CHAPITRE PREMIER
LA C1T1LI8ATI0N PAÏEKNE.
Quatre divisions : Lettres, sciences et arts ; Philosophie ; Religion ; Mœurs et coutumes.
$ I'*^. — Lettres, sciences et arts,
La littérature, les sciences et les arts forment les objets principauxauxquels s'applique l'intelligence de l'homme. Les arts se proposent l'utile ou l'agréable, ce qui les distingue en arts utilçs ou mécaniques, comme l'agriculiurei e| l'industrie, et en arts libéraux , comme la musique , l'architecture, la sculpture et la peinture; les seconds s'adressent à l'âme par les sens, les premier^ n'ont pi^s d'autre objet que la conservation ou le bien-être physique de l'homme. L'objet des sciences est la vérité. Pendapt que les arts s'adressent plus particulièrement à la sensibilité, les sciences s'adressent surtout à l'intelligence, comme les mathématiques, les sciences dites naturelles (physique, chimie, histoire naturelle), et, dans un ordre plus élevé, la théologie et la philosophie. La littérature constitue l'ensemble des productions de l'esprit humain, en tant qu'elles sontexprimées par le langage et par l'écriture. On donne spécialement le nom de
LA CIVI|«ISAT10N PAÏBNNE. 11
helles'lettres à celles de ces productions qui ont pour but de plaire en même temps que d'instruire, et qui se rapprochent ainsi des beaux-arts, comme la poésie, l'histoire et l'éloquence (1).
Littérature grecqae et latine. ' I
La littérature latine, ou littérature des Romains, dérive de la littérature grecque, dont elle n'est qu'une imitation ; celle-ci a elle-même emprunté à l'Egypte, à l'Inde et à la Phénicie, d'où lui sont .venus sa langue et sa religion, mais comme les autres monuments ont péri, et que, d'ailleurs, ils n'étaient sans doute pas aussi parfaits que les monu-^ ments laissés' par la Grèce, la littérature grecque est considérée comme une littérature originale et primitive,
C'est la plus ancienne dont il reste des monuments cer-r tains et des chefs-d'œuvre étendus, à l'exception de celle des Hébreux , qui présente les monuments authentiques les plus anciens.
Les littératures originales commencent toutes par la poésie. On a d'abord chanté lés merveilles de la nature, les grandeurs de Dieu et les exploits des héros. La poésie, fidèle à sa mission chez les Hébreux, se. prostitua chez les païens aux idoles et à tous les vices enfants de l'idolâtrie, mais elle conserva en partie le souvenir de sa mission. Elle fut, en effet, d'abord toute religieuse chez les Grecs : Orphée, Musée et lAnus , qui vécurent avant la guerre de Troie, ne se servirent de la poésie que pour instrai/e les hommes sur leurs devoirs envers la divinité et leur donner des préceptes de morale ; mais les quelques vers qui sont venus jusqu'à nous sous leur nom da-
(1) Ob troàvera le déveioppemeat de tout ce qui a rapport au mouvement inteUectuel dans les volumes consat^rés à la littérature, aux sôeocci et aux arts.
12 EMPIBB ROIfAlN.
lent probablement d'une époque postérieure. Comme ces poètes chantaient leurs vers en s'accompagnantde la lyre, on a donné à leur poésie le- nom de poésie fyrique.
Après avoir chanté les héros et les dieux, on se mit à raconter leur histoire et leurs exploits : ce fut Tobjet de la poésie épique. Deux chefs-d'œuvre, sortis de l'imagination du même poète, se placent dans ce genre à la tête de la littérature grecque : ce sont l'Iliade, qui raconte les funestes suites de la colère d'Achille au siège de Troie, et l'Odyssée, récit poétique des aventures d'Ulysse. Homâke, qui est l'auteur de ces poèmes, vécut vers l'an 900 avant l'ère chrétienne, environ trois cents ans après la prise de Troie , plus de sept cents ans après Moïse. Sept villes se sont disputé l'honneur de lui avoir donné le jour ; Smyme parait l'avoir emporté. Homère était devenu aveugle dans sa vieillesse, et il allait de ville en ville, chantant des fragments de ses poëmcs pour gagner sa vie. On a prétendu que riliade et l'Odyssée n'étaient pas de lui, ni d'un seul poëte : c'est une opinion qu'il est difficile de soutenir en présence d'une tradition universellement acceptée, et de l'unité merveilleuse qui règne dans les deux poèmes. Un autre poëte, contemporain d'Homère, né à Cumes , en Asie Mineure, et élevé à A sera, en Béotie, a laissé un poème sur l'agriculture, intitulé les Travaux et les Jours, une Théogonie ou généalogie des dieux, et un fragment de poème connu sous le titre de Bouclier d^ Hercule : c'est Hésiode,
Après ces deux grands poètes, il y eut comme un moment de silence en Grèce. On ne peut citer , pendant un assez long intervalle, que quelques noms, comme ceux de Terpandre (vers 650 av. J.-C), qui était à la fois poëte et musicien ; de Tyrtée, célèbre dans la seconde guerre de Messénie ; de Dracon, le législateur athénien, etc. Du septième au cinquième siècle avant Jésus-Christ, fleuri-
renl un assez grand nombre de poètes lyriques : Alcman, de Sardes, en Lydie (vers 650) ; Stésichore, d'Himère, en Sicile (vers 625); Alcée^ deMitylène, dansTîlede Lesbos (vers 600); Sapho^ contemporaine et compatriote d'Alcée, et qu'on nomma la dixième Mme; Anacréon^ de Téos, en lonie (vers 500) , poëte gracieux, mais immoral dans la plupart de ses productions; Simonide, deriledeCéos, Tune des Cyclades (mort en 468), et, par-dessus tous les autres, PnvDARE, le plus grand lyrique grec , né à Thèbes , en Béotie (mort en 456 av. J.-C. ). Deux poètes se distinguèrent pendant cette période-par leurs vers satiriques : ce furent Archiloque^ né à Paros (mort en 635 av. J.-C), et HipponaXj d'Épbèse, qui vécut au milieu du «sixième siècle avant Tère chrétienne.
Le cinquième siècle avant J.-C. fut le plus brillant de la littérature grecque : c'est le siècle de Périclès , qui vécut de 494 à 429. Alors brillèrent les poètes tragiques Eschyle (mort en 456), Sophocle (mort vers 405), et Euripide ( mort en 402 ), qui avaient succédé à Thespis , regardé comme Tinventeur de la tragédie , vers le milieu du sixième siècle :
Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie, Promena dans les camps cette heureuse folie,
a dit Boileau. Tous ce^ poètes florissaient à Athènes , avec les poètes comiques Etipolis , Cratinus , et Aristophane ( né en 450), qui n'épargnait dans ses comédies ni les dieux ni' les hommes. Les excès de la comédie arrivèrent à un tel point , qu'on fut obligé d'y mettre des bornes par des lois sévères. La comédie, ainsi modérée, fournit encore un grand nom au siècle suivant , celui de MÉNANDRE (mort en 290 av. J.-C).
Après le siècle de Périclès , la poésie gTecç\\ie. VovsvW
14 EMPIRE BOMAIN.
en décadence. A l'influence d'Athènes, succéda celle d'Alexandrie et de la cour des Ptolémées , et Ton ne vit plus briller que quelques noms , comme ceux de Cah timaque, auteur d'hymnes et d'épigrammes (mort vers 250 av. J.-C. ) y d'Apollonius de Rhodes, auteur d'un lon^ et froid poème sur l'expédition des Argonautes ( xaoxi vers 196), et des poètes bucoliques T^éocrits, né à ^yra^ cuse , Bio» j né à Sipyrn^, lloiohus , né à Syracuse , qw fleurirent tous trqis au troisième sièple avant J.-C. 0)^ le même temps vivait Aratt^s, né eq Gilicie , qui écrive un poème intitulé les Phénomènes, sur l'astropomi^; il ne faut pas le confondre avec le général de la li|;ue de,4 Achéens.
L'histoire ne se perfectionna en Grèce qu'assez lopgtemps après la poésie. Il n'y eut d'abord que de secs chroniqueurs ou logographes^ qui n'excitaient aucun in* térôt. Les beaux livres historiques de la Bible avaient presque tous été écrits lorsque parut HiROBOTE, qu'on a surnommé le père de r histoire, parce qu'il sut le premier, chez les Grecs , introduire l'art dans le récit des faits. Hérodote était d'Halicarnasse , en Carie; il vécut de 484 à 406 av. J.-C. Quand il lut son histoire aux jeux Olympiques, les Grecs ravis le couvrirent d'applaudissements, et les Athéniens voulurent qu'il en recommençât la lecture à la fôte des Panathénées. Hérodote s'est proposé de raconter les guerres médiques , et iocidemmoût il raconte l'histoire des Égyptiens , des Assyriens et des Perses. Thucydide (471-395 av. J.-G. ), continua Hérodote jusqu'à la un de l'expédition de Sicile par les Athéniens; plus concis et plus nerveux que son devancier, il écrivit plutôt pour les hommes d'État que pour le vulgaire. Après ces deux grands historiens , il faut encore citer Xénophon (445-354 av. J.-G.), qui a continué l'histoire de Thucydide jusqu'à la mort d'Ëpami-
LA CIVILISATION PiÏENNE. 15
nondas, raconté la retraite des Dix-Mille, et écrit un roman historique sur Cyrus, la Cyropédie; Polybe (206 à 124 av. J.-C. ), fils de Lycortas, stratège des Achéens , ami du second Scipion TAfricain , et qui a écrit la vie de Philopémen, la guerre de Numance et une histoire générale ;Plutarque, qui appartient au premier siècle de Tère chrétienne , et qui a écrit la vie des principaux héros de la Grèce et de Rome , en comparant les uns aux autres; Dmys d'Halicarnasse, mort dans le même siècle, auteur d'une histoire romaine dont il ne reste malheureusement que des fragments , etc.
L'éloquence devait fleurir dans une république comme celle d'Athènes , où les orateurs étaient en même temps des hommes d'État. Aussi y avait-il toute une classe d'hommes qui enseignaient l'art de la parole sous le nom Ae rhéteurs et de sophistes. Thémistocle, Périclès, Alcibiade étaient de grands orateurs; Démosthène les effaça tous. Il eut cependant un rival habile dans Eschine, qui soutenait le parti macédonien, pendant que Démosthène le combattait. Outre ces deux rivaux, on compte huit orateurs athéniens plus célèbres que les autres , et qui forment avec eux les dix orateurs attiques par excellence : ce sont Antiphon, disciple de Socrate ; Andocide, ^Lysias, Isée, Lycurgue, Hypéride, Dinarque et /soerate, le plus doux et le plus poli d'entre eux dans son style. La perte de l'indépendance amena la chute de l'éloquence; un seul orateur mérite d'être cité après les précédents : c'est Démétrius de Phalère , qui contribua lui-môme à accélérer la décadence en sacrifiant à de vains ornements du style le fond même de la pensée. A partir de ce moment , il y eut encore des rhéteurs et d'éloquents discoureurs ; il n'y eut plus d'orateurs.
On retrouve chez les Romains les mêmes genres de littérature que chez les Grecs, mais il y amoiu^ A^wçfCû&
tû EMPIRE UOMAIN.
célèbres et moins de chefs-d'œuvre. Jusqu'au siècle qui précéda l'ère chrétienne , on peut à peine citer quelques noms. On possède seulement quelques fragments de chants grossiers et des ébauches informes de drames appelés fables atellanes (1), avant les guerres puniques. Pendant cette période des guerres avec Carthage qui mit les Romains en contact avec la civilisation grecque, on voit paraître Livius Andronicns , prisonnier tarentin, qui traduisit VOdyssée d'Homère et composa quelques drames comiques et tragiques (c'est déjà l'imitation de la Grèce) ; puis Nœvius, qui fit aussi des comédies et des tragédies, un poCme sur la première guerre punique, et qui traduisit V Iliade d'Homère ; Ennius ( mort vers 169 av. J.-C. ), ami de Scipion , auteur de poômes dramatiques et didactiques , et surtout d'une espèce de poôme épique intitulé les Annales, Virgile , qui lui a emprunté plusieurs vers , disait qu'il tirait des perles du fumier d'Ennius. Deux grands poOtes comiques, qui n'ont pas été surpassés chez les Romains, parurent alors : Plaute (mort en 184 av. J.-C), etTÉRENCE (mort en 159), esclave carthaginois ; le premier plus véritablement comique , le second plus élégant. L'éloquence était aussi cultivée, et Ton sait que Caton le Censeur, les Gracques , Licinius Crassus , Marc-Antoine, grand-père du triumvir, étaient de grands orateurs , mais il ne reste rien d'eux.
Depuis la mort de Sylla jusqu'à celle d'Auguste brillent les plus grands noms de la littérature latine. L'invasion des arts et des lettres de la Grèce était alors complète. Dans la poésie, on voit fleurir Lucrèce ( mort en 51 av. J.-C), qui chanta les doctrines matérialistes d'Épicure, et qui se donna la mort dans un accès de frénésie ; Virgile (mort en 19 av. J.-C ), émule de Théo-
(É) De )a pelite vHlc d*Atella, en Campanie.
LA CIVILISATION PAÎKKNE. 17
crite dans ses Ér/logues (1), d'Hésiude dans ses Géorgiques (2), et d'Homère dans son Enéide (3); Horace (mort l'an 9 av. J.-C. ), rival de Pindare dans le genre lyrique, et auteur d'épîtres et de satires qui n'ont pas été surpassées; Ovide (mort l'an 17 après J.-C.), poète d'une fécondité merveilleuse, qui a chanté les métamorphoses des dieux et écrit des épîtres et des élégies ; Catulle, Tibulle et Properce , autres poètes élégiaques, à qui l'on doit malheureusement reprocher de n'avoir pas su respecter la décence. Rome avait en môme temps des historiens remarquables : Jules César, le dictateur, qui raconta la conquête de la Gaule dans ses Commentaires ; Salluste (mort en 38 av. J.-C.), auteur d*une histoire de la conjuration de Catilina et de la guerre de Jugurtha ; TiTE-LivE (mort en 18 apr. J.-C), qui écrivit l'histoire romaine d'une manière digne du sujet ; Cornélius Népos^ qui écrivit la vie des grands généraux de l'antiquité ; et Trogue-Fompée , auteur d'une Histoire de Macédoine et des Origines du monde ^ qui a été abrégée par Justin, au second siècle de l'ère chrétienne. L'éloquence avait aussi des représentants dignes de réputation : Jules César doit être nommé parmi eux à côté A'Hortensius^ qui balança quelque temps la renommée de Cigeron, que personne ne surpassa à Rome.
Pendant le siècle qui suivit la mort d'Auguste , les lettres latines se soutinrent encore avec éclat, quoique la décadence fût déjà sensible. Sénèqtje le Tragique, le môme peut-être que Sénèque le Philosophe, qui fut précepteur de l'empereur Néron, écrivit des tragédies élégantes, mais sans nerf ; Lugain, né en Espagne comme Sénèque ( mort en 65 de J.-C), composa un poëme
(1) Poésies pastorales.
(2) Poëme SDf TagricDlfure.
(3) Pùème épiqae où il raconte i'arrivée d'ÊnéeVu l\a\Vo.
épique , la Pharsale , sur la guerre civile entre César ^t Pompée ; Persp ( mort en 62 de J.-C. ) et Juyénal ( mort en 122 ) se distinçjLièropt dans la satire ; Mai^tjax (mort en 103), écrivit ^esépigramm^s, sorte dP petits pofiniW légcfs qui se ternïincnt par un trait }uq«»nt. t'élort quence ne pouvait guère survivre à la perte de la liberté politique ; on ne vit plus que des rhéteurs, jusque oe que le christianisme eût créé un nouveau genre qui éleva la parole humaine bien plus b^ut que pi^ l'^yi^ept fait les Démosthène et les Cicéron. Quintïlibn (inort yerj 120 ) donna , dans un ouvrage très-estimé , )es précepte^ d'un art qui se niourait. L'histoire était plus heureuse : à côté des npips moins illustres, in^is encore estiinat>lÇS| de Paterculus , de Quinte-Curce , de Suétone , de Florus et de Valère-lVïai5}.ime , elle inscrivait celui dp T^cnn (mort en 134], qui flétrit le^ corruption^ romaine^ dans ses Annales et dans ses Histoires , et qui fit connaître , dans sa Germa/nie , les peuples destinés \ renver? ser l'empire romain.
Arti et soieDoes obn les Grecs et les Romains.
I^es Anciens avaient fait de grands progrès dans (^19 sciences proprement 4ites et dans If s arts utiles, n)4is les sciences n'étaient cultivées que p^r un petit nombre d'hommes privilégiés. ILes modernes ne (f s put p^s surpassés dans )a science (j|e l'agriculture ; avec dp^ nioye^s de transport plus nombreux et plus commodes, il n'eat pas sûr qu'ils les aient surpassés dans le commerce : les noins de Tyr, de Garthage et d'Alexandrie rappellent à eux seuls des entreprises commerciales aussi étendues que celles de nos jours. Les Grecs cultivaifsnt plus le commerce et l'industrie, que les Romains, qui avaient, surtout dans les premiers temps, plus d'estime pour l'agriculture.
Les sciences naat}iématiques et physiques, moins avancées que de nos jour^, beaucoup plus aYaIiP(^escep^u4ftWt qu'on np Ip pense géuépaleoiept, étofeiit puUiypes »yec succè§. Ï^Uiépessité tew fit ^ipe }^ur§ pfpfftiep§ p^$ : l'f^fith w^ït^e^dipede^l^espinsjournaliers de la vie; le nombre des doigts des mains fit prendre le nombre dix cpmme base du sjstèn^e de numération ; les Orecs désignaient lesnombi^es parles lettres de leur alp}iabet; )es liomains empruntèrent ides Étrusques un systèn^ plus simple encore, qui rappelle une antique manière de compter par cinq : ainsi ils 4ésignaieut les quatre premiers nombre^ par J, n, ni, ini ou IV, et le cinquième p^r V qui représente la main ouverte, c'est-à-dire la totalité 4ps doigts de la m^n. Il était convenu qu'un chiffre pl^pé avant un autre d'une valeur supérieure, indiquait une soustraction : c'est pour cela que 4 pouvait s'écrire IIII ou IV, Deux fois cinq ou 40 se représentaient par le double V superposé, formant }f , et Ton formait ainsi les trois premières dizaines : X, }p[, XXX ; 1^ quatrième se formait d'une façon analogue à lY : on écrivait XL, 40, c'est-àdire 50 moins 10 ; ainsi pour 90, XG ou 100 moins 10, etc. On comprend que les lettres grecques et les chiffres romains n'étaient pas faciles à grouper pour les additions, les soustractions, les multiplications et les divisions : ces opérations, qu'il est si facile d'exécuter ^vec les chiffres arabes, demandaient alors, quand elle^ étaient un peu compliquées, l'emploi de petites boule§ placées sur divers rangs et ayant upe valeur cqnvpnue.
LsL géométrie naqujt aussi de la nécessité et de l'intérêt On en attribue l'invention aux Égyptiens, que les inondations du Nil obligeaient chaque année de rechercher les bornes de leurs l^érit^es. Les deux plus fameux géomètres de l'antiquité sont deux grecs : Èuclide, qui vécut à I4 cour de Ptolémée Lagus, et \&ca\}£îà!ûi£i^ \^ ôi<b\&w-
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seur de Syracuse. Il faut citer à côté d'eux Héron d*Alexandrie (vers 120 av. J.-C.), qui fit des automates, des clepsydres ou horloges à eau, des moulins à vent, et qui inventa une fontaine connue encore sous son nom , poiir faire jaillir Peau au-dessus de son niveau par le moyen de l'air comprimé.
L astronomie remonte aux premiers temps du monde. L'homme fut frappé, dès son apparition sur la terre, de la merveilleuse régularité des mouvements célestes, et c'est parleur moyen qu'il Aablit le retour fixe des saisons, des fêtes religieuses et des travaux de l'agriculture. Les Chaldéens sont regardés comme les pères de l'astronomie ; la tour de Babel a probablement été le premier observatoire du monde. On voit d'ailleurs les Chaldéens, les Indiens, les Chinois, les Égyptiens et les Hébreux à peu près aussi avancés dans cette science ; Noé avait sans doute transmis à ses enfants les connaissances acquises avant le déluge. La Grèce produisit plusieurs astronomes célèbres : Thaïes de Milet, né en Phénicie (mort en 548 av. J.-C.), qui expliquâtes éclipses et en prédit une pour 601 ; Anaximandre (mort vers 547), à qui l'on attribue Tinventionde la sphère, du zodiaque et des cartes degéographie;i4«aa?emè/ie(mortvers500), àqui l'on attribue la découverte des cadrans solaires, mais on sait, par l'histoire d'Achaz, roi de Juda, qui régnait au huitième siècle, quecescadransétaient connuslongtemps * auparavant en Orient. Anaximène croyait que le soleil et la terre sont plats; Pythagore (vers 540) savait que la terre est ronde et pensait qu'elle est habitée sur toute sa surface. L*athénien Méton, vers 432, imagina un cycle appelé maintenant nombre d*or, pour faire concorder les années solaires avec les années lunaires ; ce cycle est àe dix-neuf ans. Aristarqueywevs 280 av. J.-C., essaya de mesurer l0 diamètre du soleil, et î\ soxxçjijotvtvîl l^mouve-
Lï CIVILISAT 10
menl de lii terre sur son axe ; Eratostuène, qui viaL à la cour de Ptolémée Évergète , détermina l'obliquité de l'écliptique, ot mesura la terre avecune exacti tude qui montre que les niodernesont eu peuàfaire en ce genre après tes anciens : on donne aujourd'hui à la terre 40millions de mètres détour; ÉralosthÈoe avait trouvé 39,273,000 mètres. Les deux plus célèbres astronomes de l'antiquité sont • des Grecs, commeles précédents; HiPPAfloxJE{morten 125 av. J.-C,), qui décomTÎt l'inégalité de longueur des saisons et dressa des tables assez exactes des mouvements du soleil; et Ptolémée (deuxième siècle après J.-C), qui, saos découvrir par lui-même beaucoup de choses , coordonna les découvertes de ses prédécesseurs, et établitle système astronomique généralement adopté jusqu'à Copernic. Lesanciens, privés des instruments qui ont donné aux astronomes une seconde vue et des ressources que l'algèbre fournit plus tard pour les calculs compliqués, avaient cependant une connaissance assezexac le des mouvements apparents de la sphère céleste; ils admettaient sept planètes, le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupit«r Vénus et Saturne, et avaient range les étoiles en 49 constellations ; il y a peu de découvertes modernes que les Grecs n'aient au moins soupçonnées.
Le cours du soleil et de la lune sont les signes des temps etdesjours, selonl'exprcssion même dontse scrlla Bible lorsqu'elle raconte la création de ces deux astres ; la rotation de la terre sur son axe donne les jours , la révolution de la lune autour de laterre, les mois, et la révolution de laterre autour du soleil, lesannées. Lcsancienscroyaient la terre immobile et le soleil tournant autour de la terre en vingt-i(ualre heures, mais ces mouvements apparents les menaient au même but. La première difficulté fut de trouver la longueur exacte de l'année et du mois; on IMH^Mtûi't: que les ptemievs liommes Vu cotimv^m&'ox.
et qu*il n^ eut plus tard qu'à la retrouver. Mais une seconde difTicullé se rencontra, celle de faire concorder les mois lunaires , qui ne sont que de vingt-neuf jours et demi environ avec Tannée, qui est de 365 jours, et de maintenir les mois de Tannée en rapport avec les saisons; malgré le quart de jour qu'on néglige tous les ans. En faisant une année bissextile tous les quatre ans, c'est-àdire en faisant tous les quatre ans une année de 366 jours, on parvint à faire concorder à peu près exactement le cours du soleil avec les années (ij. Les Athéniens obtinrent la concordance des mois lunaires avec Tannée solaire en divisant Tannée en mois alternativement de 29 et de 30 jours, ce qui donnait 354 jours, et en ajoutant un mois supplémentaire de 30 jours les troisième, cinquième et huitième année de chaque période de huit ans [Octaétéride] ; on avait ainsi tous les huit ans 2922 jours, nombre exact des jours de huit de nos années , y compris deux années bissextiles. Les noms des mois étaient différents chez les divers peuples de la Grèce. A Athènes les trois mois du printemps étaient appelés scirophorion^ thargélioneimunychion ; ceux d'été ^boédromion, métagir tnion ei hécatambéon; ceux d'automne, posidéon, pya^ Qiepsion et mémactérion ; ceux d'hiver élaphébolion, anthesr térion et gamélion; on doublait le mois de posidéon dans les années intercalaires. Chaque mois se divisait en décades ; la première dite : du mois commençant ; la deuxième, du milieu du mois; la troisième, du mois finissant. Les jours de chaque décade se comptaient par premier, deuxième, troisième, etc., mais on les comptait
(1) On s'aperçut plus tard qu'en ajoutant un jour tons les quatre ans, on ajoutait un peu trop ; on supprima en conséquence une année bissextile tous les cent ans ; cette réforme qui complétait la réforme Julienne, se ûtau seizième siècle sous le pontiûcat de Grégoire XIU.
LA GIVIÙSATIÔN PAÏENNE. SfS
h rebours pour la troisième décade; le premier jour de chaque mois s'appelait Néoménie (nouvelle lune).
Les Romains divisaient aussi leurs mois en trois parties, mais inégales. Le premier jour de chaque mois s'appelait les calendes, d'où est veïiu le nom de calendrier; le milieu du mois prenait le nom àHde; les ides venaient huit jours après les nones , qui tombaient le 'i pour lés mois de mars , mai , juillet et octobre , et le 5 pour les huit autres mois ; de sorte que les ides de niars, mai, juillet et octobre étaient le 15 , et le 13 pour les autres mois. La manière de compter les jours n'était pas moins incommode , car on les comptait en rétrogradant. Ainsi , pour désigner le 20 janvier, on disait le 12 des calendes de février, parce que ce jour tombe douze jours avant le 1^** février (janvier ayant 31 jours) ; de môme le 8 avril s'appelait le 5 des ides d'avril, parce que le 8 est cinqjours avant le 13, jour des ides de ce mois, etc. La journée se partageait en 12 heures, plus ou moins longues selon les saisons. La première heure ou prime commençait au lever du soleil ; la troisième ou tierce finissait vers neuf heures du matin ; la sixième ou séxte, à midi; la neuvième ou none^ vers 3 heures du soir, et la douzième finissait au coucher du soleil. La nuit se partageait en quatre veilles commençant au coucher du soleil , vers neuf heures du soir, à minuit et vers trois heures du matin. On comptait du coucher d'un soleil au coucher du soleil suivant pour une journée.
Les anciens ne connaissaient pas nos horloges mécaniques. La hauteur du soleil ou des étoiles sur l'horizon servait à diviser la journée; plus tard on imagina les cadrans solaires, et enfin des clepsydres, ou horloges d'eau, et des sabliers. On attribue VuvNexvWow Asi'è» clepsydres à Ctésibius, qui vivait en Égjçle Net^X^'œNr
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lieu du troisièniie siècle avant J.-G. La clepsydre consis^ tait en un vase transparent , percé d'un petit trou à sa partie inférieure , et plein d'eau ; le liquide , en s'écoulant, indiquait la mesure du temps sur les parois du vase, au moyen d'une échelle de division. Le sablier était construit sur le même principe; l'écoulement du sable remplaçait l'écoulement de l'eau ; ce petit instrument a été conservé jusqu'à nos jours. Le langage porte des traces de ces anciennes manières de mesurer le temps; de là vient qu'on dit Vheure s'écoule, le .temps s'écoule,
La géographie dut ses premiers progrès aux voyages , au commerce et aux conquêtes. Les Phéniciens et les Carthaginois explorèrent une partie de l'Afrique ; ils pénétrèrent dans l'Océan Atlantique jusqu'à la Grande- Bretagne et peut-être au delà. Les conquêtes d'Alexandre firent mieux connaître TOrient, celles des Romains ouvrirent à la science l'occident et le nord de l'Europe. Au temps d'Homère, les Grecs croyaient encore que la terre habitée était entourée par un grand fleuve qu'ils appelaient Océan ; les pays qui ne touchaient pas immédiatement la Méditerranée étaient à peu près inconnus, les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) étaient l'extrême limite du monde à l'Occident. Au temps d'Hérodote, on avait fait des progrès : l'Orient était mieux connu; les colonies grecques établies sur toutes les côtes de la Méditerranée , les rapports avec les Phéniciens et les Carthaginois, avaient étendu les connaissances géographiques. Strabon , qui vécut sous Auguste et sous Tibère, et que le moyen âge a surnommé le géographe^ se servit de toutes les découvertes faites jusqu'à lui pour coordonner les connaissances géographiques; on connaissait alors, en dehors de l'empire roma/n, les grandes contrées limitrophes, la Germanie, la
Sannatie, la Perse, Tlnde , TÉthiopie, et Ton avait quelques notions vagues des pays plus éloignés , comme la Scandinavie , au nord de l'Europe , et la Chine, aux extrémités de l'Orient. La terre connue formait alors comme im immense quadrilatère qui s'étendait de l'Occident & l'Orient sur ime bande occupant toute la zone tempérée avec une très-faible partie de la zone glaciale et de la zone torride; et c'est de cette forme supposée que sont venues (es expressions de latitude et de longitude. Les sciences naturelles , physique , chimie , minéralogie , botanique et zoologie , faisaient partie des études philosophiques. On a vu que les Étrusques avaient une certaine connaissance des effets de l'électricité; les Égyptiens avaient des connaissances assez avancées en chimie; Aristote , chez les Grecs , Pline P Ancien, surnommé le Naturaliste (mort en 79 après J.-C. ), chez tes Romains , donnent dans leurs ouvrages l'idée des progrès faits dans les sciences naturelles. Vanatomie avait déjà fait des progrès considérables dès le temps d'Homère , quoique la dissection des morts fût interdite ; la botanique n'était guère cultivée que dans ses rapports avec l'agriculture et aveè la médecine ; c'est à peine si les anciens connaissaient six cents espèces de plantes ; mais la médecine avait fait dans l'antiquité des progrès qui n'ont guère été surpassés. La médecine est de même date, sans doute, que les maladies, et les maladies datent du péché du premier homme. Mais il est impossible de fixer le temps où la médecine est devenue un art et une profession. Dans l'origine, elle se bornait presque à l'usage des simples et à des conseils d'hygiène. La plus ancienne mention qu'on rencontre des médecins se trouve. dans la Genèse, qui dit que Joseph fit embaumer le corps de Jacob par des médecins ses ser\1tedrs.
Les pi cscrîptioûs hygiéniques recommaudèçi?» ;v\v ^cvx^^
20 EMPIfiE BOMATN.
hébreu par Moïse, qUl avait étudié les sciencofl de l'Egypte, indiquent que les médecins égyptiens avaient des connaissances solides à cet égard. On avait pris un moyen singulier, mais efficace , de faire avancer la médecine. En Egypte, comme dans tout l'Orient, l6s malades furent d'abord exposés en public, et ils récecevaient les consultations des passants instruits par leur propre expérience , ou se croyant tels. Plus tard , on exigea que les convalescents fissent inscrire dans les temples les symptômes de leur mal et les remèdes dont ils avaient usé avec succès. Quand les prêtres eurent recueilli un assez grand nombre de faits ils en compoposèrent une espèce de manuel de médecine.
Chez les Grecs , la médecine ne fit d'abord que des progrès fort lents. Homère nomme les deux fils d'Esculape, Machaon aiPodalire^ comme les plus célèbres médecins des Grecs pendant le siège de Troie. Plus tard, ce fut dans les temples d'Esculape que Ton pratiqua la médecine; les prôtres du dieu, nommés Asdépiades, étaient les médecins; le temple d'Épidaure, dans le Péloponnèse, était surtout fréquenté par les malades. HiPPOCRATE de Cos (né en 460 av. J.-C. ) , fonda la médecine scientifique ; il se distingua pendant la peste d'Athènes, qui emporta Périclès , et reftasa, dit-on, pour se consacrer aux Grecs , les présents que lui offrait Artaxerxès Longue-Main pour l'attirer à sa cour. Galien, de Pergame, au deuxième siècle de Père chrétienne, résuma tous les travaux de ses prédécesseurs. Les écrits d'Hippocrate et de Galien sont encore étudiés aujourd'hui.
Les beaax-arts.
Les anciens , et surtout les Grecs portèrent les bfeauxarts à une grande perfection. Le pTemiet de c»^^ ^tts^i^lus
utile encore qu'agréable, est YarchitecturCy qui prit naissance en Asie, comme tous les autres. La tour de Babel et les pyramides d'Egypte en sont les plus anciens monunuments. Les Orientaux aimaient surtout les formes grandioses ; les Grecs préféraient les formes gracieuses^ qui plaisent par Içurs proportions. Ils inventèrent |;rois ordres d'architecture : l'ionique , le dorique et le corinthien , auxquels les Romains çn ajoutèrent deu?:, le 1^^ can et )e composite. 0]fi entend par ordre, pn arphiteciure , l'ensemble des colppnes et d^ rental)leif)e|:ft : les colonnes isont des piliers ronds qui soutiennex^t qi^ ornent un bâtiment; l'enta})leii[ient est la partie de J'édifice qui repose sur les colonnes et ^'étend dp l'une à l'autre. La colonne se compose d'un piédestal parr^, qui repose sur le sol, d'une base, qui repose sur Ip piédestal, d'un fût, qui est la colonne elle-mémp, et d'uR chapiteau, partie supérieure, formée de plusieurs moulures et autres ornements, et couverte du taillqir, pierre plate et carrée qui le sépare dç l'f^ritablenieu^. L'entablement comprend l'architrave, qui représpntp une poutre, et qui repose immédiatement sur If^ mUpii* ; la frise, qui représente le plancher du bâtiment, et 1^ corniche, couronnement de l'orflre pntier, qui se compose de plusieurs moulures en saillie , mettant à )'abri des eaux du toit tout ce qui est au-dessous.
C'est par les proportions des colonnes pt pgr l^ forpap des chapiteaux que l'on distingua }es diyers prdrpg d'architecture. L'ordre toscan , le plus sjmplp de tQUs, a un fût sept fois aussi haut que le diamètre; la hauteur f)f) fût dorique est de huit diamètres , celle du ^^\ ionique de neuf, celles des fûts corinthien çt coipposite de dix. Les colonnes diminuent un peu de diamètre vers le haut. Le chapiteau toscan est dépourvu d'ornements ; la frise du dorique est omée, de distance en disia^uc^ , ô^^ tri-
28 EMPIBE BOMAir^
(jlyphcs^ espèces de bossages carrés c t longs imitant assez bien les bouts de plusieurs petites poutres qui por-
• teraient sur Tarchitrave pour former un plancher. Le chapiteau ionique se distingue par deux grandes volutes ou enroulements spiraux qui sortent de dessous le tailloir. Le chapiteau corinthien, qui est le plus élégant de tous, est orné de deux rangs de huit feuilles d'acanthe chacun , et de huit petites volutes qui sortent d'entre les feuilles. Le chapiteau composite s'appelle ainsi purce qu'il réunit le corinthien, et l'ionique : il a deux rangs de huit feuilles , et quatre grandes volutes qui sortent de dessous les quatre coins du tailloir.
Le plus souvent les colonnes sont unies ; souvent aussi elles sont cannelées, c'est-à-dire creusées de haut en bas de plusieurs petits canaux; d'autres fois elles sont torses ou bien taillées en bossages. Ordinairement elles répondent à autant de pilastres, espèces de piliers carrés, adossés au mur, et ayant les mêmes proportions et les mêmes ornements que les colonnes. Dans certains cas , ont remplaçait les colonnes ou les pilastres par des figures d'hommes ou de femmes qui supportaient l'entablement sur leur tête et leurs mains; les figures d'hommes s'appelaient atlantes^ et celles de femmes cariatides.
C'est au siècle de Périclès que l'architecture grecque produisit ses chefs-d'œuvre. Deux célèbres architectes athéniens, Ictinus et Callicrate élevèrent alors le temple de Minerve, le Parthénon, sous la direction de Phidias. Les . monuments d'Athènes et de Corinthe, les temples de l 'Asie Mineure, et surtout celui d'Éphèse, montrent une architecture dont la grâce n'a pu être surpassée. Les Romains devinrent plus tard les dignes rivaux des Grecs ; ViTRUVE, qui mourut sous le règne d'Auguste, est resté J'auteur classique de l'ancienne architecture. Les cirques»
/es amphithéâtres , les palais , les arcs-àer^lnoTivçVv^ ^ les
LA. CITIUSATION PAÏENNE. 29
temples, les basiliques , vastes édifices où les magistrats rendaient la justice, étaient les principaux théâtres où s'exerçait Part des architectes. Mais si l'architecture antique atteignit la perfection dans la Grèce , elle ne trouva pas les proportions qui élèvent l'âme vers Dieu; tout était pour le plaisir des yeux ou pour le bien-être du corps ; les temples païens satisfont l'esprit , ils ne disent rien au cœur; le christianisme seul sut trouver d'autres proportions et d'autres ornements qu'on a trop longtemps méprisés comme barbares, et les véritables temples furent construits.
La sculpture fut cultivée par les Grecs avec autant de succès que l'architecture. Elle conserva d'abord un peu de la raideur égyptienne, mais elle s'en dépouilla bientôt pour s'élever à la reproduction de la forme humaine idéalisée. Phidias (mort vers 430 av.J.-C.) est le prince des statuaires antiques ; Périclès l'avait choisi pour diriger tous les travaux qui transformaient Athènes ; on cite dé lui trois statues de Minerve, et surtout une statue de Jupiter Olympien. Scopas , qui travailla au fameux tombeau de Mausole; Myrorty qui excellait surtout à représenter les animaux , et Polyclète d'Argos méritent d'être cités à côté de Phidias, leur contemporain. Polyclète avait exécuté une statue dans laquelle il avait réuni avec tant de bonheur toutes les perfections du corps humain, qu'elle avait reçu nom de Cam)n , c'est-à-dire la Règle. Après eux, la sculpture produisit encore des chefs-d'œuvre, mais elle commença à se dégrader en s'adressant plus aux sens qu'à l'âme : Praxitèle ( mort vers 280) estcommele chef de cette nouvelle école, qui brilla surtout au siècle d'Alexandre ; après lui viennent Lysippe, qui obtint seul, avec Apelles et un autre peintre , l'honneur de représenter les traits d'Alexandre ; et Charès ,
qui construi^if h colosse de Rl^odes. Lesbeavxs.QMN^:^^'?»
30 EMPIBE ROMAIN.
(le sculpture exécutés à Rome au siècle d'Auguste et sous les empereurs sont dus à des Grecs; oq' ignore le nom de l'auteur de l'Apollon dit du Belvédère.
La peinture , au moins dans sa perfection, ne vint que longtemps ^près la sculpture; Homère, qui parle souvent de statues, ne fait aucune mention de tableaux. Les anciens peintres n'avaient pas à leur disposition autant de couleurs que les modernes; le blanc, le rouge, le jaune et le noir devaient produire , par leurs combinaisons, tous les effets. Les modernes y ont ajouté le bleuet le vert; ils ont de plus inventé la peinture à l'huile et sur toile, et cependant, s'ils ont égalé, ils n'ont pas surpassé les anciens. Ceux-ci ne peignaient qu'en détrempe et à fresque; en détrempe sur des tables de bois, avec des couleurs délayées seulement dans l'eau et de la gomme; à fresque , sur des murs enduits de mortier encore frais. Les plus célèbres peintres de la Grèce sont Polygnote y de Thasos (vers 400 av. J.-C), qui donna à la peinture tout son développement; Zeuxis, d'Héraclée (mort vers 400 av. J.-C.) et P ARRHAsius , son rival; PROTOGiNE, de Rhodes, contemporain d'Alexandre le Grand; et surtout âpelles, qui vécut à la cour 'd'Alexandre et de Ptolémée, et qui est considéré comme le plus grand peintre de l'antiquité. Il était le peintre préféré d'Alexandre ; un des portraits qu'il avait faits du conquérant inspira ce mot devenu proverbial : « H y a deux Alexandres, l'un invincible, le fils de Philippe, l'autre inimitable, l'ouvrage d'Apelles. » Un auteur a fait la remarque qu'il n'est point d'art qui ait été plus funeste pour les mœurs que la sculpture et la peinture (i). Ces deux arts n'étaient guère consacrés , chez les anciens , qu'aux plaisirs des sens ; il était réservé au christianisme de les relever en
(0 ffUtoire ancienne^ A. M. D. G,
les employant pour une fin plus raisonnable et plus pure. On ne peut guère se faire une idée de la musique des anciens, parce qu'il n'en est rien parvenu jusqu'à nous. Cependant on sait que la musique produisait chez eux des effets extraordinaires. Orphée, Linus et les anciens poètes s'en servaient pour accompagner leurs vers ; plusieurs instruments, comme la lyre, la cithare, la flûte, la trompette, etc., étaient employés dans la plus haute antiquité. La musique fut d'abord consacrée à chanter la divinité et les exploits des héros ; on l'employait à la guerre pourj animer les combattants; elle faisait partie de l'éducation; mais son usage dégénéra comme celui des autres arts : elle ne fut que trop souvent employée à amollir les âmes , au lieu de leur donner de l'énergie et du courage. Les anciens ne paraissent pas avoir connu le contre-pointy c'est-à-dire les parties doubles ; tout était à l'unisson. On pense que certaines mélodies conservées dans les chants d'Église remontent à ces anciens temps.
§ II. — Philosophie grecque et romaine.
L'esprit grec était doué d'une grande activité. Pendant que les uns employaient cette activité dans les lettres et dans les arts, d'autres la tournaient vers les sciences , et surtout vers l'étude des questions les plus importantes pour l'homme, celles qui intéressent son origine et sa fin. De là naquit la philosophie , dont le nom signifie amour de la sagesse, et qui fut, chez les anciens, un moyen de retrouver la vérité au milieu des erreurs accumulées par l'idolâtrie. Mais ces sages , livrés à leur seule raison, et détournés trop souvent par leurs passions et leurs préjugés, n'atteignirent jamais complètement le but; à côté des plus sublimes vérités, on leur voit enseigner les absurdités les p\\is i^\çîîcAfc^,\ia.
32 £IIPIBF. BOMÂlN.
philosophie préparait doublement la prédication de l'Évangile : en détruisant d'un côté la croyance aux faux dieux, et en montrant, de l'autre, l'impuissance de la raison humaine à atteindre par ses seules forces la vérité complète ; mais elle fut aussi un obstacle à la prédication évangélique, parce que, fière de ses découvertes, elle fut longtemps sans vouloir reconnaître dans le christianisme cette vérité qu'elle faisait profession de cher« cher.
Les sept sages.
La philosophie grecque commença en lonic. Thalès, originaire de Phénicie , vint se fixer à Milet vers 587 av. J.-C, et fonda une école philosophique sous le nom d*école ionienne. Il s'occupa de rechercher l'origine du monde, admit comme principe matériel des choses Tcau ou l'état liquide , en y ajoutant un principe de mouvement. Il reconnaissait la divinité, et disait que tout est plein de Dieu. C'est l'un des sep^ 5a^es de la Grèce; sa maxime favorite était : Connais-toi toi-même (1). A7iaximandre, son contemporain, prit pour premier principe V infini, tandis qn'Anaximène, disciple d'Anaximandre, remplaçait Vinfini par Vair. Heraclite, d'Éphèse, qui florissait vers 500 av. J.-C. , prenait le feu y mais un feu différent du nôtre , pour premier principe, et il disait que le monde doit périr dans un embrasement général. Démocrite, d'Abdèrc, expliquait tout par les atomes, le mouvcmcnl et le vide; Anaxagore, do Clazomènc, admettait aussi Icsatomes, mais il y ajoutait une intelligence pure qui les avait combinés. En général, l'école ionienne avait une tendance marquée vers
(1) On a vu plus liaut que Tlialcs avait des connaissances astronomitiues avancées.
le matérialisme ; aussi finit-elle par se fondre plus tard dans celle d'Épicure.
La race dorienne, plus sévère , donna naissance à une philosophie moins sensualiste. Pythagore, mort vers Tan 509 av. J.-C, dans un âge avancé, en fut le fondateur, n était né à Samos. Son école est connue sous le nom d^école italique, parce qu'après avoir voyagé en Cyrient et en Egypte , il vînt se fixer à Crotone , dans la Grande-Grèce. Ses disciples formaient une espèce de congrégation , sous le nom de Pythagoriciens. On n'était admis dans son école qu'après un noviciat de cinq ans, pendant lequel il fallait garder un silence absolu. Ces Pythagoriciens menaient une vie frugale , et s'ab^enaient de la chair d'animaux et des fèves ; ils croyaient à la métempsycose , et Pythagore prétendait se rappeler que son âme avait autrefois habité le corps de l'un des héros grecs qui avaient assisté au siège de Troie. Les nombres étaient tout pour Pythagore; c'étaient les principes des choses, ayant eux-mêmes pour principe l'unité où la tnonade; les dix premiers nombres avaient des propriétés merveilleuses, surtout la décade; Dieu était la monade des monades; le bien moral était l'unité; le mal moral, la diversité; la justice, l'égalité, etc. Les plus célèbres disciples de Pythagore furent Archytas, de Tarente ( mort vers 360 av. J.-G.), philosophe et géomètre, à qui l'on attribue l'invention de lavis et delà poulie, et la fabrication d'une colombe volante; TiméCy de Locres, qui ramenait tout à trois principes, Dieu, les idées et la matière ; et Empédogle ( vers 444 av. J.-C), qui admettait quatre éléments : le feu ou Jupiter, la terre ou Jùnon , l'eau ou Nestis , et l'air ou Pluton , et deux causes primitives , l'amitié qui unit les éléments , la haine qui les sépare. C'est l'attraction et la té^\il%\ow des modernes. On dit que voulant cacViet %a. mox\. ^X
34 EMPIRE AOMAIN.
passer pour un dieu, ^mpédocle se précipita dans le cratère de l'Etna; mais que le volcan, rejetant ses sandales et son Mton , démasqua sa vanité. Il est possible qu'il ait péri victime d'une trop grande curiosité scientifique.
XÉNOPHANE, de Colophon (mort vers 517 *v. J.-C), s§ fixa à Élée, dans la Grande-Grèce , et foi^da f^cole éléor tique^ dont les doctrines reposent sur )e panthéismie^ on la confusion de la créature avec le créateur, de {^ jvifh tière avec l'esprit. Papcénide développa le jsystèn^e d^ son mattre, que Z^non, d'Élée, soutint après )ui avec beaucoup d'éclat et de 3uccès à Athènes. Zépop réduisit la dispute en art, et fut le fondateur de la dialectique. On raconte qu'un jour qu'il argumentait pour prouyer que le mouvement n'existe pas, Diogène le Cynique, pour le réfuter, se contenta de marcher devant lui. V^n gument était excellent, mais on doit regarder raneç4Qt^ comme fausse, attepdu que Diogène ne vécut pas du tempft de Zenon.
A côté de ces écoles de philosophie, les Grecs ont 4f* signé sous le nom de s^ag^s quelques persoqn{)ges pél^ bres par quelque maxime passée en ppover})e et par un ensemble de bons conseils en n^orale et eu politique. Ce sont, outre Tbçilès, qu'on vi^nt de npuimer : SoLQif, le législateur d'A^l^ènes (mort yprs 559), dont la maxipié était : En tout y considérer la fin; Bus, de Priène, en lonie (mort vei^s 5QQ), qui portait avec lui toute sa /pr^lffi^i selon son mot, c'est-à-dire sa sciepce et sa sagesse; Chilon, de Lacédémqne, mort de joie d'avoir vu sou fils couronné aux jeux Olympiques; CiioBUjiE, roi 4e l-)l€| de Rhodes (mort vers 560 av. J.-C. ), qui aimait h répéter : <j{e la mesure en tout; faites du bifn à vos amis pour vom les attacher davantage, et à vos ennemis pour en faire des fimis; PilTAqus , de Miijlèue (.uvott en 579 av.
LA. CIYILISATION PAÏENNE. 35
J.-€.), et PÉRiANDRE, tyran de Corînthe, qui finît, après avoir gouverné sagement, par se rendre odieux à ses sujets par ses cruautés et ses vexations. Au, lieu de Périandre, on range quelquefois au rang des sept Sages Mysorty laboureur lacônien. On cite quelquefois aussi parmi eux le philosophe scythe Anacharsis. L'esclave phrygien Ésope, qui vécut à la cour de Crésus , et qui faisait oublier sa difformité et sa laideur pai^ ses bons mots et par les ingénieuses riioraïes de ses fables, connut là plupart de ces sages, et mérite d'être nommé en même temps qu'eux. ^
Soerate.
A la suite des philosophes étaient venues les sophistes^ qui avaient remplacé l'étude de la sagesse par l'art de la dispute, et qui s'étaient donné rendez-vous à Athènes, où leur profession devint très-lucrative. Le fils d'un sculpteur nommé Sophronisque, doué d'un esprit droit et incisif, recommandable par des vertus que les Athéniens ne connaissaient plus guère , bon citoyen et vaillant soldat, désintéressé, généreux, d'une égalité d'âme extraordinaire , entreprit de ruiner le crédit des sophistes et de réformer les mœurs d'Athènes. Cet homme était SocRATE, né en 470 av. J.-C. Il s'était accoutumé de bonne heure à une vie sobre, dure et laborieuse, et méprisait souverainement les richesses. Voyant une grande quantité d'objets précieux exposés eh vente : « Que de choses, dit-il, dont je puis me passer! » Il était pauvre, et ne rougissait pas de faire connaître ses besoins : « Si j'avais de l'argent, dit-il un jour devant ses amis, j'aurais acheté un manteau. » On se disputa le plaisir de lui faire ce présent. Sa patience el ^otv feç^îKsXfe à^âwe étonnaient tout le monde ; il trouvait, ^aw% ^ôi^^
36 EMPIBE BOMÀm.
de chez lui, l'occasion d'exercer ces vertus, grâce à rhumeur bizarre, violente et emportée de sa femme Xantippe. Un jour, après avoir vomi contre lui toutes les injures que sa colère put lui suggérer, cette femme finit par lui jeter un pot d'eau sale sur la tête : « Il fallait bien, dil-il en riant, s'attendre à la pluie après un si grand tonnerre. »
Socrate essaya la réforme par la jeunesse. Ses leçons , dont l'objet était sérieux, n'avaient rien de rebutant , à cause de la forme qu'il leur donnait. Il enseignait en tout temps et dans toute occasion , dans les repas, dans les conversations, à la promenade, à l'armée , au milieu des camps , mais c'était presque toujours sur le ton d'un badinage bienveillant qui avait des charmes môme pour les esprits les plus légers, et qui ne laissait pas un moment l'attention se fatiguer. Presque toujours il prenait k partie le disciple qu'il voulait instruire, et, par une suite d'interrogations qu'on a désignées plus tard sous le nom dHronie socraiiquef il conduisait ce disciple aux conclusions qu'il voulait tirer lui-même. Aussi l'ardeur des jeunes Athéniens pour le suivre était-elle grande, et voyait-on, à côté des Platon, des Xénophon, etc., les jeunes gens les plus frivoles, et Alcibiade lui-même, pour qui Socrate avait une prédilection particulière. Socrate n'a pas laissé d'écrits ; c'est par ses disciples que l'on connaît sa philosophie. Il combattit toute sa vie les sophistes qui passaient leur temps dans des disputes oiseuses, insista particulièrement sur la partie morale de la philosophie , et sur la connaissance de soi-même pour arriver à la perfection ; il recommanda la pratiqua de la vertu comme le plus sûr moyen d'être heureux, et appuya sur des preuves nouvelles l'existence de Dieu, la Providence et l'immortalité de l'âme.
LA GIVtLISÂTlON PAÏENNE. 37
La guerre qu'il fit aux sophistes lui attira de nombreux ennemis , que ne purent apaiser le courage et les vertus qu'il fit briller sous le régime des Trente tyrans. Dès l'an 424 av. J.-C. , le poëte Aristophane l'avait joué sur la scène dans sa comédie des Nuées. Vingt ans après, on l'accusa juridiquement de ne pas admettre les dieux de la république ei de corrompre la jeunesse. Il se défendit avec solidité; mais les juges étaient gagnés : ils le condamnèrent, et ne lui laissèrent que le choix de la peine, « Puisqu'il en est ainsi, dit Socrate , je me condamne, pour avoir consacré ma vie à l'instruction des Athéniens , à être nourri le reste de mes jours dans le Prytanée , aux frais de la république. » Le Prytanée était un édifice public où étaient logés et entretenus ceux qui s'étaient signalés par quelque genre de mérite, et qui étaient pauvres. La réponse de Socrate irrita ses juges ; ils le condamnèrent à boire de la ciguë , genre de supplice usité chez les Athéniens. Socrate prit tranquillement le chemin de la prison. Ses amis lui offrirent le moyen de s'évader ; il repoussa leurs offres, pour ne pas désobéir • aux lois. Un de ses disciples lui témoignant sa douleur de ce qu'il mourait innocent : ce Voudriez-vous , lui réponditr-il en souriant, que je mourusse coupable? » Il but la coupe empoisonnée , s'entretint encore avec ses disciples sur l'immortalité de l'âme, et mourut ( 400 av. J.-C. ) , après leur avoir recommandé de sacrifier pour lui un coq à Ësculape.
Athènes, selon sa coutume, passa bientôt de l'injustice aux remords : non contente de punir les accusateurs de Socrate, elle lui fit élever une statue de bronze, et poussa le respect pour sa mémoire jusqu'à lui dédier un petit temple comme à un héros et à un demi-dieu. Socrate joignait aux vertus morales des notions vraies svjj: VvcMXvciYiaïité de rame, sur /a Providence , sut Vuxôlè âL'\x\i\i\^>^
BMPIRE ROÊfAIN. '\
38 EMPIBB BOMATN.
créateur et conservateur de l'univers. Mais il n'enseignait ces vérités qu'à un petit nombre , il continuait à pratiquer en public le culte idolâtrique d'Athènes ; il pratiqua ce culte jusqu'à ses derniers moments , et on peut lui reprocher d'avoir trompé les hommes , pour s'en fairemieux écouter, en disant qu'il avait un ^en£e particulier qui lui inspirait tout ce qu'il disait. Il faut ajouter encore que des soupçons, peut-être fondés, s'élevèrent sur ses mœurs ; on peut juger, par la doctrine de Platon , son plus illustre disciple , qu'il regardait comme des vertus des choses que le christianisme flétrit comme des vices honteux. Socrate montra jusqu'où peut s'élever la sagesse humaine par les seules forces de la raison et de la vglonté humaine ; mais il resta encore bien audessous de la perfection du moindre des saints du christianisme. On a osé le comparer à Notre-Seigneur Jésus-Christ ; Jean-Jacques Rousseau a fait justice de ce blasphème : a Si la vie et la mort de Socrate , a-l-il dit, sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus-Christ • sont d'un Dieu. » La philosophie la plus sublime ne pouvait sauver le monde. Socrate a laissé quelques disciples qui ne s'accordèrent pas entre eux ; bientôt la philosophie grecque tomba dans les plus grands écarts; le maître ne put lui-môme faire un homme vertueux d'Alcibiàdë ; il en est bien autrement de Jésus-Christ et de seis apôtt*es.
Nouvelles écoles philosopbiqaes.
De tous les disciples de Socrate, Xénophon, le môttte qui avait dirigé la retraite des Dix-Mille , est celui qui A fait le mieux connaître sa doctrine, parce qu'il se contenta de reproduire ses idées sans chercher à les arrangBT en sjstème. Antisthène exagéra aiissitôt la docinne du maître : plaçant avec raison \a NfiTlw^xvvSL^^^M^ de
tout, et prétendant qu'il n'y a de laid que le vice, il s'éleva au-dessus de toutes les bienséances sociales, et fonda la secte des Cyniques, dont le fameux Diogène, de Sinope (mort en 323 av. J.-C), exagéra encore les austérités et les extravagances; 8ocrate disait à Antis* thène qu'il voyait passer l'orgueil à travers les trous de son manteau. Un autre disciple de Socrate, Aristippb, de Gyrène , plaça le bonheur dans le plaisir, et fut ainsi le précurseur d'ÉPicuRE (mort en 270 av. J.-G.) , qui enseignait cpie le plaisir est le souverain bien de l'homme, et qui n'arrêta pas les excès du sensualisme en faisant consister le plaisir dans les jouissances de l'esprit et du cœur autant que dans celles des sens ; le nom d'Épicurien devint justement une flétrissure. Platon (mort en 348 av. J.-C), mérita d'être surnomtné le Divin par les païens, à cause de la beauté de ses écrits et de la sublimité de ses idées; il enseigna une philosophie plus estimable; on découvre, dans ses écrits, à travers bien des erreurs , une suite de vérités si pures et si conformes à la révélation, qu'il y a tout lieu de croire que ce philosophe les avait puisées dans les livres saints, ou dans le commerce que ses voyages lui donnèrent l'occasion de lier avec les Juifs. Il donnait ses leçons dans les jardins d'un Athénien nommé Académus, ce qui a fait prendre à ses disciples le nom d'Académiciens. L'Académie se divisa bientôt en deux branches : l'une d'elles conserva les doctrines de Platon dans leur Intégrité; l'autre, fondée par Aristote, son disciple, les modifia sensiblement. Aristote, né à Stagyre, en Macédoine, mort en 322 av. J.-C, était venu à Athènes pour y suivre les leçons de Platon. Philippe le choisit pour être le précepteur d'Alexandre. Ce fut un génie étonnant : il fonda la logique , approfondit toutes les sciences coutvwe?» A^ %wv temps, et mérita de servir pendant des svècV^^ Ôl^ tosv-
40 BMPIBE ROMAIN.
dèle à tous ceux qui voulaient user du raisonnement pour convaincre les autres. Platon donnait beaucoup à l'imagination, Aristote ne voulait écouter que la froide raison : il ne se contentait que de principes rigoureux. Il donnait ses leçons dans une pronienade voisine d'Athènes, nommée le Lycée y et comme il les donnait en se promenant, on appela ses disciples péripatéticiens ^ d'un mot grec qui signifie se promener. Les péripatéticiens comptaient parmi les biens réels la santé, la fortune, la réputation, la gloire, et parmi les maux réels, la maladie, la pauvreté, le mépris, etc. Les chrétiens savent que toutes ces choses ne sont des biens ou des maux que selon le bon ou le mauvais usage qu'on en fait. Deux autres écoles se placèrent à côté de celles qu'on vient de nommer. Pyrrhon (mort vers 300 av. J.-C), ne trouvant la vérité nulle part, affecta de douter de tout, de ne pas savoir s'il veillait ou s'il dormait, doutant même de son doute ; il fut le fondateur de l'école des sceptiques ou pyrrhoniens. Dans le même temps, Zenon de Cittium (mort vers 263 av. J.-C.) voulut réagir contre les tendances sceptiques et sensuelles des autres philosophes. Il tint son école sous le portique d'Athènes nommé le Pécile, ce qui fit donner à son école le nom de Portique ou École stoïcienne (stoa signifie portique en Grec). Zenon n'admettait d'autre bien que la vertu, d'autre mal que le vice; il proclamait le vrai sage seuMibre, heureux, beau, riche et môme roi, et il condamnait toutes les passions comme autant de maladies de l'âme. Lorsque Rome eut conquis l'univers, il ne se trouva plus guère en présence que des épicuriens et des stoïciens, les uns plongés dans toutes les hontes de la volupté, les autres réagissant contre ces hontes par un excès de rigueur qui allait jusqu'au suicide et jusqu'à la condamnaiion des plaisirs les plus iimoceivlç», Le^ ^^omavus qui
Lk CIVILISATION PAÏENNE. 41
conservaient encore un peu d'énergie se réfugièrent dans le stoïcisme, et pendant que Lucrèce chantait la doctrine d'Épicure, Caton d'Utique suivait celle de Zenon. Le paganisme n'avait pu trouver la vertu sans les exagérations qui la déparent et qui souvent la transforment en vice.
Les Romains ne formèrent pas d'école de philosophie. CicéroQ fit une espèce de composé de la philosophie grecque, et se rapprocha surtout de Platon. Après Tavénement de Jésus-Christ, les sectes allèrent se divisant de plus en plus : Sénèque , qui fut le précepteur de Néron, soutint les doctrines stoïcienne^, sans les pratiquer; Épictète, qui fut l'ami des empereurs Adrien et Marc-Aurèle, fut le modèle des stoïciens. A Alexandrie, on modifia les idées de Platon par les doctrines plus mystiques qui avaient cours en Orient, et il sortit de cet éclectisme ou choix, une nouvelle école, celle des néo-platanieiens, qui eut l'honneur de faire l'éducation intellectuelle de plusieurs Pères de l'Église. Mais aucune de ces écoles n'avait la vérité pure , toutes professaient des erreurs et des absurdités : tant, a dit un historien, tant la raison de l'homme, abandonnée à elle-même, était aveugle dans les plus grands personnages de l'antiquité païenne ! tant elle était incapable de dissiper cette ignorance qui, aidée des passions , avait plongé tous les peuples, excepté le peuple de Dieu, dans un abîme d'erreurs et de désordres, d'où l'Évangile seul a pu les tirer (1)1
S IIL — La religion.
On a fait connaître la religion des principaux peuples de Fantiquité, et particulièrement celle des Grecs et des Romains. Rome avait fini par adopter les dieux de
(i) Hisf. ancienne, A, H, D, G. .
42 BMPIAB AOMÀIN.
toutes les nations qu'elle avait subjuguées, do sorte que la capitale de l'univers était devenue le réceptacle de toutes les erreurs de la philosophie et de toutes les abominations de l'idolâtrie. Les absurdités des philosophes, celles plus grandes encore du paganisme ne dispositiept cependant pas les peuples à embrasser la vérité, parce que les unes satisfaisaient l'orgueil de l'esprit humain, tandis que les autres lâchaient la bride à toutes lea autres passions , tout en donnant une espèce de satis-? faction grossière au sentiment religieux que Dieu a mis au fond du cœur humain.
A l'époque d'Auguste, on pouvait dire encore aveo plus de vérité que du temps des anciens Égyptiens ; Tout était dieu, excepté Dieu lui-même. Les dieux so^ lennellement reconnus et adorés dans tout l'empire se divisaient en quatre classes principales : les dieux mar? jeurs, les dieux mineurs, les demi-dieux et les dieux étrangers. Vingt dieux composaient la première classe : Jupiter, Junon, Vesta, Minerve, Cérès, Diane, Mer* cure, Neptune, Apollon, Vénus, Mars, Vulcain, Janus, Saturne , Rhéa , le Génie du peuple romain , Pluton , Bacchus, le Soleil et la Lune, qu'on distinguait souvent d'Apollon et de Diane. Les douze premiers formaient comme le sénat du ' ciel. Jupiter était adoré sous une foule de noms : Férétrien, Latial, CapitoUn, Tonnant ^ etc. Il n'y avait que quatre dieux mineurs, appelé aussi indigèies ou nationaux : c'étaient Quirinus ou Romuius déifié. Hercule, Castor et Pollux. Les demi-dieux étaient innombrables ; on comptait parmi eux les trois Parques, les trois Grâces, les neuf Muses, Pan, Faune, Sylvkiri, Vcrtumne , Pomone , Terme , Paies , Flore , et plus t^r4 tous les empereurs, qui devenaient dieux à leur mort au mojen ^d'une proclamation du sénat qui faisait leur apo^âéose. Les dieux étrangers ètaVôivl ^luvcvçaleoient
LA CIVlMSàTION PAlENWE. 43
ceux de l'Egypte, Isis, Osiris, Serapis, Anubis, etc., que les Romains adoraient déjà sous d'autres noms sans le sfivoir. Quatre-vingt-dix-sept temples inférieurs, quatre-vingt-on;^e temples d'qrdï^e supérieur, trois cents édicules ou chapelles, trente autels publics et quatorze bois sacrés étaient dédiés à ces divinités à Rome et dans les alentours.
Des fêtes nombreuses attachaient le peuple à la religion. Les jours se divisaient ^n jours ie$ies, profesies, coupés^ fastes, néfastes et fériés. Les jours festes étaient tout entiers consacrés au culte ; aux jours pro festes, on pouvait vaquer aux affaires publiques et privées; les jours coupés ou interdsi , sacrés le matin , devenaient profestes le soir; aux îouv^ fastes, on pouvait plaider et se réunir dans la curie; on ne le pouvait pas dans les jours néfastes.
Chaque mois de Tannée avait ses fêtes. Le mois de janvier s'ouvrait par des sacrifices à Jupiter, à Junon, à Esculape et à Janus. Le 3 des nones du même Tmois, on célébrait en honneur de Minerve les Minervales, qui duraient cinq jours ; le 7 des ides, c'étaient les Agonales ou luttes en l'honneurjde Janus ; puis venaient'les Carmentales ^ fêtes en Thpnneur de Carmenta, déesse tutélaire de l'enfance ; puis, le 24 janvier, les Sementines, en l'honneur de Cérès, la déesse des semences; enfîn le â7, Castor et Pollux étaient honorés par des Equiries ou courses de chevaux. Les Compitales , fêtes en l'honneur des Lares des carrefours, terminaient chaque mois. Le mois de février était le mois des expiations ; on immolait un bélier, et le peuple visitait les bois sacrés le premier du mois. Aux ides, on visitait le temple d'Ësculape. Deux jours après , on oéléhvàitles Lupercales en l'honneur du dieu Pan, destructeur des loups; les folies de notre carnaval paraissent être un sowveuu die^ \^\^<^
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auxquelles on se livrait dans celte fêté. Le surlendemain, c'étaient les Quirinales, en l'honneur de Romulus divinisé , et les Fornacales^ en l'honneur de Fomax, femme que Ton considérait conraie ayant trouvé l'art de cuire le pain. Le 21 février était consacré au souvenir des morts par les Féralies; le 22, on célébrait les Termi-nales, en l'honneur du dieu Terme ; le 23 était le Régi-fuge, ou fuite des rois, en souvenir de l'expulsion d^s Tarquins. Le mois de mars, consacré au dieu père des Romains, avait les Matronales^ fêtes des matrones romaines ; les Libérales y en l'honneur de Bacchus ou Liber; les Quinquatries, qui duraient cinq jours, en l'honneur de Minerve, et qui étaient rehaussées par des combats de gladiateurs ; les Hilaries et les Grands jeux^ qui fêtaient le retour de l'équinoxe. En avril avaient lieu les Céréales, en l'honneur de Gérés; les Pâlies, en l'honneur de Paies; les Vinalies^ qui célébraient l'apparition des premiers bourgeons de la vigne, et les Robigales, supplications adressées aux dieux pour que la rouille ( robigo ou mbigo) ne vînt pas frapper les blés.
Le mois de mai était consacré aux aïeux. On célébrait, pendant son cours, les Floralies ou Jeux floraux, souillés par une grande licence. Au mois de juin, mois de la Jeunesse, revenaient les petites Quinquatries y pendant lesquelles les joueurs de flûte couraient la ville en masque et en habits de femme pour rappeler qu'un édile ayant autrefois fixé leur nombre à dix dans les convois, ils s'étaient tous retirés à Tibur jusqu'au moment où ce magistrat trouva le moyen d'éluder la loi en cachant leurs traits sous un masque et leur taille sous une robe. Au mois de juillet, ou de Jules César, les femmes esclaves fêtaient les nones caprotines , espèce de parodie de l'enlèvement des Sabines; puis venaient les Apollinaires,je\}X céy^A/^5au Cirque; l'anniversaire de YaxvamwckcedeGésar;
les Mercuriales, en l'honneur de Mercure ; les Ambarvales, pendant lesquelles les frères arvales chantaient des invocations à Cérès. Le mois d'août ou d'Auguste avait les Portumnales, fêtes des ports du Tibre ; les Consuales, fêtes du dieu Consus, pendant lesquelles avait eu lieu Tenlèvementdes Sabines; les secondes Vinalies, où commençaient les vendanges ; les Vulcanales , en l'honneur de Vulcain , à qui l'on immolait un veau roux. En septembre, une brebis noire était immolée à l'Érèbe, le préteur enfonçait le clou sacré dans la porte duCapitole, et Ton se livrait aux joies des vendanges. Le mois de novembre voyait la pompe des Brumales, ou fêtes d'hiver, et la cérémonie du lectisterne^ en souvenir de la peste qui avait ravagé Rome. Le dix-septième jour de décembre voyait commencer les Saturnales , grandes fêtes populaires en l'honneur de Saturne , pendant les sept jours desquelles les esclaves étaient en liberté. L'ordre social était alors comme renversé ; les esclaves prenaient la place des maîtres, ils se paraient de leurs toges, se faisaient servir par eux et ne leur épargnaient pas la vérité. Le premier jour, on s'envoyait des présents, que rappellent les étrennes des modernes.
Toutes ces fêtes , instituées dans l'origine pour perpétuer le souvenir d'événements remarquables ou pour célébrer les dieux et leurs bienfaits, avaient fini par devenir l'occasion de désordres effrayants ; au lieu d'élever les âmes , elles les corrompaient. La plupart étaient signalées par des jeux , par des combats de gladiateurs , par des représentations théâtrales qui étaient loin d'inspirer aux spectateurs l'amouï de la vertu et la haine du vice. Les pièces que l'on jouait sur le théâtre de Rome ne répondaient que trop, par leur obscénité, à la cruauté des combats de l'amphithéâtre. Elles étaient reçrésetitées en Vhonneurdes dieux et sur la àécvsVotv à.e^^w>î^\-
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fes. C'était par ces infamies que les divinités du paganisme voulaient être honorées dans les succès, et apaisées dans les calamités publiques. Il en est bien autrement des fêtes chrétiennes et des plaisirs auxquels préside le christianisme , mais quelles luttes ne devait pas avoir à soutenir une religion qui proscrivait tous ces plaisirs coupa-* blés auxquels les peuples s'étaient accoutumés I
$ IV. — Mœurs et coutumes, Nomi, vêtements, babitatioi».
Les Grecs n'avaient ordinairement qu'un nom , auquel on ajoutait souvent celui du père, en disant, par exemple, Socrate , fils de Sophronisque , mais ils n'avaient pas de noms de famille ; chez eux il y avait bien plus de mobilité que chez les Romains. A Athènes, on donnait habituellement h. l'enfant le nom de son grand-père. Les Romains avaient plusieurs noms, ordinairement trois : le nom de la famille, nomen; le nom propre de l'individu, qui se plaçait devant le nom , c'est-à-dire le prénom , pronomen; enfin le surnonj, cQgnomenyqxx^Qt^ plaçait après le nom. Il y avait souvent un second surnom qui désignait l'adoption dans une autre famille, ou qui rappelait le souvenir de quelque grande action, ou qui venait de quelque défaut naturel. Ainsi les noms du grand Scipion étaient Publius Cornélius Scipio Africanus : le premier était le prénom qui servait à le distinguer de son frère Lucius; le second était le nom de lafamille ou gens cornélia; le troisième indiquait la branche,particulière des Cornéliens à laquelle appartenait Scipion ; le quatrième était le surnom que lui valurent ses exploits en Afrique. Il n'y avait nas d'autres litres honorifiques à Rome, queceux-mêmes M charges que Von remplissait. Plus lard, au siècle de
Constantin, parurent les titres de duc [dux^ général), de comte (cjowes, compagnon), Aq nohilissime , Aq clarissi" 7/ic, etc., titres imposants, dit un historien, qui supposent le mérite , mais qui ne le remplacent pas.
L'habillement des Romains consistî^it en trois pièces principales : Vindusium , espèce de tunique de laine qui servait de chemise , et que les femmes portaient sur la peau; la tunique ^ ou vêtement de dessous à l'usage des deux sexes , et la toge. Tous ces vêtements étaient de l^ine, ce qui obligeait les Romains à se baigner fréquemment. Dans les premiers temps, c'était dans le Tibre que se plongeaient les jeunes gens; plus tard, on construisit des bains à l'usage de tous les citoyens , et les bains publics, devenus le rendez-vous des oisifs, furent une nouvelle source d'amollissement et de dépravation. La tunique était une robe courte qui descendait jusqu'au milieu de la jambe, et que l'on serrait avec une ceinture quand on voulait sortir. La toge était une robe longue , fermée par devant et sans manches ; elle enveloppait tout le corps , de manière que le bras drQJt sortait par en haut, et que du bras gauche on soulevait le bord inférieur de la toge. On reconnaissait la distinction à la manière dont celui qui la portait savait en arranger les plis et la retenir sur le bras gauche. On n^ se vêtait de la toge que pour paraître en public. Ordinairement ce vêtement était de couleur blanchâtre. Il tomba en désuétude au temps d'Auguste ; c'était une robe trop gênante et trop simple pour les Romains dégénérés qui recherchaient en tout Jeurs aises et les splendeurs du luxe. Les dames romaines, au lieu de la toge, portaient une robe traînante de diverses couleurs appelée ^to/a (étole),et par-dessus , quand elles sortaient, une espèce de manteau appelé palla. Elles se couvraient ia ièie d'un voile jaune. Les exitaiv\s> ôi^ ô\y
tinction portaient une robe particulière appelée prétexte , avec une petite boule d'or pendue au cou. A dixsept ans , ils quittaient Tune et l'autre pour prendre la toge, et ce changement de costume était l'occasion d'une fête de famille. Les marques distinctives du sénateur étaient principalement le laticlave , ou prétexte bordée d'une large bande de pourpre , et une chaussure noire qui montait jusqu'au milieu delà jambe. Les chevaliers, outre l'anneau d'or qu'ils portaient au doigt, étaient distingués par une prétexte dont la pourpre était moins large que celle des sénateurs et des premiers magistrats. A la guerre , ils quittaient la toge pour la casaque ou chlamyde, La saie ou le hoqueton était l'habit du fantassin. Les voyageurs s'en servaient aussi. Pour se garantir de la pluie , on portait un capuchon ( cucullus ) qui couvrait la tôte et les épaules. On ne faisait point usage de bas ; mais les personnes délicates se couvraient les jambes avec des bandes d'étoffe. On se chaussait avec des sandales ou avec des bottines et des brodequins.
Rome ne fut d'abord qu'un amas de cabanes. Les Tarquins commencèrent à lui .donner la physionomie d'une villC; Après avoir été incendiée par les Gaulois , elle fut rebâtie plus régulièrement. Elle fut pavée du temps delà guerre d'Antiochus; les conquêtes faites en Grèce et en Asie y introduisirent le luxe oriental et une architecture plus élégante. Auguste la couvrit de monuments; ses successeurs continuèrent son œuvre. Les maisons des particuliers différaient tout à fait des nôtres ; immédiatement après la porte d'entrée, on voyait une cour ronde ou carrée, atrium, autour de laquelle régnait un portique soutenu par des colonnes, à peu près comme le cloître denos anciens monastères. On y trouvait des salles pour les bains chauds ou froids, d'autres pour jouer i^
LA CnriLTSATION PAIENIXE. 49
la paume ou faire les différents exercices usités chez les Romains. Les anciens connaissaient le verre et le cristal, ils en fabriquaient toute sorte d'ouvrages, môme des colonnes , et cependant ils ne songèrent pas à remployer pour fermer leurs fenêtres : les pauvres y suppléaient par la toile ou le parchemin ; les riches , par des pierres transparentes taillées en lames très-minces. Les vitres ne furent connues que vers le temps de Théodose. On n'avait ni clefs ni serrures pour fermer les maisons ; les portes des appartements étaient assujetties en dedans par une barre de fer; celles des coffres et les buffets étaient scellées avec le chaton de Tanneau qui servait de cachet, et chaque fois qu'on les ouvrait il fallait réitérer cette opération. Il y avait, dans les grandes maisons , une multitude de pièces différentes : des cubicultty ou chambres à coucher ; des œci , ou salles de travail des femmes ; un sacrarium , ou oratoire des lares; une pinacothèque , ou galerie de tableaux ; des tricUnia^ ou salles à manger, etc. Les habitations en commun avaient de trois à six étages ; les divers étages appartenaient à différents propriétaires; les pâtés de maisons formés dans chaque quartier portaient le nom AHles. Les grandes maisons chez les Grecs , et particulièrement à Athènes , se divisaient en deux parties : Vandronytide ou appartement des hommes , et le ^yne'cee ou appartement des femmes, qui occupait l'endroit le plus retiré. La pièce principale du gynécée était une grande salle où les femmes se livraient aux travaux de leur sexe avec leurs esclaves ; à côté de cette salle se trouvait le thalamos ou chambre à coucher, et Vantithalamos , qui servait à recevoir les visites. L'andronytide était séparée de l'appartement des femmes par une cour, ornée d'un portique destiné à la conversation et à la promenade; ce portique était \u\-iufe\x\^ ^\^^^^^
50 EBfPIBE BOMAIN.
d*une série de pièces, entre autres la bibliothèque et la salle à manger.
Les jardins, d'abord simples potagers, cultivés par la main du maître , suivirent à Rome la révolution des mœurs. Aux plantes utiles succédèrent le buis, Je myrte, l'if et autres arbres stériles, mais toujours verts , taillés en différentes sortes d'animaux. On y voyait des grottes , des galeries , des foi^itaines , des cascades , des statues de marbre ou d'airain ; tout ce que le luxe avait pu imaginer de plus somptueux et de plus délicat s'y trouvait réuni. Toute l'Italie était couverte des maisons de campagne (t?î7/a) des riches romains; la terre , consacrée tout entière au luxe et à l'agrément , ne pouvait plus nourrir ce peuple , obligé de faire venir à grands frais le blé de la Sicile, de l'Afrique et de l'Egypte.
Repas.
Les Grecs, ou plutôt les Athéniens, qui finirent par être les représentants de toute la race grecque , faisaient trois repas par jour, Variston ou déjeûner, le dipnon ou dîner, Qiltdorpnon ou souper. Le déjeûner n'étaitqu'une collation légère , composée de pain avec du vin pur , et prise de grand matin; le dîner avait lieu vers le milieu du jour, et le souper un peu avant le coucher du soleil : ces deux derniers repas étaient solides. Les gens de profession libérale supprimaient ordinairement le dîner ; le souper était pour tout le monde le repas principal. Les Grecs mangeaient à demi couchés sur des lits disposés autour d'une table qui ne servait qu'à poser les mets. Un repas se composait ordinairement de deux services, les viandes et les légumes, puis les fruits et les pâtisseries.
Les Romains avaient aussi les trois repas, qu'ils nom-
rnsLienijentaculum^prandium et cœna; la cène ou souper était aussi leur principal repas ; les gens de plaisir et les jeunes gens y en ajoutaient un qui se prenait trèstard, quelquefois pendant la nuit, et qu'on appelait co- 7nessaHo. Les anciens Romains vécurent assez longtemps de bouillie d'orge , au lieu de pain. Us mangeaient assis ; mais lorsque le luxe de l'Asie eut pénétré à Rome , ils imitèrent les Orientaux, et prirent leurs repas couchés sur des lits. Il y avait ordinairement trois de ces lits dans le triclinium ou salle à manger, qu'on appelait aussi cénacle , et trois convives sur chaque lit. On ne faisait point usage de nappes. On apportait les tables toutes servies. Elles étaient rondes, de bois précieux, et soutenues sur un seul pied d'ivoire.
Les festins étaient à trois services. Au premier paraissaient les sangliers tout entiers , entourés d'autres mets propres à aiguiser l'appétit : les œufs faisaient toujours partie de ces mets. On buvait du vin miellé. Venait ensuite le fond du repas proprement dit, composé de toutes sortes de pâtisseries et de ragoûts. On ainiait à y rassembler les animaux les moins faits, ce semble, pour s'y rencontrer, la grue , le paon, le hérisson , le perroquet, etc. ; l'ânon môme fut quelque temps en honneur. Un empereur romain, Vitellius, voulut un jour avoir un plat composé de langues de rossignols. Enfin venait le dessert, consistant, comme chez nous , en fruits, sucreries et confitures. Au vin miellé du premier service succédaient différentes sortes de vins , auxquels on mêlait de l'eau chaude en hiver, de la glace en été. Le roi du festin , élu par le sort , ordonnait les libations , faisait porter les santés, réglait le nombre des coups que chacun devait boire , et quiconque violait ses ordonnances était condamné à boire un coup de plus. Une des lois du festin était de ne point reprenàte W\evcvè ^w\svic-
52 EMPIRE BOMÀIN.
vant , quelque grande que fût la coupe qu'on avait à vider ; si Ton manquait son coup, ivre ou non , il fallait recommencer. Les convives étaient couronnés de myrte ou de roses et parfun\és ; ils portaient une robe spéciale. Au commencement du repas ils s'amusaient à lancer des noyaux au plafond; s'ils l'atteignaient, c'était un heureux présage pour leur partie de plaisir ; sinon, ils en auguraient du malheur. Pour les divertir pendant le repas, on leur donnait de la musique, ou bien des esclaves exécutaient devant eux des pantomimes ou des danses lascives, ou bien encore on faisait combattre des gladiateurs, et le sang de ces misérables servait comme d'assaisonnement aux mets. Il y avait des Romains qui ne vivaient véritablement que pour manger. Ils multipliaient les repas et les prolongeaient fort avant dans la nuit. C'était par le vomissement que ces mangeurs de profession suffisaient k leurs repas ; mais ce qui a de quoi surprendre , c'est que les hommes même réputés sobres et honnêtes ne rougissaient pas de se provoquer au vomissement après leur souper.
Telle était la vie des Romains dégénérés. Entre la seconde et la troisième guerre punique, une loi somptuaire avait défendu de servir aucune volaille qu'une seule poule, et moins de cent ans après on vit sur la table du comédien Ésope un mets qui coûtait seul cent mille sesterces (25,000 francs). Sous Auguste, Apicius, le plus fameux gourmand de l'antiquité, proposa un prix considérable à celui qui inventerait la meilleure sauce ; l'histoire n'a pas conservé le nom du vainqueur. Ce môme Apicius, après avoir mangé plus de cent millions de sesterces (25 millions de francs), pour satisfaire sa gloutonnerie, trouva, en examinant ses comptes, qu'il ne lui en restait plus que dix millions (plus de 2 millions de francs): "^rsuadé qu'avec une somme aussi ïû\ive^\Vwe^ourrait
LÀ CIVILISATION PAIBNNE. 53
jamais subsister il s'empoisonna pour échapper à la misère.
C'e^t à' cette honteuse époque que Rome commença à épuiser pour se nourrir, les nations conquises. Sans le blé étranger, la capitale du monde était exposée à mourir de faim. Le peuple de Rome, autrefois si laborieux, n'était plus qu'une populace oisive et lâche, et cependant superbe et insolente, à laquelle il fallait absolument (c du pain et des spectacles, » panem et circenses,
naissance, mariage et funérailles.
Chez tous les peuples, la naissance, le mariage et la mort sont l'objet de cérémonies particulières. Chez les Grecs et les Romains, on pratiquait à la naissance des enfants certaines, cérémonies expiatoires qui sont un témoignage de la tradition du péché originel. Lorsqu'un enfant naissait, on le déposait aux pieds de son père, qui décidait de sa vie ou de sa mort, en le prenant dans ses bras, ou le laissant à terre. A Athènes, le mariage se faisait en grande pompe. Un prêtre le consacrait dans un temple, après avoir consulté la volonté des dieux. On conduisait ensuite la mariée sur un char, au domicile conjugal, et une troupe déjeunes garçons l'accompagnaient en chantant. Dans toute la Grèce, les mariages se faisaient le soir, à la clarté des flambeaux. A Rome, il y avait deux sortes de mariages, le plébéien et le patricien, selon la condition du contractant. Le mariage plébéien s'appelait coemption, parce que le mari était censé acheter une femme au moyen d'un as (un sou) ; la vente se faisait en présence du préteur urbain et de cinq témoins. La femme devenait ainsi légalement l'esclave de son mari; elle n'avait pas chez lui le culte des pénates, et ne !jouyait honorer que les lares publics, dieux TpTol^cXwwt^ÔLfc'Si
54 BMPXfiE BOMAIN.
esclaves. Quand la vente avait été faite, les amis de Tépoux allaient enlever la mariée chez ses parents et la portaient au domicile conjugal : c'était un souvenir de Tenlèvement des Sabines. Le mariage patricien, ou confarréation, empruntait son nom aune cérémonie religieuse par laquelle on le faisait consacrer; c'était un sacrifice où les deux époux mangeaient ensemble un gAteau du froment nommé far. Dans ce mariage il y avait une pompe nuptiale, un festin, des chants comme chez les Athéniens, avec cette différence que la mariée était conduite à pied, et non en char, à la maison de son mari.
Les funérailles se faisaient très-simplement à Sparte. A Athènes et dans presque toute la Grèce, dès qu'une personne était morte, son plus proche parent lui fermait les yeux et luiôtait ses anneaux. On ensevelissait le corps dans des vêtements blancs de tissus fins, et on lui mettait dans la main un gâteau de farine et de miel pour apaiser Cerbère. On l'exposait ensuite à l'entrée de la maison. Le convoi avait lieu avant le lever du soleil, à la lueur des flambeaux. Le corps, placé dans un cercueil de cyprès, la face découverte , et porté sur un chariot , ouvrait la marche; des joueurs de flûte suivaient; puis venaient les proches parents, les fils, la tête voilée, les filles, pieds nus et les cheveux épars, le reste de la famille et enfin les femmes. On portait le mort hors de la ville^ et on le plaçait sur un bûcher, après lui avoir mis une ou deux oboles dans la bouche pour payer Garon, le nocher des enfers. Les plus proches parents mettaient le feu au bûcher, et, pendant la combustion, on appelait le mort à haute voix en lui disant adieu. On recueillait ensuite les cendres dans une urne que Ton portait dans un tombeau. La cérémonie se terminait par un festin funèbre, dans lequel on prononçait l'éloge du mort. Quant aux pau- 9Tes^ on se contentait de brûler kurs coxç% «»îi\i^ céré-
LÀ CIVILISATION PAÏENINE. 55
monie dans de grands enclos situés hors de la ville. A Rome, le plus proche parent fermait les yeux du défunt; puis on faisait procéder à l'embaumement, parce que les funérailles ne se célébraient qu'au bout de huit jours. On exposait ensuite le corps revêtu de ses habits les plus magnifiques, sur un lit de parade , le visage découvert et les pieds tournés vers la porte. Le jour des obsèques, la famille et les enfants se réunissaient à la maison mortuaire ; les plus proches parents ou des amis enlevaient le lit à Tépaule. Dix joueurs de flûte ouvraient la marche si le défunt était mort à la fleur de l'âge; dix trompettes, s'il avait atteint la vieillesse. Venaient ensuite des pleureuses à gage , puis les marques d'honneur que le défunt avait reçues, mais renversées, puis les images de ses ancêtres, enfin les parents et les amis. Tout le cortège était en vêtement de deuil. Quand il s'agissait d'un personnage considérable, le cortège s'arrêtait dans le Forum. Là, le fils du défunt, ou quelqu'un de ses proches, montait à la tribune aux harangues et prononçait son oraison funèbre. Dans les premiers temps on se contentait ordinairement d'iphumer les morts; dans la suite on les brûla, comme chez les Grecs, et cette coutume se soutint jusque vers le milieu du deuxième siècle de l'ère chrétienne. Les plus proches parents mettaient le feu au bûcher en détournant la tête. Pendant que le corps brûlait, on répandait devant le bûcher du sang humain pour apaiser, disait>-on, les mânes du défunt. Ce sang fut d'abord celui des prisonniers de guerre ; dans la suite ce fut celui des gladiateurs. Dès que le corps était consumé, on renfermait les cendres dans une urne , et cette urne était déposée dans un tombeau, avec uneépitaphe sur la pierre sépulcrale. Les tombeaux étaient ordinairement placés le long des grandes voles romaines, hors de la ville. ï*u^uYo\i^à.^^v
dO EMPIRE EOMAIN.
sait au défunt un dernier adieu en ces termes : « Adieu pour toujours; nous te suivrons tous dans l'ordre que voudra la nature. » Les funérailles chrétiennes ont un autre caractère.
Etat moral da monde.
On peut dire que Rome , à la mort d'Auguste, représentait fidèlement Tétat moral du monde païen. Elle était alors la capitale de presque tout le mon^e connu. Son empire s'étendait sur la Gaule, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, l'Asie Mineure et la haute Asie jusqu'à TEuphrate, et tout le nord de l'Afrique. Les immenses empires de Nabuchodonosor, de Cyrus et d'Alexandre s'étaient presque tout entiers engloutis dans cet empire plus grand encore, qui n'avait d'autres bornes à l'occident que les rivages de l'Océan. Toute la puissance du monde était donc concentrée dans cette ville , dont les citoyens étaient véritablement les rois de la terre. Les lettres , les arts et les sciences y florissaient; jamais on n'avait vu de plus grands poètes, de plus habiles orateurs, des historiens plus érudits ; la musique , la peinture, l'architecture et la sculpture prodiguaient leurs chefs-d'œuvre ; les sciences naturelles faisaient de rapides progrès ; la mécanique n'avait pas déchu depuis Archimède, et les études philosophiques étaient en honneur. Aux jouissances de l'intelligence s'ajoutaient toutes celles que les sens peuvent désirer : il y avait de magnifiques et moelleux vêtements , des fêtes superbes, des représentations théâtrales, des jeux publics, des combats de gladiateurs et de bêtes féroces, des bains voluptueux, des festins qui ont rendu célèbres les Lucullus et les Apicius. Rien, en apparence, ne manquait à ces maîtres du monde f logés dans des palais de marbre, enivrés de
toutes les voluptés, servis par des esclaves sur lesquels ils avaient un droit absolu de vie et de mort. La civilisation romaine avait acquis une tel degré de développement, qu'il estdouteux même, que la civilisation moderne puisse lui disputer la palme , si on ne la considère qu'au point de vue matériel et au point de vue des arts et des lettres. Mais des plaies hideuses se cachaient sous ces brillants dehors. En haut de la société il n'y avait plus de croyances; le scepticisme dePyrrhon avait envahi toutes les intelligences ; le grand nombre se précipitait dans des débauches qui n'ont pas même de nom dans la langue chrétienne ; les âmes les plus fières se réfugiaient dans le suicide, seul remède que pût leur présenter les doctrines stoïciennes. En bas, il n'y avait qu'une masse corrompue, que des foules innombrables d'esclaves traités par leurs maîtres comme des animaux et presque toujours aussi dégradés que la brute. Il n'y avait rien pour relever ou soulager les misères inhérentes à l'humanité : la vieillesse n'était plus respectée; les plus vertueux citoyens, comme le censeur Caton, jetaient même dans une île du Tibre leurs esclaves devenus trop vieux pour leur rendre encore quelques services; l'enfance était corrompue dès le berceau et soumise, la femme n'était qu'un objet de mépris ; le pauvre était le rebut de tous, et personne ne songeait qu'il y eût dans ces corps amaigris et souffrants des âmes crééBs à l'image de Dieu. La philosophie était impuissante à guérir tant de maux, et elle ne l'essayait même pas, se contentant de s'adresser à quelques privilégiés, sans s'inquiéter de la multitude. La religion était plus impuissante encore, car le vrai Dieu n'était plus connu; on ne connaissait que le destin, le hasard, le néant, ou des dieux plus infâmes encore que les hommes les plus corrompus. On célébrait en leur honneur dé Yioxvlevxx.TK^'îJvfe^^^
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OU des fêtes publiques qui n'étaient guère que des leçons d'immoralité; faire le simple récit de leurs actions, serait offenser la pudeur la moins délicate. Jupiter était un adultère, Vénus une impudique. Mercure un voleur, et les autres dieux ressemblaient à ceux-là. Aussi la société romaine s'en allait-elle en pourriture : les vertus naturelles devenaient de plus en plus rares , la famille se dissolvait, et les lois les plus sacrées étaient continuellement violées. Ainsi la religion païenne ne pouvait que corrompre ; la philosophie enseignait quelques vertus , mais elle ne donnait pas le courage de les pratiquer, et les plus hideuses misères, les vices les plus dégradants se trouvaient être le résultat le plus éviéertt de la civilisation la plus avancée qu'on eût vue jusque-là. C'est alors que parut Notre-Seigneur Jésus-Christ pour sauver le monde; mais s'il n'eût pas été Dieu, jamais il n'eût pu triompher des obstacles accumulés par les prêtres des idoles, par les passions de la multitude, par l'orgueil des philosophes, par la jalousie des empereurs qui voyaient dans la nouvelle religion une rivale de leur autorité , une ennemie de leur tyrannie et un juge de leur conduite. L'histoire romaine depuis Auguste jusqu'à Constantin est l'histoire mômfe de la lutte du christianisme contre toutes les puissances terrestres conjurées; toute l'histoire, depuis Jésus-Christ, n'est elle-même (Jue l'histoire de la lutte de l'Église contre le fond de J)aganisme qui reste toujours datis le cœur de l'homme, rtiême après le baptême. L'existence seule de l'Église, malgré tant de causes de ruine, est une éclatante preuve de sa divinité.
LES DOUZE CÉSÂBS.— TIBÈBE. S9