CHAPITRE V
LSS CARLOyiNGIE^S (711-814).
(Huitième siècle^ )
Trois grands hommes, Charles Martel, Pépin le Bref et Charleinagne vinrent, au huitième siècle, rendre à l'Occident la prééminence dont les invasions^ arabes Pavaient dépouillé; le premier arrêta les progrès de l'islamisme ; le second affermit la puissance temporelle des Papes ; le trpisième, continuant l'œuvre de son père et de son aïeul^ constitua l'Europe ch.rèl\ewi\fe oX. ^^VsiXidÈ^
HISTOIRS DD MOYHN A6B.
Fempire romain, mais en le mettant au service de l'Église : la chrétienté fut définitivement formée , et TOccident mis en état de résister d'abord à l'Orient pour le vaincre ensuite. Pendant ce temps, l'empire d'Orient s'affaiblit de plus en plus ; l'empire arabe , encore plus étendu qu'au siècle précédent, fut pourtant moins à craindre, à cause des dissensions qui le déchirèrent , et l'islamisme ne recommença à effrayer l'Occident que lorsque les Turcs parurent.
Quatre divisions : l'Empire arabe; l'Empire grec; le Monde occidental en dehors des Garlovingiens; les premiers Garlovingiens (1).
$ !•'. — L'empire Arabe (715-813).
Les califes Ommiades.
Soliman (715-717), frère et successeur de Walid, commença son règne par un acte digne du despotisme oriental. Moussa, le conquérant de l'Espagne , l'avait offensé ; il le fit battre de verges et exposer tout un jour au soleil brûlant de Damas, sur la place publique; puis il fit tuer son fils Abd-el-AziZj qui l'avait aidé dans la conquête, et força le malheureux père à contempler la tête de son fils : « Reconnais-tu ces traits? dit-il à Moussa. — Oui, répondit le vieux guerrier ; ce sont ceux d'un homme brave et fidèle , mille fois supérieur à celui qui a ordonné sa mort, d Soliman combla d'honneurs Tarik, qui les méritait et qui s'était sans doute montré meilleur courtisan. Puis il envoya son frère Moslem faire le siège de Constantinople. Le feu grégeois, un hiver ri-
(1) Les événements relatifs à rhlstoire de France devant recevoir Jenrs développements dans notre Histoire de France, on s'attachera plus spécialement ici aux fa\U (\\ù m\jbT«^««cv\.\«& «.uices vays.
LES CABLOVINGIENS. — BHPIBE ÀBÂBE. Z\7
goureux, et le courage de LéonTIsaurien, qui monta sur le trône pendant le siège, forcèrent les Arabes de renoncer à leur entreprise après treize mois de souffrances et de combats. Soliman mourut de douleur de ses mauvais succès, avant môme que le siège fût levé. . Son cousin Omar II (717-720) donna Tordre de lever le siège. Ce calife se distingua par sa loyauté et par la simplicité de ses mœurs ; il abolit les malédictions que Ton prononçait régulièrement contre les Alides (descendants d'Âli }, mais il fut empoisonné par des membres de sa propre famille. Yésid II (720-724) , fils d'Abd-el- Malek , fut un prince oisif et voluptueux, il persécuta les Alides et les chrétiens, et interdit à ces derniers les images, à la môme époque où Léon llsaurien lançait ses édits iconoclastes (1) : Thérésie se trouvait d'accord avec rislamisme. Hescham (724-743) arrêta un moment la décadence qui se précipitait; les révoltes qui éclataient dans les provinces furent apaisées. Celle d'Espagne était sérieuse. Ce pays était alors divisé en cinq provinces administrées chacune par un Wali (gouverneur)^ ayant sous ses ordres les alcaïdes ou alcades (juges) avec des wazirs ou visirs (sous-gouverneurs) ; audessus des walis était Vémir^ qui gouvernait toute l'Espagne. L'émir Abd-er-Rahman ou Abderahe comprima la révolte , et voulut faire la conquête de la Gaule , que les émirs ses prédécesseurs avaient commencée, en poussant jusqu'à Narbonne et Toulouse. Il franchit les Pyrénées à la tôte d'une formidable armée , renversa les Aquitains et les Vascons qui voulaient, lui disputer le passage sous la conduite du duc Eudesj et il espérait mettre bientôt la main sur les trésors de Saint-Martin de
(i) Le moi iconoclastes signifie briseur d^ images; on appela ainsi les hérétiques qui condamnaient le culte des images et qai les détruisaii^t partofit où ils en rencontraient.
318 HinOllE DU MOYBlf AAB.
Tours, quand la masse d'armes de Charles Martel vint briser les bandes arabes comme le marteau brise le fer (13ài. 11 y avait cent ans que Mahomet était mort; la bataille de Poitiers arrêta les progrès des Arabes qne le faux Prophète avait lancés sur le monde. Aboérame périt dans la bataille.
11 eût fallu d'autres hommes que ceux qui se succédaient à Damas pour maintenir l'unité de l'empire. Wà- UD n (744), qui succéda à son oncle Hescham, n'eut que le temps de se montrer prodigue et débauché ; il ftit massacré dans son palais par son cousin Yésid III, fils de Walid P% que la peste emporta au bout de quelques mois, et qui laissa le trône à son frère Ibbauim ^ renversé à son tour au bout de deux mois par Merwan U (744- 7M), arrière-petit-liis de Merwan V. Le nouveau calife avait de grandes qualités, mais Tempire se disloquait de toutes parts; chaque nationalité revendiquait Tindépendancc ou la suprématie, et il ne manquait pas de prétendants qui traitaient les Ommiades d'usurpateurs. Une révolte plus formidable que les autres éclata en Perse sous rinspiration des Alides. Aboui/-Abms, arrière-petitlllsd*Abbas, oncle de Mahomet, se mit à la tête des révoltés, et prit le titre de calife à Koufa, dans la Perse, avec la couleur noire pour emblème, tandis que les Ommiades avaient la couleur blanche. Merwan essaya de résisr ter; il fut battu près de Mossoul (749), se réfugia en Egypte, perdit une seconde bataille, et fut tué dans une mosquée.
Let^ premiers Abbassides (760-813).
Aboul-Abbas (760-754) affermit sa domination en faisant massacrer dans son propre palais qualre-vingt-dix OmmiadeSy et en conUuuaut de mériter le surnom de
LES GA.BIiOVIlf61BNS. — BMPimB ABABE. 319
Soffahf sanguinaire, qu'on lui donna alors. Mais un enfant échappa au massacre ; il était petit-âls du calife Hescham, et se nommait Abd-br-Rabman ; il resta caché pendant plusieurs années, et débarqua ensuite en ËspagnCy où on rappelait; PËspagnele reconnut, et le califat d'Espagne ou de Cordoue fut fondé (756). L^avénement des Abbassides et la division du califat coïncidait ainsi avec Vavénement des Carlovingiens dans la personne de Pépin le Bref (752).
ABOU-GuFFAE-Aii^M ANZOB (le victorieux) , succéda à son frère (764-775); il fonda Bagdad, sur le Tigre (762), et y transporta le siège de Tempire; la Perse reprenait ainsi la prééminence, mais les noirs étaient impatiemment supportés par les blancs, et le démembrement comr meuQa. Mohaxmsd-Mabadi (775-765) reprit la guerre eon^ tre les Grecs, et son second fils HABOUN-AirRiLSGHiD (Aaron le Juste) imposa un tribut à l'empereur. Moussa-al-Hadi, qui périt assassiné (786), laissa le trône à Haroun (786- 809), dont le règne forme la période la plus glorieuse de la dynastie des Abbassides. Haroun-^al-Rasobid se dér fit de deux descendants d'Ali, qui lui faisaient craindre pour son autorité ; cruel pour ceux qui menaçaient s^i puissance, il se montra grand, généreux et magnifique dans tout le reste. Il enleva TAsie Mineure aux Oreos , repoussa les invasions des Khazares, et comprima les vévoltes qui éclatèrent à Mossoul , à Damas et en Egypte. fl ne put cependant empêcher la dynastie des EdrUsiies de s'établir à Fez (785), et celle des Àglabites à Kairouah (790). Mais c'est la protection qu'il accorda aux savants, aux poètes et aux artistes qui a rendu son nom célèbre. Il fonda une espèce d'Académie à Bagdad, qui devint le centre d'un mouvement intellectuel très-remarquable. C'est sous son règne, ou peut-être sous celui de son fijs, qu'ont été écrites les Mille et une NrdU , &uU/& di^ ^Jû»\)&]e^
220 B18T01BE DO KOTSII AAB.
qui montrent la prodigieuse fécondité de l'imagination arabe. Des relations amicales s'établirent entre Haroun et Charlemagne; l'empereur d'occident envoya de magnifiques présents au caljfe , et celui-ci lui fit remettre les clefs du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Une partie de la gloire du règne de Haroun revient au vizir ou premier ministre Yahia y de la famille des Barmécides^ issue du Khoraçan, et à son second fils Giafae, le confident et l'ami du calife. Cette famille, élevée au comble de la prospérité par Haroun , fut, à la fin de son règne, sacrifiée à des soupçons fondés ou non ; tous les parents et les amis de Giafar furent enveloppés dans sa disgrâce. Haroun-al-Raschid prépara la décadence de sa dynastie en partageant le califat entre ses trois fils aînés. L'un d'eux, Al-Mamoun (813-833) , resta seul maître du pouvoir, en détrônant son frère Al-Amyn.
\u Ommiades d*E8pagne (750—822),
Le califat établi à Cordoue s'était entièrement séparé du reste du monde musulman ; la lutte entre les chrétiens et les mahométans absorba l'énergie guerrière des deux peuples, qui vécurent sans prendre une part active aux grands événements contemporains. Abd-er-Rabman ou Abdérame P*" (756-787) repoussa avec succès les entreprises des Abbassides, mais Charlemagne lui enleva les pays situés entre TÈbre et les Pyrénées, et il ne put soumettre les chrétiens des Asturies ; il se vengea de ces échecs en opprimant ses sujets chrétiens et en les frappant d'impôts très-élevés. Les guerres civiles qui éclatèrent à l'avènement de son fils Hesgham V^ (787-796) , et qui continuèrent sous A1-Hakem P' (796-822), permirent à Charlemagne d'affermir sa domination sur le comté de Barcelone, et aux chrétiens des Asturies d'agrandir ieur royaume.
LES GABLOVINGIENS* *— BMPIBB GHEC. 321
Royaame des Âstaries oa d'Oviédo (7II-842).
Pelage avait rallié autour de lui, dans les montagnes de l'Asturîe, les débris de la puissance des Visigoths , pendant que JPî^rre affranchissait lesCantabres et prenait le titre de duc. Les deux chefs chrétiens s'unirent contre les Arabes ; la victoire de Covadonga (718) assura l'indépendance des chrétiens , et fonda le royaume des Asturies. Alphonse I^ le Catholique (753-765), fils de Pierre, épousa une fille de Pelage, et réunit les deux États ; il étendit sa domination jusqu'au Douro. Son fils Froïla (765-775) fixa sa résidence à Oviédo, qu'il avait fondé, et qui donna son nom au nouveau royaume à partir du règne d'AiiPHONSE n le Chaste (1). Le règne d'Alphonse fut l'un des plus brillants de cette dynastie. La conquête de la marche d'Espagne (2) par Charlemagne lui donna un appui contre les Arabes ; Alphonse fit alliance avec Charlemagne; il protégea les lettres et les arts, qui recommencèrent à fleurir dans les nombreux monastères fondés en Asturie ; plusieurs villes nouvelles s'élevèrent, entre autres celle de Compostelle, qui attira bientôt un concours considérables de pèlerins autour du tombeau de saint Jacques le Majeur (3).
S n. — L'empire grec (717-811).
Léon llflaarien (717-741).
L'avénement de la dynastie Isaurienne avec Léon III, et les troubles qui éclatèrent chez les Arabes, laissèrent
(1) A Froita succédèrent Aurélio (775-781), Silo (781-784), Maurecat (784-789) et Bermude I" (789-791).
(î) On. donnait le nom de marche aux pays frontières. (3) Le nom de Compostelle est Tabrégé àe Giacomo a]^UoU,
332 HISTOiBB Dq MOYtlf AOB«
d'abord l'empire grec respirer un peu. Léon força les Arabes à lever le siège de Constantinople (718), et se lit respecter des Barbares, mais il détruisit Im-mètOB le bien qu'il avait commencé à faire, en s'occupant, saitt , une connaissance suffisante, des matières religieuses. Sous l'influence de quelques Juifs et d'un apostat qui était redevenu chrétien, il s'imagina que le culte rendu aux images de Jésus-Christ et des sainte est une idolàr trie, et il proscrivit ce titre par un édit (7^)9 malgré le$ réclamations de saint Gerpain , patriarche de Constao^ tinople, et de l'illustre saint Jean Damascène. Le^iço^Or elastes, protégés ainsi par l'emp^rem'y se livrèrent ^ tûttr tes sortes de violences contre les catbpliques ; des troubles éclatèrcQt dans les provinces et surtout en Italie. Les habitants de Rome et de Naples songèrent alors k rétablir l'empire d'Occident, mais le pape saint Galr GOiRE n, quoiqu'il eût à se plaindre des persécutions exercées contre lui par Léon , les çn détourna et maif^ tint la fidélité à l'empareur. Léon ne lui eu fut pas reconnaissant; les troubles continuèrent, les Lombards en profitèrent pour s'epjparer de l'exarchat deRavenne; les peuples ne voulurent plus reconnaître d'autre autorité que celle des papes, et la souveraineté temporelle du Pontificat se trouva fondée pour ainsi dire malgré les Pontifes eux-m^ipes, qui avaiewt fait tous leurs efforts pour maintenir l'autorité des empereurs. Saint Grégoire m excommunia les iconoclastes dans un concile (732) , et Léon mourut au milieu des désordres provoqués par ses édits, qui avaient fait de nombreux martyrs dans les provinces , comme ceux des empereurs païens (741).
LES CAUiOyilieiSNS. — fiMPIBË 6BBG. 32S
ConsfaDtln Copronyme (741-775).
CoNSl'AirtTW V^ surncfitimé CoproNYMe (nom d'ordure), parce qtl'il avait souillé les fonts baptismaux lorsqu'il y ftrt ptésenté , marcha stlr les trades de son père. Après Si^àit tàlncti son beau-frère Àrtavasdë, que le parti ortlioxôdè lui avait opposé , il cotiibattit avec succès les Arabes, atijtqtiels il reprit une partie de l'Asie Mineure (1ri6), et Seitiblà ensuite s'attacher à surpasser Léon III ta barbarie et en impiété. Constantinople et les provinces fnretit dfi proie à une violente persécution. Les iconoclastes crevaient les yeux aux catholiques, ils leur coupaient les narines, ils les déchiraient à grands coups de fbùet, ils les précipitaient dans la mer, ils leur fendaient lâ tête avec les itnages des saints peintes sur le bois, et Constantin présidait à ces sanglantes exécutions. Une pèSte tnetirtrièrc ravagea l'empire; Constantin repeupla CdfistantinOple avec des iconoclastes; des peuples slaves tinfent, dti consentémeùt de l'empereur, s'établir dans lâ Grêde et la Macédoine dépeuplées; les provinces italiennes furent défiiiitivement perdues; telles furent les victoires du prince iconoclaste.
Fin de la dynastie isaarienne (775-802).
LÉON rV (775-780), fils de Constantin Copronyme, reçut lé àufnom de Kkasare, parce que sa mère était fille d'un khan des Khazares. Il mit fin à une expédition commencée par son père cdntre les Bulgares, combattit aved soccès les Arabes datis l'Asie Mineure, et mourut au moment où il allait renouveler les édits contre les itnages. L'impératrice Irène, sa veuve, femme d'énergie, attachée à la foi orthodoxe, mais ambitieuse, régna alors au nom de son fils Constantin W. Vww àici ^^«s. ^^^-
Z24 HOTOIBS DU MOYSH Aftl.
miers actes fut de convoquer, de concert avec le pape Adrien, un concile à Nicée, afin de détruire Thérésie des iconoclastes et de rendre la paix à TÉglise (786). Malheureusement elle ternit là gloire qu'elle venait d'acquérir ainsi en disputant le pouvoir à son fils majeur (790) y à qui elle fit crever les yeux. Vaincue par Harounal-Raschid, et obligée de lui demander la paix, elle essaya de se relever par une alliance avec Charlemagne; qu'elle songea même à épouser. Ce projet d'alliance indisposa les Grecs contre elle ; l'armée se révolta et mit sur le trône le logothète Nicépuore, qui l'exila dans l'île de Lesbos (802). Avec elle finit la dynastie isaurienne. Nicéphore V' (802-8ii) se trouva hors d'état de défendre l'empire contre ses ennemis du dehors : le calife Haroun le contraignit à acheter la paix (806) ; les habitants d£s îles de Venise se rendire t indépendants de l'empire, et l'empereur périt dans une expédition contre les Bulgares, qui ravageaient la Thrace sous la conduite de leur roi Crem ou Crtim. Il avait d'ailleurs mérité la haine des orthodoxes en favorisant de nouveau les iconoclastes.
S m. — Le monde Occidental en dehors des Carlovingiens (711-814).
Les AnglO'Saxons*
Pendant que l'empire d'Orient succombait peu à peu sous les attaques des Arabes et des Barbares du centre, l'Occident entrait de plus en plus dans les voies de la civilisation chrétienne , et il devait être prêt lorsqu'arriverait la seconde grande invasion du nord.L'heptarchie anglo-saxonne, après avoir enduré encore un siècle de divisions, de guerres et de crimes, finit par se fondre en vn seul royaume sous le sccçtrc d'EGBERi le Grand , roi
LES CiBLOVIiVGlESS. — 6EBUAINS. 3ÏÔ
do Wessex, qui avait d'abord été dépouillé de son trône par un usurpateur, et qui s'était réfugié à la cour de Charlemagne ; rappelé par les thanes (nom donné aux leudes en .'Vngleterre], il triompha de ses ennemis (800), et réunit successivement it son royaume le Coniwal (809), Esses et Kent (819), la Mer cie (823) et la Northumbrie (827). Il conserva le litre de Bretwalda , mais il est compté comme le premier roi de l'Angleterre. Les pirates danois commeocôrent à paraître sur les c6tes vers la &d de son règne ; il les combattit avec des succès variés (836).
Ea même temps la Germanie, qui allait être bientAt connue sous le seul nom d'Allemagne, s'oi^anisait sous la puissante main de Charlemagne. Les Normands ou hommesdu Nord, venus de la presqu'île de la Scandinavie et du Danemark, se préparaient à leurs prochaines invasions , mais respectaient le terrible Carlovingien ; les Saxons, partjigés en quatre associations dictinctes, Westpkaliens,Angrariens,OxCp/ialle»s et r/ordalbingietts (nord de l'Elbe ), atliraîcnl sur eux les armes de Charlemagne, pour avoir massacré les missionnaires chrétiens, et, soumis après dos guerres sanglantes, ils se convertissaient à l'exemple de leur valeureux chef Wi- Tixim (7bti) ; les Tburîngiens avaient des ducs tributaires des Francs, et les Bavarois entraient aussi dans le grand empire d'Occident, après avoir été gouvernés par l'illustre dynastie des ducs Agilolfinges (534-788} Les Bavarois descendaient, selon tes uns, des anciens fiofens. Gaulois établis en UuhCme; selon d'autres, ces Boîens avaient été détruits ou subjugués par plusieurs mlftdes germaniques, et, du. mélan^ft 4e.ï ^iwnsjissïs'î.
396 HISTOIBE DO MOTBN A0S.
et des Yaineus, se forma un nouveau pettplé, les Bojaarii ou Bavarois, qui occupèrent le Norique, avec Ratisbonne pour capitale. La famille des Agilolfinges avait chez eux le pouvoir. Garibald fut leur premier duc (554- 593) ; après lui régnèrent neuf autres ducs jusqu'à Tas- SULON II (748*788). Gelui-ci se reconnut d'abord vassal de Pépin le Bref, puis il s'allia contre lui avec Didier, roi des Lombards, et, après la chute du royaume des Lombards, avec les Avares contre Gharlemagne^ Vaincu et condamné à mort dans une diète, il fut enfermé dans l'abbaye de Jumièges, où il mourut, et la dignité ducale fût abolie : Charlemagne fit gouverner la Bavière par des comtes.
Fio âa rogrrame des Lombard! (719-774).
tJn autre peuple venait d'être vaincu par Charlemagne. LiUTPRANDOuLuxTPBAND (712-744), princc énergique et guerrier» avait réprimé la trop grande indépendance des ducs et repris le projet de soumettre toute l'Italie. Ces circonstances étaient favorables : Léon Tlsaurien mettait le trouble dans toutes les provinces de l'empire en soutenant les iconoclastes, et les villes d'Italie encore soumises aux Grecs repoussaient Thérésie. Luitr prand s'empara de Ravenne (728), et il eût pris Rome, si le pape saint Grégoire II n'était intervenu pour conserver la ville à l'empereur de Constantinople. Ravenne fut reprise l'année suivante, et Luitprand ût alors cause commune avec les Grecs contre saint Grégoire III, successeur de Grégoire II, qui avait excommunié les iconoclastes. Rome fut ravagée par les Lombards. Le pape saint Zagharie réussit enfin à détacher Luitprand de Talliance des Grecs, et conclut avec lui un traité de paix pour vingt ans (742). RagoiS) successeur de Luitprand
LES CAJtliOVIllèrKNS. — tdJHBÀBDS. 327
(744-749), resta en paix avec le pape et avec les Grecs, mais il abdiqua an bout de cinq ans, et se retira dans le monastère du mont Càssin, laissant le trône à son frère
ASTOtPHE.
Astolphe (749-785) était aussi ambitieux que Luîtprand. Mettant à profit les troubles suscités par les iconoclastes, il s'empara de l'exarchat de Havenne, où il établit sa résidence, et de la Pentapole , région ainsi nommée à cause des cinq villes de Rimini, Pesaro, Fano, Sinigaglîa et Ancône. Il exigea alors des Romains le paiement d'un tribut annuel. Le pape Etienne n, fidèle, comme ises prédécesseurs j à Tempereur grec, réclama du secours de Constantin Copronyme pour sauver Rome et les possessions de Tempire. Constantin ne fit rien pour sauver ses possessions d'Italie ; c'était y renoncer formellement. Le pape s'adressa alors à Pépin le Bref, qui venait de monter sur le trône des Francs. Pépin arriva, battit Astolphe, et restitua au pape, ce sont les termes de ce qu'on a appelé sa donation, l'exarchat et les villes que les Lombards avaient pris aux Romains. A partir de ce moment, les papes devinrent définitivement souverains temporels (754j. Astolphe voulut reoommencer la guerre quand Pépin se fut éloigné; Pépin repassa les Alpes et lui imposa de nouveau la paix (7S6j. Didier (Desiderius), successeur d'Astolphe (756-774), voulut encore reprendre les projets de conquête de son prédécesseur. Allié avec le gouverneur grec de Naples, il fit la guerre au pape saint Paul I*'; puis, profitant des troubles qui survinrent à Rome à la mort de ce pape, il s'efforça de tenir le saint-siége sous sa dépendance. Il se croyait à l'abri de l'intervention des Francs, parce que Charlemagne avait épousé une de ses filles (770), mais Charlemagne ayant répudié cette princesse, la guerre éclata entre les deux rois (772^ Les Loi^gûlY^^'e^^
828 HI8I0IBB DU MOYEU AûB.
furent vaincus, Pavie prise^ et Didier, fait prisonnier, alla terminer ses jours au monastère de Corbie (774). Uindépendance du saint-siége était sauvée. Charlemagne respecta la constitution du royaume ; il prit le titre de roi des Lombards, et ajouta au territoire de TÉglise romaine le duché de Spolète. Adelgise , fils de Didier, qui s'était réfugié à Constantinople , essaya de reconquérir la couronne, et les ducs Lombards se déclarèrent pour lui. Charlemagne le vainquit dans une seconde expédition en Italie (776); il abolit alors les dignités ducales et fit gouverner le pays par des comtes Francs ; son fils Pépin fut envoyé en Italie avec le titre de roi des Lombards. Le duc de Bénévent était resté indépendant; Charlemagne le força de reconnaître sa suzeraineté (l).
S iV. — Les premiers Carlovingiens (714-814). Charles Haitel (714-741).
La bataille de Testry (687) avait marqué la chute politique des Mérovingiens et consacré Tascendant de TAustrasie et de ses ducs. A la mort de Pépin d'Héristal , le pouvoir passa d'abord à sa veuve Plectrude, mère de Théodoald ; Charles Martel, fils d'Alpaïde, était alors en prison à Cologne, parce qu'on l'avait soupçonné du meurtre de Grimoald, autre fils de Plectrude. Mais les Neustriens ayant secoué le joug de Plectrude et proclamé Rainfroy maire du palais, les Austrasiens tirèrent Charles de prison, pour ne pas perdre leur suprématie. Charles vainquit les Neustriens à Vincy, dans le Cambrésis (717), puis à Soissons, et réunit ainsi l'empire des Francs dans sa main, avec le titre de maire du palais en
(1) Expression employée à l'époque féodale pour indiquer la snprématie d'un souveraiii sur d'auVte«.
LES GARLOVmGIBNS, FEPIN tB BBEF. 329
I^eostrie et de duc en Austrasie. Ce fut le commencement d'une nouvelie ère pour les Francs. Charles reconstitua le pouvoir à l'inlérieur, affermit les frontières au nord et à l'est, et commença cette alliance avec la papauté, qui fut le salut de l'Europe. Les Saxons furent réprimés, les Bavarois et les Allemands vaincus, et la défaite d'Abdérame à Poitiers valut à Chartes le glorieux surnom de Marlel ou Marteau des Sarrasins [i). Il voulait aussi soumettre l'Aquitaine , dont les ducs, issus de la race mérovingienne , prétendaient rester indépendants, mais la conquête de ce pays était réservée à Pépin le Bref, En même temps qu'il défendait la chrétienté contre les musulmans, il favorisait l'extension du christianisme chez les païens du nord, en soutenant de sa puissance saint WUlibrod , apôtre des Frisons, qui avait baptisé Pépin, et saint Bompace ou "Winfrid, apûtre de la Germanie, né en Angleterre. Mais il eut le tort de distribuer à ses hommes de guerre les biens du clergé et d'appeler aux digaités ecclésiastiques des hommes qui savaient mieux manier les armes que prêcher l'Évangile. Il laissa sept enfants, dont les plus célèbres sont Pépi» et Càrlouan, qui lui succédèrent ; Griffon ou Grippon, exclu du pouvoir par ses doux frères ; Rémi , archevêque de Reims, et Bernard, père du célèbre Vala, abbé de Corbie, qui joua un rûle important pendant le règne de Louis le Débonnaire.
Pépin le Bref (T41-7aB).
Pépin, qu'on surnomma le Bref, à cause de la petitesse de sa taille, gouverna l'Austrasie, pendant que son
(I) On coranieni;a vers ce lemps à ilonnec le nom de Sarrasini aux . Arubcs, soit ilii mot SaraeÉna, nomderiiaeiles tribus Arabes, sait du ^^m^Aarkiin, qui sigidRe Im Orientnui
890 BISTOIAB BU XOYBN AOS.
frère aîné, Carloman, gouvernait TAustrasie. Tous deux travaillèrent, dans les conciles de Leptines (743) et de Soissons (744), à la réforme des mœurs du clergé, envahi , sous Charles Martel , par les leudes austrasiens et par leurs habitudes violentes. La retraite de Carloman au monastère du mont Cassin rendit Pépin seul maître de Tempire (747). Celui-ci songea dès lors à mettre sur fia tôte la couronne royale, qui n'était plus qu'un vain ornement sur la tête des Mérovingiens* Du consentement des leudes et des évoques, il relégua Childéric m dans un monastère de Saint-Omer (753), et se fit sacrer par saint Boniface , et, deux ans plus tard, par le pape Etienne II, qui était venu implorer son secours contre les Lombards. On a dit que Pépin avait envoyé consulter le pape saint Zacharie sur le changement de dynastie qu'il préparait et que le pape répondit : a Le mieux est que celui-là soit roi, qui a le pouvoir royal. » Le fait o'étant pas certain, il est inutile de le commenter.
Quoi qu'il en soit, Pépin se montra digpie du trône. Il secourut le pape contre Astolphe, roi des LomJ>ards, et lui fit restituer l'exarchat de Ravenne et la Pentapole; il fit la guerre aux Saxons, aux Arabes et au duc d'Aquitaine, Waïfhe ou Guaifre, fils de Hunaxd et petit-fils d'Eudes. Waïfre fut vaincu au bout de huit années d'une guerre sanglante et de ravages terribles len Aquitaine, et périt assassiné par quelques-uns d^ ^s propres serviteurs (768). Pépin ne lui survécut guère. L'Aquitaine était soumise. Hunald , père de Waïfre, qui s'était retiré depuis plus de vingt ans dans un monastère, en sortit bien pour venger la mort et les défaites de son fils, mais Charlemagne le vainquit ; il ne lui resta plus alors d'autre ressource que de s'enfuir chez Didier, roi des Lombards, qu'il excita à la guerre contre Charlemagne. Les habitants de Pavie le lufexeul ^ CiO\x^%à&\>\ftxte ^ur le
Charleinagiis [lee-sii].
tES CABIOVINGÎSNS. — CBA.RI.EMACNE. 3Sf
punir dos souffrances d'im siège que ses couseUs avait attiré. QuelquGS-UQS de ses descendants continuèrent de
. J^oer sur quelques cantons de l'Aquitaine, mais sans
L^d|Ml>dance.
P *tia seconde monarchie franque, fondée par Pépin le Bref, arriva à son apogée avec Cbarlemagne, qui complétal'œuvTe de ses deux prédécesseurs, et fournit le plus grand règne que présente l'histoire moderne. Sur tous les points où son père et son aïeul avaient fait la guerre, il la fit aussi, et d'une façon décisive. La frontière orientale était la plus menacée par les Saxons, les Danois ou Normands, les Slaves, les Bavarois et les Avares; il fit dix-huit expéditions contre les Saxons, trois contre les Danois, une contre les Bavarois, quatre contre les Slaves, quatre contre les Avares. 11 on fit sept contre les Sarrasins d'Espagne, cinq contre les Sarrasins d'Italie, cinq contre les Lombards, deux contre les Grecs. Si l'on y ajoute celles qu'il dirigea contre quelques peuples déjà compris dans l'empire franc, mais mat soumis, I savoir : une contre les Thuringiens, une contre les I Aquitains, deux contre les Bretons, c'est un total de cinj quante-trois expéditions que Ctiarlemagne conduisit I pour la plupart en personne , pendant un règne de quaj rante-six ans (!]. Et celte prodigieuse activité militaire i ne l'empêchait pas de convoquer deux fois par an les assemblées nationales, où les évoques, les leudes, les I hommes libres et les agents du prince se rendaient de I toutes les parties de l'empire et délibéraient avec lui. C'est d'après l'avis de ces assemblées qu'il rendit les cn- 1 pitulaires ou chapitres de lois, au nombre de soixante-
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cinq, et qui contiennent onze cent vingt-six articles sur toutes les matières du gouvernement civil et ecclésiastique. Les assemblées nationales, d'abord appelées champs de marsj furent appelées champs de tnai^ à cause du mois pendant lequel on tenait ordinairement les plus importantes.
Charleînagne, devenu seul mattre de l'empire par la mort desoniVère Carloman, qui régnait conjointement avec lui (771), mena presque simultanément la guerre contre les Saxons, contre les Lombards et contre les Sarrasins. La Saxe l'occupa pendant trente-trois ans (771-804). Les Saxons étaient païens et adoraient une idole , VIrmemul ( Hermann-Sœule ), colonne ou statue d'Hermann , que l'on croit avoir été érigée en Tbonneur id* Arminius, vainqueur de Varus. Ils se révoltèrent contre saint Libuin, qui voulait les convertir, et égorgèrent ses compagnons. Gharlemagne entra en campagne, prit Ehresbourg, fit briser llrmensul, et imposa aux Saxons le respect de la vie des missionnaires. Mais les Saxons ne tenaient pas leurs promesses : Witikind, qui se réfugiait dans le nord quand Gharlemagne était vainqueur, revenait toujours et excitait ses compatriotes à la guerre. Gharlemagne fit des exemples terribles : il transporta une fois dix mille familles saxonnes en Belgique et en Helvétie; une autre fois, et c'est une tache à sa gloire, il fit massacrer quatre mille prisonniers. La conversion de Witikind (785) n'empêcha pas de nouvelles insurrections qui furent violemment réprimées; la Saxe fut enfin soumise (804) et le christianisme acheva de la pacifier. En môme temps Tassilon, duc de Bavière, fut vaincu (787) inais, derrière les Bavarois, Gharlemagne trouva les Avares, qui étaient établis dans l'ancienne Pannonie, dans un camp retranché, immense et rempli des dépouilles du monde, le Ring. Pépin, fils de Gharlemagne, s'empara
RtES CABLOVINGIBNS. — CHAIlLEAtAGISE. 333
ng après de sanglants combats, et imposa un tribut auidôbrisdes Avares ( 796}. Alors fut constituée la froiitii'ire ou marcbe de l'Est, l'Osireieh, Autriche. Les Italiens avaient aussi appelé Charlemagne au midi; il franchit les Pyrénées et repoussa les musulmans jusqu'à l'Èbre, mais le désastre de Roncevaux, où Roland périt avec l'arrière-garde de l'armée sous les coups desVascons (778), compromit les premiers succès, et le duché de Barcelone ne fut définitivement organise qu'en 812 par Louis, fils de Charlemagne, que celui-ci avait fait roi d'Aquitaine.
ÉtabUuemflot da Solnt-Em^ lomiilD (SOO).'
Toutes ces guerres avaient rendu Charlemagne maître de presque tout l'Occident. Son empire avait pour frontières au nord et à l'ouest, l'Océan, depuis l'embouchure de i'Elbejusqu'àlarive espagnole du golfe de Gascogne; au sud, les Pyrénées et au delà une partie du cours de l'Èbre; en Italie, le fiarigliano et la Pescara, à l'exception de Gaële, que les Grecs tenaient encore ; en lUyrie, la Cettioa ; à l'est, la Bosna, la Save jusqu'à son confluent avec té Danube, la Tbeiss, les montagnes de la Bohême, la Saale, l'Elbe et l'Eyder, Et en dehors de cette vaste enceinte se trouvaient les peuples tributaires, Navarrais, Lombards deBénévent, Saxons Nordalbingieas,Obotrites, Wiltzes, Sorabes, etc. L'empire d'Occident était reconstitué; le pape saint Léon III, de conceri avec les Romains, voulut consacrer solennellement ce fait en ressuscitant le titre d'empereur en faveur du défenseur de la papauté et de la chrétienté. Le jour de Noël, 25 décembre de l'an 800, le roi des Francs étant venu entendre la messe dans l'église de saint Pierre, comme il était debout incliné deti'HQtel pour faire aa prière, le pape lui mit de sa
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main sur la iéte une coujronne, et aussitôt tout le peuple s*écria : a A Charles Auguste, couronné de la main de Dieu, graiMi ^t pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! »
Ainsi fut établi le Saint'Empire Romain^ qui investissait l'empereur d'une véritable suprématie $ur tous les peuples et princes chrétiens de TOccident, mais sous la suzeraineté morale du pape, qui avait seul le droit de conférer cett^ dignité suprême en sa qualité de vicaire do Jésus^brist sur la -terre. Magnifique création qui eût bientôt rendu l'Europe maîtresse du reste du monde, si elle avait été aussi bien comprise par la postérité qu'elle rétait par Léon UI et par Gharlemagne, et si les empereurs n'avaient trop souvent tourné contre l'indépendance de l'Église un pouvoir qu'ils ne possédaient que pour sa défense. La dignité impériale n'était ni purement élective, ni purement héréditaire, ni divisible ; elle avait pour base l'union des deux pouvoirs spirituel et temporel, et la subordination de ce dernier au premier en tout ce qui touchait au fondement même de la société, ou bien aux intérêts spirituels de ses membres. Tel fut le système politique du moyen âge, qui mettait au-dessus de tout le Souverain-Pontife, comme représentant de Dieu, l'àme au-dessus du corps, et qui faisait de l'empereur et des rois des défenseurs de l'Eglise, lien suprême de la société. L'œuvre de Gharlemagne a été détruite ; personne ne peut en contester la grandeur. .
Gharlemagne, empereur, s'occupa d'organiser l'administration. Il partagea l'empire entre ses trois fils, Ghaeles, PÉPfN et Louis, qui eurent le titre de rois (806), et, les deux premiers étant morts, il fit un nouveau partage (8J3) entre Bernard, fils de Pépin, qui fut roi d'Italie et de Bavière, et Louis, qui eut le reste avec la future succession à l'empire. L'empereur voyait tout par
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lui-même ou par ses ministres : les missi dominici (envoyés du jn^tre ) parcouraient quatre fois par an les prpvinc^s^ toujours deux par deux, un ecclésiastique et pu laïque, afin de se contrôler l'un par Tautre, et de j>(Hurvoir aux besoins religieux et civils. Les provinces conservaient leurs ducsy comtes, viguiers oncenterUers. Les circonscriptions ^'appelaient comitats ou comtés^ pagi ou paysy centem ou canton»; les comtés frontières avaient le nom de marches [mark^ limite). Le service militaire continua d'être gratuit. Il était dû par tout poss^seur de douze arpents au moins ; les évêques et les abbés en étaient exempts, mais ils devaient envoyer leurs hommes à Tarmée. La justice était administrée dans les assemblées provinciales par un certain nombre de scabins ou éckevins, au moins au nombre de sept, qui formaient un jury et jugeaient sous la présidence du comte ou* du centenier; on pouvait appeler de leurs jugements aux missi dominici.
Lettres et adenoes.
Les soins de Gharlemagne s'étendaient à tout; il n'oublia pas les lettres et les sciences, que les invasions avaient réduites au plus déplorable état, mais que les monastères et l'Église avaient sauvées d'un complet abaissement. La littérature païenne avait été en complète décadence à partir du troisième siècle, et Julien l'Apostat avait en vain essayé de la ranimer au quatrième; mais, pendant qu'elle tombait, la littérature cbrétienne grandissait chaque jour : le quatrième siècle et le cinquième présentent de magnifiques noms littéraires, comme ceux de saint Augustin, de saint Chrysostome, et de tant d'autres qu'on a eu occasion de faire connaître. Les siècles suivants furent moins heureux ; les monastères con-
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servaient seuls les lettres eu Grande-Bretagne et dansquelquescentres de l'Italie. C'est là que Charlemagneallachercher les instruments de la régénération qu'il méditait Pierre de Pise, Paul le Diacre, et surtout Alcùin, moine anglais qu'il attira à sa cour, Taidèreutdans cette œuvre. Une école fut établie dans le palais même, et Gharlemagne assistait souvent aux leçons pour encourager les élèves. Les études étaient partagées en deux ordres : le irivium (les trois voies) qui comprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique ; et le quadrivium ( les quatre voies), qui comprenait l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. La théologie formait une science à part et occupait la première place. Charlemagne fit recueillir les chants historiques des Francs, il composa lui-même une grammaire de la langue germanique, des artistes furent appelés par lui d'Italie et de Constantinople et l'architecture prit un nouveau caractère connu sous le nom de style roman ou byzantin; un Vénitien, nommé Georges, construisit le premier orgue dans l'empire franc. La civilisation fit ainsi de grands progrès sous Charlemagne ; tout le neuvième siècle s'en ressentit, et quand de nouvelles calamités vinrent la faire reculer au dixième, elle se trouva assez fortç pour ressusciter aussitôt au onzième.
Conclusion.
Bossuet, dans son Discours sur r histoire universelle, s'arrête à la mort de Charlemagne ; il se proposait d'écrire un second discours dans lequel il aurait étudié le reste des révolutions des empires, depuis Charlemagne jusqu'à son temps; la conclusion de son Discours, qui peut s'appliquer aussi bien aux temps qui ont suivi Charlemagne qu'à ceux qui l'ont précédé, sera donc parfajtement placée ici :
COSCLIISIO». 837
• Souvenez-vous, dit Bossuet, que ce long enchaînement des causes particulières , qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes do lous les royaumes; il a tous les cœurs en sa main : tantflt il relient les passions , tantôt il leur ISche la bride ; et par là il remue tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants : il fait marcher l'épouvante devant eux , et il inspire à eux et k leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs : il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance; il leur fait prévenir les. maux qui menacent les États, et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit; il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances : il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même: elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contre-«oup porte si loin. Quand il veut Iflcher le dernier, et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. L'Égyple , autrefois si ss^e , marche enivrée , étourdie et chancelante, parce ■que le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils : elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle est perdue. Mais que les hommes ne s'y trompent pas : Dieu redresse quand il lui plaît le sens égaré; et celui qui insultait à l'aveuglement des autres tombe lui-même dans des ténèbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose, pour lui renverser le sens, que ses longues prospérités. a C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne :d ni de forVune , oMÇM\(Sîvîi-«o.*«<i.-
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lement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à Fégard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'està-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte, tout concourt h h même fin, et c'est faute d'entendre le tout que nous trouvons du hasard ou de Vitré-' gularité dans les rencontres particulières,
c( Par là se vérifie ce que dit l'apôtre , que « Dieu ^t « heureux y et le seul puissant , Roi des rois et Seigneur u des seigneurs. » Heureux, dont le repos est inaltérable, qui voit tout changer sans changer lui-même y et qui fait tous les changements par un conseil immuable ; qui donne et qui ôte la puissance ; qui la transporte d'^Il homme à un autre , d'une maison à une autre, d'un peuple à un autre , pour montrer qu'ils ne l'ont tous . que par emprunt, et qu';l est le seul en qui elle réside naturellement.
a C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir^ loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main , qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils.
a Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspirait au peuple romain un amour immense de la liberté , il ne songeait pas qu'il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée , par laquelle la tyrannie gu'jl voulait détruire devait être un jour rétablie plus