la royauté. A partir de 679, l'Austrasie ne fut plus gouvernée que par des ducs ou maires héréditaires. Le premier de ces maires fut Pépin d*Héristal , petit-fils de Pépin de Landen. Vainqueur des Neustriens à Testry (687), Pépin devînt le maître réel de tout l'empire franc, gouvernant l'Aostrasie en son nom propre et avec le concours des leudes, et la Neustrie au nom des fantômes de rois qui se succédaient sans presque que les peuples s'en aperçussent (2). A sa mort il laissa le pouvoir à sa
(1) Pépin de Landen et Arnoul formeDt la tige des CarlovingîeiM. Anségise, fils d'Arnoul, épousa Begga, fille de Pépin; de ce mariage naquit Pépin d'Héristal^ père de Char leS' Martel et aïeul de Pépin le Bref.
(2) Les derniers rois Méreviaf^ieBS lurent : en Austrasie , ChiMé-
ric Uf fils de Clovis II (660-673), et son (Us Dagobert II (673 679) ,—-
en Neustrie : Clotaire 111, fils de Clovis 11 (660-670) , Childéric I(
d'Austrasie, seul roi de 670 à 673; Thierry JIl (673-691) , Clovis lil
(egi-edb), Dagobert lll (7ll-7\5), ClvU^ric II et Clotaire IV (715-
L'iSLàMISME. — MONDE OCCIDENTAL. 287
veuve Plectrude et à Chajeules Martel, son fils naturel (713).
Le royaume des Lombards, devenu catholique depuis Agilulf^ eut une existence assez obscure pendant le septième siècle, à cause des divisions intestines qui l'agitèrent. La reine Théodelinde, qui avait contribué , de concert avec Saint Grégoire le Grand, à la conversion des Lombards, fut régente pour son fils mineur Adaloald (615-625), qui fut déposé et mis à mort, après la mort de sa mère. Les ducs choisirent pour roi le duc de Turin Abiovald (625-636) qui était gendre de Théodelinde. A sa mort les ducs abandonnèrent à la veuve d'Ariovald le choix d'un roi, et celle-ci choisit Rotharis (636-652), qui se déclara pour Parianisme, et conquit la Ligurie sur les Grecs. Il ne persécuta pas les catholiques, mais il mit dans chaque ville un évêque arien à côté de l'évêque catholique. Les Lombards n'avaient pas jusque-là de lois écrites, ils se gouvernaient par leurs usages que l'anarchie et le contact des Grecs tendaient à altérer. Rotharis fit recueillir et coordonner ces usages, et en fît un édit qu1l publia la huitième année de son règne. Il travaillait en même temps à affermir Tautorité royale et à soustraire le trône à l'élection des ducs ; mais il échoua dans cette dernière œuvre. Son fils Rodoald, qui lui succéda, fut tué dans la seconde année de son règne; c'était le dernier descendant de Théodelinde (653). La nation était si attachée au nom de cette princesse , qu'on choisit alors pour roi le fils d'un frère de Théodelinde, Aribert, qui appartenait à la famille des Agilolfinges de Bavière. Mais deux partis se formèrent parmi les ducs : le parti bavarois, qui soutenait Aribert et sa famille, et le parti italien, qui
7»), Thierry IV (720 -J37), un interrègne, et ChiWéric III (742-752). Voyez notre Histoire ae France,
SS8 niSTOlBE DU UOYE» AGE.
voulait un roi lombard. La division éclala ii lu mort il'A* ribert (661 ) , dont les deux fils Gondedert et PEiiTHARiTKse disputèrent le trône. Gondebert voulut s'appuyer sut Cas- HOALS, duc de Bénévent, mais celui-ei, dont l'ambitioll était excitée, assassina le roi qui l'appelait à son secotirs, etPcrtharitc en futsi effrayé, qu'il se réfugia chez lei Avares (662). !1 y eut une réconciliation, puis uneTupture qui poussa Pertharite chez les Francs. L'usurpateur avait ducoiirage et de l'habileté ; il vainquit IcsFrancs, voulaientrélablir Pertharite sur le trûiie, et baltitlesCiecs, àqui il ne resta plus dans l'Ilalie méridionale que GaH* Naples, Otrante et quelques autres villes. Sa conversiûi au catholicisme, qui entraîna celle des Lombards qo) étaient encore restés ariens, assura l'indE-pendancc ÂS papes, comme son avènement avait fondé l'indépendanM des ducs, ses complices. L'indépendance des ducsafflCOt l'anarchie, qui affaiblit le royaume, et les attaques p tées par les Lombards contre l'indépendance des pB] en achevèrent la ruine Gadibaid, fils de GrîmoaW, t\ encore enfant ; il ne 6l que paraître sur le trône (811' et fut renversé par Pertharite, qui régna beureusetDeil pendant quinze ans [ 67 1-68B ) en maintenant fermemci son autorité contre les prétentions des ducs. SoQ CcNiBEKT (BS6-700), après UD règne assez paisible, vit dernières années troublées par la guerre civile ; BERT, duc de Turin, fut un moment reconnu roi (TW puis Lii'UEBERT, fds de Cunibert, et enfin AribbrtII, de Ragimbert, qui fnt détrôné par Anspbasu (712), i lombard , dont le fils Liutprakd ou Li'iTPRAîni [Hi-lU] fut reconnu par tous les partis.
Le royaume des Visigolhs s'affaiblissait pendant ce temps, k cause du système de royauté élective qui dominait. LitTTA !I, fils de nécarède le Catholique (fWI). fut renverat^ au bout ^v dou.x ans par Wr
L^ISLÀMISME. — MONDE OCCIBENTAt. 28d
qui fut renversé à son tour par un soulèvement général , quand on vit qu'il voulait rétablir Tarianisme (610). GoNDEMAR^ successeur de "Witeric, eut à peine le temps de donner de bonnes espérances (610-612). Sisebut (612- 620) fut plus heureux : il soumit les Astures révoltés, refoula les Vascons dans les Pyrénées, chassa les Grecs de la Bétique et de la Lusitanie, ne leur laissant que TAlgarve (1), s'empara de Tanger, de Ceuta et du pays d'alentour, et montra un grand zèle pour la foi ; mais il violenta la conscience des Juifs en les contraignant à se faire baptiser, ou à quitter le royaume. Récarède II, son fils, ne régna que quelque mois (620). Les Visigoths élurent ensuite un second fils de Récarède le Catholique, SoiNTHA (620-631) , qui ne démentit pas les espérances qu'on avait conçues de lui. Suintila réforma les lois, protégea le peuple contre l'oppression des grands, battit les Vascons, chassa définitivement les Grecs de la péninsule (624), mais mécontenta la nation en associant au trône son fils Ricimer; c'était vouloir rendre la royauté héréditaire. Sisenand, gouverneur de la Septimanie, profita de ce mécontentement pour renverser Suintila (631), et il demanda l'approbation du concile de Tolède pour garder le trône.
Les conciles étaient devenus les assemblées représentatives de la nation ; ce sont eux qui ont véritablement fondé la nationalité espagnole , en sauvant la foi dès le quatrième et le cinquième siècle. Au sixième siècle, les évoques, que les circonstances avaient chargés à la fois des intérêts temporels et spirituels des peuples, décrétèrent, dans le concile de Tarragone (511), qu'il était bon que des laïques fussent associés à l'exercice de leur puissance et appelés dans les assemblées du clergé. La
(1) Pointe méridionale du royaume actuel de Poclu^l.
290 HISrrOIHE DU MOYEN AOB.
prospérité de la nation et la puissance des rois étaient donc l'œuvl*e du clergé, qui acquit une grande influence à partir du règne de Récarède le Catholique^ et qui se réunit fréquemment à Tolède pour régler les affaires de l'État, après s'être occupé des affaires de l'Église. Dans ces conciles, on réglait d'abord ce qui touchait le dogme et la discipline ecclésiastique ; puis on admettait les grands officiers du palais , les ducs et les comtes des provinces, les juges et les nobles, dont le suffrage validait les délibérations sur l'état politique du royaume. C'est ainsi que les conciles, du consentement des rois et du peuple , revêtirent en Espagne un caractère éminemment politique. Le quatrième concile de Tolède, auquel Sisenand demanda son approbation , était présidé par saint Isidore de Séville. Il ordonna que toilte les églises des Visigoths suivraient la même liturgie , et qu'on ne contraindrait plus les Juifs à professer la foi, mais qu'on se contenterait de confier leurs enfaUts à des personnes pieuses pour les élever et les instruire dans les principes de la religion chrétienne. S'occiipant ensuite des intérêts politiques, il décida que nul désormais ne parviendrait au trône sans le consentement des évêques et des grands de la nation, et qu'à la mort d'un roi , les uns et les autres se réuniraient pour lui donner un successeur. Telle était la constitution de la mona^ chic visigothe.
Chintila (636-640), Tulga (640-641), Chindalsuikte (641-652), Receswind (652-672) continuèrent de gouverner avec Taide des conciles , mais non sans que des troubles accompagnassent la succession de quelques-uns d'entre eux. Chindalsuintc abolit la distinction des lois entre les divers habitants de la péninsule, et fit rédiger un code en douze livre sous le nom de Forum judicum; son ûls jReceswind suppnma Va défew^e de contracter
L*ISLAHTtMB. ^ HOHDB OCCllIBNTAL. S91
mariage entre Goths et Romains ^ et la fusion des deux races fut consommée. Alors fut élu Wamba (672-680), vieillard plein de bravoure et de sagesse, qui refusa d'abord cet honneur, mais qui s'en montra digne. li fut le premier roi visigoth qui se fit sacrer. II comprima des révoltes en Biscaye et en Navarre, combattit le Grec Paul, un de ses généraux, qui s'était révolté en Septimanie, et il se montra plein de générosité envers les rebelles. A son retour, un seigneur ambitieux, nommé Eryige, lui donna un breuvage soporifique, et le fit raser et revêtir de l'habit monastique pendant son somnleil. Wamba, réveillé et instruit de ce qui s'était passé, renonça volontiers à une couronne qu'il n'avait acceptée qu'à regret, et Ervige fut reconnu roi (680-687). Ervige fit approuver pour son successeur, Egiga (687-701), son neveu, qui eut à réprimer plusieurs conspirations. On découvrit alors que les Juifs de l'Espagne entretenaient avec les Juifs de l'Afrique des intelligences criminelles^ et qu'ils se proposaient de renverser, avec un secours étranger, la domination des Visigoths. Ils furent condamnés à être privés de leurs biens, réduits en servitude et donnés aux chrétiens ; cet acte de rigueur rendit la sécurité au pays. "Witiza, fils et successeur d'Égiça (701-710), à qui son père avait laissé un royaume florissant, s'abandonna à tous les désordres, et se rendit odieux à ses sujets par ses extravagances et par ses.dé^ bauches. Roderic ou Rodrigue, fils d'un comte de Cordoue, frère deReceswind, à qui "Witiza avait fait crever les yeux, se révolta, le battit, et monta sur le trône à sa place. L'un de ses premiers actes fut de nommer son cousin PELAGE à la dignité de protospataire ou commandant de la garde royale, à la place du comte Julien, beaufrère de Witiza. La fin de la monarchie visigothe accrochait. Les Arabes étaient déjà maîtres âLe¥klrvQjafe\\«3i^
293 HUTOIBB DO XOTSN AGB.
Juifs les appelaient en Espagne; le comte Julien, pour se venger (1), ne craignit pas de trahir son pays , et la bataille de Xérès, où succomba Rodrigue, livra TËspagne aux infidèles (711).
S II . — Vempire grec au êepHéme tiècle, fiéraclius (610-641).
Héraclius, en détrônant Phocas, avait vengé la mort de Maurice, mais il n*avait pas désarmé Chosroès, qui avait commencé la guerre sous prétexte de venger son bienfaiteur. La Syrie et la Palestine furent conquises; aidé d'une armée de vingt-six mille Juifs, Chosroès emporta d'assaut Jérusalem, où quatre-vingt-dix mille chrétiens furent égorgés par les Juifs, et la vraie Croix fut transportée en Perse (614). Les Perses pénétrèrent ensuite en Egypte sous la conduite de leur roi, et s'emparèrent de cette province, ainsi que de la Cyrénaïque, pendant que Saîn, général de Chosroès, prenait l'Asie Mineure, et s'établissait à Chalcédoine, où il resta dix ans campé en face de Constantinople. Pendant ce temps, les Avares, excités par les Perses, dévastaient, sous la conduite de Baïan^ la Macédoine et la Thrace, et pénétraient jusque dans les faubourgs de Constantinople; ils emmenèrent au delà du Danube deux cent soixantedix mille captifs (619). Héraclius, effrayé, songea un moment à transporter le siège de l'empire à Carthage. Il ne restait plus à l'empire que Constantinople, quelques cantons de la Grèce, de l'Italie et de l'Afrique, et un petit nombre de villes maritimes de l'Asie. Il demanda la
(I) On a dit que Julien voulait aussi venger sa fille, que Rodrigue êfêit Béduitê, mais ce fait n'est p«i% cexl^Vii»
LISLAUISHE, — EMPIBE DDIC. '235
paîxà Chosroès. Celui-ci exigea, comme condition préalable, son abjuration du L'hrislianisme, et, pour la rançon (le l'empire, mille talents d'or, mille talents d'argent, mille robes de soie et mille chevaux (622).
Héraclios avait assisté jusqu'alors à la ruine de son empire, sans paraître s'en émouvoir : ranimé enfin par le patriarche Sergius, par l'ardeur du peuple et par les humiliantes conditions que Chosroès mettait fi la paix, il se trouva tout k coup un héros. Il achète la neutralité des Avares, bat les Per-ses dans une première campagne, les bat encore dans une seconde, et reconquiert dans une troisième tout ce qu'il avaitperdu, après avoir détruit partout sur son passage les temples du feu que les Perses avaient élevés, Chosroès tenta un suprême effort : il mit trois armées sur pied et lança encore une fois les Avares sur Constantinople (626). La ville de Constantin se défendit avec courage : Baïan fut repoussé avec perte, et cet échec, que suivit de près la mort du khan , fut le signal de la dissolution de l'empire des Avares. Ce peuple ne se maintint plus guère que dans la Pannonie, où Cbarlemagne eu anéantit les restes ; les Slaves et les Bulgares, que les Avares avaient soumis, reprirent leur indépendance. Héraclius n'était pas moins heureux contre la Perse. Pendant que Constantinople repoussait les Avares, son frère Théodore battait une armée persane en Asie Mineure; Héraclius lui-mCme, arrivé jusque dans la plaine de Ninive, faisait éprouver une défaîte complète à Chosroès, et s'avançait jusqu'auprès de CtésiphoD. Chosroès, vaincu, vit ses sujets se soulever contre lui ; dix-huit de ses enfants furent massacrés sous ses yeux, lui-m^rae tomba sous les flèches au fond d'un cachot, et son fils Sihoès, qui était d'accord avec les révoltés, monta sur le trône à sa place (628). Siroès se , lUtadc conclure la paix avec HéiacUus. L'am^teceuc ea-
294 uisTOias DU uoyBN «cb.
Ira à Gonstantinople, qu'il avait quittée depuis six ans, assis sur uq cliiir triomphal attelé de quatvs éléphants 4 précédé de la vraiti Croix, le plus glorieux tropbËc dl ses victoires. L'aunée suivante (i4 septenibra 6^), ^ voulut placer lui-même à Jérusalem la précieuse leliquo, et il la purta sur ses épaules depuis la tîHo jusqu'ui Calvaire ; l'Église célèbre encore le souvenir de cette e^ rémonie au jour de l'Exaltation de la sainte Croix.
Mais une nouvelle période de revers appruchût. Mahomet venait de faire reconnaître son autorité dww. toute l'Arabie; il epvoya des lettres àSiroès (1) eti radius pour les exhortera embrasser l'islamisme : Sirol déchira les lettres, Hérafilius remercia de l'avis, mais ne soutint pas sa réputation. A l'activité do ses belll années avait succédé l'indolence du commeocenienld soarégne;il voulutse mêler des questions religieuMi et publia une Hclhèse, ou exposition de la foi qui favofl sait le monothélisme ; il revint bien sur l'Ecthèfee Ion: qu'il la vit condamnée par le pape, mais l'héréiio ei avait reçuun encouragement qui lui permit de s'accroltll et, pendant ce temps, les Arabes enlevèrent la Syrie k l'empire : c'était le commencement du châtiment que In Grecs mérilaicntpar leur pcnelianL au schisme et Al'' résie et par la corruption de leurs mœurs. Avec HéradiiU s'éteignit pour ainsi dire le dernier rayon de gloire dt l'empire d'Orient.
&uGC«sseare d'fliracllus [iks^■^v)).
Héraclius avait ordonné que ses deux fils Constantin III el héracléonos Conulanlin IV lui sucD^ dasscnt avec une égale autorité ; mais ils n'étaient pal
L'ISLAMISME. — BMPIBE t>BEG. 295
fils de la même mère. La mère d'HéracIéonas empoisonna Héraclius au bout de cent trois jours ; l'armée, irritée, chassa du palais le fils et la mère ; on coupa le nez à Héracléonas, et on l'envoya en exil (641 ) . Constant II, fils d'Héraclius Constantin (641-668), fut un persécuteur de l'Église. Il fit empoisonner son frère Théodose, dont il craignait la rivalité, favorisa le monothélisme, publia le Type ou formulaire de foi, qui n'était pas plus orthodoxe que TEcthèse, rélégua dans la Chersonèse, après l'avoir accablé d'outrages à Constantinople, le pape saint Martin, qui refusait d'approuver }e Type, et persécuta les catholiques. Haï pour sa cruauté et pour la lubricité de ses mœurs, justement comparé & Néron, il quitta Constantinople et se rendit à Rome, où il ne se distingua que par ses rapines ( 661 ) ; enfin, apyèa avoir fatigué TItalie de sa présence, il se rendit en Sicile, et périt ^ Syracuse, assassiné dans son bain. Pendant qu'il persécutait l'Église, les Arabes poursuivaient leurs succès en Afrique et s'emparaient de l'ile de Rhodes. Sans les divisions qui éclatèrent parmi eux, la fin de l'empire grec fdt peut-être apriyé sous ce règne honteux.
Constantin V Pogonat (le Barbu), fils et successeur da Constant II, ne se montra son fils, dit un historien, qu'en tirant de sa mort une vengeance terrible ( 668-685 )• Après s'être débarrassé d'uq usurpateur, il réunit toutes les forces de Tempire contre les Arabes. Sept années dd suite, ceux-ci parurent devant Constantinople (669-676), qui se défendit au moyen du feu grégeoU ou grec que Oallinique venait d'inventer, qu au moins dont il dingeait remploi. I^a composition du feu grégeois était, pens6»t-on, à peu de chose près celle de la poudre à ca* non ; on ne s'en servait pas pour lancer des projectiles^ mais pour incendier les vaisseaux ou les ouvrages des ennemis. Les 6r^cs r/Bstèrent longtemps exv i^%%t^\^TL ^
secret de sa fabrication, et ce secret leur procura plus d'une victoire. Les Arabes firent de grandes pertes, el le calife Moaviah fut obligé de se soumettre à un tribut de trois mille livres d'or. Mais, pendant qu'il repoussait les Arabes, Constantin fut obligé de laisser les Bulgares s'établir entre le Danube et THémus. Cet empereur protégea la religion : il rendit la paix à TÉglise en faisant condamner par le sixième concile œcuménique (de Constantinople) Thérésie des monothélites (680).
JusTiNiEN II Rhïwotmète ( ucz coupé) Hc marcha malheureusementpassurlestracesdesonpère(685-695). Ce fut un tyran lâche et cruel qui ne sut se défendre ni contre les ennemis du dehors, ni contre les désordres de l'intérieur. Il abandonna les Mardaïtes et les Maronites ^ qui défendaient l'empire contre les Arabes dans les montagnes du Liban, et il laissa prendre Carthage aux Arabes, qui se trouvèrent maîtres de presque toute l'Afrique (694). En même temps il persécutait le pape Sergius, qui refusait de sanctionner les décrets d'un synode de Constantinople, et il accablait ses sujets d'impôts. Le patrice Léonce^ qui avait à se plaindre de lui, le détrôna (695), lui fit couper le nez, le relégua à Cherson et régna à sa place. Léonce montra de la vigueur. Il chassa les Arabes de presque toute la province de Carthage, mais les Arabes reprirent l'offensive, et Léonce fut renversé par une révolution militaire. On éleva sur le trône un ceridiin Absimare Tibère (698), qui relégua Léonce dans un couvent, et fit une guerre heureuse aux Arabes, en Syrie. Cependant Justinien s'était réfugié chez les Khazares, peuple scythique qui s'était établi dans la partie orientale de l'empire des Avares. Les secours des Khazares et des Bulgares ramenèrent Justinien sur le trône (705-711). Le premier acte de Justinien fut de faire mettre à mort Léonce et Tibère ; puis il se brouilla
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avec les Bulgares, qui le battirent, enfin il fut encore une fois détrôné par un arménien, nommé Bardane Fir lépipe ou Philippique, qui le fit massacrer. Justinieu est le premier empereur qui ait fait graver Timage de Jésus- Christ sur ses monnaies. Il s'était fait ajuster un nez d'or pour remplacer celui qu'on lui avait coupé.
Philippique ne valait pas mieux que celui qu'il remplaçait. Il protégea les monothélites , se livra à la débauche, et tomba dans le mépris de ses sujets. Un jour, un officier de l'armée d'Asie , envoyé pour délivrer l'empire du tyran, le trouva enseveli dans le sommeil de l'ivresse ; il se saisit de sa personne , l'enveloppe dans un manteau, le transporte dans l'Hippodrome sans être aperçu , et lui fait crever les yeux dans lin vestiaire (713). On proclama empereur, sous le nom d'ANASTASE II, Artémius, premier secrétaire d'État. Ânastase protégea le catholicisme , mais il abdiqua devant une rébellion et consentit à recevoir la prêtrise. Son successeur Théodose III avait été fait empereur malgré lui (716) ; il ne rësisla pas à Léon IIU'Isaurien, qui prétendait venger Anastase; il entra dans les ordres sacrés , et Léon commença une nouvelle période pour le Bas-Empire par ses succès contre les Arabes et par la protection qu'il accorda aux iconoclastes (717),
§ m. — Les Arabes et le Màhomètisme,
Au moment où la première invasion des peuples du nord finissait, allait commencer celle d'un peuple du midi, appelé à châtier l'empire d'Orient et à réunir l'Europe dans le sentiment d'une commune défense. Les Arabes et les Turcs , qui leur succédèrent dans la môme mission , fondèrent un empire essentiellement ennemi des chrétiens ; leurs succès amenèrent le ma^ni&tsjsa.
908 HI8T0IBE DU MOYSOf AGI.
mouvement des croisades , qui forme la plus brillante période de Thistoire du moyen &ge.
DeiofipUoQ de 1* Arable.
L'Arabie, qui entre d'une manière ci brillante sur la scèim de l'histoire au septième siècle » est i^ne grande presqu'île do cent vingt-six mille lieues carrées; elle s'ouvre au nord sur l'Asie par de larges déserts , et SQ rattache, au nord-ouest, à l'Afrique par l'istUme da Bucz; la mer Rouge, le détroit de Bab-el*Mandel) ( Porte du deuil ) , 1^ mer des Indes , le détroit d'0^ mus et le golfe Persique la bornent des autres côtés , ^ l'ouest , au sud et à l'est. Une chaîne de montagnes par rallèle au)^ côtes, la divise en deux régions : la région du centre est une immense vallée sablonneuse, où il n'y A de possible que la vie nomade; 1^ région maritime, forme une zone humide et fertile qui a joué un grand rôle dans l'histoire de l'Arabie. Les anciens connaissaient peu l'Arabie, que ses déserts du nord protégeaient contre la conquête; ni Cyrus, ni Alexandre n'y avaient pénétré , et les Romains n'y firent que de rares expéditions, qui ne s'avancèrent jamais loin dans le pays. Aussi la division de l'Arabie en Arabie pétrée (presqu'île du Sinaï) , Arabie déserte ( déserts qui s'étendent de la mer Ilougc à l'Euphrate ) et Arabie heureuse ( toute la partie méridionale), n'élait-ellc pas connue des Arabes, qui ne comprenaient dans leur pays ni la presqu'île du Sinaï, ni les déserts de Suez à l'Euphrate, et qui divisaient en huit contrées le reste de la péninsule : 1" VHedjas (barrière], au sud du Sinaï et le long de la mer Rou^e, renfermant la Mecque et Médine ; 2" Vyémea,au sud de riJedjaz avec la ville de Moka; 3" VHadramoul, qui fait partie de l'Yénien, dont il occupe le côté orien-
L'iSLàMISME. — ABABES. 399
tal; 4® le Afaftm; 5" l'Orna», entre le Mahra, la mer des Indes et le golfe Persique ; 6** le Bahreyn ou Haça (gravier) , le long du golfe Persique , depuis l'Oman jusqu'à PEuphrate; 7** le Nedjed, au sud des déserts de Syrie; 8^ VAhkafy au sud du Nedjed.
Aucun grand fleuve ne baigne PArabie. Le climat , brûlant dans le pays plat qui avoisine la mer, est plus supportable dans le Nedjed , dont les cimes se couvrent de neige en hiver, et qui renferme quelques lacs. Dans les plaines basses régnent parfois des vents pestilentiels qui étouffent et asphyxient Phomme , s'il n'en évite l'atteinte en se couchant à plat ventre contre terre ; ce fléau , appelé Simoun ( poison ) est d'ailleurs peu fréquent; son influence s'étend principalement sur les déserts du nord. Pendant la saison des pluies , la végétation devient magnifique; elle est ensuite desséchée par la chaleur et les vents. L'Arabie produit à peu près les môipes plantes que PÉgypte : beaucoup de plantes aromatiques et d'épices, le café, l'aloès, le baume, l'encens , etc. Les chevaux de PArabie sont célèbres ; les chameaux sont pour les Arabes les vaisseaux du désert ; on trouve en outre chez eux des buffles, des moutons, et d'autres animaux utiles, mais les déserts sont remplis d'animaux féroces, tigres , lions , etc., et d'insectes malfaisants.
Habitants de TAri^ie.
Les Arabes se divisaient eux-mêmes en purs { Aribah ) et mêlés ou naturalisés ( Mostarabes , Mozarabes ) . Les premiers descendaient de trois frères, fils d'Héber : ild, père des Adites, qui furent détruits à cause de leur impiété ; Thomud, père des Thomudiles, détruits comme les précédents ; et Jectan ou Joctan, père de& Jocl^^vÀà.^^^.,
qui devinrent très-puissants. Joctan eut deux fils: Saba, qui donna son nom au royaume de Saba, et Dforham^ fondateur d'un royaume du môme nom dans rHed*jaz. Les deux fils de Saba, Himyar et Cahlan^ furent pères, le dernier des Cahlanides , cjui fondèrent les deux royaumes de Hira, sur les frontières de la Chaldée, et de Gassan, sur les confins de la Syrie; le premier, des Himyarites ou Homérites , qui possédaient le royaume de Saba. Les Arabes mêlés descendaient d'Abraham. On comptait parmi eux les Ismaélites, descendants d'IsMAEL et dMf/ar, qui pratiquaient la circoncision , et qui se divisaient en douze tribus auxquelles l'Écriture sainte avait prédit une grande puissance; les Madianites^ descendants d'Abraham par Céthura; les Iduméens ou Éd<h mites f descendants d'ÉsAû ou Edom, etc.
Les Arabes étaient doués d'un esprit éminemment guerrier; ils avaient des mœurs simples, se livraient i la vie nomade, avaient un grand amour du pillage, comme les Bédouins de nos jours , et un amour de vengeance que le sang seul de l'ennemi pouvait satisfaire. L'amour des aventures et du changement n'était pas moins puissant chez eux. Doués d'une imagination vive et hardie , ils cultivèrent, dès la plus haute antiquité, la poésie et l'éloquence ; ils disputaient publiquement du prix de la poésie dans les foires et les marchés. L'un des traits caractéristiques de ce peuple était, comme de nos jours, un grand esprit d'hospitalité : les Arabes sont heureux de recevoir un étranger sous leur tente; boire l'eau du puits , toucher la corde de la tente suffit pour obtenir leur protection. Il y a chez l'Arabe un mélange intime de générosité et d'ardeur pour le pillage, d'entraînement aux aventures et d'attachement à la fa-r mille, de cruauté et d'esprit chevaleresque. Il regarde J 'indépendance comme le plus grand des biens, et ne
l'islamisme. — ABABE8, SOI
connaît pas. d'autres esclaves que les prisonniers de guerre. Du reste, il n'y avait pas dans Tantiquité, plus que maintenant, de gouverhement absolu; la constitution politique était toute patriarcale ; les Arabes n'admettaient, dans chaque tribu, d'autre supériorité que celle d'une famille particulière, à qui la reconnaissance, la superstition ou la fortune avait donné le premier fang, d'autre autorité que celle du chef de cette famille, qui, sous le titre de scheik ou d'émir ^ exerçait en père plutôt qu'en maître les fonctions de juge pendant la paix et de capitaine pendant la guerre. C'est là ce qui constitue la noblesse chez les Arabes,, et ce peuple tient tant aux avantages de la naissance , qu'il conserve avec soin la généalogie de chaque famille , môme celle des chevaux , qui sont pour lui des animaux nobles par excellence.
Les Arabes ayant Mahomet*
On sait peu de chose de l'histoire des Arabes jusqu'à Mahomet. Vers le temps d'Abraham, on voit la conquête de l'Egypte par les Hycsos et de l'Asie par Zohac ; ce premier empire arabe, qui s'est étendu jusque dans llnde, a laissé peu de traces. Les Himyarites paraissent ensuite avoir dominé les autres tribus. Un assez grand nombre de Juifj? passèrent en Arabie à l'époque de la captivité de Babylone, et s'établirent principalement dans les villes. A cette époque , la religion des Arabes s'était corrompue depuis longtemps. Les Ismaélites étaient d'abord restés fidèles à la croyance en un seul Dieu ; ils se laissèrent peu à peu entraîner à l'idolâtrie des autres tribus, et au culte des astres ou sabéisme (1) , dont le temple principal était la Caaba^ temple carré de
(1) Voy. Histoire ancienne, page 51.
la Mecque fondé , selon la tradition arabe, par Abraham lui-même. Ce temple , qui existe encore de nos jours, est un simple oratoire de construction grossière , qui forme un carré de treize mètres de long sur douze de large et quinze de haut ; dans l'un des angles se trouTS enchâssée la fameuse pierre noire , de forme à peu près ovale, que les musulmans de nos jours viennent bl^er avec le plus profond respect. La Caaba était dédiée au Dieu suprême , Allah j' les trois cent-soixante idoles rangées autour n'étaient considérées que comme des dieux subalternes et des intercesseurs auprès d'Allah.
Dans le courant du second siècle de Tère chrétienne, la rupture d'une digue qui servait à retenir et à distribuer les eaux des torrents, amena une grande inondation qui dispersa les Himyarites dans toute l'Arabie. Les tribus émigrées fondèrent entre autres le royaume de Hira, près de la Chaldée , et celui de Gassan , en Syrie ; ces royaumes se convertirent au christianisme et se soumirent aux Grecs ; d'autres émigrés, les Khozaites, prirent part à la guerre que se livraient les Djorhamites et les Ismaélites pour la possession de la Mecque et de laGaaba; ils conquirent l'Hedjaz, s'emparèrent de la Mecque, et établirent l'idolâtrie dans la Caaba (vers 210). Les Khozaites se transmirent le pouvoir de père en fils, jusqu'à l'époque où la tribu des Koréischites, l'une des plus puissantes des Ismaélites, qui était avant eux préposée à la garde de la Caaba , vint à bout de les expulser de la Mecque (464). Le chef des koréischites était Kosaî, qui devint &insi le premier intendant ou pontife. Son pctit-fils, Aràrou, surnommé Haschem (qui rompt le pain), à cause de sa grande libéralité dans un temps de famine, fut père d'Abd-el-Mottalib, père d'Abdallah^ de qui naquit Mahomet ou Mohammed [ le glorifié ), en 570.
L'iSLAltlSUE. — MAHOMBT. SOS
Quatre religions existaient alors en Arabie. Le christianisme y avait été apporté , au quatrième siècle , chez les Homérites par l'arien Théophile; le judaïsme, introduit par les Juifs du temps de Nabuchodonosor , et paF ceux qui se réfugièrent en Arabie après la prise de Jérusalem par Titus, et plus tard après la défaite de Zénobie , était surtout répandue à Médine , dans l'Yémen et dans les villes maritimes. Le sabéisme , dont le cen? tre était la Mecque, dominait encore chez les Arabes : les idoles étaient multipliées, il y avait un dieu tuté-^ laire pour chaque famille , et l'on allait jusqu'à immoler des enfants à ces divinités cruelles. Le magisme , apporté par les mages de la Perse , avait de rares prosélytes, mais le culte du feu s'était mêlé au sabéisme, et les deux religions s'étaient confondues.
Le faux prophète Mahomet (570 682).
Mahomet naquit à la Mecque. Orphelin dès l'âge de cinq ans, il eut pour tuteur son grand-père Abd-el- Mottalib, qui le recommanda à Abou-Taleb, son fils et successeur dans le pontificat de la Mecque. Mahomet n'avait alors pour toute fortune que cinq chameaux et une esclave éthiopienne. Abou-Taleb, qui faisait le commerce avec la Syrie, conduisit son neveu dans ce pays, et lui fournit l'occasion d'entrer en rapport avec un moine nestorien, qui lui fit connaître les saintes Écritures, et lui apprit ainsi que l'idolâtrie n'était pas la religion d'Abraham et d'Ismaei. Plus tard, la probité, l'esprit et la bonne mine de Mahomet déterminèrent une riche veuve , nommée Khadidja , à l'épouser, et il put dès lors se livrer à ses méditations et à ses projets de réforme religieuse. A l'âge de quarante ans, il renonça au comn^rce, et se consacra entièrement k l^ \:cv\%%v^\!l
804 HISTOIBE DU MOYEN AGB.
qu'il s'était donnée d'extirper l'idolâtrie et de rétablir le culte d'un seul Dieu. Sortant de sa solitude du mont Hérat, près de la Mecque, où il avait l'habitude de se retirer tous les ans pendant plusieurs mois, il annonça à Khadidja qu'il avait vu l'ange Gabriel, qui l'avait appelé prophète de Dieu. Khadidja crut volontiers à une mission qui ne pouvait que l'honorer. Mahomet tint cette mission secrète pendant trois ans encore; au bout de ce temps, il n'avait que treize disciples, parmi lesquels Au, son cousin, fils d'Abou-Taleb, Zéide (1), son esclave dévoué, âbou-Bekr , vieillard respecté qui lui donna sa fille Aïcha en mariage , et Othman, qui devait devenir Tun de ses successeurs.
Mahomet se déclara publiquement la quatrième année. On le reçut avec des plaisanteries, et les Roréischites, craignant de perdre l'influence dont ils jouissaient si le culte idolâtrique qu'il voulait abolir succombait, finirent par le persécuter. 11 se retira une première fois à Yatreb; où il perdit Khadidja (620, année du deuil). Yatreb se convertit à la voix de Mahomet, et devint la ville du prophète, Medinat-al-lSabiy Médine. Mahomet revint ensuite à la Mecque, mais Abou-Sophian, chef de la famille des Ommiades, poussa les Koréischites à le tuer. Mahomet, averti à temps, s'enfuit à Médine (vendredi 16 juillet 722). De cette fuite [hégire), date l'ère des Mahométans. La guerre éclata entre Médine et la Mecque, à la voix de Mahomet, qui prêcha la guerre sainte contre les idolâtres , parmi lesquels il comprenait les Juifsetles chrétiens. Avec trois cent stiztmusulmans (2),
(1) Le nom de séide vient du nom de cet esclave.
(2) Mahomet donna à sa religion le nom à'Islam, qui indique une résignation entière à la volonté de Dieu; les sectateurs de llslam
prireat de là Je nom de mousUns ou vxoslem^ qui signifie livré à Dieu»
L'ISLâMISICK. >~ MAHOMBt. 805
il battit Âbou-Sophian au puits de Bedr (624) ; battu Tannée suivante près du mont Obod , il ranima ses fidèles par les révélations nouvelles qu'iï prétendait avoir, et triompha dans une nouvelle guerre connue dans les annales des Arabes sous le nom de guerre des Nations ou du Fossé, parce que plusieurs tribus s'étaient réunies contre Médine, qu'il avait fait entourer d'un large fossé (627) • Les Juifs, qui n'avaient pas été étrangers à la guerre contre Mahomet , éprouvèrent la vengeance du prophète; ils se vengèrent à leur tour en envoyant à leur ennemi une brebis empoisonnée qui amena sa mort trois ans plus tard. Enfin la Mecque fut prise (630), et Mahomet détruisit toutes les idoles en disant : « La vérité est arrivée, que le mensonge disparaisse, n Dès ce moment, l'Arabie presque entière reconnut l'autorité et adopta la religion du prophète. C'est alors qu'il écrivit au roi de Perse et à l'empereur grec , mais sans succès, n allait entreprendre contre eux la guerre sainte , lorsqu'il mourut, après avoir déshonoré ses dernières années par des fourberies, des cruautés et un dérèglement de mœurs qui suffiraient à prouver qu'il n'était qu'un imposteur (632).
f • Mifwrtlrani
La religicm de Mahomet, qu'on désigne sous le nom de mahoméiisme ou d'islamisme^ est tout entière contenue dans le Conm {al-Cardn, le livre ;, qui se compose de tous les versets et chapitres tombés, selon Vftcamfmy de la bouche do Prophète, qui ne savait pas écrire : ces chapitres farent réonis une première fois par les ordres
d'Abou-Bekr, et une seconde fois par ceux d'Othman. Le Coran est divisé en trente sections ou cahiers, en cent quatorze sourates ou chapitres , et seize cent soixantesix versets. Les dogmes fondameutaqx de Tislamisme sont la croyance à l'unité de Dieu (sans trinité de personnes], la croyance aux anges , au jugement, à une hutre vie et à la prédestination divine pour le bien cojfume pour le mal, c'est-à-dire au fatalisme, Mahomet se ^ofk^ nait comme le dernier des prophètes; avant lui éU|i0)it venus Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus. Les peines et les récompenses de la vie future sont tQ^t^6 maté^ rielles, et le bonheur du paradis ne consiste que dftfts les plaisirs des sens. D'ailleurs l'enfer, qui est éternel pour ceuî qui ne sont pas musulmans, ne l'est pa^s pour les croyants de l'Islam ; pour eux, il n*est que temporaire, et le paradis doit y succéder après uu plus ou moins long temps d'expiation. Il n'est pas nécessaire 4^ dire combien peu une telle croyance est capable de i^ tenir les méchants.
Le culte extérieur se compose de cinq bases foq^amentales : la profession de foi, la prière, l'^umAnei le jeûne et le pèlerinage. La professiofi d6 foi consiste dans cette formule : « Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète. » On doit faire cinq prières par jour, au soleil levant, à midi, avant et après le coucher du soleil, à la première veille de la nuit ; et il convient de s'y prépayer par des ablutions que l'on fait, soit avec de l'eau , soit avec le sable du désert. L'aumône est fortement recommandée par le Coran; les musulmans se regardent comme obligés de donner aux pauvres la dîme de leurs biens, « mais, dit un historien (1), cette charité est une obligation, non un sentiment; c'est un calcul pour son
(i) Cajitù, HisL universelle.
^'ISLAMISMS. — IfAHOlCBT. 807
salut, dont on s'acquitte scrupuleusement d'une main, tandis que de Tautre on frappe son esclave , oa trompe l'acheteur et on égorge son rival. » Le jeûne n'est pas moins obligatoire; tout un mois, celui de ramadhan, y est consacré. Pendant ce mois on ne peut manger depuis le lever du soleil jusqu'au coucher; mais on élude la sévérité du jeûne en dormant tout le jour et en tenaut table pendant toute la nuit. Enûç, tous les hommes et ^léoie les femmes doivent faire une fois dans leur vie le pèlerinage de la Mecque. Mais le moyen le plus sûr d'arriver au paradis est de prendre part à la guerfe sainte. Le Coran ne la déclare pas précisément contre les Juifs et les chrétiens; il suffit de ne point s'allier avec eux par le sang, et l'on ne doit les combattre que s'ils provoquent; quant aux autres, c'est le devoir de tout les musulmans de les attaquer, de les poursuivre et de les tuer s'ils n'embrassent pas la religion du Pror phète. Mahomet fit quelques autres prescriptions plus hygiéniques que religieuses. II défendit la chair de porc, le vin, le jeu et la musique.
L'islamisme n'a point de sacerdoce proprement dit; il s'établit seulement peu à peu un corps spécial d'hommes chargés, sous le nom àHmans, du service des temples ou mosquées. Les imans se divisent en cinq classes : les scheïkesou prédicateurs ; les khatibs, qui font la prière du vendredi, jour qui remplace le dimanche chez les musulmans; les imans proprement dits , qui récitent les cinq prières quotidiennes; les muezzins, qui crient du h^ut des minarets les heures de la prière , et les kayïnes, qui sont les portiers et les serviteurs des mosquées.
La morale du Coran est celle des dix commandements de Dieu, mais elle n'atteint, chez les musulmans, que les actes extérieurs et non les pensées du cœur. Le célibat des vierges est proscrit, la pluralité des lOTWSkfc^ ^"^^
permise (1), et la chasteté chrétienne est inconnue des sectateurs du faux prophète : c'est une des causes de leur décadence.
Telle est, dans ses principaux traits, la religion de Mahomet, mélange de judaïsme et de christianisme, véritable progrès sur l'idolâtrie, mais progrès en arrière sur le christianisme, que Mahomet connaissait, et pour lequel il aurait dévoué son génie, s'il n'avait pas eu pour mobiles l'ambition et la sensualité. Avec son fatalisme, avec ses doctrines sensuelles, et malgré tout ce qu'il a emprunté de bon et de vrai à l'Ancien Testament, le mahométisme s'est montré tout-puissant pour accumuler les ruines, et incapable de relever les peuples; les Arabes ne jetèrent d'abord un si vif éclat , que parce qu'ils s'inquiétèrent peu de suivre toutes les prescriptions du Coran, qui proscrit les arts et qui tue l'activité intellectuelle, a Au lieu d'aider la religion chrétienne à soumettre l'Arabie entière, où elle commençait à domi-. ner, Mahomet a mieux aimer l'arrêter dans ses progrès; au 'lieu de reconnaître et de protéger la vérité , il a préféré la travestir et la combattre comme une absurdité blasphématoire. En semant le mensonge , il a récolté la tempête, les ruines et la mort (2). » La comparaison des pays soumis à l'islam avec ceux où règne le christianisme achève de faire juger la doctrine et l'imposteur.
Les califes élecUfo (633-66I),
Mahomet n'avait pas désigné de successeur; on reconnut pour son calife ou vicaire Abou-Bekr (le père de la Vierge), père d'Aïcha, femme de Mahomet, parce
(1) Mahomet permet d'avoir quatre femmes à la fois sans compter les esclaves. (3) Po/asignon, Orig. de la société moderne.
L'ISLÀMISMS. — PBBMISfiS CALIFES. 809
que le Prophète Tàvâit chargé de dire la prière publique à sa place, mais Ali, qui avait épousé Faiime, fille de Mahomet, revendiqua la succession, et il trouva de nombreux partisans. De là naquit parmi les musulmans un schisme qui s'est prolongé jusqu'à nos jours : les sunnU tes ou partisans de la tradition reconnaissent comme légitimes les trois califes qui ont précédé Ali; les schyiies ou séparatistes ne reconnaissent qu'Ali et ses onze successeurs. Les Turcs sont sunnites , les Perses schyites ; cette différence explique l'inimitié perpétuelle des deux peuples. Quoi qu'il en soit, Abou-Bekr finit par l'emporter; pour prévenir de nouvelles divisions, il lança les Arabes contre les chrétiens. Khaled conquit le royaume de Hira, allié de là Perse; Amrou envahit la Palestine, et s'empara de Gaza; Khaleb battit les troupes d'Héraclius à Aïznadin, et, le 23 août 634, le jour même où mourut Abou-Bekr, après avoir désigné Omar pour réciter la prière à sa place, il prenait Damas : toute la Syrie était perdue pour l'empire grec.
Le califat d'Omar (634-644), qui prit le titre d'Émiral-Moumenin, prince des croyants (1), continua les succès des Arabes. La Gélé-Syrie fut conquise, et la sanglante bataille livrée sur les bords de l'Yermouk fit tomber Jérusalem entre les mains des musulmans (637). Omar vint en personne prendre possession de la ville, pour laquelle le patriarche Sophronius obtint une capitulation assez favorable. Ce dernier coup abattit Héraclius, qui ne pouvait comprendre de tels revers : : « Prince, lui dit un de ses conseillers, ce qui fait le succès des Arabes, ce sont les péchés des Romains. » La Mésopotamie fut conquise après la Syrie (639), et Moaviah , fils d'A-
(1) Les auteurs du moyen âge ont fait de ce litre le mot de i*'"'
fltO^tTl.
810 HISTOIBB DU MOYEU AfIB.
bothSophian, fut chargé de gouverner les nonvetles provinces de l'empire arabe. Amrou était déjà passé en Egypte, où l'avaient appelé les Jacobites^ hérétiques qui ne reconnaissaient en Jésus-Christ qu'une seule nature. Tout le pays fut soumis en quelques mois; Alexandrie seule résista pendant quatorze mois; elle fut enfin forcée le 44 décembre 641 ; les richesses en furent transportées en Arabie. La fameuse bibliothèque d'Alexandrie, bien déchue de son ancienne splendeur, mais encore riche en ouvrages précieux, ne put être sauvée. On priait Amrou de l'épargner; Amrou consulta le calife. Omar était un pur musulman , farouche et austère, qui détestait par principe de religion les sciences et les arts : a Si les livres que contient la bibliothèque, répondit-il, sont conformes au Coran, ils sont inutiles; s'ils lui sont contraires, ils sont pernicieux. Ainsi, fais-les brûler. » Les livres servirent à chauffer les bains publics (1). Amrou s'occupa de consolider sa conquête; il traita favorablement les Jacobites au détriment des catholiques; il rouvrit le canal anciennement exécuté entre la mer Rouge et la Méditerrannée, fit une expédition dans la Cyrénaïque et prépara la conquête de l'Afrique septentrionale. Quand Omar mourut, la Syrie et l'Egypte appartenaient aux Arabes, et la conquête de la Perse était commencée; mais les succès de ses généraux en Perse lui furent fatals : un esclave persan nommé Firouz, vengea sa patrie en le frappant de trois coups mortels , au moment où il faisait sa prière dans la mosquée de Médine (644).
Othman (644-656) fut choisi à la place d'Omar, malgré
(1) On a contesté ce fait, en rappelant quelïi bibliothèque d'Alexandrie avait été dispersée du temps de Xbéodose le Grand. Des témoignages chrétiens et mu^iulmans attestent le fait , et l^on compreDd que la bibHolUà(m\i avait pu se vcVoY\xv\iv ^\\i^^\^\^^ii«\j>»&'\?BLtft4<iw,.
L*ISLAlttBlfB. -^ PBBUIBB8 CALIFES. 911
les réclaitiations d'Ali. La conquête de la Perse fut achevée pendant le règne du nouveau calife. Depuis la mort de 8iroès jusqu'à i'avénement de d'YEZDEGERD III (628- 632), fils de Chosroès, ce pays avait vu passer huit ou tteuf souverains; épuisé d'hommes et d'argent par les guerres de Ghosroès, agité par des querelles religieuses, Amolli par lë luxe , ayant une administration en désordre et une armée mercenaire , il ne pouvait résister aux Arabes, que la continuité de leurs succès avait rendus invincibles. Yezdegerd (632-652) vit son meilleur général, Roustan, vaincu et tué à Cadesiah (636), dans une bataille qui dura trois jours; la bataille de Nehavend (642) le força d'implorer le secours des Turcs, qui finirent par l'assassiner (652). Avec lui finit le second royaume de Perse ; ce pays ne recouvra son indépendance qu'à la fin du quinzième siècle. Le calife fonda Coufa, à quelque distance d'Hira, et Bassora, près du golfe Persique. L'Armé-^ nie subit le sort de la Perse, après avoir d'abord résisté avec avantage; elle fut contrainte de payer tribut (646). En môme temps , Othman , qui favorisait les entreprises maritimes, dédaignées par son prédécesseur, envoyait Môaviab avec une flotte contre les possessions de l'empire grec. Moaviah rendit l'île de Chypre tributaire , et prit Rhodes, d'où il emporta les débris du fameux colosse; il battit ensuite la flotte grecque commandée par Constant II (655), et il allait* attaquer Constantinople , lorsque la mort d'Othman l'arrêta. Cependant Amrou avait été rappelé d'Egypte, et remplacé par i4ôdfa//aA , frère de lait d'Othman. Abdallah battit les Grecs à Jacoubé , et rapporta de la province de Carthage un immense butin ; mais les Arabes d'Egypte, mécontents de son gouvernement, laissèrent les Grecs reprendre Alexandrie ; il fallut renvoyer Amrou pour rétablir les affaires : Alexandrie fut reprise. Othman avait mèeoxiX^wXfe \«vv\.\^
219 RISTOIBB DD MOYBlf AGI.
monde par la faveur qu'il accordait à ses parents et aux hommes que Mahomet avait autrefois frappés d'anathème ; le mécontentement devint si vif, que le calife fut assassiné dans sa maison par un des enfants d'Abou-Bekr. ÂLi (656-661), gendre de Mahomet, parvint enfin au califat qu'il convoitait depuis si longtemps, mais il trouva bientôt une redoutable ennemie dans Alcha, la veuve du Prophète, la mère des fidèles, qui le détestait, et qui attira dans son parti Amrou et Moaviah. Vaincue à la Journée du chameau, ainsi appelée parce qu'il fallut, pour la faire prisonnière , couper les jarrets de l'animal qui la portait , elle fut traitée avec beaucoup d'égards par Ali, qui l'envoya à Médine. Mais Moaviah et Amrou, disgraciés, s'unirent pour renverser le calife, et la guerre civile désola la Syrie. Après bien des combats meurtriers, dans l'un desquels Ali tua jusqu'à quatre cents ennemis de sa main, des arbitres furent choisis pour apaiser la querelle ; ils ne réussirent pas. Alors trois fanatiques de la secte des Kharégites (rebelles), résolurent d'assassiner les trois chefs pour ramener la paix. Ali reçut un coup mortel, Amrou échappa, Moaviah guérit de sa blessure. Le fils d'Abou-Sophian fut proclamé calife ; Hassan, fils d'Ali, prince doux et débonnaire, abdiqua solennellement à Coufa, au bout de six mois, et Damas devint la capitale de l'empire arabe, que Moaviah transmit à sa postérité.
Lei calUèi Ommiadei.
L'avénement de la famille des Ommiades avec Moa^
viAH (661-680) n'arrêta pas les divisions. Les sunnites
et les schyites, ceux-ci s'en tenant strictement à la letr-
tre du Coran, ceux-lày ajoutant la tradition, se déclarè-
rent, les premiers pour les Ommîade* , les seconds pour
l'islamisme. — 0MMIA.DE8. 818
Ali; d'autres sectes moins tranchées se formèrent au sein de ces deux grandes branches de Tislumisme; l'histoire intérieure du califat n'offre qu'une suite de guerres civiles, de trahisons, d'assassinats et d'horreurs de tout genre. Ces divisions ralentirent un moment les progrès des Arabes. Moaviah eut à lutter pendant tout son règne contre les partisans d'Ali; le feu grégeois repoussa ses flottes de devant Constantinople, malgré la présence de son fils YésiD. Les Arabes furent plus heureux en Afrique, où ils fondèrent Kairouan, au sud-est et à trente lieues environ de Carthage.
Yésid P' (680-683) se rendit odieux par son avarice et son intempérance ; les guerres civiles^ apaisées dans les dernières années dé Moaviah, recommencèrent, et un Abdallah fut proclamé calife à laMecque. MoavxahII, son fils , abdiqua au bout de six mois, par scrupule de conscience, en faveur de Merwan P**, aussi de la famille des Ommiades (684). Abdallah était toujours reconnu en Arabie, en Egypte et dans une partie de la Perse; Merwan lui enleva l'Egypte, et son fils Abd-el-Malek ( 685- 705), prince d'une grande sagesse et d'une valeur éprouvée, mais avare et cruel , rétablit l'unité du califat à la mort d'Abdallah (693). Alors recommencèrent les conquêtes. Justinien n avait repris les hostilités ; HoMan^ gouverneur d'Afrique, que le patrice Léonce avait d'abord vaincu, reprit l'offensive et s'empara de Carthage, dont il rasa les murailles et abattit les édifices (694). Les Berbers (i), encouragés par leur reine Kahina, voulurent conserver leur indépendance; la mort de Kahina, qui périt dans une bataille, les força de se soumettre. Moussa,
(1) Cest le nom qae Ton commcDçait à donner aux anciens liabitants de l'AfKqoe qoi n'étaient ni Grecs, ni Romains: on dérive ce nom d« Barbare^ expression employée, cofloroe on le sait, poar déaSmer let peuples qui n'étaient ni Grecs ni Romaina.
S14 HUTOIAB DV MOTBH A0B.
successeur de Hassan^achera leur soumîssioo; ils sefirent musulmans, et le christianisme disparut de l'Afrique. U ne restait plus aux chrétiens que Tanger, Arsille et Centa, dont le comte Julien était gouyemeor. La trahison du comte amena la perte de ces ailles et celle de l'Espagne.
Walid (705-715) tenait de succéder à son père Abdel-Malek, lorsque Moussa vint lui soumettre k Damas un projet de conquérir l'Espagne^ L'entreprise pouvait paraître difficile. Walid recommanda la prudence, et Moussa, pour tenter d'abord unereconnaissancki^ envoya un de ses officiers, nommé Tarik, avec quatre vaisseaux et cinq cents hommes (710). Tarik réussit. On le renvoya Tannée suivante avec douze mille hommes, et il vint camper auprès d'un rocher qui a gardé son tiom (Gibel al-Tarik, montagne de Tarik, Gibraltar). Le gouverneur de l'Andalousie fut battu. Le roi Rodrigue accourut avec toute la noblesse de son royaume et une armée de quatre-vingt dix-mille hommes. On se rencontra à Séries de la Frontera, près de Cadix ; la bataille dura trois jours; Tarik tua lui-môme Rodrigue, et la victoire lui fui acquise (714). Moussa, jaloux des succès de son lieutenant, voulait l'arrêter, mais il n'obéit qu'après avoir pris Tolède et soumis une grande partie de l'Espagne. Moussa voulut du moins partager sa gloire; il entra lui-^tnéme eti Espagne ^ soumit Séville etMérida,jeta en prison Tarik, à qai Walid rendit son commandement, et poussa jusqu'à Saragosse, dont la chute acheva la conquête de l'Espagne* Les montagnes de l'Asturie et de la Gantabrie restèrent seules indépendantes; PélagBj cousin de Rodrigue, y jeta les fondements d'un royaume qui devait plus tard rendre l'Espagne aux chrétiens. Walid était un prince indolent, mais, grâce à ses généraux, son règne marque la période Ja plus brillantedea Omuvveides. Pendant ce ré-
IiES GÀHLOVINGISKS. , 315
gne, on cdnducteui^ de chameaux, nommé JTâ^^fdaÂ, convertit à rislamisme les hordes turques qui campaient à rOrientde la Perse, Tislamisme pénétra dans l'Inde jusqu'à rindus; la Géorgie et le Caucase reçurent la foi du prophète. A la mort de Walid, Tempire des Arabes, long de plus de dix sept cents lieues, depuis l'Indus jusqu'aux: Pyrénées, avait pour bornes : à Test, Tlndus et la vallée de Caschemir; au nord, les steppes des Turkestans, la Caspienne, le Caucase et une ligne oblique tirée de la pointe orientale de la mer Noire jusqu'à Tarse, en dehors de laquelle étaient tributaires le Pont et la Cappa-r doce; la Méditerranée, où ils occupaient Rhodes, Chypre et les Baléares ; enfin les Cévennes méridionales et les Pyrénées; à l'ouest, l'océ^ AtJantique ; au sud, les déserts de l'Afrique, l'Ethiopie et la mer des Indes jusqu'aux bouches de l'Indus. Mais en touchant les Gaules il allait rencontrer des adversaires redoutables, et son étendue même l'exposait à un fractionnement qui ne t^a pas à s'opérer.
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