II. Dans ses exemples
Premier prélude. Représenlez-vous Jésus.., l'âme tranquille, le visage serein, annonçant sa céleste doctrine sur la douceur; ou bien figurez-vous que vous le voyez au milieu de ses ennemis en butte à tous les mauvais traitements, et n'opposant que sa patience à leur fureur.
Deuxième prélude. Priez-le de vous faire connaître, estimer, aimer et pratiquer une vertu qui lui a toujours été si cbère : Jesu mitis et humilis corde, miserere nobis.
l" P. Comment Jésus-Christ nous a enseigné la douceur. iVueun point de la nouvelle loi n'est recommandé plus souvent ni avec plus de force par le divin législateur, soit aux simples fidèles, soit surtout à ceux qui doivent les conduire dans les voies du salut.
4° Dans son discours sur la montagne, le Sauveur met au premier rang des béatitudes l'humilité : Deati pauperes spiritu, et au second la douceur, qui en est la compagne inséparable : Beati mites. Il proclame enfants de Dieu ceux
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qui sont doux et pacifiques. S'il réforme les anciennes prescriptions, c'est pour y introduire plus de douceur : « On vous a dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi; et rnoije vous dis : Aimez vos ennemis; faites (kl hien ta ceux qui vous haïssent... Pardonnez, non pas seulement sept fois, mais soixante-dix lois sept fois, mais toujours. Oardez-vous de rendre l'injure pour l'injure, et si quelqu'un s'ouhlie à votre égard jusqu'à vous frapper sur la joue droite, je vous conseille de lui présenter la gauche. Veut-on vous enlever votre manteau? Croyez-moi, abandonnez encore votre tunique, plutôt que d'en venir à des contestations qui pourraient préjudicier à la douceur. >>
Méditons surtout ce qui est écrit au chapitre XI de saint Matthieu. Il venait de nous révéler ses grandeurs et de paraître, pour ainsi dire, dans tout l'éclat de sa divinité : Omnia mihi tradita sunt à Pâtre meo^ etc. Il se htàte de se rapprocher de nous et de nous dire dans le langage le plus touchant : « Venez à moi, vous qui souffrez ; quel que soit le fardeau de peines qui vous accable, venez tous vous en décharger dans mon sein. Vous cherchez le repos de vos âmes, vous le trouverez dans l'imitai ion de ma douceur : Discite à me quia mitis sum. Je ne vous dis pas : Venez à moi, parce que je suis le souverain Seigneur..; je vous dis : Venez a moi, parce que j'ai pris ni. r»
pitié de vos iniscres, jusqu'à descendre au milieu de vous, jusqu'à me revêtir de votre chair, me charger de vos crimes, vous réconcilier avec mon Père, vous apporter la 'science du bonheur; en voici l'abrégé : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Tel est l'esprit de Jésus-Christ. On n'est pas son disciple, on n'est pas chrétien sans douceur; mais cette vertu est bien plus nécessaire encore à ses ministres.
^'^ Il s'en explique par saint Paul , qui exclut du sanctuaire les vices contraires à la douceur : Non iracundum.., non percussorem. (Tit.
1. 7.) Celuiqui a l'honneur d'être le serviteur de Dieu, à plus forte raison son représentant, ne doit pas être querelleur, mais rempli de mansuétude à l'égard de tous : Servum Domini non oportet litigare, sed mansiietinn esse ad omnes. (IL Tim.
2. 24.) — Tu autem , ô homo Dei.. , sectare.. , mmisuetudinem. i\. Tim. 6. n.)
Il s'en explique par lui-même. Jacques et Jean, qu'il avait envoyés à Samarie pour lui préparer un logement, reviennent animés d'un transport que Ton prendrait pour du zèle, et en lui annonçant que les habitants de cette ville ne veulent par le recevoir : Non receperunt eum, (Luc. 9. 53.) ils s'écrient indignés : Permettez, Seigneur, laissez agir notre foi et votre puissance ; souffrez qu'en votre nom nous fassions tomber le feu du ciel sur des hommes si cou-
pailles : Domine, vis, dicimus ut iifnis descendut de cœlo et consumât illos ? » ibid.i Jésus leur répond avec calme : « Vous ne connaissez pas l'esprit de votre ministère. Je ne suis pas venu pour perdre les pécheurs, et ce n'est pas là non plus la mission que je vous donne... Je les perdrais en employant cette rigueur, tandis que m.a bonté les sauvera. Je vais vous envoyer parmi des hommes, où vous serez comme au milieu des loups; soyez-y doux comme des agneaux, et simples comme des colombes. C'est à la douceur, fruit de la charité, que vous serez reconnus et du monde et de moi pour mes disciples et mes apôtres. Il en est qui viendront me dire au dernier jour : « Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé, chassé les démons, fait de grandes choses en votre nom? » Et je leur répondrai : « Je ne vous connais pas. Retirezvous de moi, ouvriers d'iniquité; comment prétendiez-vous me représenter sans avoir le premier trait de ma ressemblance, la première vertu que je propose en moi à l'imitation de mes disciples : Discite à me quia mitis sum? >> Aux leçons du maître viennent se joindre les exemples du modèle.
IP P. Avec quelle perfection Jésus-Christ a pratiqué la douceur. Les prophètes, qui avaient tracé d'avance le caractère du Messie, ne l'avaient désigné au monJe ni par les trésors de science dont il serait rempli, ni par la grandeur
et la multitude de ses miracles, mais principalement par sa douceur : « Voici votre roi qui vient à vous, ô fille de Sion; il n'a pour cortège que sa mansuétude et sa bonté ^ C'est un agneau, qui se laisse porter , sans se plaindre , sur l'autel où va couler son sang-. Jamais sa voix n'éclatera en contestations et en clameurs; il ne brisera pas le roseau déjà froissé, et n'éteindra pas la mèche qui fume encore ^. ))
Nous savons combien la réalité a surpassé les figures. Le Sauveur était si doux dans son enfance, que sa seule présence dissipait les ennuis. Il n'était connu que par sa douceur, et on lui en donnait le nom : Eamus ad suacitatem, ut hilares fiamus*. Pendant sa vie publique, avec quelle patience il supportait les défauts, la rusticité de ses disciples, presque tous sans éducation.., ne se lassant point de leur expliquer ce qu'ils avaient tant de peine à comprendre; l'importunité de ces multitudes, qui le suivaient partout, et \e pressaient % sans lui donner un moment de relâche ? L'entendit-on
» Matth. -21. o.
- Jerem. 11. 19.
3 Matth. 12. 19, 20.
* Christus adhuc puerulus adeo mitis erat et suavis, ut à Judœis suavitas appellaretur ; et ideo illi ad se invicem dicerent : Eamus ad suavitatem, ut hilares fiainus. Lohner [Bihliotli.)
' Et comprimebant eum. Mure. o. 1\.
se plaindre? Vit-on jamais la moindre altération dans les traits de son visage? Que n'eutil pas à souffrir de la part des Pharisiens qui lui tendirent tant de pièges, lui proposèrent tant de questions captieuses? Quand ils n'attaquèrent que sa personne, il les traita avec la plus douce modération ; et lorsqu'ils l'obligèrent à démasquer leur hypocrisie, pour empêcher la séduction, il eut soin de ménager leur autorité, en même temps qu'il condamnait avec vigueur l'abus qu'ils en faisaient.
Quelle condescendance à l'égard des âmes égarées! Ici, son indulgence alla si loin que la malignité s'en fit une arme contre lui : on l'accusa d'être l'ami des pécheurs. Chercha-t-il h se justifier de ce reproche? Tout au contraire, il déclara que les pécheurs étaient le premier et l'essentiel objet de sa mission ^ C'est cette douceur inaltérable qui convertit la Samaritaine, toucha Zachée, gagna Marie-Madeleine, fit fondre en pleurs l'apôtre qui l'avait renié... Mais que dire de sa douceur dans le cours de sa Passion? à l'égard de ses disciples, qui au jardin des Oliviers sont si peu touchés de son affliction profonde : Invenit eos dormientea . . . Non potiiistis unâ horâ vigilare mecum ? à l'égard de Judas : Amice, ad quid venistî? Juda, osciilo Fiiium hominis f radis! à l'ésard de ses
' Xuiî veni vocare justos, sed pecoatuivs. }f'iff/,. «». |;{.
bourreaux : Pater, dimitte illis : non enim sciunt quid faciunt. Chacun de ces traits demande à être approfondi dans la méditation.
Que répondra à ce double enseignement du précepte et de l'exemple un prêtre emporté, colère, impatient, à la parole sèche, à l'air impérieux, au ton dominateur?.. Qu'y a-t-il de commun entre son esprit et l'esprit de Jésus ? En quoi ressemble-t-il à son modèle? Et cependant : Ego sum via, ven'tas et vita. Si vous ne marchez pas dans cette voie, où allez-vous? En dehors de cette vérité, où êtes-vous? Séparé de cette vie, quelle funeste mort î Ah ! que de fautes vous avez commises contre la douceur !
Demandez pardon à l'Agneau de Dieu d'avoir si peu participé à son esprit jusqu'à présent, tout en vous nourrissant chaque jour de sa chair adorable. Allez à lui, attiré par l'aimable invitation qu'il vous fait, comme aux malheureux de la Judée : Venite ad me, omnes... Oh ! qu'il sera doux sur l'autel, dans vos mains , et , si vous l'aimez , dans votre cœur î Quand vous l'aurez reçu, après l'avoir adoré, demeurez en silence, et le plus longtemps que vous pourrez, sous le charme de cette ineffable douceur, qui le rend présent au milieu de vous. Priez-le de calmer toutes les agitations de votre àme, d'établir en vous cette paix qui surpasse tout sentiment, et avec laquelle il est si facile d'être doux, débonnaire et patient.
Vous le seriez toujours, dit saint Jean-Chmostôme, si vous pensiez toujours à la douceur de Jésus-Christ : Recordare mansuetudinis Christi, et statim mansuetns eris et clemens. (Homil. de raansuetud.)
1er P. Comment Jésus-Christ nous a enseigné la douceur. 1» Dans son discours sur la montagne, il met au premier rang des béatitudes Thumilité, et au second la douceur, qui en est inséparable. Aucun point de la loi n'est recommandé plus souvent, et avec plus de fcrce : Discite à me quia mitis sum. On n'est pas son disciple si on n'a pas cette vertu. 2» Mais c'est surtout à ses ministres quil en impose l'obligation. 11 s'en explique par saint P lul qui exclut du sanctuaire les vices opposés à la douceur. Il s'en explique par luimême. Que répond-il à Jacques et à Jean lorsqu'ils veulent le porter à un acte sévère? Increpavit illos, dicens : Nescitis cujus spiritus estis.
Ile p. Avec quelle perfection Jésus-Christ a pratiqué la douceur Les prophètes avaient multiplié les Images pour le représenter sous le trait caractérisque, et la réalité surpassa les figures. Dans son enfance il n'était connu que par sa douceur. Dans sa vie publique, à l'égard des multitudes qui le pressaient, de ses disciples, des Pharisiens, des âmes égarées, il se montra toujours d'une mansuétude inaltérable; et dans sa Passion ne fut-il pas tel que l'avait annoncé Jérémie: Agnus... qui poriiitur ad victimam ?