‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 19 sur 96 · I. Oa s ses effets, i] est funeste · texte numérisé non relu

I. Oa s ses effets, i] est funeste

li. Dans ses cau**-s, il est souvent ccnJamnable.

II i. Dans sis préttxlt-s. il esi toujours déraisonnable.

P' P. Funestes effets du découragement. Si nous les envisagions par rapport à nous, il nous serait facile de compiT-ndre que noire sanctification n'a point d'ennemi plus redoutable <(ue cette pusillanimité, celte défaillance morale, [ui désespère de tout et de Dieu mèine. Le dé-

couragement dégoûte de la prière : on fait sans cœur ce que l'on fait sans espérance. Il lui Ole son eflicacité ; car c'est la confiance, fruit de la foi, que le Seigneur exauce : Videns Jésus {idem illorum , dixit paralytico. (Matth. 9. 2.) Il jette l'àme dans un état de tristesse, de langueur et d'aveuglement qui la prépare à toutes les chu les... Mais nous ne considérons ici ses effets que par rapport au zèle.

Il est évident que cet état énerve toute la puissance du zèle. Avec lui, il n'y a plus de vigueur sacerdotale , plus de résolutions énergiques. Il habitue à je ne sais quelle fausse résignation qui met, pour ainsi dire, à la charge de Dieu des malheurs que l'on devrait soi-même écarter. Un prêtre découragé n'entreprend rien, ou, s'il fait quelques teotalives, c'est avec si peu d'élan , qu'il ne se donne aucune chance de succès. Semblable à cet homme qui, hébété par la consternation , demeure immobile à la vue de sa maison en tlammes, il contemple d'un œil sec le déplorable état de sa paroisse, et reste sans action, sans mouvement, en présence de tant d'âmes dont il est le père, et qui se précipitent dans l'enfer. Persuadé qu'il n'y a rien à faire, parce qu'il y a trop à faire, il en prend son parti, et se résigne à la perte éternelle de ceux dont h tout prix il devait être le sauveur. Le berger n'oppose plus de résistance à la fureur des loups ; quedeviendia le troupenu'^ Le torrent

ne rencontre plus de digue qui puisse l'arrêter ; jusqu'où n'étendra-l-il p*as ^es ravages?

IV P. Le découragement considéré dans ses causes est souvent condamnable. Il peut venir d'une excessive timidité, ou faiblesse de caractère, qui ne dépend pas entièrement de l'homme . Quelquefois aussi , il n'est qu'une tentation dangereuse , par laquelle l'ennemi des âmes s'applique à perdre ceux qui ont l'emploi de les sauver, n'ignorant pas que toute leur force est dans leur espérance : In spe erit fortitudo vestra. (Is. 30. io.i Mais en tant qu'il nous rend coupables , nous pouvons lui assigner trois causes : orgueil, ingratitude, lâcheté.

1° Le découragement ressemble à l'humilité, et rien ne lui est plus contraire. Si je ne cherchais que la gloire de Dieu dans mes travaux, je demeurerais calme, quel qu'en (ùt le résultat ; mais parce que j'y cherche aussi la mienne, je me trouble, je tombe dans l'abattement, lorsque le succès ne répond pas à mes désirs ; et la tristesse que je montre prouve bien moins mon zèle pour les intérêts du Seigneur, que mon dépit de voir ma considération compromise. Quiconque se laisse abattre en voyant qu'il n'a pas réussi, est un homme qui comptait sur lui-même, sur ses moyens, sur la sagesse de ses mesures; il croyait pouvoir quelque chose, et n'était pas convaincu de son néant. La grandeur du courage dans les bons prêtres

se mesure sur les bas sentiments qu'ils ont d'eux-mêmes. Ne découvrant en eux que péché, incapacité, profonde misère, ils se gardent bien de s'appuyer sur un roseau si fragile. Il faut désespérer de soi, dit Fénélon, pour tout espérer de Dieu. Oii trouver une espérance plus ferme que dans l'humble Vincent de Paul?

2^* Une seconde source de découragement est l'ingratitude. Il y a des cœurs pour qui la reconnaissance est un fardeau dont ils se déchargent volontiers. Le reproche en est souvent fait aux IsraéUtes, lorsque, se trouvant dans quelque nécessité pressante, au lieu de recourir au Seioneur , ils se découra^'ent et murmurent, oubliant par quels m.iracles il avait déjà signalé sa puissance et sa bonté à leur égard ', ou s'ils y pensent, c'est sans ombre de gratitude : « Il est vrai qu'il a frappé le rocher, et en a fait jaillir des eaux pour désaltérer son peuple ; mais est-ce à dire qu'il pourra également lui donner du pain dans ce désert? Quoniam perciissit petrum et fliixenint aquœ... Numquid et panem poterit dure? » 'Vs. il. 20. Comme si l'un lui était plus difficile que l'autre !

i <.>b)iii suni beneiacioiLiiii ejus, ei mirabiiium pju< quae oslendil eis. Ps. 77. H. — Oblili sunt Deum, qui salvaWt eos, qui fecit magnalia in ^£gypto, mirabilia in terra r.iiam . ienil.ilin in mari riibro. Ps. lOo. 21 22.

Comme si le bien qu'il nous a fait n'était pas le gage de celui qu'il veut nous faire !

Nous ne voyons que les difficultés présentes. Si nous les comparons à celles dont la Providence nous a fait triompher, c'est en froids calculateurs qui , n'ayant payé que d'ingratitude les bienfaits déjà reçus, craignent de contracter de nouvelles dettes, qui ne seraient pas mieux acquittées que les premières. Conservons dans nos cœurs le souvenir des faveurs dont Dieu nous a comblés, dont il nous comble encore tous les jours, et, avec tous les hommes de foi vive, nous espérerons contre toute espérance. Une seule messe, qu'il me permet de célébrer, ne me démontre-t-elle pas avec une évidence infinie, que je puis tout attendre de son amour?

8"* Enfin, le découragement n'est qu'un voile, sous lequel on voudrait se cacher à soi-même sa lâcheté. L'exercice de toute vertu est environné d'obstacles : Virtus in ardiio : la vertu même n'est vertu que par la lutte qu'elle exige ; mais, entre les autres, l'espérance se distingue par son activité et son courage. C'est l'espérance qui met au cœur la sainte audace! fait/naître les projets hardis, les dévouements généreux, les grandes entreprises... Une àme lâche aime mieux s'endormir dans la mollesse : elle repousse une confiance qui demanderait du travail, des efforts, ni. 7.

des sacrifices ; qui exposerait à des contradictions, à des peines... On trouve plus commode de dire : C'est impossible, il n'y a rien à faire. . ; que d'essayer, et de mettre la main à l'œuvre.. . On s'enveloppe dans le manteau de l'indolence, et on se fait un système d'éviter ce qu'il y a de g-enant dans la pratique du devoir; mais avec ce principe où va-t-on?

lïï® P. Le découragement est toujours déraisonnable dans ses 'prétextes. Les bons prêtres sont les Machabées de la loi nouvelle ; l'Esprit saint en a fait la peinture en deux mots : Pœrliabantur jyrœlium Israël cum lœtitiâ. (I. Mach. 3. 2.! Dieu veut le combat, prœliabantur ; mais il veut aussi la joie qui nait de la confiance, ciun lœtitiâ; jamais le découragement n'est fondé en raison ; il ne manque pas de prétextes :

J'ai un peuple irréligieux, dépravé, impie, ignorant, ennemi de la vérité!.. — Il est donc bien cà plaindre : ah! qu'il doit vous inspirer de compassion! Comment? ce qui devrait enflammer votre zèle, le refroidit et l'éteint ! Pourquoi êtes-vous le sel de la terre et la lumière du monde, sinon pour combattre la corruption, et pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres ?

Je fais tous mes efforts, et je ne réussis à rien ! — Les travaux sans succès dans la vie présente ne seront pas sans récompense dans la

vie future. Saint Paul a dit : Ahundantius omnibus mis lahoravi; il ne dit pas : Plus omnibus fructifîcavi ; c'est la remarque de saint Bernard. Unusquisque propriam mercedem accipiet, secundùm smim laborem. (I. Cor. 3. 8.) — Reddidit justis mercedem laborum. (Sap. 10. 17.) Vous le voyez, il n'est jamais question que du travail. Planter, arroser, cultiver, voilà ce qui vous regarde ; l'accroissement, le fruit, le succès, c'est l'affaire de Dieu. Heureux travail, dont le riche salaire est assuré, quel que soit le résultat î Quel est d'ailleurs le prêtre qui peut dire : Je ne réussis à rien? Quoi! Pas même à empêcher une offense du Seigneur? Pas même à semer des remords et à préparer des conversions? Pas même à expier vos propres 'fautes par la charité et la patience?..

Je n'ai pas ce qu'il faudrait pour le poste que j'occupe, je suis trop au-dessous de mon emploi. — Nouveau motif de confiance. Dieu vous a imposé cette charge, et c'est votre faiblesse qui a fixé son choix : Infirma miindi elegit Deus, ut confundat fortia. 11 veut porter avec vous ce fardeau et faire éclater en vous sa puissance, afin que toute gloire lui revienne : Ut non glorietur omnis caro in œnspectu ejus, (1. Cor.

Il est impossible de ramener des hommes si égarés, il faudrait un miracle. — Impossible ! oui, à vous ; mais à Dieu tout est facile. Son

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bras est-il donc raccourci? A-t-il perdu quelque chose de son arnour pour les âmes? Est-il rien de plus fréquent que les miracles de sa grâce dans la conversion des pécheurs? Est-ce sur vous ou sur lui que vous comptez? Potensest Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahœ. (Matth. 3.9.)

Il y a déjà longtemps que je m'épuise d'efforts dans cette paroisse sans aucune consolation. — Attendez encore. Il ne vous appartient pas de fixer à Die.: les moments de sa grâce. Il est des terres froides, où les .meilleures semences ne germent qu'avec lenteur. Peut-être que vous touchez au terme de vos peines, et que les joies d'une sainte fécondité vont bientôt compenser tant d'années si tristement stériles. Alors même que d'autres de-* vraient recueillir devant les hommes les fruits de votre zèle, devant Dieu les mérites seraient pour vous.

Mais si je ne recule ; las, je succomberai sous le poids de mes travaux ou sous l'effort de mes contradicteurs. — Que votre sort serait digne d'envie! Une pareille chute serait pour vous le plus beau des triomphes : Sacerdos Dei Evangelium tenens et Chrisii prœcepta cuslodiens, occidi potest, non poteM vinci. (S. Cyp. /.

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