III. Fermeté sans entêtement
Premier prélude. Représentez-vous Jésus- Christ dans ses relations avec le prochain, pratiquant toutes les vertus dans une mesure si parfaite, que jamais l'une nepréjudiciait à l'autre; c'était l'effet de son infinie prudence.
Deuxième prélude. Demandez-lui la grâce de vous tenir, à son exemple, en exerçant votre ministère, dans un milieu si sage, qu'on ne puisse jamais dire que vous avez les défauts de vos vertus.
P"" P. Le zèle prudent est doux sans être faible. Les Pharisiens demandent au Sauveur pourquoi ses disciples n'observent pas les mômes jeûnes que ceux de Jean- Baptiste ^ Il répond : « Les amis de l'époux peuvent-ils être dans l'afiliction , convient-il qu'ils jeûnent , pendant que l'époux est avec eux? Attendez ; il y a temps pour tout. De même qu'il y a des vérités que je n'enseigne pas encore à mes dis-
' Marc. 2. 18.
ciplos , [)arce qu'ils sont incapables de les porter, il y a aussi de saintes pratiques qu'il n'est pas encore temps de leur imposer. On ne prescrit pas à celui qui commence ce qu'on exige de celui qui a déjà l'ait des progrès. Un bon maître se proportionne à la faiblesse de ceux qu'il veut former à la vertu, comme il se met au niveau des intelligences qu'il veut éclairer. » Jésus prend donc la défense de ses disciples contre le zélé hypocrite qui les attaque, non pas en blâmant le jeune, mais en déclarant qu'il faut dans les meilleures choses observer les lois de la prudence. Il ne les dispense pas de la pénitence, tout au contraire : l'époux leur sera enlevé, et alors nonseulement ils jeûneront, mais ils mèneront une vie austère et mortifiée. Il se contente de dire qu'il convient de s'accommoder à leur état présent.
C'est ainsi qu'en tout se manifeste la bonté et la sagesse de Jésus-Christ : il attire par sa condescendance, ensuite il purifie, il perfectionne, en ménageant l'occasion de pratiquer des vertus plus généreuses. Grande leçon qu'il donne à ses ministres! Il veul qu'ils se mesurent à l'infirmité de leurs frères, mais sans la llatter ; qu'ils compatissent à l'ignorance, sans en autoriser les écarts ; qu'ils accordent certains adoucissements sans favoriser la mollesse ; qu'ils mêlent l'huile de la douceur au vin de la force;
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qu'ils modèrent la juslioe parla miséricorde, la sévérité par la clémence. La vertu est difficile ; il faut avant tout la faire aimer. Mais à qui l'aime, il faut donner occasion de mériter en l'exerçant. Tous vos ministres, Seigneur, marchent-ils dans la voie de cette sage discrétion? Oh! qu'il e?r rare de n'être pas dur en réformant, ou faibleen supportant!
IP P. Ia' zèle prudent est exact sans être rigide. Il est des prêtres d'une politique tout humaine, qui, au lieu de corriger les mœurs par les régies, assouplissent les règles aux exigences des mœurs les plus gâtées ; sacrifient les principes, dont ils renvoient l'application à d'autres temps. De là cette morale accommodante, cette indulgence meurtrière, qui élargit le chemin du ciel, au mépris des oracles de l'Evangile, endort cruellement les pécheurs, et les conduit à une tranquille impénitence... C'est un déplorable système que celui d'acheter la paix à tout prix, même au prix des devoirs les plus sacrés, a Attaché aux règles de la morale comme aux dogmes de la foi, le bon prêtre ne sait pas plus transiger avec le relâchement qu'avec l'erreur '. )> Mais, s'il est exact, il se tient éloigné du rigorisme. Il prend garde d'exiger trop, d'exiger sans examen, sans distinction des caractères, des âges, de l'état, des dispositions.
' Parole de Msf de Cheverus.
C'est encore ce que nous apprend Jésus- Christ, par la double comparaison du drap neuf dont on se sert pour réparer un vieux vêtement, et du vin nouveau que Ton met dans des vaisseaux usés. Pour être trop sage , on fait quelquefois des folies , ou du moins des imprudences. Lever sans ménagement l'appareil d'une blessure, c'est risquer d'augmenter le mal, peut-être de le rendre incurable. Combien d'àmes , plus qu'à moitié converties, ont été replongées dans le désordre par la rigueur immodérée d'un directeur , qui s'est montré inllexible sur des obligations douteuses ? Si certaines pratiques de pénitence sont très-utiles, est-ce à dire qu'elles soient toujours convenables à des pécheurs revenus de loin, et qui n'ont encore qu'un faible commencement de vie chrétienne? Vaisseaux usés par les ans et les vices, on gagne peu, et souvent on s'expose à tout perdre , en voulant les assujettir à une vertu parfaite. On demande trop, on n'obtient rien. On prétend être exact, on est rigide.
Efforçons-nous d'atteindre ce sage tempérament, par lequel on distingue à propos les conditions, les forces et les circonstances, sans pousser trop loin les égards. Que faudrait-il pour me préserver d'un grand nombre d'imprudences? Étudier mieux le caractère de Jésus-Christ et moins suivre le mien.
IIP P. Lr zèle prncJentest ferme sans enfiiein. 6
mrnt. La force et l'énergie sont assurément essentielles au zèle sacerdotal, qui n'est après tout que la charité en action : For lis ut mors dilectio, dura sicut in fer nus œmulaiio. Personne n'est moins propre à la vie apostolique que ces trembleurs, qui ne savent que céder lâchement, même quand la résistance est le plus saint des devoirs, et dont tout l'apostolat est celui de la peur et du silence : Noli quœrere fieri judex^ nisi valeas virtuie irrumpere iniquitates. (Eccli. 6.7.) — Ne forniides à fade eorum... Ego quippè dedi te... in civitatem munitam. (Jerem. 1. 17, 18.) — Dedi faciem tuam valent iorem faciebus eorum, et frontem tuam dur iorem frontibus eorum. Ut adamantem et ut silicem dedi faciem tuam. (Ezech. 3. 8, 9.) Il est telle circonstance où le prêtre doit dire : Mori possum, tacere non possum. (S. Hier.)
Mais aussi quels malheurs ne peut pas entraîner cette vigueur énergique, si elle n'est dirigée par l'esprit de sagesse ? Nulle hérésie qui ne soit fille de l'entêtement ; et, dans la conduite des âmes, que de maux n'enfante-t-il pas? Un pasteur qui, s'appuyant trop sur la pureté de ses vues, s'obstine à faire tout plier sous sa loi , et prend pour maxime invariable de ne reculer jamais, provoque des froissements et des chocs, qui finissent quelquefois par éclater en explosions terribles. Il s'aliène au moins les cœurs, et se crée à lui-
même des obstacles qui robligeronl à déserter son poste, ou à se voir dans l'impossibilité d'y faire le bien. Il y a prudence à revenir sur ses pas, quand on est allé trop loin. Mieux vaut céder un instant à l'orage, pour le laisser passer, que de se faire engloutir dans la tempête.
Voici donc l'importante leçon que me donne ici la sagesse : Ne point trop écouter mes idées, ni trop aussi celles d'autrui ; souvent savoir réformer les miennes sur celles d'autrui, et toujours les unes et les autres sur les maximes et l'exemple de Jésus-Christ. Mais pour cela. Seigneur, j'ai besoin de votre lumière, de ce goût sur et droit, que votre esprit seul peut me donner : Recta sapere, de ce juste discernement, qui me régie dans toute la conduite de ma vie et dans l'exercice du ministère. J'ai besoin de participer à cette divine sagesse toujours assise à vos côtés, source de toute vérité, perfection de toute vertu ; donnez-la-moi, ô mon Dieu ! qu'elle soit toujours mon conseil et mon guide dans le zèle qui doit m'animer pour les intérêts de votre gloire, pour le salut des cames et ma propre sanctification : Da mihi ^edium tiiarum assistricem sapierUiam... Mitte illam de cœlis sanctis tuis. ., ut mecum sit et mecum laboretj ut sciam quid acceptum sit apiid te. (Sap. 4. 9, 10.)
1er P. ie zèle prudent est doux saiis être faible. Éludions notre modèle. Les Pharisiens demandent à Jésus-CliPisl pourquoi ses disciples M'observent pas les mêmes jeûnes que ceux de Jean-Baptiste. 11 y a temps pour tout; les disciples du Sauveur jeûneront: mais il faut s'accommoder à leur étal présent. Tn maitre prudent se proportionne, et dans les leçons qu'il donne et dans les obligations qu'il impose à la faiblesse de ceux, qu'il instruit et qu'il forme à la vertu. Ainsi les prêtres doivent se mesurer à Tinfirmilé de leurs frères, mais sans la flatter. La vertu est difficile, il faut d'abord ta faire aimer; mais à qui l'aime il faut donner occasion de l'exercer.
Ile p. Le zèle prudent est exact sans être rigide. Attaché aux règles de la morale comme aux dO'^'mes de la foi, le bon prêtre ne transige pas plus avec le relâchement qu'avec l'erreur ; mais s'il est exact, il se tient éloigné du rigorisme. C'est ce que nous apprend Jésu— Christ par la double comparaison du drap neuf et du vin nouveau. On demande trop, on n'obtient rien.
nie P. Le zèle prudent est ferme sans entêtement. Personne n'est moins propre à la vie apostolique que ces irembleurs qui ne savent que céder, même quand la résistance est un devoir. U est telle circonstance où le prêtre doit dire : Mori possum, tacere non possum. Mais aussi rien de plus funeste qu'une vigueur énergique, qui n"esl pas dirigée par la prudence. L'enlêtemeni a fait toutes les hérésies. Il y a sagesse a revenir sur ses pas, quand on est aiié trop loin : Da mihi sedium tuarum assistrictm sapientiam.
LVIl. MEDITATION.
L'alliance de la simplicif/' et de In prndj-nre dans l'hom me apo-sfo/i'/ue .