II. Soyez prudent dans votre simplicité
Après avoir dit à ses apôtres qu'il les envoyait comme des brebis au milieu des loups, le Sauveur ajouta aussitôt par voie de conséquence : Estote ergo prudentes sicut serpentes, et simplices sicut columbœ. fMatth. 10. 16.) Il ne leur recommande pas seulement la prudence, ni seulement la simplicité ; il leur recommande également ces deux vertus complétées l'une par l'autre. C'est leur réunion qui forme un des caractères les plus distinctifs de l'homme apostolique.
P'' P. L'homme apostolique doit être simple dans sa prudence. La conviction en est acquise, quand on s'est fait une idée juste de la simplicité évangélique et des vices qui lui sont opposés. La simplicité est, pour ainsi dire, la sincérité de l'innocence et la candeur de l'humilité. D'après saint Jean CUmaque, elle est une habitude de l'àme qui repousse toute duplicité, toute corruption de l'esprit et du cœur ; car il y a une simplicité pour l'esprit et une autre pour le m. <■).
cœur. L'esprit simple en matière de dévotion n'a qu'une pensée, Dieu seul en est l'objet. Le cœur simple n'a qu'un désir, qui est l'accomplissement de la volonté divine. C'est là cette intention pure, cet oculus simplex^ qui ne regarde que Dieu. Sans ces deux simplicités, nous n'arriverons point à l'unité, terme de la charité : Ut mit consitmmati m unum. La duplicité est la science des démons, qui, ayant perdu la vérité en perdant l'humilité, s'efforcent d'en dépouiller les hommes, en les trompant : Serpens decepit me. L'hypocrisie appartient à la duplicité , la droiture est Tapanage de la simplicité. L'àme simple est ennemie de tout fard, de tout détour ; elle est aussi sincère dans ses actions , que dégagée de supercherie dans ses. paroles : le déguisement et l'artifice lui sont chose inconnue. Yoilà bien la vertu que Jésus- Christ exigeait de ses apôtres, lorsque, mettant au milieu d'eux un petit enfant , il déclarait que s'ils ne changeaient jusqu'à lui devenir semblables , ils n'entreraient point dans le royaume des cieux.
Le prêtre, héritier de l'esprit et des obligations des apôtres, doit donc exceller en simplicité, autant qu'il doit exceller en humilité, en innocence, et en ressemblance avec Dieu ; car il n'y a rien de plus simple que l'être de Dieu. Il n'a de toute éternité qu'une pensée, qu'un aiimur ; il dittcut iruno parole, c'est son Verbe.
Cette parole n'est que vérité. Ego siuii veritas. Si donc le prêtre doit être l'image de Dieu dans un plus haut degré de perfection que les fidèles, il doit aussi être plus simple. Simplicité dans sa foi, dans sa confiance, dans son amour, dans ses rapports avec le prochain, évitant tout ce qui sent la finesse et la ruse. Dieu se plaît à bénir les cœurs ainsi disposés : Quàm bonus Israël Deits his qui recto sunt corde ! P?. 7j. i. — Generatio rectorurn benedicetnr... Exortum est in tenebris lumen redis. Ps. m. 2, 4.; — Habitabunt recli cum vultu lue. ^Ps. 139. 14., — Scio, Deus meus, quôd probes corda, et simplicitatemdiligas. a. Par. 29. 17. — Spiritus sanctus disciplinœ efjugiet fictum. Sap. l. 5.; — Simulatores et callidi provocant iram Dei. l'Job. 36. I3.j — Abominatio Domini est omnis illusor, et cum simplicibus sermocinatio ejus. 'Prov. 3. 32.) Que furent les apôtres et les martyrs, sinon des hommes remplis d'une sagesse sublime, d'un courage héroïque , sans cesser d'être simples comme des enfants? Qu'admirons-nous le plus dans les Vincent de Paul, les François de Sales, et tant d'autres qui ont fait l'honneur du sacerdoce, si ce n'est cette prudence céleste accompagnée de tous les charmes de la plus aimable simplicité?
lï" P. L'homme apostolique doit être prudent dans sa simplicité. Un bon prêtre, surtout s'il est jeune et d'un caractère ardent, ne peut trop
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se tenir en garde contre les enlraineinents d'un zèle irréfléchi. Doué d'une piété fervente , animé des plus saintes intentions, mais sans connaissance du monde, il s'enflamme facilement à la vue des désordres dont il est témoin. Hélas! faut-il lui faire un crime de son innocence? L'exercice du saint ministère ne l'a point encore initié aux tristes mystères de la perversité humaine. La charité de Jésus-Christ le presse ; il a faim et soif du salut des âmes ; comment ne s'alarmerait-il pas d'une immoralité toujours croissante ? L'amour du ]»ien, c'est la haine du mal. Il s'impatiente du peu de fruit de ses efforts ; l'indignation le transporte... Il éclate en reproches. Son activité bouillante heurte les préjugés, effarouche et révolte..; sans s'en apercevoir, il substitue le zèle de la passion à celui de la foi. Ce dernier, le seul qu'inspire et règle en même temps l'Esprit saint, observe avant d'agir, et ne procède qu'avec une sage lenteur. Il dit avec saint Vincent de Paul : « Attendons les moments de la Providence, sans précipiter leur marche, de peur d'empiéter sur elle.
L'humble et prudente simplicité s'applique à surveiller ses propres actes, à découvrir les pièges qu'on pourrait lui dresser ; elle étudie les hommes et les circonstances, elle combine ses plans. Oh! qu'il est nécessaire que, dans un ouvrier évangéliqne, la prudence
soit l'œil du cœur! Impétueux dans le désir du bien, comme dans le reste, le cœur se précipite vers ce qui lui en offre l'apparence; mais la prudence l'éclairé : elle lui indique le chemin, elle préside aux desseins, dicte les discours, dirige les démarches... Saint Bernard la nomme moderatrîx et auriga virtutum. ^Serm. 19. in Cant.i Sans elle, la vertu la plus utile au monde, le zèle, non-seulement perd son efticacité, mais devient un vice, et quelquefois des plus funestes : Toile hanc, et virtus vitium est. Zelîis sine scientiâ plerumquè perniciosus est. (Ibid.)
Trop souvent une seule imprudence a suffi pour arrêter des conversions, pour agiter, et scandaliser une paroisse ; pour compromettre tout l'avenir d'un prêtre, sur qui l'Église fondait de légitimes espérances. Mais qu'on est consolé au milieu des peines, inséparables du ministère sacerdotal, quand on peut se rendre ce témoignage : Je n'ai rien fait à la légère ; j'ai mûri mes projets par la réllexion, j'ai consulté.. ; si le succès n'a pas répondu à mes vœux, je n'en ai pas moins accompli la volonté du Seigneur ! Scientiâ sanctoruni prudentia. (Prov. 9. 10. j — Dux indigens prudentia, multos opprimet. iPvow 2.s. 16.)
Il est donc sage et heureux tout à la fois le pasteur des âmes, qui unit la prudence du serpent à la simplicité de la colombe. Union rare.
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quoique nécessaire; vous la verriez en moi, Seigneur Jésus, si j'ordonnais raa vie sur celle de vos saints prêtres, et principalement sur la vôtre : Alt us gradus prudentiœ est ordinare vitam secundùm exempta sanctorum, altissimus ordinare secundùm exemplum Christi.' .S. Bonav. / Acceptez, et bénissez comme un fruit de votre grâce, le désir ardent que j'en ai, la résolution que j'en prends.
1er p. L'homme apostolique doit être simple dans sa prudence. Pour en être convaincu, il suffit d'avoir une idée juste de la simplicité chrétienne et des vices qui lui sont opposés. — L'esprit simple n'a qu'une pensée, Dieu en est l'objet ; le cœur simple n'a qu'un désir, accomplir la divine volonté. A cette vertu sont opposées la duplicité et l'hypocrisie. L'âme simple est ennemie de tout déguisement. Jésus en montre l'image dans ce petit enfant, qu'il propose pour modèle aux apôtres et t tous les prêtres héritiers de leurs obligations. Simplicité dans la foi. dans la confiance, dans les rapports avec !e prochuin. Dieu se plaît à la bénir : Quàm bonus Israël Deus Jus qui recto sunt corde. — Generatio rectorum benedicetur.
Ile P. L'homme apostolique doit être prudent dans sa simplicité. Ou ne peut trop se tenir en garde contre les entraînements d'un zèle irréfléchi. Observons avant d'agir. Attendons les moments de la Providence, sans précipiter leur marche. Les moments de la grâce ne sont pas toujours ceux de notre impatience. Il faut que dans un prêtre la prudence soit l'œil du cœur. Sans cette vertu le zèle devient un vice, et quelquefois des plus funestes : Scientia sanctorvvi prudentia.