LES CÉSARS ET LES FLAVIENS
Quatre divisions : Règne de Tibèf e ; Caligula et Claude ; règne de Néron; Vespasien, Titus et Domitien.
S 1*^^ — Régne de Tibère (14-37).
t^remières années.
Tibère (Tibérius Claudius Néro) avait cinquante-six ans lorsqu'il parvint à l'empire. Il était flJs de Tibérius Néron et de Livie , qui avait divorcé pour épouser Octave. Il s'était de bonne heure distingué en Espagne contre les Gantabres ; il avait gouverné la Gaule , battu les Pannoniens révoltés, et, après la mort de son frère Drusus, avait achevé la défaite des Germains par une victoire sur les Sicambres et parla transportation de 40,000 Barbares sur la rive gauche du Rhin. Auguste lui donna sa fille Julie pour épouse , mais il se défiait de son ca- . ractère dissimulé, et il adopta à son préjudice les deux fils d' Agrippa. Tibère mécontent se retira dans une espèce d'exil à Rhodes , où il demeura sept ans. Quand la mort eut enlevé les deux fils d'Agrippa , Auguste se décida à l'adopter (2 après J.-C.) et l'associa à la puissance tribunitienne , mais il le contraignit en môme temps d'adopter à son tour Gërmanicus , fils de son frère Drusus. Il était absent lorsqu'Auguste mourut; sa mère, Livie, cacha la mort du prince jusqu'à son arrivée. Tibère avait tout ce qu'il fallait pour faire réussir cette première succession à l'empire. Il s'était assuré des légions et gouvernait déjà réellement quand il comoc^vxîiV. ^toôX.
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en sa qualité de tribun. Il ne parla que des honneurs à rendre à son père , et affecta de vouloir refuser le fardeau du gouvernement. Le sénat le supplia de rester à la tête des affaires , et il eut l'air d'y consentir à regret. Les commencements de son règne furent heureux pour les peuples. Après avoir apaisé les révoltes de quelques légions, il gouverna sans violence, refusant les honneurs et les temples qu'on lui offrait, et repoussant les basses flatteries du sénat, en homme qui savait bien leur prix. Il se montrait plein de déférence pour le sénat. Il rétablit Tordre el l'économie dans les finances, se préoccupa moins de donner des jeux au peuple que de prévenir la disette, et maintint la discipline dans les armées. Quant aux provinces , il leur envoyait les gou- • verneurs les plus habiles, évitait d'augmenter les tributs, et y soulageait les plus grandes misères. Douze villes de de l'Asie, ruinées par un tremblement de terre, furent exemptées pour cinq ans de tout impôt; Sardes, plus maltraitée, reçut de lui dix millions de sesterces (plus de deux millions de francs). Tibère pratiqua véritablement ce qu'il recommandait à ses gouverneurs de province : (( Un bon pasteur, leur disait-il, tondjses brebis, mais ne les écorche pas. » Cependant il prenait ses précautions pour affermir sa puissance et établir le pouvoir absolu. Il abolit les comices par centuries, où l'on nommait les magistrats , et attribua ces nominations au sénat, qui était devenu l'instrument servile des volontés du prince ; il institua un conseil permanent de l'empire, composé de vingt membres nommés par lui ; il attribua à sa personne le titre de majesté, qui appartenait jusque-là exclusivement au peuple, et créa des tribunaux spéciaux pour juger les crimes de lèse-majesté. Il n'usa pas d'abord des armes qu'il se procurait ainsi ; souvent il annula les accusations de lèse-majesté, mais les
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principes étaient posés ; il savait que , dans roccasion , les délateurs ne manqueraient pas, et qu'il lui serait toujours facile de se débarrasser de ses ennemis.
GermaDicas.
AU dehors, les armes romaines étaient heureuses. Germanicus avait apaisé en Pannonie une révolte de ses troupes qui voulaient le proclamer empereur. Elles insistaient ; (Tans sa douleur, il tira son épée pour s'en frapper lui-même : « Frappe donc I » lui crièrent les soldats y mais ses amis lui arrachèrent le glaive des mains. Pour occuper ces esprits remuants, il passa le Rhin et pénétra dans la forêt de Teuteberg, au lieu funeste où les légions de Varus , taillées en pièces , étaient depuis six ans restées sans sépulture. Des os secs et blanchis couvraient la campagne , dispersés ou entassés , selon que ceux qui avaient péri s'étaient séparés pour fuir ou réunis pour combattre. On y voyait encore des tronçons d'armes rompues, des squelettes de chevaux , les instruments des supplices que les Germains avaient fait souffrir à leurs prisonniers, les autels où ces barbares avaient immolé à leurs dieux les officiers des légions romaines. Germanicus et ses soldats versèrent des larmes sur ce spectacle déplorable. Partagés entre la douleur et l'indignation , ils mirent tous ces ossements en un monceau et les recouvrirent de terre ; puis I animés par la soif de la vengeance , ils allèrent chercher les Germains. Arminius où Hermann, chef des Barbares, employa pour arrêter les Romains tout ce que la ruse et la valeur ont de ressources ; mais ce fut en vain : il essuya autant de défaites qu'il livra de batailles ; les aigles de Varus furent reprises , et Germanicus pénétra au cœur de la, Germanie. 1\ eîil ^wVfe ^>^^
02 EMPIRB ROMAIN.
Germains un coup dont ils n'auraient pu se relever de longtemps, si Tibère, jaloux de ses succès, ne se fût liAté de l'appeler à Rome pour lui accorder les honneurs du triomphe et Tarracher au théâtre de ses exploits. C'est à cette occasion que le fils de Drusus reçut le surnom sous lequel il est connu dans Thistoire (16),
Les transports de joie qui accueillirent le vainqueur d'Arminius ne firent qu'envenimer la jalousie de Tibère , qui profita de quelques troubles en Orient pour y envoyer Germanicus , qu'il enlevait ainsi à rameur de ses légions. Germanicus n'eut qu'à paraître pour rétablir l'ordre : il imposa aux Parthes le roi Artaban III, aux Arméniens le roi Polémon , qui régnait déjà dans le Pont; il réunit à l'empire la Cappadoce et laComagène* et l'Orient fut complètement pacifié. Mais ces nouveaux succès ne firent qu'irriter Tibère. Pison , gouverneur de Syrie , chargé de surveiller la conduite du jeune prince , se mit à contrecarrer toutes les mesures de Germanicus et à envenimer toutes ses démarches. Une grave indisposition arrêta tout à coup Germanicus à Antioche; rétabli, il s'opposa aux fêtes célébrées pour sa convalescence , et gagna Séleucie , où une rechute le conduisit au tombeau ( 19 ). Personne ne crut à la mort naturelle d'un prince qui donnait de si grandes espérances; Pison fut accusé de l'avoir empoisonné, Tibère fut soupçonné. Pison , mis en accusation, se tua luimême, et l'on pensa que Tibère n'était pas fâché d'être ainsi débarrassé d'un complice. Lorsque qu'Agrippine , fille d'Agrippa et de Julie , et femme de Germanicus , rapporta à Rome les cendres de son époux , la douleur publique se manifesta par les témoignages les plus éclatants. La ville était plongée dans un morne silence qu'interrompaient de temps en temps les pleurs, les sanglotset des cris lamentables. Les tci^l^v^Vy^I^^ l^% soldats,