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duite des àrnes, la force n'a rien à soumettre, puisqu'il s'agit d'amener à Dieu des victimes volontaires , de lui former des enfants et non des esclaves. « La douceur porte avec elle trois autres vertus, qui sont absolument nécessaires dans la direction spirituelle : la patience pour supporter , la compassion pour plaindre , la condescendance pour guérir *. »
Dans la chaire sacrée, si un pasteur, au lieu de prendre le langage d'un père : Convertimini, filii revertentes, ^erem. 3. IL; — Convertimini^ et quarè moriemim , domus Israël'? ^Ezech. 33. il., ne fait entendre que les dures paroles d'un maître mécontent; si, cala sévérité d'une morale déjà gênante pour les passions, il ajoute la sévérité du ton et du langage, l'amertume du reproche, que peut-il se promettre de sa prédication? Il révolte son auditoire contre lui et contre l'Évangile. Il éloigne de la rehgion ceux qu'il fallait en approcher; au lieu de toucher, il endurcit. Au saint tribunal, s'il est brusque et impatient; si, au lieu de forcer les pécheurs, comme un autre Ambroise, à pleurer leurs crimes, en les pleurant le premier, il les accueille sèchement, leur parle avec froideur... qu'arrive-t-il ? Le pénitent se trouble, son cœur se ferme, sa bonne volonté naissante s'évanouit, et peut-être une crainte sacrilège lie des langues
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que la confiance allait délier; uu du moins un se dégoûte d'un sacrement auquel la douceur et la bonté auraient fait revenir avec joie. Si, dans ses rapports extérieurs avec ses ouailles, il se laisse aller aux vivacités du caractère, aux saillies de l'humeur, aux emportements.., on ne reconnaît plus en lui le représentant du Dieu de paix ; on n'y voit qu'un homme comme un autre, sujet aux mêmes faiblesses, dénué des vertus qu'il prêche, souillé des vices contre lesquels il fulmine des anathêmes ; et alors quel bien peut-il faire? Fùt-il un ange par sa pureté, un anachorète par l'austérité de sa vie, ce seul défaut suffirait pour paralyser son ministère.
Saint Bernard avait éprouvé par lui-mêm.e les inconvénients de la sévérité dans l'exercice du zèle et les avantages de la douceur : <i Instruisez-vous, ô juges de la terre, » disait-il aux prêtres de son temps ; « sachez que vous êtes les mères de ceux qui vous sont confiés, et non les maîtres ; cherchez à être aimés plutôt qu'à être craints. Si la sévérité vous paraît quelquefois nécessaire, qu'elle soit paternelle et jamais •tyrannique. En vous montrant pères dans vos corrections , montrez-vous mères par la douceur qui les accompagne \ » Envers soi une rigueur modérée est très-permise ; mais il n'est
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donné qu'aux hommes doux et patients de réussir auprès des autres. L'expérience ne me l'a-telle jamais appris? Triste expérience, hélas! quand elle s'acquiert aux dépens des âmes.
IP P. Le prêtre se doit à lui-même la douceur. Il la doit à sa dignité, à sa sanctification, à son bonheur.
Intérêt de sa dignité. On dit d'un homme^ emporté, qu'il est hors de lui-même ; c'est presque dire qu'il n'est plus homme ; il n'est plus en effet sous l'empire de la raison. Quel déshonneur pour celui qui est appelé l'homme de Dieu ! Tout en lui doit annoncer le silence des passions et la sérénité de son àme : son visage, son maintien, ses paroles... Un langage de paix est le seul qui convienne au ministre réconciliateur. Dans tous les temps, le prêtre a été regardé comme l'homme doux par excellence. Ennodius disait à l'empereur Théodose ; Exhibes robore principem, mansuetudine sacerdotem .
Intérêt de sa sanctification. Sans cette vertu et la paix qu'elle met dans l'àme, nous ne serons disposés ni à recevoir les visites de l'Esprit saint : Non in commotione Dominus ; ni à profiter de ses grâces : il nous parlerait, que nous ne pourrions l'entendre; ni à remplir nos obli- .gations journalières : l'impatience bannit du cœur la sagesse et le calme nécessaires pour conseiller, l'onction pour exhorter, l'attention
— Si —
pour prier, la vigilance pour s uijserver soimême. Il ne faut qu'une irritation non réprimée , pour amener une de ces tempêtes qui bouleversent l'àme et y causent des dégâts quelquefois irréparables.
Intérêt de son bonheur. Est-il passion plus féconde en chagrins que la colère ? Quels remords, quelle honte, quels regrets à la suite de ces dépits, de ces violences,- de ces petites fureurs , qui cf)ntrastenL d'une manière si choquante avec la dignité sacerdotale ! Un prêtre sans douceur est un homme qui est en guerre avec Dieu, avec son prochain, avec lui-même.
Concluons qu'il est à la fois et bien coupable et bien rnalheureux , le prêtre indocile à la grande leçon de son divin Maître : Discite à me, quia mitis sum et Jnimilis corde. Il n'est pa.^ doux et humble de cœur ; donc il n'a pas l'esprit du christianisme, comment aurait-il l'esprit du sacerdoce? L'édifice de ses vertus manque de base, son ministère est stérile ; il ne peut ni concourir au salut du prochain, ni se sauver lui-même.
Adorable Jésus, comment ai-je pu m'unir si souvent à votre cœur, qui est la douceur même, sans me corriger de ces impatiences, de ceaigreurs , de ces vivacités si messéantes dans celui qni a l'honneur d'être ici-bas votre représciilant? .le n'oserais m'approcher de vous aijjfturd'liui . si je n'enlciidai.- voire duuceur
elle-mèine , qui m'invite eiicure à chercher en vous un repos que je ne puis trouver qu'en vous. Oui, Seigneur, vous pouvez seul imposer silence aux tempêtes qui agitent/mon âme, et rendre mon cœur semblable à votre cœur. Fîducialiter ibo ad te. Domine, quia mitis es et humilis corde. Bone Jesu] au fer à me cor lapideum et impœnitens, cor su'perhum et immite. Da mihi cor carneum , cor mite ac hurnile , quodcordi tuo sit simile. (Scut. fid. Hebd. 12. post Pent.)
1er P. Le ministère sacerdotal exige une éminente douceur. Pour porter à Dieu les cœurs, il finit les avoir, et c'est la douceur qui nous les donne : Nihil tam utile quàm diligi. La douceur met dans l'âme trois vertus, nécessaires à la direction des âmes : la patience pour supporter, la compassion pour plaindre, la condescendance pour guérir. Si dans la chaire sacrée, au saint tribunal, dans ses rapports extérieurs, un prêtre se laisse aller aux emportements... on ne voit plus en lui !e représentant du Dieu de paix; ce seul défaut paralyse son ministère. L'expérience me l"a peut-être appris, aussi bien qu'u saint Bernard.
lie P. Le prêtre se doit à lui-même la douceur. — A sa dignité : un homme hors de lui-même n'est presque plus un homme — A sa saiiciificalion : sans la paix, fruit de la douceur, il n'est disposé ni à recevoir les visites de l'Esprit saint, ni à remplir ses fonctions. Il n'a ni sagesse pour conseiller, ni onction pour exhorter, ni attention pour prier. — A son bonheur : esl-il passion plus féconde on chagrins que '.a colère ?